Led Zeppelin 1973.

 

Nantes ?

 

Led zep est rep 0 

 

Nancy plutôt !

 

Certains avis autorisés situent à tort l'anecdote qui suit à Nantes. L'histoire selon laquelle Led Zeppelin, après un concert donné fin mars 1973 aurait fini au gnouf dans la ville de Loire-Atlantique, au motif d'avoir saccagé des biens et créé du désordre sur la voie publique en état d'ébriété relève (partiellement) du pur délire, et pour cause, Nantes n'a jamais prêté son cadre à une représentation de Led Zeppelin cette année-là. Ni à un autre moment. 

Led zep 73Led Zeppelin en 1973...

Led zep lyon ticket...passé par Lyon, puis Nancy...

Led zep rtl affiche...dans le cadre de son European Tour 73.

Led zep nancy rl 73Une performance mitigée relayée par le R.L.

Nancy oui, mais foin de Nantes !

L'info, relayée un peu hâtivement et un tantinet romancée pour coller à une image rock and roll des acteurs, renvoie à un événement s'étant déroulé à Nancy où effectivement, fin mars 1973, les anglais du Dirigeable se produisent sur la scène du parc des Expos.

S'ils n'ont pas sucé des glaçons durant leur séjour nancéen, ils ne finissent pas en taule pour autant, comme annoncé par certains, mais repartent plutôt la queue entre les jambes en raison d'un comportement peu en rapport avec les professionnels qu'ils sont.

Après le concert, le groupe a vite remballé les gaules et pris un vol pour Londres, trop content de passer à autre chose car auteur, ce soir-là, d'une prestation très en-dessous de sa réputation.

Led Zeppelin vole bas.

Vexé de l'accueil réservé par l'organisteur meurthe-et-mosellan auquel il est reproché d'avoir fait fi du statut de rock star du quatuor, donc de ne pas lui avoir déroulé le tapis rouge espéré, Led Zep' a tout simplement pris en otage le public lorrain en réaction à sa frustration. La presse locale se s'y est d'ailleurs pas trompée qui, le lendemain, titrait : Led Zeppelin vole bas.

Le passage du groupe le plus populaire du rock du début des 70's dans la préfecture du Grand-Est entre alors dans le cadre de l'European Tour 73 des britanniques entamé le 2 mars et achevé le 2 avril 1973.

L'European Tour 73.

La tournée en question est considérée comme un pic de la performance en live des anglais et ce n'est pas le couac de Nancy qui change quoi que ce soit à ce constat.

Led Zep est alors au faîte de sa technique ; les dates concernées sont planifiées peu avant la publication de son 5ème LP, House Of The Holy. Des titres de l'album (Over The Hills And Far Away, The Rain Song, The Ocean, The Song Remains The Same et Dancing Days) sont joués et présentés au cours de cette tournée.

Seulement voilà, la tournée s'avère parfois violente côté public, certains spectacles étant particulièrement bouillants. Page, Bonham, Plant et Paul-Jones, à des degrés différents, soufflent sur les braises, avant, pendant et après chacune de leurs prestations. Ca fait partie du jeu.

Des incidents mineurs ont lieu en marge du concert et c'est la raison pour laquelle les spectacles prévus à Marseille et à Lille, respectivement les 29 et 31 mars, sont purement et simplement annulés.

Parc des Expos, 6000 pélerins.

En France, cette année-là, Led Zeppelin, deux jours après s'être produit en Allemagne (Offenbourg), foule la scène du Palais des Sports de Gerland à Lyon (26 mars), donne un concert à Nancy (27) devant 6000 personnes, puis passe par le Centre Sportif de Saint-Ouen pour deux dates, les 1er et 2 avril 73, qui sont les dernières apparitions du groupe chez nous.

Robert Plant garde de son transit par l'hexagone un souvenir amer, qu'il considère toujours depuis comme chaotique.

Cet épisode nancéen et ses conséquences avec les annulations des concerts marseillais et lillois entraîneront le refus de Led Zeppelin de se produire en France.

Avec la mort de Bonham en 1980, jamais plus le line-up original de Led Zep' ne remettra les pieds sur le sol gaulois et Plant, après avoir fini de rechigner, y reviendra dans d'autres conditions plus tard (mai 1990). Page attendra juin 2005 pour pointer le bout de son nez.

La preuve !

Lyon, Nancy et Saint-Ouen sont donc les trois villes concernées par l'Européan Tour planifié en 1973 pour 4 concerts donnés. Mais foin de Nantes !

L'article du Républicain Lorrain du 1er avril 1973 d'André Greiner, titré Led Zeppelin ,le Jet de la concorde est là pour resituer l'événement et faire taire les informations biaisées révélées en préambule. Magnéto Serge...

« … Pour ceux qui ont le coup d'oeil optimiste, ils étaient 6 000, pour les autres il y avait une masse indéfinie de jeunes gens. Dans la froideur hostile du parc des expositions de Nancy, ils étaient venus voir et complimenter le monstre rugissant et doré "Led Zeppelin", ou si vous préférez le plus grand des quatuors de Hard Rock anglais.

L'apparition du "dirigeable" étant prévu pour mardi midi, les organisateurs durent exiger de bonne heure, le transfert dans un autre enclos, des 2000 moutons qui encombraient le hall D. De telle sorte qu'à midi une, le LED puisse poser sans accident sa cargaison de caisses noires; cent grandes, cent petites et encore cent espèces de boîtes à chapeau géantes.

