Sex,drug & rock 'n' roll.

 

Fritz le chat, arme de dissuasion massive ?

 

Fritz 1

 

Le fils de Robert Crumb.

Quand il était ado, le jeune Robert Crumb divertitses jeunes frères et sœurs en inventant les histoires de celui qui, anonyme, ne s’appelle encore que Fred  et qui va devenir une star de la BD des années 60, puis du cinéma, sous les traits du sulfureux  Fritz The Cat, que Ralph Bakshi adapte à l’écran en 1972.

Fred est né de l’imaginaire de la fratrie Crumb, Robert, le plus connu, et son frangin plus âgé, Charles, dessiné pour, en quelque sorte, contrefaire les héros de Disney et faire vivre le leur. Très tôt attiré par la bande dessinée, Robert Crumb,  fait évoluer son innocent Mistigri vers un greffier glandeur, paillard, érotomane, sans scrupules, esbroufeur et impertinent.

Fritz le chat 2

Une norme pour la bédé underground.

Dans le même temps que le mouvement hippie enfle, Robert Crumb débarque à San Francisco où il rencontre des dessinateurs comme Gilbert Shelton, Spain Rodriguez ou Harvey Kurtzman qui lui ouvre les portes de Help où il publie ses premières planches. Crumb sort en 1968 le premier numéro de Zap Comix, un comic book underground autoédité, dont l’influence sur ce format est considérable et qui va devenir une norme.

Dessinateur de pochettes de disques, dont la plus fameuse est celle du Big Brother & The Holding Company de Janis Joplin, Cheap Thrills, Robert Crumb fait de son matou queutard, macho, déjanté, paumé, philosophe, anar, irrévérencieux, vulgaire, sale et jouisseur, une incarnation de la jeunesse hippie alors en vogue.

Pétards, LSD, seringues, baises qui finissent généralement en partouzes, racisme, violence…l’œuvre est une critique cinglante de la société américaine du moment, mais reste cantonnée à un panel d’initiés.

Quand Fred s'encanaille.

Si le Fritz de papier s’affirme rapidement comme le reflet d’un mouvement d’une jeunesse prompte à remettre en cause les tabous de la société, le moins que l’on puisse admettre est que son clone sur pellicule défraie la chronique quand il s’agit pour Ralph Bashki de déplacer dans les salles ce félin sexe, drogues et roll n’ roll, et pour lequel un chien bien coiffé dans la rue fait l'affaire.

Fritz le chat crumbRobert Crumb par Diane Tell.

Le réalisateur joue alors gros en transposant sur les écrans cette adaptation très commentée de la bédé de Crumb qui, cette même année 72, déboule  pour la première fois dans la presse française, via le magazine Actuel, support phare de la planète underground des 70’s et 80’s qui a accompagné toutes les tendances du moment, la contre-culture, la drogue, le rock....

Sex and drug and rock n roll.

Pour un premier long métrage, Bashki a l’honneur de voir la Motion Picture Association Of America, l’association interprofessionnelle américaine qui défend les intérêts des grands studios d’Hollywood, assortir son œuvre animée du peu enviable classement en série X, un statut jusqu’alors réservé aux films  à caractère subversif. 

Pour un dessin animé, c’est fort de café, les galipettes et écarts ainsi que la vulgarité du matou irritent une société ricaine critiquée et montrée du doigt, pour laquelle ce film est un choc. Tous pourris, le message est on-ne-peut-plus-clair. Plus de quatre décennies plus tard, rien ne semble avoir changé…

Une mort à son image.

Bien que caricaturales, les images restent très proches de la vérité. Elles alertent, outre la libération sexuelle et l’usage des drogues, sur des sujets comme le racisme, la guerre d’Israël, le capitalisme, la politique, la religion. Le Fritz décapant révélé au grand public par les salles obscures relègue son aïeul né sous le crayon de Crumb au rang de bleu-bite, de petit rigolo.

C’en est trop pour son père, impuissant, dépassé par les événements, trahi, qui ne supporte plus cet enfant qui lui échappe et qui commet alors le plus inattendu des infanticides en organisant lui-même la mort de celui qu’il a fait naître sous Fred. Fritz l’arrogant, Fritz aux mauvaises manières, Fritz l’insupportable, le fanfaron, le faux dur, meurt sous son trait, assassiné par une autruche d’un coup de pic à glace dans le dos, façon Basic Instinct. Une fin à la hauteur de ce personnage incontournable des années 60/70, en somme (RAZOR©).

rock 60's beat generation à-côtés

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