Monterey 67 : Woodstock avant l'heure.

 

Monterey, père de tous les festivals.

 

Monterey 1967

 

Une année culte.

En 2017, on commémore ici et là le cinquantenaire de cette mythique année 1967, référence incontournable pour la musique rock. L'année du Summer of Love a vu sortir pléthore de disques devenus cultissimes au fil du temps : dans cette prodution discographique riche qualitativement comme quantitativement, citons Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles, N° 1 des albums toutes époques confondues, les premiers LP des Doors (The Doors), Pink Floyd (The Piper At The Gates Of Dawn), Velvet Underground (And Nico) et les deux opus de Jimi Hendrix (Are You Experienced et Axis : Bold As Love).

1967 a également conforté les valeurs sûres du moment, anglaises comme Cream (Disraeli Gears), les Small Faces (From The Beginning), les Stones (Between The Buttons et Their Satanic Majesties Request), les Who (The Who Sell Out), Procol Harum (Procol Harum), Donovan (Mellow Yellow), tout comme elle a confirmé l'omniprésence de la scène américaine, plus particulièrement californienne, par l'entremise des Byrds (Younger Than Yesterday) Moby Grape (Moby Grape), Jefferson Airplane (Surrealistic Pillow et After Bathing At Baxter's), Love (Forever Changes), The Turtles (Happy Together), Grateful Dead (Grateful Dead), d'Electric Prunes (The Electric Prunes), de Country Joe & The Fish (Electric Music For The Mind And Body), de Canned Heat (Canned Heat), de Captain Beefheart (Safe As Milk) ou des Monkees (Pisces Aquarius Capricorn & Jones Ltd).

Monterey comite orgnisationAdler, Phillips, Pariser et Taylor à l'organisation.

Monterey afficheMonterey 67 : un plateau exceptionnel.

Monterey ticket entree$6.50 l'accès au festival.

Monterey 13 jours de folie douce.

Monterey 2Un public sous le charme...

Monterey joplin... de Janis Joplin...

Monterey the who...mais parfois choqué par la violence des Who...

Monterey hendrix guitare...et de Jimi Hendrix.

Monterey scott mc menzie mamasScott McKenzie et les Mamas & Papas.

Un dénominateur commun : le psychédélisme.

Ce terreau exceptionnel, dont San Francisco est l'épicentre, a alors pour dénominateur commun le psychédélisme. Paix, amour, liberté, insouciance et drogues (LSD, marijuana) dictent l'idéal de ces jeunes contestataires sustentés aux poètes beat (Jack Kerouac, Allen Ginsberg, William S. Burroughs, Gregory Corso...), politisés sur les campus universitaires, en rupture avec les valeurs parentales, rejetant la société du consumérisme, pointant du doigt l'impérialisme américain et plus particulièrement le conflit vietnamien et militant en faveur de l'émancipation des moeurs. Le vernis de la société se craquelle, le mouvement de contre-culture hippie prend le pouvoir, porté par une nouvelle génération de jeunes et d'artistes aspirant à de nouvelles expériences.

L'été de l'Amour et le Pouvoir des Fleurs.

Si dès janvier 1967, le Human Be-In (14 janvier) du Golden Gate de San Francisco, marque le début du Flower Power et les premières tentatives de dépoussiérage du monde, il faut attendre le 16 juin 1967 pour que l'on évoque vraiment le début du Summer Of Love, événement majeur de la période hippie. Dans le domaine musical, celui-ci est effectif avec le lancement du premier festival incarnant cette idéologie naissante : Monterey. Il meurt par essoufflement en octobre de la même année du côté de Haight-Ashbury, avec la cérémonie de « la mort du hippie ».

Monterey, un Woodstock avant l'heure.

Monterey, petite ville californienne située sur le littoral du Pacifique, à 150 bornes au sud de San Francisco, voit, dans un été qui s'annonce caniculaire, déferler des dizaines de milliers de traîne-savates hirsutes, dépenaillés ou poitrine à l'air, libres comme le vent et consommant pilules, joints et buvards de LSD. Ils viennent de toute la planète.