La "sono", les éclairages et les instruments furent disposés selon un schéma scrupuleux sur un podium de 20 m de long. Enfin derrière la scène, ultime exigence des "fauves", on avait déjà aligné le repas : 8 bouteilles de jus de chablis, 24 flacons de bière, 4 maxi-bouteilles de jus d'orange, 12 grandes bouteilles de Coca, 30 sandwiches, des fruits pour 17 personnes, des citrons, du miel - beaucoup de miel liquide - enfin de la glace en cubes.

A 21 heures, le podium commençait à fumer sous une apothéose de cigarettes allumées. Une demi-heure plus tard, le Zeppelin qui s'était éteint (à table) par inadvertance, était littéralement expulsé de son hôtel par les organisateurs impatients.

Enfin, à 21h45, moment suprême, le dirigeable du hall D put remplir sa mission, c'est-à-dire se consumer sous les doigts des quatre sorciers du hard-rock. Quatre diables qui ont soufflé deux heures durant, chacun à leur tour, sur le feu qu'ils avaient allumé, dans lequel ils piétinaient, et qui brûlait tout sauf eux.

Disséminés un peu partout, les projecteurs, tels des tubes poli-iques [sic] couvraient d'une poussière émeraude l'ensemble du podium parsemé de colonnades au milieu desquelles flambaient des cascades lumineuses. A travers les ondes concentriques des projecteurs, des condensations de couleurs vives épousaient vaguement les contours des musiciens qui semblaient marcher sur une poudre de saphir. Il y avait aussi des bruits qui prenaient des formes visuelles. Voilà pour le plaisir de l'oeil.

Mais le Led Zeppelin, c'est surtout une formidable machine à swing, une machine parfois en dessous de sa réputation mardi dernier, mais balayant par instants tout sur son passage. Soutenus par une rythmique sans faille, constituée par John Paul Jones à la guitare basse et John Bontam aux drums, Robert Plant, l'homme à la voix sans limite pouvait donner libre cours à sa rage, tandis que les doigts de Jimmy Page parcouraient le double manche de la "Gibson" rouge à une vitesse folle. Etourdissant.

Il faut avoir vu les deux hommes se répondre dans un duo d'une précision inouïe. Je pense à l'instant mémorable où il devenait impossible de distinguer la voix humaine des sonorités électriques tellement elles se confondaient.

Pendant ce temps dans la salle, le public faisait la démonstration que la pop n'avait aucune valeur explosive. Contrairement à la fameuse période rock'n roll "pur" où le public cassait tout, les pops seraient plutôt endormis, mécanisés. Ils veulent "planer", "s'envoler", un point c'est tout.

Impressionnants, inquiétants, intrigants parfois, les pops le sont par une volonté de différenciation. Mais finalement, ce ne sont pas eux qui font peur mais le potentiel qu'ils représentent. Au nombre de ces fanatiques des casseurs, c'est sûr, des zonards (personnages itinérants et exotiques, vêtus de vieux blue jeans et de chemises indiennes et rompus dans l'art de rentrer partout gratuitement et par tous les moyens.) sans aucun doute, des "bons jeunes gens" sûrement, et des lycéens, beaucoup de lycéens.

Des cheveux longs en tout cas, qui divisent le pays en deux générations. Leur musique et leur état d'esprit est en train de créer la plus belle confusion de l'époque. Une confusion où ni Lénine, ni Mao, ni Ginsberg, ni personne ne pourrait y reconnaître les siens... »

Caprices de stars, crime de lèse-majesté...

Côté coulisses, le séjour turbulent des sulfureux rockeurs n'a rien du parcours pouvant les conduire à la case Prison sans toucher la prime. Tout juste quelques caprices de stars gâtées-pourries et quelques dérapages placés sous la double influence de l'alcool et des substances prohibées. Mais pas de quoi casser trois pattes à un canard.

Même s'ils n'étaient pas des enfants de choeur pour autant, on est loin de Keith Moon qui fait exploser les cuvettes des chiottes des Holiday Inn où les Who séjournent ou de Keith Richards qui refait la déco du Continental Hyatt House de Los Angeles et commence par balancer la TV par la fenêtre...

Les faits leur étant reprochés à l'occasion de leur passage à Nancy portent essentiellement sur la réaction déplacée qu'ils ont eue après avoir été logés dans un hôtel moins prestigieux que l'endroit luxueux dans lequel ils auraient dû s'installer.

La caravane casse, les chiens aboient...

La suite est certes moins glorieuse : vexé jusqu'au trou de balle, le groupe noie sa rancoeur dans l'alcool, tout en maudissant ces grenouilles frenchies. Il tape fort sur la bouteille jusqu'à son arrivée sur le site où, crime de lèse-majesté, il constate qu'aucune loge digne de ce nom ne lui a été affectée.

A la place, une simple caravane, mais remplie jusqu'à la gueule avec de quoi le satisfaire pour faire passer la pilule. Le standing de Led Zep en prend un coup. Des stars du rock logée dans une caravane, vous n'y pensez pas. Alors, les musiciens éméchés réservent au frêle abri le même sort que Keith Richards ou Keith Moon dans leurs pétages de plomb respectifs : destruction en règle.

Comme si cette violence ne suffisait pas à solder la dette contre le mauvais accueil des français, Led Zep sabote le set acoustique de son concert et ne donne pas sa pleine mesure. Les anglais boudent et le public trinque. Mais à Nancy, pas à Nantes...(RAZOR©).

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