Catherine Ribeiro.

BIOGRAPHIE.

 

CATHERINE RIBEIRO/Lyon (France)

 

Caherine ribeiro 1

 

Née le 22 septembre 1941 à Lyon.

Active depuis 1963.

Labels:Mercury,Philips/Phonogram,Musea.

Genre:folk,rock progressif,rock,rock en France.

Site officiel:catherine-ribeiro-alpes.com

 

L'héritière de Magny et de Ferré.

Colette Magny, chanteuse connue pour ses penchants gauchistes, clamait haut et fort être la mère de la famille Coup de Poing, ce noyau d'artistes engagés et révoltés, prompts à chanter la révolution, le tiers-mondisme, les opprimés et les mouvements ouvriers. Elle était la mère et Léo Ferré, le père, Bernard Lavilliers, le fils et Catherine Ribeiro, la fille.

Pour qui a suivi le parcours de cette dernière, nettement marquée à gauche (mais sans jamais être encartée), la filiation avec Colette Magny et l'anarchiste Ferré a du sens.

Elle, militante lyonnaise qui se bat alors à chaque seconde pour la liberté, et Nanard le voisin stéphanois, qui chante dans les usines occupées du sillon rhodanien, ont de qui tenir. Enfants de syndicalistes, ils en sont les dignes héritiers.

En utilisant le rock et ses mots à elle, la plupart du temps très enflammés, pour servir son militantisme, hurler ses soutiens à la Palestine, pour prendre faits et causes pour les réfugiés, qu'ils soient ceux qui fuient Pinochet ou Franco, pour dénoncer les injustices et les chaos du monde, Catherine Ribeiro, poète torturée, devient une passionara rouge que les médias boycottent ou évitent de programmer.

Catherine ribeiro carabiniersMontée à Paris pour le cinéma...

Catherine ribeiro les carabiniers 63Catherine Ribeiro est à l'affiche des Carabiniers...

Catherine ribeiro moullet...elle croise la route de Patrice Moullet...

Catherine ribeiro alpes...qu'elle retrouve dans Alpes...

Catherine ribeiro intro...avant de se lancer dans une carrière solo.

Boycottée, mais 25 LP quand même...

Malgré les embûches qu'elle trouve sur sa route, la sublime Catherine (une très jolie femme) mène une carrière ponctuée aujourd'hui de 25 albums. Installée, pour ne pas dire recluse dans les Ardennes, depuis la mort de celui qu'elle a épousé Claude Démoulin, le regretté maire de Sedan (1983-1989) et auprès duquel elle coulait des jours heureux, elle sort de temps en temps d'une retraite imposée depuis fin 2010, pour réapparaître sur scène (Francofolies, Bataclan...) ou de son silence, comme sur les réseaux sociaux récemment, pour balancer, avec la même virulence, la même colère, la même révolte qu'il y a quatre décennies, le porc qui l'a violée en 1962...

Du décor de Saint-Fons à ceux cinématographiques.

Fille d'immigrés portugais, Catherine Ribeiro naît le 22 septembre 1941 à Lyon. Son père José est ouvrier-chaudronnier dans l'industrie chimique et syndiqué. Sa mère Alicina Yvo voit l'avenir de sa fille dans les traces de son père. A l'usine.

Quand elle ouvre les volets, Catherine a pour décor quotidien les fumées émanant des hautes cheminées des industries de Saint-Fons (Rhône-Poulenc, Specia, Saint-Gobain, Rhodia).

Cet univers, elle n'en veut pas, d'autant que son enfance n'est pas des plus heureuses dans ce décor. Ses perspectives sont ailleurs et, à l'aube des 60's, elle s'affanchit de cette vie, fait son baluchon et prend la route comme beaucoup de jeunes du moment, avides de liberté.

Catherine est jolie, très jolie même. Et quand elle monte à Paris pour construire sa vie (1960/61), elle commence par suivre des cours d'art dramatique auprès de Raymond Girard, un proche de Jean-Paul Belmondo. Cet apprentissage et sa beauté la mènent au cinéma.

La rencontre avec Moullet.

Dès 1963, elle est au générique des Carabiniers (Jean-Luc Godard), dont le rôle principal est tenu par Patrice Moullet, futur fondateur du groupe Alpes et compositeur des albums du rapprochement entre Catherine Ribeiro et son groupe. Catherine est aussi de Buffalo Bill, l'Attaque de Fort Adams (J.W Fordson/1964).

De l'écran au studio d'enregistrement, il n'y a qu'un pas. Catherine fait ses premiers pas dans la musique en signant un premier 45T pour Barclay. Entre 1964 et 1966, elle enregistre une quinzaine de titres (Barclay et Estudio, un label portugais), partagés entre originaux et reprises dont du Dylan.

Mai 68 à l'hosto.