Ce qui est alors, et depuis 1958, le Monterey Jazz Festival, va se muer pendant 3 jours non-stop (du 16 au 18 juin 1967) en un rassemblement pop-rock que toutes les pointures psychédéliques du moment inscrivent à leur agenda. On tient là un Woodstock avant l'heure. L'ambitieux défi est relevé.

Un plateau remarquable en dépit des défections.

A cette époque, les Beatles ont cessé leurs tournées, les Stones sont en plein démêlés judiciaires, Dylan est sur le carreau suite à un accident de moto, Donovan se voit interdire de visa pour affaire de stupéfiants, Captain Beefheart n'est pas prêt ; Cream, par contre, préfère snober le festival tandis que les autochtones Love et The Doors ne sont pas invités ou carrément oubliés dans la programmation. Si ces têtes d'affiche font défaut, le programme monté demeure plutôt alléchant au regard des difficultés à réunir un plateau gratiné de la place et du moment.

Jimi Hendrix, les Who et les Animals, l'armada contestataire san franciscaine et la côterie hollywoodienne réunies (le Dead, l'Airplane, Buffalo Springfield, The Association, Steve Miller Band, Big Brother & The Holding Company, Country Joe & The Fish, Moby Grape, Canned Heat, Quicksilver Messenger Service, The Byrds, The Mamas & The Papas), la faction new yorkaise (Simon & Garfunkel, Al Kooper, Johnny Rivers, Laura Nyro, The Blues Project), la branche blues-rock chicagoanne (The Electric Flag, Paul Butterfield Blues Band), la soul de chez Stax (Otis Redding, Lou Rawls, Booker T & The M.G's), le jazz (Hugh Masekela), la musique indienne (Ravi Shankar) sont finalement au rendez-vous d'un événement aux styles et aux sons éclectiques, bercé par San Francisco (Be Sure To Wear Flowers In Your Hair), tube planétaire de Scott McKenzie (également présent), sorti le mois précédant le festival et devenu l'hymne du flower power.

San Francisco, l'hymne du festival et des hippies.

L'idée de transformer le festival de jazz en une manifestation pop-rock émane d'un quatuor d'illuminés parmi lesquels les producteurs Lou Adler et Alan Pariser, le publicitaire et attaché de presse Derek Taylor ainsi que John Phillips, le chanteur des Mamas & Papas, le groupe alors en vogue dans la Californie version sunshine pop. Ce dernier est également l'auteur de San Francisco, crédité à Scott McKenzie, et que le comité d'organisation retient comme chanson promotionnelle du festival.

Tout le monde retrousse les manches.

Un conseil d'aministration stellaire (Board Of Governors) est ainsi constitué autour de Phillips, Adler, Pariser et Taylor, parmi lesquels Michelle Phillips, Paul Simon, Donovan, Mick Jagger, Paul McCartney (qui a fait partie des discussions préalables), Jim McGuinn (futur Roger McGuinn), Andrew Loog Oldham, manager et producteur des Stones de la période 1963/67, Terry Melcher (producteur des premiers Byrds), Johnny Rivers (John Lee Hooker), Smokey Robinson, chanteur et producteur (Temptations), Brian Wilson des Beach Boys.

Pendant 6 semaines, cette direction informelle va s'employer à faire la promo du festival et à attirer dans ses filets les gros poissons indispensables au succès de l'édition 67. Chacun des membres, dans son coin, tente alors de convaincre son groupe ou artiste préféré de fouler les planches du Parc d'Expositions de Monterey, l'objectif avoué étant que le rock ait une attention aussi estimable que celle dont bénéficie le jazz pour lequel les organisateurs de festivals ont pris la bonne habitude de dérouler le tapis rouge.

Sur le site des Monterey Fairgrounds...

Michelle Phillips jette son dévolu sur Otis Redding qui, pour la première fois, va chanter pour un public de blancs. Paul McCartney pousse dans l'arène un Jimi Hendrix alors connu du seul public anglais, tandis que Janis Joplin y lance sa carrière.

