Inamovible vinyle.

 

La qualité du son, la beauté des pochettes.

 

Vinyles 1
 

Le vinyle est beau et noble. Il fait son retour alors qu’on lui prédisait une mort certaine à l’apparition du CD. Beaucoup  de vinylmaniaques ont tenu bon face à la modernisation du support musical. Les audiophiles invétérés, puristes du son, n’ont jamais franchi le cap de l’audio numérisation. A leurs yeux, la galette d’acétate noire n’a pas d’égale. Le vinyle est leur raison d’être, il tournera toujours sur la platine quoi qu’il advienne. Sur le plan sonore, tous les spécialistes sont unanimes à reconnaître la chaleur unique qui émane de ce support, il offre plus que du son, il propose de la musique.

 

Vinyles 5

Vinyles 6

Un rituel.

Le vinyle fleure bon les années 60/70. Il y a un contact tactile, voire charnel avec ce que l’on appelait alors le 33 Tours ou le LP pour Long Play. Mettre un vinyle sur la platine était tout un art.

La première phase consistait à le libérer de son enveloppe de cellophane insérée dans la pochette. Le cérémonial n’autorisait pas de geste brusque. Pris délicatement en tenaille entre le pouce et l’index sans laisser d’empreinte digitale sur sa surface, la manœuvre demandait une certaine expertise pour, d’une main, le faire glisser adroitement hors de sa protection le plus souvent électrostatique et de la paume de l’autre, le réceptionner sur la tranche opposée dans un geste vif et assuré.

La moindre poussière suspecte et indésirable était traquée sans concessions. Elle était alors éliminée dans le plus grand soin. En ce qui me concerne, j’utilisais les collants de ma sœur, ce qui m’a valu quelques belles prises de bec dans la fratrie. Surtout pas de produit, t’es malade ! A sec.

Et puis là, bien calé entre dix doigts qui n’auraient lâché leur prise pour rien au monde, tu l’installais religieusement sur la platine. Fallait qu’elle soit de bonne qualité la platine. Idem pour la cellule, le saphir ou diamant ou pointe de lecture, le vinyle s’entourait toujours des meilleures conditions d'écoute. Fallait de la marque. Le mélomane, fut-il tendance rock ou totalement classique, ne mégotait jamais sur le matériel : Sony, Dual, Technics, Yamaha, Pioneer, Marantz pour l’ampli, Cabasse pour les enceintes. On réservait le tourne-disque et le mange-disque à la variétoche et aux 45 Tours.

Il va de soi que personne d’autre que toi n’avait le droit d’y toucher. Armer le bras et déposer l’aiguille sur l’acétate, c’était sous ta seule responsabilité et quand un intrus voulait s’écouter un 33, c’est toi qui t’y collais pour la mise en route. Tu montais le volume et là : waouh !

Autour de la platine, comme penché sur le nouveau-né dans le berceau, interdiction de sauter, de gesticuler. De respirer. Le vinyle était le seigneur de la discothèque de ces merveilleuses années et beaucoup ont regretté que la modernité nous ait amenée à changer de format. Il a ce supplément d’âme que celui qui a tenté de le supplanter n’a et n’aura jamais. La relation au vinyle est durable et profonde.

Le vinyle est très vintage.

Qui ne se réjouit pas de son retour au troisième millénaire ? Les puristes sont vent debout contre le CD, dont le lancement  a plus répondu à des considérations marketing qu’à une véritable révolution sonore. Le marketing lui a tourné le dos hier, mais semble s’en accommoder parfaitement aujourd’hui puisqu’il joue la carte du vintage.

La presse idem. Faut vendre, alors fallait bien le promouvoir ce putain de CD qui depuis souffre de la concurrence de la musique en ligne. Il y allait de la bonne santé du journal, mais au fond d’eux, je suis persuadé que de nombreux journalistes vouent une affection sincère pour un vinyle qu’une horde de DJ barbares scratchent sans ménagement. Effet de mode, mais le vinyle, plus de soixante ans au compteur, est encore pris en otage. Honteux.

Depuis quelques temps, sur la toile ou dans les villes, refleurissent les lieux d’achat ou d’échange du vinyle, c’est qu’il se passe quelque chose. Pour que ça frétille comme ça, c’est qu’il y a un marché pour. Pour l’heure, il est encore maigrichon parce qu’en édition limitée et ne vaut qu’au travers de quelques labels qui jouent sa carte à fond, mais si la démarche commerciale accroche, il est clair que les vinyles font à nouveau inonder les bacs.

Vinyles 2

Vinyles 3

Vintles 7

Vinyles 4

La pochette : rencontre de l'art et de la musique.

Elle n’était pas bonne cette ambiance des disquaires quand tu te retrouvais en tête-à-tête avec ce contingent de disques? Fallait résister pour ne pas se mettre dans le rouge à la fin du mois.

