La naissance des radios libres.

 

Radio Caroline : précurseur de la radio moderne.

 

Radio caroline intro

 

Des studios radio construits sur les ponts supérieurs, dans la cale des génératrices à courant alternatif reliées à des émetteurs de radiodiffusion, un ancien ferry ancré dans les eaux territoriales au large de l'Irlande, voilà comment Radio Caroline devient la première radio pirate offshore, au cours d'un samedi pascal de 1964, la première à diffuser des programmes de musique anglophones sur les ondes, programmes alors audibles sur les côtes françaises et dans le nord de la France.

Les Beatles pour mener la rébellion.

Can't Buy Me Love (Beatles), qui ouvre le ban, met alors un terme au monopole radiophonique exercé par la BBC et Radio Luxembourg, futur RTL ; il contourne les règles imposées par les labels discographiques.

Cet événement qui a accompagné le boom de la jeunesse britannique, ouvert la voie à l'euphorique Swinging Sixties et lancé la british invasion autant qu'il a défié l'establishment, va bouleverser pour toujours, à une époque où le rock and roll est une énigme, la musique anglo-saxonne et ouvrir une brèche pour les radios libres et indépendantes à venir. Il va également faire émerger une vague de DJ's renommés dont le phénomène Emperor Rosko, Président du même nom chez nous. Souvenirs, souvenirs...

Caroline ronan o rahillyRonan O'Rahilly, par lequel tout a commencé.

Caroline deeSimon Dee, premier DJ de Radio Caroline.

Caroline fredericiaLe Fredericia de Radio Caroline North.

Caroline mi amigo1972Le Mi Amigo de Radio Caroline South.

Caroline epopee d une radio pirate pop et rockUn équipage complètement voué à sa radio.

Caroline interditL'explosion avant l'illégalité.

Caroline rosko on the ship taht rockedThe Emperor Rosko, le DJ star de Radio Caroline.

Caroline cant buy me loveLe 28 mars 1964, les Beatles ouvrent le ban.

Symbole de la libération des ondes.

Quand le 28 mars 1964, l'annonce « This Is Radio Caroline, You All Day Music Station » est émise depuis la station pirate Radio Caroline (on devrait dire radio libre), personne ne se doute alors que cette initiative marginale et provocatrice va révolutionner le milieu radiophonique et devenir le symbole de la libération des ondes.

Jamais radio libre n'a aussi bien porté son nom : risque-tout, rebelle, enthousiaste, exhubérante, Radio Caroline n'a pas de régles mais un cœur gros comme ça, une énergie folle qui s'appliquent à tout l'équipage réuni sur le bateau et à tous les actes qui en sont issus.

O'Rahilly et Simon Dee, premiers frondeurs.

A l'image de Simon Dee, son légendaire DJ, celui dont la voix, appuyée par la mise sur platine de Can't Buy Me Love, lance les hostilités contre le pouvoir en place. Dans la vague de cette station fondatrice, une armada de navires-radios pirates gonfle progressivement cette fronde et s'inscrit à son tour dans ce mouvement destiné à briser le monopole de la BBC et à donner une plus large exposition à la bonne musique.

Simon Dee fut le premier animateur pirate et cela il le doit à l'irlandais Ronan O'Rahilly, l'homme d'affaires derrière le montage de ce projet qui va ouvrir la voie à la radio commerciale moderne.

Objectif : faire la nique au système.

Après avoir managé divers artistes comme le Blues Incorporated d'Alexis Korner ou Georgie Fame, dirigé le Scene Club de Ham Yard (Soho), centre névralgique de la vente de speed sur Londres, créé son label indépendant, Ronan O' Rahilly s'aperçoit très tôt que le milieu discographique et des radios est cadenassé par EMI, Decca, Pye et Philips pour l'un, par la BBC et Radio Luxembourg pour l'autre, cette dernière innondant l'Angleterre depuis son puissant émetteur de 208 mètres et 1440 kHz.

Les pots de vin pour promouvoir un artiste étant la seule règle en vigueur, l'irlandais décide de court-circuiter le système en créer sa propre radio. Il trouve argent et bateau auprès de financiers irlandais, britanniques et suisses.

Les radios émettant depuis le territoire national, il a l'idée de retransmettre depuis les eaux internationales, un cadre protégé, afin d'éviter ainsi la législation en cours et de contourner le monopole de l'Etat sur les radios anglaises. Radio Caroline est quelques semaines en gestation dans le port privé de Greenore, détenu par sa famille.

Première radio européenne.

Désaffecté et loin des regards, l'environnement portuaire sert à armer le Fredericia MV en équipement et matériel avant d'aller mouiller au large des côtes sud-est de l'Angleterre. Radio Caroline est enclenché : Caroline comme le prénom le plus populaire alors en Grande-Bretagne et comme celui de la fille de John Kennedy dont O'Rahilly vient de découvrir la photo dans Time.

Mais la concurrence s'avère rude car, dans le même temps, Radio Atlanta (propriété d'Allan Crawford), ancrée dans la mer du nord exploite également le créneau, mais elle n'émettra qu'entre le 12 mai 1964 et le 2 juillet 1964, depuis le Mi Amigo MV, avant de passer dans l'arsenal de O' Rahilly.

Avec ses deux navires, le Fredericia abritant Radio Caroline North et le Mi Amigo Radio Caroline South, la station pirate accroît sa couverture à toute l'Angleterre, au littoral ouest et à la moitié nord de la France, à la Belgique, aux Pays-Bas, à l'Allemagne, à certains pays de l'est et à une partie de la Scandinavie ; elle se positionne alors comme la première radio en Europe.

