Dave Van Ronk.

 

5 - DAVE VAN RONK

DAVE VAN RONK, FOLKSINGER – 1963  5/5

LP Studio 3

 

Van ronk folksinger 1963

 

Publié en septembre 1963.

Enregistré par Rudy Van Gelder.

Supervisé par Shel Kagen.

Durée:41:51.

Label:Prestige Records.

Premier dans son Village plutôt que deuxième à Rome.

Ce n’est pas moi qui le prétends, mais le livre d’Elijah Wald qui lui est consacré : le charismatique Dave Van Ronk régnait en maître sur Greenwich Village au point que l’auteur a titré son ouvrage, Van Ronk, le Maire de la rue MacDougal. Le propos est par ailleurs repris par Bob Dylan dans le premier volet de son triptyque autobiographique (Chronicles, paru aux States en 2004).

Dave Van Ronk (de souche irlandaise), autodidacte, était un personnage imposant, attachant, fidèle, qui aimait profondément son Greenwich, intelligent, qui s’intéresse à tout, engagé à gauche (il fut arrêté et violenté lors des émeutes du Stonewall Inn fin juin 69), drôle, haut en couleurs, et très aimé de ses proches, il n’est qu’à voir le nombre de concerts de charité organisés par ses pairs pour lever des fonds et soutenir Dave dans son combat contre le cancer qui l’affectait et qui a fini par l’emporter.

Mais David Kennth « Ritz », dit Dave Van Ronk, était surtout un des artistes les plus influents du Folk Revival des années 60 et de l’anthologique place new-yorkaise.

Il régentait  la culture populaire des cafés-clubs de l’endroit, le Gaslight ou le Folk City, drainant dans son sillage une suite d’artistes épris, comme lui, de cette musique traditionnelle américaine, prit sous son aile le jeune Robert Zimmermann, de cinq ans son cadet (la femme de Van Ronk, Terri Thal, fut son premier agent), qui débarqua en 1961 à Greenwich, l’initia à sa technique de guitare, ainsi qu’aux écrivains du moment et de l’endroit, les Brecht, Kerouac, Ginsberg (il était un boulimique de lecture) ; idem pour Joni Mitchell dont il suivit de près les premiers pas dans le genre qu’il affectionne : le folk.

Lui qui n’a jamais réussi (ou cherché) à s’imposer dans le show-biz comme il en eut l’occasion (il refusa une offre de Peter Paul & Mary) et qui connut un succès modéré en jouant dans les bars, devint néanmoins le mentor de la nouvelle vague qui investit cette scène mythique : outre Dylan et Mitchell, Phil Ochs, Tom Paxton, Patrick Sky, Janis Ian, Ramblin’ Jack Elliott…

Il enseigna à ces guitaristes en herbe comment jouer en toute dextérité et inventivité. Pour l’anecdote, ce Van Ronk loser doublé d’un cœur d’or, prête aujourd’hui ses traits au personnage principal du film à venir (novembre 2013) des frères Coen, Inside Llewyn David.

Ce natif de Brooklyn élevé dans le Queens en devint leur cicérone parce qu’il fut grand guitariste (et banjoïste), lui-même ayant trouvé sa voie auprès du Révérend Gary Davis dont il fut l’élève ; son jeu en fingerpicking fut l’un des plus expressifs jamais entendus.

Il fut aussi excellent chanteur de jazz, de blues que de folk, conteur merveilleux et unique, ainsi que compositeur avisé, perspicace et réaliste, même si l’écriture n’était pas sa tasse de thé.

Van Ronk, colosse aux pieds d’agile, était un vrai talent qui n’a jamais recherché la notoriété. Quand Dylan devint alors le représentant le plus populaire de Greenwich, lui volant en quelque sorte la vedette, il n’y jouait plus un rôle aussi actif. Il ne restait alors plus à cet être fragile et vulnérable que les yeux pour pleurer et qu’à continuer à revendiquer haut et fort la paternité de la version moderne de House Of The Rising Sun (Le pénitencier), qu’il se disputait avec Dylan.

Tenu en très haute estime, une section de 4 West Street (premier appart’ de Dylan à New-York) à proximité de Sheridan Square (Van Ronk a toujours vécu à Greenwich depuis le début des années 50), située à l’angle de Barrow Street et de Washington Place porte désormais son nom depuis 2004.

Passé du jazz (traditionnel puis Revival), au blues, il bifurque vers un folk revitalisé, dans un style qui lui est propre, comme on peut s’en rendre compte dans ce qui est son LP référence, Dave Van Ronk, Folksinger (1963). Il livre ici une prestation d’ensemble puissante au travers de treize titres parmi les plus mémorables de l’artiste. A leur écoute, il saute aux yeux que Van Ronk émarge de la scène folk traditionnelle.

Avec sa seule guitare pour alliée, instrument dans la pratique duquel il place la barre très haut, ses surprenantes improvisations et ses subtiles intonations, son sens de l’humour et sa culture très approfondie des musiques noires, il met beaucoup de cœur, de vie et d’habileté à l’ouvrage dans son chant. Van Ronk est une des voix les plus marquantes de cette communauté musicale. C’est surprenant et il n’étonnera personne que son travail ait si fortement impacté sur le nouveau contingent des folkeux de l’endroit et du pays.

Trois pépites éclaboussent de toute leur classe ce disque enrichi de belles instrumentations: le désabusé He Was A Friend Of Mine dont il livre une incroyable version (la meilleure que j’ai connue), le désespéré Cocaine Blues et le plaintif Hang Me Oh Hang Me. Long John, l’expansif biblique Samson & Delilah, le troublé et geignard Fixin’ To Die, le traditionnel africain Chicken Is Nice et le saumâtre Motherless Children, l’accablé Come Back Baby, le sombre Poor Lazarus, le léger Mr Noah ou le blues You’ve Been A Good Old Wagon comptent également parmi les meilleures chansons de son catalogue.

Cette collection qui alterne grands classiques du folk et compos de son crû est époustouflante et prend aux tripes. Cette page de très grande musique folk américaine est ce que l’on qualifie généralement de petit bijou ; elle est l’œuvre d’un musicien très mal connu et pourtant si déterminant pour le rock, en suscitant les vocations d’une génération qui s’avèrera brillante, voire culte.

Lui, fit le choix d’être le premier dans son Greenwich Village plutôt que le deuxième à Rome. Retenez-bien son nom : Dave Van Ronk. Et si Inside Llewyn David passe près de chez vous, foncez le voir car l’histoire est belle (RAZOR©).

Infos sur le disque.

1. Samson & Delilah.

2. Cocaine Blues.

3. You’ve Been A Good Old Wagon.

4. Fixin’ To Die.

5. Hang Me,Oh Hang Me.

6. Long John.

7. Chicken Is Nice.

8. He Was A Friend Of Mine.

9. Motherless Children.

10. Stackalee.

11. Mr. Noah.

12. Come Back Baby.

13. Poor Lazarus.

Dave Van Ronk:guitare,chant.

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