C'est une maison rose...

 

BIG PINK, un sanctuaire du rock ?

 

Big pink house

 

Elle est certainement la maison la plus prestigieuse du rock, celle dont le décor paisible et la position privilégiée à l’écart de l’agitation ont favorisé l’inspiration de ses illustres locataires : Dylan et un Band qui ne l’est pas encore vraiment.

 

C’est une maison rose…

Big Pink et son bardage rose, plantée au bout d’un chemin de gravillons, baignée par les effluves de pins, est intimement liée à deux œuvres majeures du rock : The Basement Tapes dont le sous-sol de l’endroit a servi de cadre à l’enregistrement, durant tous les après-midis de l’été 1967, de titres diffusés  d’abord sous forme d’un LP pirate appelé  Great White Wonder (1969) et d’inspiration à Music From Big Pink (1968), l’album par lequel le groupe de soutien de Dylan, alors en quête d’un nom, ouvre son compteur discographique.

La musique de Music From Big Pink a été composée en partie dans ce lieu de villégiature, de vie communautaire et de créations, situé à West Saugerties près de Woodstock, et partagé par Rick Danko, Richard Manuel, Garth Hudson, Levon Helm et Robbie Robertson, connus comme étant les Hawks. La photo de la maison figure sur l’arrière de la pochette du vinyle d’origine.

A cette époque, ils sont surtout réputés pour être le groupe de Bob Dylan lequel, du 4 février au 27 mai 1966, engage une tournée européenne avec cette formation dans son dos, mais sans Helm qui, fatigué de l’enchaînement des dates et lassé de l’accueil houleux réservé aux sets électriques, quitte les Hawks en octobre 1965 ; ce groupe sans identité prend celle de Band à l’amorce de la publication de Music From Big Pink.

Band music from big pink verso

Big pink basement

Un lieu de créativité.

Ce qui va alimenter les Basement Tapes, publié officiellement en juin 1975 sous la forme d’un double disque, est réalisé pendant la phase de convalescence de Dylan suite à un accident de moto fin juillet 1966.

Dylan annule alors plusieurs concerts et se refait la cerise à Woodstock.

Il va occuper son oisiveté forcée à taper le bœuf avec ses voisins de West Saugerties, des familiers sur lesquels il jette son dévolu dès 1965.

Le 24 septembre 1965, soit deux mois après Newport (avec Mike Bloomfield, Al Kooper, Jerome Arnold, Sam Lay et Barry Goldberg), l’endroit par lequel s’opère officiellement le virage artistique de Dylan, Bob Dylan donne son premier concert avec ce backing band en soutien.

Nous sommes à Austin au Texas et ce spectacle officialise la collaboration entre le compositeur le plus influent de l’histoire et les canado-américains des Hawks qui sont, à son avis, les seuls aptes à l’accompagner dans sa démarche d’abandon du folk pour une voie plus rock & roll. Manuel, Danko, Hudson et Robbertson sont en effet canadiens, Levon Helm, natif de l’Arkansas, étant le seul américain du groupe.

Le virage électrique de Dylan.

Dylan évolue alors dans un registre plus électrique, orientation musicale que les fans de la première heure et du contest-singer lui reprochent au point de provoquer le renoncement de son batteur américain et de faire  ponctuellement avec d’autres. Cette association décriée et reprochée à Dylan comme étant de la haute trahison, devient pourtant, et très vite, une des paires artistiques les plus magiques que le rock ait engendrée. Paradoxalement à Austin, quatrième spectacle électrique de Dylan et première avec les Hawks, il n’y a pas de véritables incidents.

Public et acteurs recrutés à Toronto par Dylan 9 jours avant Austin, sont en osmose totale. L’accident de moto de Dylan permet d’éteindre l’incendie et à sa victime de se faire petit pendant un temps, car c’est quand même très chaud. Il met à profit cette trêve en prenant part à Big Pink, dénichée par Rick Danko, à des sessions informelles avec le Band, réalisées entre mai et août 1967 et enregistrées  sur un Ampex, le magnétophone à bandes en vogue de l’époque.

Big pink band 2

Une centaine de démos.

Une trentaine de chansons sont sélectionnées sur la centaine de démos enregistrées (des originaux, des reprises, des airs traditionnels), mais Dylan n’a pas dans l’idée de les publier, encore moins par le biais de son label, Columbia Records, avec lequel il est en froid. Quatorze de ces chansons figurent en bonne place sur sur The Great White Wonder, l’album pirate contre vingt quatre alimentant  la collection des Basement Tapes de 1975.

Robbie robertson

«Regardez-bien, il n’y a aucun nom de groupe sur la pochette de Music From Big Pink, notre premier LP.

La pochette consiste en une peinture de Dylan. Les chansons ont été écrites à Big Pink mais enregistrées ailleurs.

Les noms des musiciens apparaissent sous les mots The Band. C’est à partir de là que ce nom a été retenu.» (Robbie Robertson)

La maison du 2188 Stoll Road, aujourd’hui le 56 Parnassus Lane, ouverte sur Overlook Mountain, est depuis accessible au public. Quelques fans de Dylan et du Band ont eu l’occasion de partir sur les traces de leurs idoles en louant l’endroit à la façade couleur corail pour leurs vacances.

Un sanctuaire à 650 $ la nuit.

Pour certains d’entre eux, l’esprit du Band et de Dylan flotte toujours dans chaque pièce de Big Pink ; leur musique y résonne encore sur les murs. Les propriétaires des lieux ont même surpris des visiteurs embrasser le sol.

Don & Sue LaSala, les heureux possesseurs de Big Pink ne ménagent pas leur peine pour maintenir la mémoire de la place. Big Pink permet aujourd'hui de se replonger dans les entrailles de ces deux disques légendaires puisque l'endroit peut être loué à la semaine ou à la nuit avec un minimum de deux nuits, au tarif de 650 $ la nuitée. Le couple LaSala va  jusqu’à rendre possible de dormir dans la chambre alors occupée par le regretté levon Helm.

La location ne permet pas pour autant, aux fans musiciens, d’utiliser les sous-sols et c'est regrettable d'autant que tout est parti de là.

Quoi qu'il en soit, de maison de villégiature, de vie communautaire et de créations, Big Pink tient désormais du sanctuaire foulé par tous les nostalgiques de ce bon vieux rock issu du croisement de deux monstres sacrés du moment : Bob Dylan et le Band (RAZOR©).

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