Les Masked Marauders, grosse arnaque des 60's.

 

Citius, Altius, Fortius…Marcus.

 

Masked marauders 3

Masked marauders greil marcus

Masked marauders 4

Le rock a ses acteurs, ses techniciens, ses lieux, ses événements, ses légendes. Il a aussi ses jokes, autrement dit ses canulars. Greil Marcus est derrière l’un des plus croustillants bateaux du rock. Tellement gros, son montage mérite un petit retour en arrière…

 

Marcus, chroniqueur rock, écrivain...

Deux mots d’abord sur le gazier. Greil Marcus, c’est du lourd dans la critique rock. Depuis plus de 50 ans, à l’âge de 18 ans, il fait la rencontre de Bob Dylan, venu à lui par une intermédiaire alors engagée, nommée Joan Baez. Depuis ce jour de 1963, Greil Marcus, cumulard qui revêt les casquettes d’écrivain, de critique musical mais aussi de professeur de civilisation, tombe sous l’influence de cet être si différent dont il va suivre l’intégralité de la carrière, même si, comme il le dit, il ne lui voue aucun culte et décoder la société américaine au travers de la musique et de Dylan, du cinéma et de la littérature. Spécialiste de la culture pop américaine, il signe, outre Bob Dylan, des ouvrages sur Elvis Presley, sur Sly Stone ou les Sex Pistols.

Depuis 1970, Greil Marcus, ancien étudiant de Berkeley (agglomération de San Francisco) écrit des chroniques musicales pour le magazine Rolling Stone. C’est à partir de ce poste stratégique qu’il fomente un des plus grands bobards du rock : les Masked Marauders, les Maraudeurs Masqués dans la langue de Molière. Le nom est tout trouvé pour y loger la supercherie montée de toutes pièces par le chroniqueur farceur. Je m’explique.

Marcus le facétieux.

Nous sommes en 1969 et Greil Marcus, critique rock que l’on retrouve alors derrière le pseudo de TM Christian, nom emprunté au roman de Terry Southern, The Magic Christian (1959), fait allusion, dans sa critique du jour, fictive en l’occurrence, à un super-groupe qui serait composé de John Lennon, Bob Dylan, Mick Jagger, George Harrison et Paul McCartney et qui aurait publié un bootleg produit par Al Kooper, l’homme derrière le mythique Super Session (1968) avec Stephen Stills et Mike Bloomfield.  Rien que ça ! C’est d’ailleurs en réaction à la vague générée par ce dernier disque que Marcus aurait imaginé sa facétieuse démarche.

L’examen satirique pondu dans le numéro 18 d’Octobre 1969 de Rolling Stone par Marcus entretient le mystère autour des Masked Marauders comme quoi l’album en question ne peut pas être officialisé pour des raisons évidentes de contrats des uns et des autres avec leur maison de disques.

Les Masked Marauders.

Pour éviter tout problème, sa publication se fait sous une identité secrète qui, il faut le dire, sonne parfaitement rock, ce qui rajoute au leurre. Pourtant à lire entre les lignes, la supercherie est tangible tant Marcus livre des indices qui ne trompent pas sur le caractère plaisantin de sa chronique : Dylan qui imiterait Donovan, Jagger qui gazouillerait sur I Can Not Get No Nookie, McCartney chantant Mammy…

Avant de quitter le bureau, il met son boss au courant, Jann Wenner, co-fondateur et éditeur du magazine trouvant l’idée géniale. Il n’en faut pas plus pour lancer la rumeur de l’existence de cette formation hors normes révélée par Marcus. Reste à la faire enfler…

Masked marauders marcus 2

« Il ya une histoire inoubliable derrière chaque chanson sur cet album qui fera date. »

(TM Christian, alias Greil Marcus)

A peine émis, le tapage fait autour des Masked Marauders précipite les curieux auprès des disquaires locaux qui croulent sous les appels téléphoniques et les demandes. Bien évidemment, ils tombent des nues. Marcus et son collègue rédacteur Langdon Winner (Rolling Stone) poussent alors le curseur un peu plus loin et recrutent des musiciens de sessions dont la majorité originaire de Berkeley, pour lequels ils composent quelques titres, à charge pour eux de faire plus vrai en appuyant l’écrit par un enregistrement palpable censé avoir été réalisé dans la baie d’Hudson au Canada. En fait, la plupart des titres sont enregistrés dans le garage équipé en studio d’un proche des initiateurs de la blague.

100.000 exemplaires, 144 au Billboard.

La présumée illustre formation est montée autour des Cleanliness And Goodliness Skiffle Band et de Blue Sky qui allait donner Grootna, il réunit du premier Gary Salzman (lap steel guitare), Phil Marsh (guitare et chant), Dynamite Annie Johnston (guitare et chant), Brian Voorheis (guitare, harmonica et chant) et, du second, Anna Rizzo à la batterie, Vic Smith à la guitare et Allen Slim Chance au chant. Sont également dans la combine un certain Mark « The Fox » Voorheis, vraisemblablement parent avec le Brian précédemment nommé et tiens, tiens… Langdon Winner (piano), le journaliste complice de Marcus.

Le label Warner Bros par le biais du trompeur Deity/Reprise, sort le vinyle dont la pochette est dépourvue de la moindre photo d’artistes supposés y avoir pris part. Seul le nom des Masked Marauders trône sur la couverture. Rien ne permet donc, de prime abord, de démasquer la ruse. Il faut en passer par l’écoute et là…les auditeurs se rendent à l’évidence : ce disque est une grosse arnaque, révélée par une feuille glissée à l’intérieur de l’emballage. 100.000 exemplaires auraient été écoulés, dit-on. Le disque, dont certains extraits sont relayés par une radio locale (KMPX de San Francisco) qui dit en avoir la primeur, aurait pointé au rang 114 du Billboard. Pas mal, non ? (RAZOR©).

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