The Variations.

BIOGRAPHIE.

 

THE VARIATIONS/France

 

Variations couleur

 

Actif entre 1966 et 1977, retour en 2011 sous The New Variations.

Label:Magic,EMI,Disques Pathé,Buddah.

Genre:rock and roll,hard rock,R & B,blues-rock

Site internet:www.marctobaly.com

 

L'extraordinaire saint Sylvestre 1968.

Quand les Variacheunzes (en français les Variations) débarquent à la fin des années 60, la maison Pathé/EMI ne se fait pas longtemps prier pour mettre le grappin dessus. Dans la France yéyé et variétoche d'alors, les Variations tombent dans l'escarcelle du label à la suite d'un passage inopiné du groupe dans les studios de Joinville où se tourne le dernier volet de l'émission pop Surprise Partie, programmée pour passer sur les écrans TV le soir de la Saint Sylvestre 1968. Les Who, les Small Faces, Pink Floyd, Joe Cocker, les Equals, Fleetwood Mac sont au programme de l'émission. Le gratin de la musique britannique du moment, quoi !

Venus en spectateurs pour rencontrer leurs idoles, les circonstances font qu'ils se retrouvent acteurs. Pendant la pause, Marc Tobaly prend une gratte traînant sur le plateau et commence à égrener quelques notes. Un des membres de la production s'étonne alors de la présence de ce dernier et demande qui est ce type qui gratouille, ma foi, fort bien. On lui répond que c'est le guitariste des Variations, un groupe français.

Proposition lui est alors faite de jouer pour meubler le temps et l'espace lors du montage. Venu en camionnette avec le matériel chargé à l'intérieur, le groupe réunit ses instruments, lance un avis de recherche pour mettre la main sur le batteur Jacky Bitton, qui lui, a opté pour une journée ciné, le trouve et s'exécute.

Après avoir accompagné (en play-back) la chanteuse américaine soul P P Arnold, également invitée, les Variations entament avec un des titres qu'ils jouent régulièrement. Ils vont finalement en enchaîner 7, dont Everybody Needs Somebody To Love, Satisfaction, Devil With A Blue Dress On et Mustang Sally. Le 31 décembre 1968, des millions de téléspectateurs ont le bonheur de découvrir les Variations et leurs 7 chansons.

Les Black Sabbath marocains.

Les Variations sont nés de l'autre côté de la Méditerranée, du Maroc plus précisément, d'où sont originaires 3 des 4 membres. Jo Leb, chanteur, et Jacky Bitton, batteur, sont de Casablanca tandis que Marc Tobaly, le songwriter et guitariste, vient de Fez. Le 4ème larron est un parisien pur jus ; P'tit Pois, Jacques Grande pour l'état-civil, est du 19ème. Il est le seul décédé à ce jour (16 juin 2011).

Mais avant de devenir les défricheurs de la filière pop music gauloise, d'entraîner à leur suite les Martin Circus, Dynastie Crisis, Alice, Zoo ou Triangle, d'être les Black Sabbath marocains, le premier groupe français à tourner aux Etats-Unis et à y avoir travaillé et réussi, il faut en passer, pour Marc Tobaly, par les P'Tits Loups qui, avec un répertoire des Shadows, des Stones et des Beatles notamment, se produisent partout où c'est possible sur Fez : la piscine, les bals, les cinémas, en plein air. Le groupe dure trois ans.

Marc Tobaly rencontre alors Jo Leb, un chanteur explosif dont on dit qu'il pète le feu sur scène, puis tombe sous le charme de Jacky Bitton, batteur des Jets, le groupe en vogue à Casablanca, qu'il découvre en ouverture d'un concert des Shadows.

Variations jacky bittonUne aventure commencée au Maroc (Jacky Bitton)...

Variations usa...prolongée avec succès aux Etats-Unis.

Variations posterSigné par Pathé au lendemain du 31 décembre 1968.

Variations first singleUn premier single fait au Danemark.

Variations golf drouotLe Golf Drouot : le graal.

Variation lebJo Leb.

Variations bittonJacky Bitton

Variations tobalyMarc Tobaly.

Un été à Paris...

Durant l'été 66, après avoir débarqué à Paris où il est supposé rejoindre son frère ainé Alain et sa sœur Magda, il apprend que ceux-ci sont à Londres. Il prend la direction de l'Angleterre et s'installe avec eux dans un petit appartement.

Pendant qu'Alain travaille au Coffee Shop du coin, Marc va gratter du côté de Piccadilly Circus, avant de trouver un emploi pour chanter les soirs dans une pizzeria. Il prend goût à cette vie de bohême et ne reprend pas ses études à la rentrée 1966. Il se fixe à Paris où il ne ménage pas ses efforts pour rechercher une formation.

Comme il ne la trouve pas, il décide de réunit lui-même quelques musiciens et de fonder son propre groupe. Le hasard fait le reste. Il lui fait rencontrer deux étudiants, Jacques Micheli et Guy de Baer, respectivement guitariste et bassiste, puis par le biais d'une petite annonce recruter le batteur des Jets, Jacky Bitton, lequel poursuit ses études dans la capitale.

Les répétitions sont à peine engagées que Marc et son frère jugent qu'il faut étoffer le groupe avec un chanteur de poids. Les auditions n'ayant rien donné, il a en tête de prendre contact avec Jo Leb, le seul à avoir l'étoffe pour le poste. Chanter, mais chanter en anglais surtout.

Fin décembre 66, les Variacheunzes s'annoncent.

Par un heureux concours de circonstance, son frère le déniche dans un café du Boulevard Saint-Michel ; il s'avère que ce dernier, après un séjour niçois, vient juste d'arriver sur les bords de Seine. Tobaly, Leb, de Baer, Micheli et Bitton forment le premier line-up de ce qui va officiellement déboucher sur les Variations.

Micheli et de Baer s'en détachent alors, privilégiant leur études à une vie rock & roll. Le groupe évolue un temps en trio avant, fin décembre 1966, de voir son effectif grossir avec l'apport du bassiste parisien d'origine italienne Jacques Grande.

Les Variations sont nés ; ils ont la foi, l'envie, l'énergie, l'ambition et le potentiel pour arriver à leurs fins et il en faut dans ce contexte où la presse spécialisée française se montre particulièrement dure à l'endroit des artistes français, où les médias parisiens préfèrent tourner leur regard vers le Royaume-Uni et les Etats-Unis et où le circuit hexagonal des concerts est pauvre, mal organisé et très mal payé.

Le Golf, le graal.

Alain Tobaly en devient le manager, lequel dégote quelques petits engagements dans la périphérie de Paris avant de toucher le graal dont rêvent ceux qui savent alors aligner quelques accords : gravir, comme 6000 artistes ou groupes célèbres ou restés inconnus, les 40 marches menant au podium du mythique Golf Drouot, le temple du rock parisien.

Invités par Henri Leproux, gardien de ce temple, à exprimer leur talent sur cette scène foulée par les Chaussettes Noires, Dutronc, Johnny, les Who ou Davie Bowie, les Variations enlèvent haut la main le tremplin du jour. Un tremplin vers la gloire en fait, car dès le week-end suivant, ils s'y produisent en vedette principale.

Au printemps 1967, avec un répertoire alimenté par les reprises de Little Richard, Elvis Presley, Chuck Berry et les Rolling Stones, les Variations commencent à sillonner le Vieux Continent : Allemagne, Scandinavie, Suisse, avant de revenir en France. Les engagements s'enchaînent régulièrement, par contre, toujours pas le moindre contrat avec une maison de disques.

Bien qu'un seul petit single ait jusque là été enregistré au Danemark (Mustang Sally/Spicks and Specks – Triola/octobre 1967), cette situation n'affecte en rien sa popularité et sa motivation.

Elle n'est malheureusement que le reflet d'un mal qui touche toute l'école française s'étoffant dans le sillage de la formation de Marc Tobaly et qui n'a que les rares manifestations nationales et celles des pays limitrophes pour briller. La fin de l'année 1968 et l'opportunité offerte par Télé 2000 de figurer au générique de Surprise Partie change carrément la donne.

Pathé, RSO, Claude-Michel Schoenberg, Sacha Reins, Johnny...

Convaincu par la force de la performance en direct entrevue le 31 décembre, certaines maisons de disques se manifestent dès le lendemain mais c'est Pathé qui enlève le morceau.

En vérité, le contact se fait par la filiale française de RSO, la société de l'australien Robert Stigwood (Clapton, Bee Gees) et par l'intermédiaire de son directeur Claude Ebrard.

Ce dernier négocie un contrat de licence avec Pathé et devient leur producteur, tandis que le label leur met à disposition Claude Michel Schoenberg, directeur artistique chez Pathé, qui aura aussi à s'occuper de Triangle et de Wallace Collection.

Les Variations entrent en studio début 1969. Un choc pour ceux qui n'ont alors connu que la scène et qui ignorent tout des techniques d'enregistrement. Comme ils ne sont pas encore prêts pour un LP, tout ce joli monde enregistre un single. C'est Come Along (N° 67) dont la face B est couverte par Promises (mars 1969).

Un gros mois plus tard, Johnny Hallyday les convie à passer en vedette américaine lors de son passage au Palais des Sports. Les Variations s'y montrent à leur avantage, au point qu'ils ont droit à un bel article dans la revue musicale Salut Les Copains.

Nador, c'est fort, très fort.

Un second single tombe à l'automne 1969 (Wha'ts Happening/Magda). Il précède leur passage en deuxième partie de Led Zeppelin dans le cadre de Piston 70, organisé le 6 décembre 1969, par l'Ecole Centrale de Chatenay-Malabry.

Il n'est pas meilleur biais pour entrer de plain-pied dans une carrière. Celle des Variations débute véritablement ici qui va désormais être de tous les festivales et ouvrir son compteur discographique studio (LP).

Après la sortie de Free Me (N° 41)/Generations au printemps 1970 et de What A Mess Again/Nador (septembre 1970), le groupe va passer de nada à Nador. Après une période encore infructueuse, il publie, en effet, un premier album, Nador, dont le nom réfère à une ville du Maroc bordée par la Méditerranée.

Il tombe dans les bacs en octobre 1970 ; depuis le temps que le public attend, il ne va pas pas être déçu.

Enregistré en Angleterre et entièrement chanté en anglais (exception faite de Generations), teigneux, lourd, puissant, propulsé par une section rythmique de feu, ravitaillé par un songwriter-guitariste doublement compétent et inspiré, porté par un chanteur-frontman aussi talentueux que charismatique, Nador, puissant mélange de blues-rock, de pop et d'influences venues de la musique traditionnelle marocaine (on évoquera le Morrocan Roll) s'avère de haute volée musicale du premier au dernier titre.

Nador, c'est fort, très fort. Au point de se mêler sans complexe à la lutte discographique internationale ambiante.

Malheureusement, dans la France pompidolienne, le rock français n'a pas la reconnaissance de la panse de ses pairs. Nador, sorti par un groupe anglo-saxon lambda aurait eu les faveurs du public. Pas dans cette France coincée du fion où le rock gaulois n'a pas sa place.

A eux l'Amérique !

Sacha Reins, journaliste pour Best, s'en offusque dans les Liner Notes du second LP, Take It Or Leave It (1973). Son coup de gueule contre cette presse qui boude notre école pop-rock donne le ton revanchard du disque.

Ce qu'il n'obtient pas chez lui, le groupe va le chercher à l'étranger dès le 6 novembre 1972 où il s'envole pour les Etats-Unis pour une tournée américaine qui le voit ouvrir pour des groupes comme Sha Na Na ou Allman Brothers Band.

A l'époque, Alain Tobaly engage un partenariat avec Doug Yeager et Charles Benanty de Applewood Productions (New York). Il aboutit, 6 mois plus tard à Je Suis Juste un Rock 'n' Roller (N° 7) meilleure vente réalisée par le label.

Le titre flirte avec les premières places du hit-parade. Entre temps, Jo Leb quitte, puis réintègre le groupe en février 1972. De son côté, P'tit Pois est momentanément remplacé par Alain Suzan d'Alice mais tout rentre dans l'ordre à l'amorce de la première tournée américaine.

Tout ce joli monde est bien présent dans l'effectif que Pathé envoie aux Etats-Unis pour enregistrer Take It Or Leave It. Enregistré entre le 9 et le 16 avril 1973 dans les mythiques studios Stax de Memphis, Take It Or Leave It, produit par le grand Don Nix (George Harrison, John Mayall) et arrangé par les membres du groupe, bénéficie de l'apport de musiciens de studio américains comme Larry Raspberry (piano), Ken Woodley (orgue) et des choristes Reni Crook et Steve Smith.

Variations marc tobaly photo david baerst

« Avec le recul, je me dis que notre carrière aurait été plus importante en France si nous avions chanté dans la langue de Molière. Aussi bien au niveau de la notoriété que de la vente des disques. Je peux dire, aujourd’hui, que chanter en anglais nous a desservis. Le peu de choses que nous avons fait en français a cartonné. Le groupe Téléphone a repris le flambeau avec le résultat que l’on connaît. » (Marc Tobaly)

Doté d'un son très stonien, l'album est une seconde réussite de rang qui aurait mérité un meilleur sort pour une formation ayant désormais une stature internationale en ouvrant pour Tim Buckley ou les New York Dolls (été 1973). A la fin de l'année 1973, les Variations ont la primeur du magazine musical télévisé Pop 2 (Patrice Blanc-Francard), le rendez-vous incontournable de la musique et de la culture pop-rock hexagonale.

Plus libre, plus exotique, plus pro.

Solidement ancrés aux States, ils prennent la direction d'Atlanta pour commencer les enregistrements du troisième opus, Moroccan Rock (1974), fait pour le label américain Buddah Records. Ce disque, par lequel s'invite Maurice Meimoun et son violon, ainsi que l'organiste Jim Harris, est fortement marqué par les origines nord-africaines de ses membres. Il véhicule, en effet, de fortes influences sonores marocaines et le fait ne passe pas inaperçu dans l'Amérique du moment. En France, c'est toujours l'indifférence qui prédomine.

Jo Leb n'y apparaît que sur 4 titres, signe d'une tension commençant à poindre en interne entre lui et Marc Tobaly notamment, la clé du son de ce Variations artistiquement plus libre, plus exotique, plus frais, plus mature et professionnel. Ce dernier et Jacky Bitton se partagent le chant sur la majorité des plages.

Ce qui est perceptible alors devient réalité : après une tournée française qui passe surtout par l'Olympia (17 juin 1974), le groupe perd Jo Leb, pas très chaud pour prolonger chez l'Oncle Sam. Il n'est donc pas de Café de Paris (1975), le 4ème et dernier tome du catalogue des Variations. Le franco-tunisien Robert Fitoussi, alors choriste et bassiste auprès de Vangelis Papathanassiou (Aphrodite's Child) pallie le retrait de Leb.

Café de Paris est enregistré à New York aux Bell Sound Recording Studios, endroit où les Flamin' Groovies ont enregistré quelques années auparavant le sublime Teenage Head (1971). Malhreureusement, à un moment où la société commence à battre de l'aile ; elle déposera le bilan deux ans plus tard.

Superman, Superman.

L'ultime volet vinylique du groupe, plus soft, déçoit, bien que puisant encore dans l'ADN nord-africain de ses membres ; Michael Wendroff (non crédité) leur est imposé à l'écriture par le label, tandis que Robert Meimoun y prend une part très active. Fitoussi chante dans un autre registre que Leb. Bref, tous ces changements font que l'on ne retrouve plus ceux que l'on assimilait hier encore à Led Zep ou aux Stones. Inégal, l'album n'imprime pas malgré un formatage pour les radios, à l'image de Superman Superman qui se place 35 des charts US.

Au final, ça + ça + ça font, qu'à la longue, la formation se resigne. Elle baisse d'autant plus les bras qu'un concert en ouverture des Stones est finalement annulé et que Fitoussi (futur F.R David, auteur de Words/1982) doit se faire soigner. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase ; les Variations splittent en 1975, restant à ce jour, un des seuls combos français, en tout cas le premier, à avoir réussi outre-Atlantique. Peu de formations peuvent en dire autant (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 70'S.

LP Studio 1 - 1970

 

Variations nador

 

THE VARIATIONS

NADOR – 1970  5/5

 

Publié en 1970.

Produit par Variations.

Durée :34:05.

Label:Magic,Pathé.

Genre:hard rock, blues-rock.

 

Et voici, The "Variacheunzes"…

 

La France musicale de la période fin 60/début 70 était ou pop ou variétés, ou n’était pas. C’est aussi simple que cela. Le terme de pop englobait une kyrielle d’artistes qui allaient des derniers yéyés rescapés des années 60, en mal de reconversion, aux groupes qui galéraient pour gagner leur vie ou pour s’exprimer, en passant par certains profils, plus proches de la variété et qui flirtaient souvent avec le rock, sans vraiment s’y plonger. A boire et à manger, donc.

L’un des premiers à être étiqueté premier groupe de rock sur le sol hexagonal fut The Variations, qui, remarqué lors d’un passage TV pour le réveillon 1968 (l’émission Surprise Partie que vous pouvez voir sur les archives de l’INA à laquelle participaient aussi Rod Stewart, The Who, Traffic, Fleetwood Mac… ), fut, en quelque sorte, celui par lequel une chasse ouverte aux les groupes français du moment fut lancée par les impresarii.

Les Devotion (Philips), Martin Circus (Vogue), Triangle (Odéon/Pathé Marconi), les Alan Jack Civilization, Alice, Ame Son du label BYG, Zoo (Barclay), Dynastie Crisis (Something Else), Catharsis (Masq de Bergerat), Catherine Ribeiro et Alpes (Festival), sont quelques éléments parmi tant d’autres de la résultante de cette chasse au groupe pour dénicher l’oiseau rare dans un patrimoine riche et à portée de main.

Un vrai rock à la française a les moyens d’exister. Les Variations, pas les premiers non plus à jouer du rock en France, ont valeur de pionniers dans nos murs. Il est vrai qu’ils ont tout pour plaire : la jeunesse, la beauté, l’indispensable côté rebelle pour faire plus vrai. Hélas, la France n’est pas la place propice pour l’épanouissement de nos groupes.

On en pince alors encore trop pour les repentis des sixties et la variétoche ; les concerts sont mal organisés ou très rares ; les moyens financiers sont très réduits au niveau des promotions, des enregistrements ; les musiciens sont très mal payés ; les médias s’en foutent royalement, préférant se tourner vers l’Amérique, plus lucrative ; les presses musicales ont d’autres chats à fouetter et la France se remet lentement de la guerre d’Algérie.

Faire un disque ou partir en tournée relèvent d'un vrai parcours du combattant qui a de quoi rebuter. Il convient donc d’avoir la foi pour rester dans le métier. Les Variations en passent par là, mais ont l’intelligence de ne pas s’obstiner sur cette scène inculte.

C’est en Hollande et au Danemark qu’ils vont d’abord chercher leur bonheur. Le Star Club de Copenhague est une étape importante pour le groupe qui lui permet de côtoyer les Small Faces, Vanilla Fudge et Hendrix avec lesquels les petits français tapent le bœuf, preuve, s’il en est, qu’ils n’ont rien à envier aux anglo-saxons et autres.

Sortis vainqueurs du tremplin 1966 du Golf Drouot, il n’est pas meilleur examen de passage à l’époque, Les Variations attisent les curiosités en Europe, en Allemagne plus particulièrement (du Savoy Club de Hanovre en passant par Hambourg, Kiehl, Cologne…) et, enfin, en France (ils sont le premier groupe de rock à faire l’Olympia et feront le fameux Winterland américain, objectif de tous les groupes du monde).

Constitué de Jo Philippe Lebb (un b ou deux b, je n’ai jamais été foutu de savoir ?), un pur chanteur de rock dans le style Jagger, de Marc Tobaly, un guitariste puissant, élégant, et compositeur inspiré, de Jacques Grange dit P’tit Pois, gueule de titi parisien et bassiste, et Isaac Bitton de Casablanca, alias Jacky Bitton, troisième batteur européen à l’époque.

Les charismatiques Variations signent pour EMI/Pathé, leur premier contrat, et sortent successivement, en 1969, deux 45 Tours , moins coûteux à produire et à distribuer, Come Along, sous la direction artistique d’un certain Claude Michel-Schoenberg (Le Premier Pas), puis What’s Happening. Et oui, ils chantent en anglais, chose rare pour des frenchies.

Ces premiers pas vinyliques aboutissent à Nador (en écoute intégrale ici), leur premier album. Il est très attendu, compte tenu du talent que la critique prête à ces jeunes un peu frimeurs, qui tournent à deux 45 Tours par an en moyenne, dont l’inspiration se situe du côté du Led Zep ou des Stones et qui arpentent l’Europe dans le sillage des Cream, Taste, Hendrix qu’ils croisent sur les concerts.

Nador est une très belle page du rock français, nourrie par une excellente musique électrique, rebelle, musclée, tantôt rageuse, agressive, tantôt bluesy ou groovy, s’appuyant sur une rythmique (P’tit Pois et Bitton) efficace, solide, et accompagnée d’un chant à la belle raucité et chaleureux (Lebb). Ajoutez-y un guitariste (Tobaly), soliste raffiné, qui n’hésite pas à souquer ferme, si le besoin s’en fait sentir.

Les origines marocaines de trois des quatre membres (hormis P’tit Bois) dotent cet album très cohérent de belles influences orientales (Nador, une ville de leur Méditerranée natale).

C’est du haut niveau, dense, précis, inspiré (Tobaly signe de belles compositions) et collectif ; le rock gaulois y dame le pion aux anglo-saxons. Pour preuve : What A Mess Again, Waiting For The Pope, Nador, Generations (en français), Free Me, Completely Free, Come Along, What’s Happening… difficile de s’imaginer combien notre rock est redevable à Nador et aux Variations (RAZOR©).

 

1. What a Mess Again.

2. Waiting For The Pope.

3. Nador.

4. We Gonna Find The Way.

5. Generations.

6. Free Me.

7. Completely Free.

8. Mississippi Woman.

9. But It's Allright.

 

Jacques Grande (P'tit Pois):basse.

Jo Leb:chant.

Marc Tobaly:guitare.

Jacky Bitton:batterie.

LP Studio 2 - 1973

 

Variations take it or leave it

 

THE VARIATIONS

TAKE IT OR LEAVE IT – 1973  4/5

 

Publié en 1973.

Produit par Don Nix.

Durée:38:04.

Label:Pathé,Magic Rcords.

Genre:blues-rock,hard-rock.

 

Inscrit au patrimoine rock français.

 

Nador n’a pas rencontré le succès auquel il était destiné malgré sa grande qualité. Les Variations frappent fort dans les esprits mais ne récoltent pas les dividendes dans les bacs. La France ne leur déroule pas le tapis rouge comme ils auraient pu l'espérer, cette France où il est difficile de réussir quand on est rock 'n' roller, qu'on a les cheveux longs et que l'on chante dans la langue de Shakespeare.

Les Variations sont confrontés aux mêmes difficultés que les autres formations de l’hexagone, dans un environnement qui ne se soucie guère d’eux.

Sacha Reins, journaliste de Best, ne se prive d'ailleurs pas pour le souligner dans les notes de l'album Take It Or Leave It, sorti en avril 1973, soit 4 ans après Nador.

Le titre du deuxième LP de ces français nés de l'autre côté de la Méditerranée est révélateur de l'état d'esprit et de la frustration animant la troupe et ses supporters : prends ça ou laisse-le ! On ne peut être plus clair : c'est à prendre ou à laisser.

Puisque la France ne sait pas reconnaître les mérites du groupe, celui-ci se tourne vers les Etats-Unis où il décide de poursuivre sa carrière. Star sur l'échiquier européen, groupe français en vogue, la formation s'exile chez l'Oncle Sam où Don Nix se propose de les produire. Don Nix ? C'est Eric Clapton, Jeff Beck ou John Mayall. Donc du lourd.

Joe Leb (remplacé par David Chevalier) les a entre temps provisoirement quittés en 1971, de quoi rater les enregistrements d’Only You Know et de I Was Down. Idem pour P’tit Pois, débarqué en 1972 et qui fait son retour pour la tournée américaine.

Comme dans l'album précédent, la formation se montre collectivement costaude. Take It Or Leave It est produit à Memphis (studios Stax) et balance entre heavy rock et R & B ; il manifeste encore beaucoup de cohérence, de saine agressivité et de mordant, au point que l’on peut considérer ce travail comme l'autre pièce incontournable du catalogue des Variations.

Silver Girl, Help Me Marianne, All I Want To Know, Take The Time To Live, I Need Somebody, Rock 'n' Roll Jet ont droit de cité parmi les meilleurs titres du rock gaulois. Indispensable, ce disque fait partie de notre patrimoine rock des 60's/70's (RAZOR©).

 

1. Silver Girl.

2. Help Me Marianne.

3. Make You Mine.

4. All I Want To Know.

5. Take The Time To Live.

6. Walk Right Down.

7. Rock'n' Roll Jet.

8. I Need Somebody.

9. If I Can Do It.

10. C'mon Joe.

 

Jacques Grande (P'tit Pois):basse.

Jo Leb:chant.

Marc Tobaly:guitare.

Jacky Bitton:batterie.

Larry Raspberry:piano.

Ken Woodley:orgue,choeurs.

Reni Crook,Steve Smith:choeurs.

LP Studio 3 - 1974

 

Variations moroccan roll

 

THE VARIATIONS

MOROCCAN ROLL – 1974  4/5

 

Publié en 1974.

Produit par Don Nix, Ralph Moss,The Variations.

Durée:35:07.

Label:Buddah Records,Magic Records.

Genre:Blues-rock,blues,hard rock.

 

L'ADN des Variations.

 

Buddah Records permet à Variations de réaliser un troisième album. Démarré aux Etats-Unis (Atlanta), son enregistrement est finalisé dans les studios de Boulogne, en février 1974.

Doté de belles colorations orientales (trois des quatre membres de Variations sont d’origine marocaine), on retrouve, derrière ce disque, Maurice Meimoun, l’enfant du Magreb, violoniste, que Jacky Bitton, le batteur sollicite pour donner, en qualité d’expert dans le genre, une coloration exotique aux compositions de Marc Tobaly (Jim Harris, organiste, se joint également au projet).

Parti d’un bœuf pour tester, la collaboration débouche sur ce magnifique et original Moroccan Roll, dernier album avec Jo Leb au chant (il figure sur quatre titres).

Il reste de cette réunion musicale improvisée, la trace indélébile qu’est Kasbah Tadla (la Maison De Dieu). Moroccan Roll sonne différemment ; la fusion entre le rock de Variations et les sonorités magiques du jeu de Meimoun atteint des sommets, mais surtout, séduit les américains clients de ce type de musique.

Le Winterland, salle alors très prisée, se profile à l’horizon pour nos petits français et Maurice Meimoun, l’artiste qui fait l’amour avec son violon… Les soirées du Maurice, bon père de famille, rangé des bagnoles, ont été très animées, dit-on.

C’est durant cette tournée que Café De Paris prend forme. Album très intéressant, car peu de groupes se sont prêtés à ce genre à cette époque (RAZOR©).

 

1. Moroccan Roll.

2. I Don't Know Why.

3. Did It.

4. Kasbah Tadla.

5. Growing Stronger.

6. Lord (Give Me Money).

7. Leslie Lust.

8. Sanglots (Tears).

9. All I Want To Know.

 

Maurice Meimoun:violon.

Marc Tobaly:guitare.

Isaac (Jacky) Bitton:batterie.

Jacques Grande (P'tit Pois):basse.

Joe Leb:chant.

Jim Morris:piano,orgue.

LP Studio 4 - 1975

 

Variations cafe de paris

 

THE VARIATIONS

CAFE DE PARIS – 1975  3/5

 

Publié en 1975.

Produit par Lewis Merenstein,Michael Wendorff.

Durée:33.29

Label:Buddah Records.

Genre:blues-rock,hard rock.

 

Une fin en queue de poisson.

 

J’étais de la sortie vinylique de Café De Paris, ce disque de 1975 qui fait suite à Moroccan Roll, album par lequel Variations a incorporé des influences orientales à sa heavy rock torride. Celles-ci sont reconduites ici, mais n’opèrent plus avec la même magie que précédemment.

Café De Paris est, en quelque sorte, le chant du cygne des franco-marocains. Jo Lebb, son chanteur, est parti sous d’autres cieux et son remplaçant, Robert Fitoussi ne me paraît pas au même niveau pour pérenniser l’affaire (Fitoussi, passé sous le nom de F.R David cartonnera avec Words en 1982).

Réalisé par Lewis Merenstein, l’homme derrière Van Morrrison, il est enregistré aux States (New York) où il atteint le top 200 du Billboard, porté par Superman, Superman qui, lui, fait 36 dans les charts.

A part cela, rien de bien probant à signaler, si ce n’est une belle pochette que l’on doit à Guy Pellaert, graphiste belge, auteur des pochettes Diamond Dogs pour Bowie et It’s Only Rock & Roll pour les Stones, de Jodelle, Pravda, La Survireuse, ainsi que des images de Rock Dreams, dont il fut co-auteur.

La carrière de Variations se finit en queue de poisson. Ces jeunes loups talentueux ont certes conquis l’Amérique, mais sont passés à côté d’une belle carrière en France où ils n’ont jamais été reconnus à leur juste valeur.

Ils ont toutefois eu le nez fin de ne pas se fourvoyer dans le glam rock qui leur tendait les bras et de conserver leur identité jusqu’à leur séparation en 1975.

A l'heure du bilan, malgré ce final décevant, ce fut une bien belle aventure. Les Variations ont porté haut l'étendard de notre rock (RAZOR©).

 

1. I Don't Know Where She'll Go.

2. Sit Back Home Again.

3. Superman Superman.

4. Maybe Forever.

5. Come Now.

6. Berberian Wood.

7. It's Alright.

8. Everybody's Got The Blues.

9. Shemoot.

 

Maurice Meimoun:violon.

Marc Tobaly:guitare.

Isaac (Jacky) Bitton:batterie.

Robert Fitoussi:chant.

Jim Morris:piano.

Jacques Grande (P'tit Pois):basse.

 

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