Un concept novateur.

Unique dans son format, Radio Caroline génère aussitôt une audience passionnée à nulle autre pareille. Bien plus qu'une radio, elle symbolise une lutte coriace pour la liberté d'expression, qui plus est dans des conditions météorologiques souvent difficiles ; elle traduit également une péripétie humaine hors pair, une aventure médiatique novatrice dans laquelle beaucoup de patrons de radio d'aujourd'hui se reconnaissent et qui a initiée les carrières de certains artistes de cette génération.

Radio Caroline profite de cette épopée pour développer un concept innovant, celui de la publicité radiophonique et de ses jingles. Pour l'anecdote, rappelons que les Who décollent grâce aux radios libres. Leur album-concept The Who Sell Out (1967) s'écoulant comme une émission radiophonique, entrecoupée de virgules musicales, est un clin d'oeil à ces précurseurs.

18 millions d'auditeurs après quelques mois.

Simon Dee, après une première expérience comme présentateur radio dans la RAF à Bagdad, rencontre O' Rahilly dans un atelier théâtral. Resté proche, l'irlandais, quand il met sur pied son projet de Radio Caroline, relance Simon Dee pour qu'il devienne le disc-jockey.

Il a le charme inné et la chaleur naturelle pour le job. Cyril Nicholas Henty Dodd prend le prénom de son jeune fils, Simon, et la première lettre de son nom de famille, D (di dans la phonétique anglaise) de Dodd. Il devient Simon Dee, présent dès les premières minutes de Radio Caroline, quand le Fredericia MV quitte le port de Greenore, le 13 février 1964.

Embarqué pour plusieurs mois, très investi dans son programme, Simon Dee s'attire rapidement un public massif, un public de passionnés de musique, de férus d'aventure et de radio, un public libre, à cheval sur le respect et l'ordre établi. Très vite la mayonnaise prend entre l'animateur et ses auditeurs, estimés à près de 10 millions au bout de 3 semaines !

Caroline the emperor rosko radio luxembourgs reunion

« Mon travail consitait à passer à la radio autant de fois que possible. Parfois c'était deux quarts de 4 heures, selon qui était malade ou pas sur le bateau. Parfois vous n'en faisiez qu'un. Il n'y avait pas de jobs bien définis. Nous faisions tout ce qui pouvait contribuer au succès de la radio. L'était d'esprit était exceptionnel, vous ne rencontrez plus cela aujourd'hui dans les stations radiophoniques. » (Président Rosko)

L'auditoire passe à 18 millions au bout de quelques mois. Songez qu'au bout de 3 jours d'émission, le petit bateau de pêche ravitailleur dépose sur le pont du navire-émetteur des dizaines de sacs contenant des miliers de lettres de supporters.

L'explosion avant l'illégalité.

Entre 1964 et 1967, les stations offshore poussent comme des champignons : Radio London, Radio Essex, BBMS, Radio 390, Radio Invicta, Britain Radio, Radio 270, Radio Scotland...

Cette explosion radiophonique interpelle alors les pouvoirs publics, de plus en plus inquiets du pouvoir unificateur de la musique rock. Le gouvernement fait la chasse aux sorcières en traquant d'abord des artistes comme les Stones, puis en légiférant sur les infractions de radiodiffusion maritime.

Les bateaux émetteurs deviennent illégaux à l'été 1967, amenant les stations à mettre la clé sous la porte. La BBC lance parallèlement BBC 1 (Radio One) qui se substitue à Radio Caroline. Ils vont jusqu'à débaucher les DJ's en vogue de la radio libre.

Radio Caroline est la seule radio à avoir résisté. Elle continue à émettre jusqu'au 12 décembre 1990, après avoir subi un abordage en règle de fusiliers britanniques. Depuis elle est présente 24h/24 sur Internet.

L'Emperor Rosko, star des DJ's.

Parmi les animateurs des radios libres des 60's, l'Emperor Rosko est le plus fameux. Après avoir travaillé chez Barclay, l'angelin, de son vrai nom Michael Pasternak et fils du producteur cinématographique d'Hollywood Joseph Pasternak, rejoint Radio Caroline en 1964.

Son style très américain contraste avec les animateurs britanniques. Sa personnalité et son originalité (il se ne séparait jamais d'Alfie, son maynate) en font rapidement l'un des plus appréciés de la station battant pavillon Mi Amigo (Radio Caroline South).

Son style combine un certain nombre de petites choses et de techniques apprises et entendues au cours de son apprentissage sur les radios californiennes. Pour le public anglais, sa touche personnelle est vue comme tellemenent spécifique qu'il connaît un succès immédiat.

Il devient si populaire qu'il est sollicité par Radio Luxembourg (puis par la BBC One en septembre 1967) qui en fait un pilier de son entreprise de rajeunissement, lors de sa conversion à RTL.

L'Emperor Rosko devient le Président Rosko fin 1966. Seul aux manettes, sans l'aide d'un technicien, calant lui-même ses disques, les jingles et les pubs, il impose un style que reprennent à sa suite les DJ's.

Un vent de folie va alors s'emparer des ondes françaises dans le sillage de son émission, amorcée par le célèbre slogan : le Président Rosko, le plus beau, celui qui marche sur l'eau, celui qu'il vous faut. » La radio moderne est née, mais que de chemin parcouru pour en arriver là (RAZOR©)

 

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