Fouiller dans toutes ces pochettes était magique. Tu la scrutais sous tous les angles la pochette, tu la touchais, l’ouvrais, la refermais, la caressais, tu rêvais devant, tu hésitais question budget mais tu mettais de côté et tu te retrouvais mal déjà au 15 du mois.

La pochette, rencontre de la musique et de l’art, exerçait une véritable fascination sur les sens. C’était le portail du vinyle sur lequel on puisait toutes les infos du disque. C’est sa carte d’identité comme l’étiquette est celle d’un vin. Là encore, le parallèle entre vinyle et CD plaide en faveur du premier nommé. Vous avez vu l’emballage d’un CD ? Touti riquiqui, mais pas mahousse costaud.

La pochette n’est, en fait, que l’emballage de la musique qu’elle contient. L’importance, une fois de plus, est à l’intérieur. L’œuvre musicale, le vinyle. L’emballage nous renseigne, il informe sur le contenu mais c’est pour la musique que la décision d’achat se fait. Parce que des pochettes, j’en ai vu des crades, des débiles, des bâclées, des ratées, parfois même des pas en phase avec le disque, des étranges, des décalés.C’est pourtant sur le seul visuel que se fait le coup de cœur. Une pochette avec un type coiffé d’une coupe afro et c’était la quasi certitude de tomber sur du R &B ou le catalogue de la Motown. Si ce n’était pas ta tasse de thé, tu écartais, même si tu venais de passer, sans le savoir, à côté d’une œuvre culte. Le rock psychédélique, par exemple, avait ses normes dans la pochette comme dans l’affiche de concert : photos et formes floutées (Pink Floyd), couleurs kaleidoscopiques et saturées (Love, Zombies), lettrage courbé, arrondi qui se multiplie à l’infini jusqu’à en devenir illisible. Elle était un terrain favorable aux graphistes du moment pour laisser libre cours à leur imagination, à retranscrire au plus près la musique des artistes. Dans les premiers albums southern rock, les photos de groupe étaient légion (Lynyrd Skynyrd, Allman Brothers Band, Outlaws…).

Ils apparaissaient le plus souvent sous des allures de durs pour coller à leurs fans bikers, buveurs invétérés et castagneurs. Les Beatles ont même osé faire le coup de l’album blanc. Tout était permis, avec plus ou moins de bonheur, mais pour nous, les fans d’alors tout se faisait au feeling.

Des must et des bides.

Remettons les choses dans le contexte du moment. A cette époque, la communication sur le disque était réduite à peau de chagrin. Pas d’Internet pour courir après l’info et les circuits de distribution n’étaient pas aussi bien huilés qu’aujourd’hui, ni même achalandés comme maintenant. Peu de presses spécialisées qui puissent t’orienter. Les vinyles des cadors, fallait passer par l’import. Et encore, tu étais livré 6 mois après. L’acquisition d’un LP d’un artiste ou groupe inconnu se faisait souvent au doigt mouillé. Pile ou face. La pochette inspire, j’achète. C’est peut-être aussi ce côté aventurier qui a amené à avoir une relation spéciale avec ses 33 tours.

Certaines pochettes sont restées très populaires comme Sergent Peppers ou Let It Be des Beatles, Beggar’s Banquet des Stones et son mur de chiottes recouvert de graffitis, Atom Heart Mother de Pink Floyd et sa vache devenue mythique, Cheap Thrills (Big Brother & The Holding Company), comme le controversé (pour sa pochette tendancieuse) Blind Faith.

Certaines pochettes ont parallèlement traduit un mauvais passage artistique de leurs auteurs. Répétées d’un album sur l’autre, elles ont accompagné leur déclin ou leur passe difficile. Généralement, elles annonçaient une fin de cycle programmé. Dans mes chroniques sur Santana (Inner Secrets), je m’en suis d’ailleurs amusé quand le chicano a commencé à accumuler les bides discographiques. Mais, dans le genre ratage ou on s’est pas beaucoup foulé pour vous accrocher, les Zappa & les Mothers (Fillmore East/71) ont fait aussi fort que les Stones (Made In The Shade/75), que Beck Bogert Appice (73) ou le Band (Moondog Matinee/1973) ; le premier Dire Straits, il faut s’en souvenir, est une horreur, un truc de faignasse. La cohérence entre le contenant et le contenu est parfois discutable, pourtant, ce vinyle est une tuerie. Comme quoi…

Il revient dans les bacs.

Voilà. Voué au musée il y a peu de temps, le disque noir reprend sa place dans les bacs des grandes enseignes et des disquaires. Depuis trois ans, le marché se remet à vibrer fortement au point que 7 millions d’unités ont toutes les chances d’être produites pour 2014 en France. 7 millions, imaginez. United Record Pressing, le plus grand industriel de disques américain parle de son côté de doubler sa production d’ici la fin de l’année. C’est bon pour nous tout ça, les éternels défenseurs de la galette, non ? (RAZOR©).

rock greenwich hootenanies hendrix folk macdougal 60's à-côtés

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau