Quand Dylan était encore le juke-box de Guthrie.

 

Le 161 4th WEST STREET de Greenwich Village.

 

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Le nid d'amour de Bob et Suse.

 

La West 4th Street (4ème rue ouest) est une artère du sud de Manhattan qui commence au niveau de la D Avenue, côté East River sous le nom de 4th East Street et continue jusqu’à Broadway où elle passe en 4 West 4th Street, traversant tout le village de Greenwich avant de continuer vers l’ouest jusqu’à la sixième avenue puis vers le nord où elle prend fin au niveau de son intersection avec la West 13rd Street.  

 

Sur les traces de Woody.

Alors que l’hiver 61 bat son plein, Manhattan ne sait pas encore qu’il a accueilli en son sein un des plus légendaires poètes et musiciens du rock : Robert Zimmermann se fait alors appeler Bob Dylan. Le freluquet est en passe de devenir une rock star, mais pour l’heure, il n’est encore que le juke box de Woody Guthrie et depuis 1960 quand il est arrivé dans Big Apple, il va d’appart en appart, squattant le plus souvent chez les potes, notamment chez Dave Von Ronk qui l’a pris sous son aile à ses débuts. Cette situation, le natif de Duluth (Minnesota), semble s’en accommoder : pas de contraintes, pas de responsabilités, la liberté d’aller-et-venir à sa guise, l’oisiveté partagée entre lecture et musique.

Greenwich Village vit alors au rythme de la bohême ambiante et de la musique folk dont le lieu est la place forte. Le Zim trimbale alors sa gratte et son harmonica dans les bars et clubs de l’endroit, s’engouffrant dans les traces de son idole Woody, génial vagabond débarqué 20 ans plus tôt sur la même scène. Il peine toutefois à décrocher un vrai contrat, jugé trop marginal.

 

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Suse Rotolo, muse du protest-singer en devenir.

De cette vie new yorkaise, ce chroniqueur informel des troubles américains s’inspire pour alimenter son écriture, une écriture vitriolée tissée autour du refus de la guerre et du Vietnam, des droits civiques et de la libéralisation des mœurs.

En avril 61, le mercredi 5 pour être précis, Dylan, 19 ans, joue devant les étudiants du Loeb Student Center à Washington Square. Il y remarque celle qui va partager sa vie entre 1961 et 1964, Susan Rotolo, étudiante de 17 ans, fille d’une famille de gauche qui a joué un rôle important dans son éveil politique.

Impliquée dans le mouvement estudiantin, initiée à des auteurs comme Brecht, Rimbaud, Villon, elle est pour beaucoup dans le Dylan contest-singer dont l’écriture va réveiller les consciences politiques éteintes. Susan, morte en février 2011 d’un cancer, est l’amoureuse transie suspendue au bras de Dylan sur la pochette de The Freewheelin’ Bob Dylan (1963) dont la photo a été immortalisée dans la Jones Street à l’angle de leur rue.  

Dans ses mémoires, Chronicles, Dylan dit à son propos que la rencontrer a été comme entrer dans les contes des 1001 Nuits, et avance qu’elle avait un sourire qui pouvait éclairer une rue pleine de monde, qu’elle était comme une sculpture de Rodin venant à la vie.

Le nid du 161 West 4th Street.Avec sa muse, au côté de son premier vrai grand amour, Dylan, qui en a fini avec les sessions de son premier LP, emménage à Greenwich au niveau du 161 West 4th Street, dans un immeuble de 4 étages bâti en 1910 et constitué de 5 logements. Le couple occupe un deux-pièces au deuxième étage, moyennant un loyer mensuel de 60 dollars. L’appartement surplombe le spaghetti shop Bruno. Exigu et chauffé à la chaleur de la gazinière, Dylan y dispose d’une chambre modeste, d’une kitchenette et d’une autre petite pièce.

Le restaurant italien n’est plus aujourd’hui. En lieu et place trône un sex-shop, le Tic Tac Toe. La West 4th Street abritait également le Gerdes Folk City, au numéro 11. Le Gerdes était à l’origine un restaurant, propriété de Mike Porco, qui, ouvert en janvier 1960, mute en restaurant et salle de spectacles. Une scène y était installée qui permettait à quelques artistes de se produire pendant les repas.

Au bout de la rue, le Gerdes.

Jusqu’en 1970, date à laquelle il est transféré au 130 West 3rd Street, il est un club central de la place qui a contribué également au démarrage de Simon & Garfunkel. En 1975, à la nouvelle adresse, Dylan donne le coup d’envoi de sa Rolling Thunder Revue pour l’anniversaire de Mike Porco . A sa fermeture en 1987, le Gerdes comptait parmi les endroits les plus influents de la musique américaine. Le bâtiment d’origine du Gerdes n’existe plus.

Le Gerdes est important pour Dylan dans la mesure où il l’a aidé à lancer sa carrière. Mike Porco l’a repéré à l’occasion d’une hootnanny et l’a engagé pour deux semaines, sur les recommandations de l’avisé Robert Shelton, critique musical du New York Times entre 1958 et 1968 et spécialisé dans le folk. Le 11 avril 1961, Dylan ouvre pour John Lee Hooker au Gerdes. Pas encore majeur aux yeux de la loi américaine, Mike Porco se pose en tuteur légal de Dylan pour que ce dernier puisse se produire. En 2004, dans son autobiographie, le Zim réfère à Porco comme étant le père sicilien qu’il n’a jamais eu.

Et le Bottom Line.

Le Bottom Line du tandem d’hommes d’affaires Stanley Snadowsky et Allan Pepper était également une fameuse scène musicale de la rue West 4th Street. Je dis était parce que club fondé sur les restes du Red Garter, endroit de jazz, a mis la clé sous le paillasson en 2004, après 30 ans d’activité. Au 15 de cette artère se sont produits des artistes comme Lou Reed, dont l’album Take No Prisoners (1978) a été enregistré ici et en direct, Billy Joel, Todd Rundgren, les Strawbs, Harry Chapin, Charlie Daniels, Eric Andersen, Fairport Convention, Dr. John, Bruce Springsteen, les Dillards, John Hammond, Steve Goodman, Al Stewart, Larry Coryell, Buffy Sainte-Marie, les New York Dolls, les Ramones, Joan Baez, Pete Seeger, Ry Cooder, Happy et Artie Traum, Police, Suzanne Vega plus récemment.…

Minée par les impayés, la direction de l’établissement a été contrainte, par décision de justice, de cesser son activité, faute d’accord avec le propriétaire pour renouveler le bail. Certains, comme Bruce Springsteen ou l’Université de New York, installée à Greenwich, ont bien proposé de prendre à leur charge une part de la douloureuse, rien n’y fit. Cette démarche tend toutefois à démontrer la solidarité et l’esprit de résistance qui siéent encore aujourd’hui dans un quartier qui refuse de disparaître et de perdre son âme (RAZOR©).

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