Cette même année 66 (le 12 avril), Catherine se retrouve en une de Salut Les Copains au milieu des 47 idoles rockeurs et yéyés de l'époque dont elle fait alors partie.

Elle jouit d'une bonne réputation, mais ce milieu ne la séduit pas du tout. En avance sur son époque, elle considère y perdre son temps.

Quand Patrice Moullet reprend contact avec elle en 1968, elle se met en marge de ce passé yéyé, de la chanteuse formatée. Dès la fin de l'année des turbulences sociales, son avenir s'écrit autour de la pop française : celle des Triangle, Magma et compagnie.

Pourtant, quelques mois plus tôt, au printemps, tout faillit s'arrêter à cause d'une tentative de suicide. Ratée fort heureusement. Aussi paradoxal que cela puisse être, cette militante de gauche vit mai 68 à l'hôpital.

Une personnalité unique de la chanson française.

La vie communautaire semble mieux lui convenir et c'est avec 2Bis qu'elle se refait une santé.

Dans 2Bis (nom de l'adresse du local situé Quai du Pont à Nogent/Marne), elle y retrouve Moullet, avec lequel elle signe Catherine Ribeiro + 2 Bis, édité en 1969 par le label Festival. 2 Bis devient Alpes.

Catherine Ribeiro et Alpes enchaînent alors disque sur disque : N°2, appelé aussi Catherine Ribeiro + Alpes (1970), Ame Debout (1971), Paix (1972), le Rat Débile et l'Homme des Champs (1974), Libertés (1975), Le Temps de l'Autre (1977), Passions (1979) et la Déboussole (1980).

Durant cette décennie, Catherine Ribeiro publie sous son propre nom deux LP plus intimistes, le Blues de Piaf (1977) qui est couronné du Grand Prix de l'Académie Charles Cros et Jacqueries (1978), appelé aussi Catherine Ribeiro chante Prévert (et Brel pour lesquels les morceaux sont écrits à la base).

Au cours de cette période, Catherine Ribeiro rompt avec les clichés habituels de la chanson française, s'affirmant comme une personnalité unique du champ musical hexagonal.

Catherine ribeiro

« A l’origine ce n’est pas moi qui ai voulu me marginaliser. Sous Valéry Giscard d’Estaing il régnait une censure terrible. J’étais la seule artiste à avoir sur mes disques la mention « Les textes de ces chansons n’engagent que leurs auteurs ». Gainsbourg l’a eu aussi sur Melody Nelson, mais là j’ai pas compris. Même si Melody Nelson reste un pur chef d’œuvre. Et puis à l’époque il n’y avait que 3 stations de radio, 4 en comptant RMC. Bon on comptait pas... » (Catherine Ribeiro)

Egérie de la scène pop expérimentale hexagonale.

Elle défriche de nouveaux territoires en faisant alors valoir une voix chaude, vibrante, sensuelle et tourmentée, tissée autour d'une écriture lyrique, romantique, poétique et engagée. C'est sans équivalent en France ; on est loin des canons commerciaux alors en vogue.

Dotée d'un physique très agréable, elle devient l'égérie de la scène pop expérimentale, celle qui puise son inspiration dans le rock anglo-saxon des Jethro Tull, Pink Floyd, King Crimson ou Van der Graaf Generator et celui protéiforme et contemporain de Magma.

Ses années 80 s'amorcent par la fin de la collaboration entre elle et Moullet (1982), ce dernier faisant le choix artistique de se consacrer à la recherche musicale.

Son passage à Bobino (3 semaines), cette même année, la fait rencontrer François Mitterrand. En 1984, elle épouse Claude Démoulin avec lequel elle a un fils, Jonathan, son second enfant après Loana (née en 1971).

Une trajectoire plus discrète depuis.

Professionnellement, son contrat avec Philips/Phonogram arrive au bout (printemps 1985). Soleil dans l'Ombre est donc le dernier LP avec ce label (1982). La suite discographique s'appelle Percuphonante, opus autoproduit (1986/Loana Melodies) par lequel elle retrouve, l'espace d'un disque, son complice Patrice Moullet.

L'année suivante, une compilation regroupant certains morceaux de Percuphonante et des 45T de la première moitié des 80's, s'invite au catalogue. Nommée Tapages Nocturnes (1987), cette collection s'accompagne d'un échec commercial, lequel traduit la mauvaise passe traversée par Catherine Ribeiro. Son passage aux Francofolies peine à masquer cette période délicate de sa vie de l'artiste, la toxicomanie de sa fille ne faisant qu'aggraver ses problèmes.

Chanteuse marginale, sa trajectoire se fait alors plus discrète. 1989...Déjà (1989), Fenêtre Ardente (1993), et des enregistrements live (L'Amour aux Nus/1992, Vivre Libre/1995, Chansons de Légende/1997) maintiennent la chanteuse à flots jusqu'en 2002, date à laquelle se reforme le groupe Alpes. Un nouvel album est prévu (La Pierre et le Vent) qui ne verra jamais le jour.

Ses apparitions se font alors de plus en plus rares et espacées. 5 ans après son passage sur la scène du tristement célèbre Bataclan (2008), elle a la douleur de perdre sa fille durant l'été 2013, renforçant un peu plus son repli sur elle-même.

Gageons que cette artiste incomparable ne tardera pas à sortir de la réclusion qu'elle s'est imposée ; pour l'heure, il semble qu'elle ait encore besoin d'un peu de temps pour soigner ses blessures. Accordons-le lui tant son chemin personnel fut douloureux (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 70'S.

LP Studio 5 - 1974

 

Catherine ribeiro alpes le rat debile 74

 

CATHERINE RIBEIRO & ALPES

LE RAT DEBILE ET L’HOMME DES CHAMPS – 1974  4/5

 

Publié en 1974.

Produit par Dominique Blanc-Francard,Alpes.

Durée:48:22.

Label:Philips/Phonogram.

Genre:rock progressif, rock en France.

 

Dans le patrimoine culturel gaulois.

 

Elle en a secoué des gars de ma génération, la Ribeiro ! Fille d’immigrés portugais, née dans une banlieue lyonnaise gangrénée par les fumées de l’industrie chimique locale, la révoltée de Saint-Fons est d’abord comédienne chez Godard (Les Carabiniers), écrit des textes, mais c’est comme chanteuse qu’elle se révèle véritablement au public gaulois.

En ce sens, l’association avec le pluri-instrumental Patrick Moullet (2Bis) en 1968, révélée par les événements sociaux dirigés contre la société traditionnelle, le capitalisme, l’impérialisme et le pouvoir gaulliste en place, s’avère décisive puisqu’elle aboutit deux ans après à l’accession de Ribeiro + Alpes (son groupe) à la reconnaissance nationale suprême : meilleure formation française de pop.

L’engouement pour la Rib est phénoménal : une nouvelle Piaf est née. Les médias apprendront à leurs dépens que la portugaise gauchiste n’est pas du genre à se laisser faire, et qu’elle reste droite dans ses bottes jusqu’au bout. Un chat est un chat, elle le pense, le clame et se fait des ennemis au sommet de l’Etat et dans la profession. Jacques Chancel (Le Grand Echiquier) en sait quelque chose.

La « Grande Prêtresse de la chanson française » est une pestiférée, une femme et artiste hors norme qui ne mâche pas ses mots et dont la qualité littéraire de son écriture engagée correspond à la lettre aux p’tits gars de 20 ans qui voulaient alors refaire le monde. Dont moi.

Belle, sensuelle, théâtrale, celle que l’on appelle la Passionara Rouge devient l’égérie de la scène pop expérimentale hexagonale, la figure incontournable des MJC et festivals (dont la fête de l’Huma à plusieurs reprises).

Catherine Ribeiro + Alpes produisent neuf albums sous Alpes dont il faut retenir notamment N°2, Ame Debout, Paix et Le Rat Débile et l’Homme Des Champs (en écoute intégrale ici), publié en 1974.

Cinquième LP, il réunit, outre sa chanteuse et son compagnon Patrick Moullet (cosmophone, percuphone), Jean-Jacques Leurion qui pratique un instrument au nom tenant plus du jargon de la botanique que celui musical, l’orgolia, lequel consiste en un grand violon métallique vraisemblablement sorti tout droit de l’imagination de Moullet, Daniel Motron (piano et orgue), Gérald Renard (percuphone, basse) et Denis Cohen aux timbales et percus.

Le Rat Débile et l’Homme des Champs est une des premières œuvres du rock à traiter de l’épineux problème de l’environnement. La Petite Fille Aux Fraises, étincelant, ouvre une première face en trois actes dont les deux suivantes (l’Ere De La Putréfaction contre un ordre social qui l’horripile et pour un monde qu’elle appelle et le sublime Un Regard Clair) sont les meilleurs éléments tandis que Poème Non Epique (suite) et ses plus de 25 minutes intenses et violentes occupent la face B. Splendeur vocale, beauté et profondeur des textes, musicalement ambitieux, ce disque est un coup d’éclat auquel, peu, dans les années 70, ont su résister (RAZOR©).

 

Face 1.

1. La Petite Fille Aux Fraises.

2. L'Ere De La Putréfaction, Concerto Alpin En 4 Mouvements.

3. Un Regard Clair (Obscur).

 

Face 2.

1. Poème Non Epique (Suite): Concerto Alpin En 6 Mouvements.

 

Catherine Ribeiro:chant.

Patrice Moullet:cosmophone,percuphone.

Daniel Motron:orgue,piano.

Gérald Renard:guitare basse,percuphone.

Denis Cohen:percussion,timbales.

Jean-Jaques Leurion:orgolia.

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