La voix puissante de Pearl, alors la chanteuse du Big Brother & The Holding Company, agit comme une onde de choc sur un public médusé. Elle est une des stars de cette manifestation.

Le site des Monterey Fairgrounds est retenu sur lequel est érigée une arène pouvant accueillir 7000 spectateurs. Amassés dans et autour de cette enceinte, ils sont des dizaines de milliers à assister à l'événement (30.000 le premier jour, le double le 3ème), à se promener dans les allées du village mitoyen, jalonnées de stands ou à se pavaner à même le sol sous le sol soleil californien.

Sous l'oeil de Pennebaker.

Pendant ce temps là et durant trois jours, les groupes et artistes se succèdent sur le podium. Sans temps mort. La manifestation est immortalisée par les caméras de D.A. Pennebaker. Les images nous restituent un Otis Redding qui, soutenu par Booker T. & The M.G's, se produit pour la première fois devant un public essentiellement blanc, en proposant un set de 5 titres : Shake, I've Been Loving You So Long, Respect, (I Can't Get No) Satisfaction et Try a Little Tenderness. Pour le roi de la soul, il s'agit là d'une aubaine exceptionnelle pour booster sa carrière. Hélas, celle-ci prend fin tragiquement 6 mois plus tard dans un accident d'avion.

Monterey michelle phillips

« La prestation Hendrix ? Jamais, je n'avais vu ça sur scène auparavant. Je n'avais alors pas compris que c'était avant tout théâtral. Pour moi qui me contentais de chanter et de faire les harmonies vocales au sein des Mamas & Papas, qui prenais soin des instruments, j'ai été choquée de voir ce genre de comportement sur scène. » (Michelle Phillips)

Les Who et Hendrix se donnent en spectacle.

Le film de Pennebaker fige aussi pour l'éternité le passage mémorable des Who, caïds sur le Vieux Continent et propulsés sur le marché américain via Monterey, étape de leur première tournée ricaine. En Angleterre, la turbulente bande à Townshend livre une concurrence impitoyable au Jimi hendrix Experience.

Question de suprématie, il faut tirer à la courte paille pour désigner celui qui précèdera l'autre sur scène. Le tirage accorde ce privilège aux musiciens londoniens. Ces derniers livrent une prestation telle, qui leur permet d'assoir la réputation tapageuse du groupe outre-Atlantique. Elle leur permet surtout de s'illustrer en détruisant sur scène tout le matériel en fin de concert.

Pour Hendrix, ignoré chez lui, hors de question de courber l'échine. Ok, il passe en second, mais il met le paquet pour se hisser au niveau de ses rivaux grands-bretons. Il surenchérit même en faisant un grand numéro de pyrotmanie : dans un premier temps, il mime l'acte d'amour avec sa Strato, se roule par terre, joue avec les dents, guitare dans le dos, avant, à l'amorce du final de Wild Thing, d'asperger sa guitare d'essence à briquet, d'y mettre le feu, de la fracasser sur le sol et de mettre sa sono dans le même état. Une partie du public le prend pour un Dieu venu de nulle part, l'autre se montre choquée, à l'image de Ravi Shankar pour lequel cet acte de démence relève du plus grand des manques de respect.

La World Music a 50 ans.

Si les angelins de The Association, introduits par John Phillips, ouvrent les hostilités avec Enter The Young, Monterey se referme au terme de trois jours de rêve, avec les Mamas & Papas et Scott McKenzie réunis autour de San Francisco (Be Sure To Wear Flowers In Your Hair), trois jours durant lesquels sous l'appellation pop, le blues, le folk et la soul, dans un concept jamais éprouvé auparavant, parviennent à cohabiter, signant avant l'heure ce que l'on qualifie aujourd'hui de World Music. C'était il y a 50 ans, deux ans avant Woodstock ; comme espéré par les initiateurs du festival, la pop gagne le respect. Défi relevé ! (RAZOR©

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