Captain Beefheart.

BIOGRAPHIE.

 

CAPTAIN BEEFHEART/Glendale (Californie-USA)

 

Captain beefheart 1

 

Surnommé Don Van Vliet.

Né Don Glen Viet, le 15 janvier 1941 à Glendale (Californie),mort le 17 décembre 2010 à Arcata (Californie).

Actif entre 1964 et 1982.

Labels:A&M,Buddah,Blue Thumb,ABC,Reprise,Straight,Virgin,Mercury,DisCreet,Warner,Atlantic,Epic.

Genre:rock expérimental,blues-rock,rock,proto-punk,art rock,rock psychédélique.

Site officiel:beefheart.com

 

L'original du rock.

Avant de décider d'arrêter la musique, après Cream For Cow publié en 1982 et de vivre reclus en se consacrant intégralement à la peinture à 41 ans, Don Van Vliet, plus connu sous le pseudo de Captain Beefheart, est un musicien influent de l'échiquier underground californien, sa région natale.

Marginal du milieu de l'industrie du disque, provocateur, imprédictible, culte, excentrique, complexe, malgré une carrière musicale courte (deux décennies) durant laquelle il fait valoir un immense talent de compositeur avant-gardiste et d'interprète, il est considéré comme l'un des artistes les plus originaux de son époque.

Un visionnaire influent.

En dépit de sa retraite dans la peinture et dans le dessin, Van Vliet, décédé le 17 décembre 2010 à 69 ans, ne cesse jamais de communiquer avec son public et avec un égal bonheur, au travers de ses œuvres. Sa vision est unique et rare, au point d'être hautement considéré dans le cadre de sa seconde vie professionnelle. Si la mort de Van Vliet fait indéniablement grimper la valeur de ses œuvres abstraites et colorées, il ne fait pas l'ombre d'un doute que la perte de Captain Beefheart en affecte alors plus d'un dans le cénacle rock.

Captain beefheart antelop schoolEtudiant à l'Antelop Valley Junior College de Lancaster...

Captain beefheart zappa antelop school...où il rencontre Frank Zappa.

Captain beefheart zappa vlietC'est Zappa qui lui donne le surnom de Captain Beefheart.

Captain beefheart his magic bandAvec son Magic Band.

Captain beefheart and his magic band safe as milkSafe As Milk, son premier LP (septembre 1967).

Captain beefheart and his magic band trout mask replicaUn artiste original (Trout Mask Replica/1969).

Captain beefheart peintureSa seconde vie : la peinture.

L'art chevillé au corps.

Capitaine Coeur de Boeuf voit le jour le 15 janvier 1941 à Glendale (Californie) d'un père d'ascendance néerlandaise originaire du Kansas et d'une mère native de l'Arkansas. Dès l'âge de 3 ans, il peint des animaux et modèle ses premières sculptures. Il a l'art au fond de lui et il n'est pas surprenant de le voir décrocher un concours pour enfants de sculpture en argile alors qu'il n'a pas encore 10 ans.

Dans les 50's, Agostinho Rodrigues, son tuteur dans la sculpture et sculpteur lui-même, voit en Don un surdoué dans cet art et le prend en formation dans sa structure pendant quelques mois.

Le jeune Van Vliet est tellement passionné par cet art qu'il passe des jours et des nuits dans la pièce de la maison familiale faisant office d'atelier, ses parents étant contraints de le nourrir par la porte entrebaillée.

Cette situation alerte ses parents qui ne souhaitent pas voir ce gamin de 13 ans, une bourse en poche pour aller se former à la sculpture en Europe, continuer dans cette voie ; ils tentent de le dissuader en déménageant loin de son mentor, dans la périphérie de Los Angeles d'abord, puis à Lancaster.

Si cette décision contraint passagèrement sa passion pour l'art, celle-ci, et la peinture plus particulièrement, demeure une constante de sa vie.

Rencontre et brouille avec Zappa.

Outre ces centres d'intérêt, Don développe parallèlement une appétence pour la musique et notamment pour le blues, celui du Delta, des Robert Johnson, Son House, de Chicago, de Muddy Waters et d'Howlin' Wolf qu'il cherche à imiter vocalement. Pour le jazz aussi ; il en pince alors pour les Coltrane, Monk, Coleman....

A 17/18 ans, alors qu'il étudie à Lancaster (Antelop Valley Junior College), il croise la route de Frank Zappa, avec lequel il accroche spontanément. Puis apparaît au sein des (1958/1962).

Ils écoutent de vieux disques de R & B et de Chicago Blues et se retrouvent sur divers projets originaux comme celui, par exemple, d'un long métrage (jamais réalisé) Captain Beefheart vs The Grunt People (1962).

C'est de là que Don Van Vliet hérite du pseudo de Captain Beffheart, personnage inventé pour le film. Le nom réfère à un proche de Don qui comparait son sexe à un cœur de bœuf.

Van Vliet et Zappa nouent une amitié à la vie à la mort, et prolongent leur association autour des Soots (1962/1964) avant que le guitariste moustachu aille fonder les Mothers Of Invention et que naisse le Magic Band de Don pour lequel le californien adopte le pseudo de Captain Beefheart.

De ce passage au sein des Soots, il reste une démo, enregistrée en 1963 à Cucamonga. Une rivalité s'installe entre deux hommes aux égos très forts et qui ont de plus en plus de mal à se supporter.

La réconciliation autour de Bat Chain Puller.

Longtemps brouillés, ils ne se rapprochent que quand Van Vliet a vent que le cancer de Zappa est en phase terminale. Il ferme alors les yeux sur le procès que son meilleur ennemi, pinailleur dans l'âme, engage quelques années auparavant à son encontre, au motif d'avoir usurpé, selon son accusateur, le surnom de Captain Beefheart.

Depuis sa mort, la succession de Zappa a jugé bon donner son accord, en 2011 et après 30 ans de bataille juriridque, pour libérer des enregistrements de Captain Beefheart que Frank avait bloqués en raison de litige avec son manager de l'époque Herb Cohen.

La production de Bat Chain Puller (Discreet Records/1978) aurait, de son temps, été financée par l'argent de droits revenant à Zappa. Et ça, Zappa n'aprrécie pas.

Une musique biscornue et pas commerciale

Le Magic Band est le premier véritable groupe de Van Vliet. Captain Beefheart, chanteur à la voix surprenante, parfois inquiétante, et son groupe, le Magic Band, sont les auteurs d'un blues-rock torturé, trituré, déstructuré, où la polyrythmie le dispute à la polytonalité, le tout nuancé de free jazz.

Cette musique biscornue, dissonante, complexe, expérimentale, unique aura une influence sur de nombreux artistes iconoclastes se revendiquant de Van Vliet.

C'est plus particulièrement dans la mouvance punk et la New Wave qu'ils sont recensés. Les Tom Waits, Bashung, Nick Cave, David Lynch ou Sonic Youth se réclament de cet artiste visionnaire.

La formation qu'il met sur pied, et qui est toujours active aujourd'hui, est d'abord ancrée dans un blues teinté de rock avant se déporter, sous l'influence de son maître à penser, vers un style hachuré, libre, expérimental, rythmiquement complexe et, de ce fait, pas commercial pour deux ronds. Si beaucoup crient au génie, rares sont ceux qui comprennent quelque chose à cette musique. Plus rares encore sont ceux qui se ruent sur ses disques.

Un ramassis de déjantés.

Passe pour Safe As Milk (septembre 1967), avant-gardiste avant l'heure, dont la métrique s'avère déjà un tantinet abracadabrante et les paroles kafkaïennes, mais qui reste accessible. Capitaine Coeur de Boeuf maîtrise encore la situation dans son premier album et passe une première fois entre les gouttes déversées par une critique et un public unanimes à considérer cette troupe de musiciens comme un concentré de grands malades.

Seuls les illuminés de la profession comme Lennon ou Zappa y décèlent le génie de Van Vliet. Que dire de la suite alors, encore plus hermétique à l'image de Trout Mask Replica (1969) sur le tout nouveau label de son pote d'école (Straight Records). Quand ce totem du rock avant-gardiste pointe au catalogue, le confus et irrégulier Strickly Personal (Blue Thumb/octobre 1968) s'est intercalé qui continue le travail de dézinguage opéré par le public.

Réservé à une minorité d'initiés...

Van Vliet and His Magic Band, ça a du mal à passer auprès de la masse. C'est réservé à un groupe d'initiés et, en ce sens, Trout Mask Replica, sorte de puzzle mystérieux toujours aussi difficilement accostable, n'est l'affaire que d'une minorité : quelques hippies barrés, quelques amateurs d'une liberté artistique débridée sous l'effet conjugué de LSD et d'alcool. Bon nombre d'auditeurs n'adhèrent pas.

Le frénétique Lick My Decals Off, Baby (décembre 1970), en lequel la caste resserrée autour de Van Vliet continue à voir en ce répertoire expérimental, une musique enrichissante, semble rééquilibrer les choses dans le cœur de l'auditoire puisque ce quatrième disque passe 11 semaines dans les charts britanniques et se positionne au 20ème rang.

Mirror Man (avril 1971 - Buddah records) est encore crédité au Captain Beefheart and His Magic Band et pour cause, l'album est construit autour de titres enregistrés en 1967. Par contre, son suivant The Spotlight Kid (janvier 1972) est publié sous le seul nom de Captain Beefheart.

Captain beefheart john french

« C'est Don qui m'a approché. Mais ce que j'ai entendu ce jour-là, m'a vraiment impressionné. Sa manière de chanter était incroyable. Jamais je n'avais entendu quelqu'un chanter comme ça auparavant. » (John French)

...puis plus accessible.

Par cet opus, ce dernier, las d'affoler les gens avec sa musique déjantée et de galérer comme un damné, revient à un style plus abordable, pour ne pas dire plus commercial. L'artiste cherche à attirer à lui une clientèle beaucoup plus réceptive et disposée à enfin acheter ses disques.

The Spotlight Kid fait la transition entre deux moutures du Captain Beefheart, le Captain Beefheart And His Magic Band et le Captain Beefheart and The Magic Band, celle derrière le 7ème opus du catalogue : Clear Spot (octobre 1972), dont le répertoire intègre des chansons héritées des sessions de l'album précédent.

Avec Ted Templeman à la production (Doobie Brothers, Van Morrison, Carly Simon), l'album persiste dans l'esprit commercial de The Spotlight Kid. Il va même plus loin dans sa tentative de séduction du marché américain en proposant un visuel original, à savoir un vinyle glissé dans un manchon plastifié transparent.

Le Tragic band.

Revers de la médaille, à force de se fourvoyer trop franchement dans une voie mercantile et très éloignée de ce pourquoi Don Vliet est tenu en haute estime, Unconditionnaly Guarenteed (avril 1974/Mercury) subit les foudres de ses incontionnels afficionados. Même ses musiciens lui tournent alors le dos.

Unconditionnaly Guarenteed, moins complexe, adouci, simplifié, et son suivant, l'insignifiant Blue Jeans And Moonbeams (novembre 1974/Mercury) marquent la fin d'un chapitre que les fans purs et durs qualifient de Tragic Band.

Après une longue brouille avec Zappa, il le retrouve en 1975 sur son album Bongo Fury et fait la tournée de promo qui s'ensuit. Il en profite pour réunir un nouveau Magic Band pour réaliser l'album évoqué par ailleurs, Bat Chain Puller, jamais publié alors chez Discreet et dont Shiny Beast (Bat Chain Puller - Warner Bros) restitue certaines parties enregistrées en 1978. Celles-ci permettent de retrouver un Van Vliet plus crédible que celui-ci de sa période Tragic Band.

John French pour perpétuer le mythe.

Le Capitaine nous refait le coup de Trout Mask Replica, à l'aube des 80's. Son Doc At The Radar Station se place dans la lignée de sa production de la deuxième moitié des 60's : déstructuré, furieux, foutraque mais très bon, le meilleur de la nouvelle ère, en tout cas. Son dernier souffle discographique, Ice Cream For Crow (septembre 1982) s'avère du même tonneau.

Plébiscité, Van Vliet se retire sur alors d'un monde musical qui le tient depuis pour génie afin de se consacrer corps et âme à la peinture. Le Magic Band, reformé en 2003 à l'initiative de son batteur John French, membre depuis 1966, perpétue toujours la mémoire de cet artiste disparu en 2010 d'une sclérose en plaques. On sait mieux aujourd'hui le rôle essentiel joué par ce visionnaire pour des générations d'artistes punk, new wave, free-jazz (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 60'S.

LP Studio 1 - 1967

 

Captain beefheart and his magic band safe as milk

 

CAPTAIN BEEFHEART & HIS MAGIC BAND

SAFE AS MILK – 1967  3,5/5

 

Publié en septembre 1967.

Produit par Richard Perry, Bob Krasnow.

Durée:33:40.

Label:Buddah Records.

Genre:rock,blues-rock,art rock,rock psychédélique.

 

Sauvage et raffiné en même temps.

 

Pour l’état-civil, Captain Beefheart, c’est Don Van Vliet, un original, élevé au blues et influencé par Zappa. Quand on dit ça, on a beaucoup dit sur l'univers musical qu'il couvre. Avant-gardiste, expérimental, décalé et biscornu. Faut aimer ! Le genre n'est pas commun.

Qui se ressemble s'assemble : le parallèle avec Zappa est avéré, les atomes crochus entre les deux artistes vont jusqu'à confondre leurs débuts scolaires avant ceux musicaux, certaines phases de leur carrière aussi quand Captain Coeur de Boeuf contribue à Bongo Fury et publie ses disques chez Moustache.

Cette fraternité à la vie à la mort tournera court et il faut que Zappa soit à l'article de la mort pour que Van Vliet n'absoude certains des faits envoyés par son pote devant les tribunaux comme celui de lui contester l'utilisation du nom Captain Beefheart, surnom donné par le premier nommé.

Les deux font la paire, comme on dit, et musicalement, la complexité que l'on a créditée à Moustache, on ne peut pas ne pas la reconnaître dans le travail de l'autre. Zappa est un illuminé, son alter l'ego ne l'est pas moins et son monde s'avère un truc de dingue, fait par des dingues pour des dingues.

Les musicos ? Aussi azimutés que le cador et que les Mothers ont pu l'être pour l'homme de Baltimore. De John French à Jerry Handley, via Alex St-Clair Snouffer (qui constitue son Magic Band), une belle bande de siphonnés. Jamais de ma vie, je n’avais alors, en 1967, entendu un truc de ce genre. Hormis Zappa.

Si son Safe As Milk fait dans le rock, mêlé de blues, de free-jazz et de psychédélisme, rien d'extraordinaire jusque là, il est surtout expérimental, contemporain et avant-gardiste. Trois qualificatifs qui veulent bien dire ce que ça veut dire : tribal, sauvage, aventureux, bordélique, concassé, biscornu, fragmenté, raclé et trituré. L'univers de Van Vliet semble venir d'une autre planète.

Mais tout est maîtrisé. Son blues gras est tellement zarbi (on a parfois la désagréable sensation d’être pris dans des sables mouvants et de ne pas en sortir) que l’affaire me dépasse, comme elle a dépassé la critique et le public, à sa parution.

Surréaliste, étrange, cette ambiance deviendra la marque de fabrique du Captain et de son Magic Band. Safe As A Milk, dès la première écoute, ça passe ou ça casse. Personnellement, cet album et cet artiste si énigmatiques, difficiles à catégoriser, ce n’est pas ma tasse de thé, mais laissons-lui le mérite de cette futuriste, étrange et agitée. Et dire que ce n’est qu’un début et que Safe As Milk est un des plus accessibles du catalogue de Van Vliet.

Qu’on se le dise, l’animal fera encore pire (les puristes diront mieux) ! Quoi qu’il en soit, je n’irais pas contre ceux qui trouvent leur intérêt à se farcir un tel album. Moi, je ne vous ai rien dit…ou si : que Ry Cooder (20 ans) apparaît à la guitare et qu’il a écrit certains arrangements. Pour le reste, c’est vous qui voyez.

Pour autant, malgré des écoutes au fil de décennies qui n'ont en rien changé mon jugement, ni ne m'ont rapproché de lui, loin de moi l'envie de casser ce disque sauvage mais raffiné et cet artiste (remarquable chanteur) trop influent pour les générations à suivre (RAZOR©).

 

1. Sure 'Nuff 'n Yes I Do.

2. Zig Zag Wanderer.

3. Call On Me.

4. Dropout Boogie.

5. I'm Glad.

6. Electricity.

7. Yellow Brick Road.

8. Abba Zaba.

9. Plastic Factory.

10. Where There's Woman.

11. Grown So Ugly.

12. Autumn's Child.

 

Don Van Vliet:chant,harmonica,marimba,basse,arrangements.

Alex St. Clair Snouffer:guitare,basse,choeurs.

Jerry Handley:basse,choeurs.

John French:chant,batterie.

Ry Cooder:guitare slide,basse.

Milt Holland:tambourg,tambourin,percussions.

Taj Mahal:tambourin,percussions.

Russ Titelman:guitare.

Samuel Hoffman:theremin.

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