Le tremplin du rock gaulois.

 

Le GOLF DROUOT/Paris (France)

 

Golf drouot 1

 

Le Temple du Rock gaulois.

 

Quand le Golf Drouot ferme ses portes l’année de la première élection de François Mitterand, on devine bien que l’avenir à moyen terme de la légendaire et première place musicale parisienne se prête plus à une disparition pure et simple qu’à espoir de renaissance dans le sillage du lifting opéré sur le bâtiment où il trône encore fièrement alors.  La réhabilitation immobilière qui s’opère au début des 80’s, ajouté à un certain essoufflement et à une législation sur les boissons de plus en plus contraignante, confirment rapidement le baissé de rideau irrémédiable sur ce qui fut le Temple du Rock gaulois.

 

Lorsque Bernard Delanoë, le maire de Paris à cette époque, dévoile le 24 février 2014, la plaque commémorative ornant le N° 2 de la rue Drouot et destinée à entretenir la mémoire de l’endroit, cela fait plus de trente ans que la discothèque rock  a disparu. De son temps, son enseigne de néon rouge terminée par une longue flèche se figeant au dessus de l’entrée principale, sautait aux yeux dès la sortie du métro Drouot-Richelieu.

Drouot 5

Drouot 2

Drouot 1

Drouot 4Images Golf Drouot.

En mémoire à Henri Leproux, son bâtisseur.

Cette cérémonie du souvenir va droit au cœur de celui qui en fut le bâtisseur, le symbole et le gardien du temple, Henri Leproux, absent et représenté par son fils Robin, vice-président du directoire de M6, ancien président du PSG. La foule des septuagénaires et plus du moment, rockeux, curieux, amis, ne sait alors pas qu’elle rend un avant dernier hommage à celui dont le projet a incarné les années folles du rock en France, le dernier étant le 12 juin de cette même année 2014, date à laquelle Henri Leproux s’éteint à 86 ans.

La première boite rock parisienne avait élu résidence au-dessus du Café d’Angleterre, une des premières brasseries, à l’angle de la rue Drouot qui lui donne son nom et du boulevard des Italiens. A l’origine, en 1928 et jusqu’en 1955, cet endroit est occupé par un mini-golf intérieur, unique à Paris. D’où son nom de Golf Drouot. Autour d’un parcours de 9 trous, les clients peuvent consommer.

Ce fan de musique américaine a alors l’idée, dès 1957, pour attirer les jeunes du moment, d’installer d’abord un électrophone puis un juke-box Seeburg dans cette salle. Autour d’une centaine de 45 tours ramenés par les soldats américains en garnison dans le coin, la jeunesse parisienne passe ses week-ends à s’éclater sur du rock’n’roll venu tout droit des States et d’Angleterre et que les radios françaises ne diffusent pas encore.

Le Golf Drouot est né qui, dès la fin de la décennie, va abriter les premiers concerts de Johnny, d’Eddy, de Jacques Dutronc ou de Dany Logan, habitués de la première heure et accompagner la vague yéyé et rock.

Une pépinière pour Yéyés et rockeux.

En 1961, le Golf Drouot, organisé autour de sa salle de danse et de son bar, mute de discothèque rock en tremplin pour jeunes talents pour devenir officiellement un an plus tard, la pépinière de référence du rock et de la pop. Entre 1961 et 1981, environs 6000 formations souscrivent à la soirée du vendredi affectée à la découverte de nouveaux artistes et qui met en compétition quatre ou cinq groupes auxquels on accorde une trentaine de minutes pour faire leur preuves.

Du Tee au Tea puis au rock.

L’établissement est alors géré par une certaine Madame Perdrix qui, quand ce concept original se met à décliner, transforme l’aire de jeux en thé dansant avec possibilité de restauration, prenant au passage le nom de Cup Of Tea.

Ce type de commerces est légion sur les Grands Boulevards. Fréquenté par des personnalités du Tout-Paris, le projet smart de Madame Perdrix ne convainc qu’un temps, aussi passe-t-elle la main au profit de son barman, Henri Leproux, ancien boxeur passé par le Lido, fan de musique américaine et qui a dans l’idée d’en faire une discothèque pour les 16-25 ans.  

Tous n’ont pas la chance d’être révélés par leur passage dans ce lieu culte, mais bon nombre d’entre eux deviennent des vedettes dans le métier. Aucun en tout cas n’a oublié l’accès par la porte battante derrière laquelle il fallait enchaîner par un escalier à 40 marches. Marche vers le paradis pour ceux qui se sont faits un nom sur cette scène, mais le plus souvent pour l’oubli pour une grande majorité.

Le Golf ratisse large et tout ce qui prétend faire de la musique y converge pour se tester ou pour aller y décrocher la lune. Il en est qui avec 2/3 d’accords appris à la hâte dans un garage du trou du cul de la France, avec une voix de singe hurleur, un déhanché travaillé devant le miroir de la chambre au son du Teppaz, quelques pas de danse, un look d’enfer et surtout une belle paire de couilles pour ne pas craindre le ridicule, se sont mis à rêver représenter le futur du rock et de la pop sur cette place pourtant impitoyable de laquelle ne sortaient que les bons.

Henri, Porte des Lilas.

Les Chats Sauvages, Les Chaussettes Noires, Johnny, Ange, Alan Jack, Triangle, Martin Circus, Pulsar, Christophe, Bijou, Starshooter, Trust ou Téléphone, entre autres, sont passés par ce laboratoire très couru par les maisons d’éditions qui viennent y faire leur marché. La télévision y pose ses caméras pour des enregistrements du célèbre Age tendre et Tête de Bois d’Albert Raisner (1961) et les formations anglaises s’y intéressent aussi pour promouvoir leur tournée ou disque : les Pretty Things, Free, Yardbirds, Animals ou encore David Bowie sont tous passés par ce Temple du Rock devenu fast-food depuis.

L’ombre de Leproux planera toujours sur le Golf Drouot. Aujourd’hui, et plus que jamais depuis sa disparition, revient en boucle le titre de Philippe Timsit, Henri, Porte des Lilas, en hommage à son artisan et sorti en 1981, l’année de la fin annoncée du temple du Rock. Tout un symbole (RAZOR©)

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau