Alan Wilson.

BIOGRAPHIE.

 

ALAN WILSON/Arlington (Massachussetts)

 

Alan wilson 4

 

Né Alan Christie Wilson, dit The Blind Owl.

Né le 4 juillet 1943 à Arlington (Massachussetts), mort le 3 septembre 1970 à Topanga (Californie).

Actif entre 1960 et 1970.

Label:Liberty Records.

Genre:blues,blues-rock,boogie rock.


Un génie musical oublié.

Fito de la Parra, son partenaire au sein de Canned Heat, dit de lui que, sans ses lunettes, il n'était pas capable de reconnaître quelqu'un à deux pas. C'est en partie en raison de sa myopie profonde qu'il a hérité, dans le milieu du rock, de son surnom de Blind Owl, autrement dit de chouette aveugle. Ajoutez-y des rondeurs et vous avez l'explication du sobriquet.

Si la chouette regroupe près de 200 espèces, lui, Alan Christie Wilson, était unique. Né dans le Massachussetts en 1943, mort en septembre 1970 à Topanga Canyon, l'enclave en vogue pour les artistes et musiciens du moment, ce très bon guitariste doublé d'un harmoniciste hors pair, diplômé en musique, spécialiste du blues et de la musique orientale, co-fondateur de Canned Heat dont il a interprété les grands tubes comme On The Road Again ou Going Up The Country, est mort à l'âge de 27 ans d'une overdose de barbituriques.

Comme Jim Morrison, Jimi Hendrix, Robert Johnson, Brian Jones ou, plus près de nous, Kurt Cobain ou Amy Winehouse, ce musicien dont le génie est souvent mésestimé, compte parmi les brillants disparus du tristement célèbre club des 27.

Un expert du blues unanimement respecté.

Alan Wilson a grandi à Arlington, dans le Massachussetts. Il y est devenu un excellent musicologue de blues, spécialisation qu'il a travaillé à l'Université voisine de Boston par la réalisation d'une thèse sur le sujet, puis qu'il a développé en signant des articles dans des presses locales. Son expertise sur les racines du blues et les musiciens du genre l'ayant précédé a, depuis sa publication, été unanimement reconnue.

Alan wilson 1

Alan wilson 5

Très influencé par les Charley Patton, Robert Johnson, John Lee Hooker, Muddy Waters, Son House, Booker White, Tommy Johnson, c'est toutefois de Skip James dont il a disséqué les enregistrements de 1931, qu'il se rapproche le plus. Il en est tellement imprégné qu'il se met à copier sa manière de chanter. Mieux, quand Son House, après un long silence loin du milieu, revient en 1964 et s'aperçoit qu'il ne connaît plus les accords de ses chansons enregistrées en 1930 et 1942, c'est le jeune freluquet boutonneux blanc, alors acteur de la scène de Cambridge, qui le remet en selle et lui montre comment les rejouer.

Deuxième enfant de Jack Wilson et d'une pianiste, Shirley Brigham, Alan est un musicien précoce qui, après avoir appris l'utilisation du trombone, fait ses premiers pas dans une formation de jazz du nom de Crescent City.

Il est encore ado et, du jazz, connecte rapidement avec le blues via Muddy Waters pour la guitare et Skip James pour la voix et l'harmonica. Parallèlement à ses passages dans les clubs de Cambridge, il se met aussi à enseigner ces instruments.

La naissance de Canned Heat.

En 1965, il contribue à l'achèvement de la thèse du guitariste John Fahey sur la musique de Charley Patton, auprès de l'Université de Los Angeles. En déménageant en Californie pour être au plus près des travaux de Fahey (c'est lui qui surnomme Wilson, de The Owl, pour la première fois), il fait la connaissance de Bob Hite, employé chez un disquaire de la place et grand collectionneur de disques de blues. Le projet de fonder un groupe de blues germe à l'occasion de cette rencontre.

Fahey, Hite et Wilson se réunissent régulièrement dans une communauté partageant leur passion du blues. Elle a élu domicile chez Hite, dit l'Ours, The Bear en anglais. Mike Perlowin, membre régulier de ces réunions, se joint au trio motivé pour monter un jug band.

Les premiers pas de cette formation se font avec Fahey, Perlowin, Hite et Wilson ainsi que le bassiste Stu Brotman (Mark Andes lui succède) et Keith Sawyer (batterie). Perlowin et Sawyer abandonnent très vite la formation. Kenny Edwards remplace Perlowin et Ron Holmes Sawyer, en attendant de trouver mieux.

Au final de ce jeu de chaises musicales, le projet réunit Hite, Wilson et Henry Vestine, dit le Tournesol (Sunflower), classé comme pestiféré et viré par Zappa et les Mothers pour écarts de conduite répétés, rencontré à l'Ash Grove et préféré à Edwards. Suivent le batteur de jazz expérimenté Frank Cook qui éjecte Holmes du siège et Larry Taylor (The Mole), bassiste de sessions pour les Monkees et Jerry Lee Lewis. Canned Heat est né, c'est ce line-up qui assure le premier LP (juillet 1967).

Son nom est emprunté au titre de Tommy Johnson, un obscure bluesman des années 20 : Canned Head Blues (1928) . Il réfère à une drogue de substitution que Johnson ingérait régulièrement. Nous sommes en 1965 et Alan Wilson s'engage alors pour une belle aventure qui faillit capoter en août 1966 quand Vestine et Wilson, considérés par le milieu comme la meilleure paire de guitaristes du monde, rejoignent, pour quelques mois seulement, les Electric Beavers. Finalement, elle ne durera, hélas, que 3 ans.

Alan wilson fito de la parra

« Alan Wilson et Bob Hite étaient d'excellents musicologues, collectionneurs de disques. Leurs personnalités étaient différentes : c'était Laurel et Hardy. Laurel le petit, c'était Alan et Hardy le gros, c'était Hite. Malgré leurs différences, ils aimaient le même genre de musique. Ils étaient très instruits, surtout Alan qui a appris la musique à l'Université de Boston. Par ailleurs, il était un sublime joueur d'harmonica et un extraordinaire guitariste. Ils étaient les pères-fondateurs de Canned Heat dans tous les sens du terme, jusqu'au concept. » (Fito de la Parra)

On The Road Again, Going Up The Country...c'est lui.

Alan « The Owl » Wilson est notoirement connu pour sa grande virtuosité à l'harmonica. Outre la slide et le chant, il est un fameux harmoniciste. Mike Bloomfield avec lequel il était très lié, l'a présenté à Charlie Musselwhite, une sommité de l'instrument en question, comme le plus grand joueur d'harmonica, disant de lui qu'il pouvait réaliser des choses jamais entendues avant. Dans Canned Heat, l'harmonica, c'est lui. Son solo sur On The Road Again, hit mondial, est un modèle du genre et contribuera, comme sa voix aiguë empruntée à Skip James, à la célébrité du morceau.

Going Up The Country, N° 1 dans 25 pays, est l'autre grand fait d'armes de Wilson. Non seulement il signe les arrangements de flûte de ce qui restera comme l'inoubliable hymne officieux du festival de Woodstock avant de servir de support à la pub Renault, mais sa voix de contre-ténor est la cerise sur le gâteau. Celle-ci est identifiable spontanément.

Une part très active dans le succès de Canned Heat.

Les trois ans que passera Wilson au sein de Canned Heat lui permettent de prendre une part active dans la discographie du groupe ; il est présent sur les 5 premiers LP : l'éponyme Canned Heat (1967), Boogie With Canned Heat (janvier 1968), le double Living The Blues (novembre 1968), Hallelujah (juillet 1969) et le bel album de blues-rock qu'est Future Blues (août 1970), publié un mois avant sa mort et alors que Canned Heat vient de participer à la deuxième édition du festival de Wight. A cela, il convient de rajouter Hooker N' Heat, double LP de John Lee Hooker, enregistré en mai 1970 et il était très honoré, Hooker comptant parmi ses idoles.

Alan Wilson, après avoir interprété quelques duos avec John Lee et joué du piano sur ce disque, foule ici un studio pour une des toutes dernière fois. Sur la pochette de cet opus sorti en janvier 1971, soit 4 mois après la disparition de la Chouette, ce dernier n'apparaît pas au milieu de ses collaborateurs mais dans un cadre sur le mur, la photo étant postérieure à son mort. Sa dernière apparition en studio avec Canned Heat est située à juillet 1970 où il signe un dernier magnifique boogie, Human Condition. Ce titre est également celui par lequel il effectue sa dernière sortie en public, à Kralingen en Hollande.

Alan wilson going up

Canned heat on the road again

Satanée année 1970 !

Avec la popularité internationale dont jouit Canned Heat et à laquelle il est étroitement lié, c'est un Alan Wilson épanoui que le rock aurait du retrouver en 1970.

En fait, c'est tout le contraire ; l'homme est au fond du trou et son physique est en partie responsable de sa propension à broyer du noir en permanence.

Il n'a pas de succès auprès des femmes et est très affecté par les problèmes environnementaux de l'époque, étant lui-même un écolo très engagé ; ça le mine au point qu'il fait deux tentatives de suicide.

Il souffre seul et ses problèmes psychologiques, pour ne pas dire psychiatriques, ne sont pas soignés comme il se doit. Pris trop tard, ils conduisent à un internement en milieu spécialisé.

Le 3 septembre 1970, année fatale pour un rock qui perd en l'espace d'un mois trois de ses figures les plus marquantes (Wilson, Hendrix et Joplin), son corps est retrouvé dans un sac de couchage au pied d'un arbre de la propriété des Redwoods de Bob Hite.

Alan Wilson est mort d'une overdose de barbituriques mélangés à du gin. Depuis sa mort, les enregistrements posthumes viennent se greffer les uns après les autres sur son C.V, l'un des plus novateurs d'un blues dont il a cherché en permanence à repousser les limites (RAZOR©).


 

DISCOGRAPHIE CANNED HEAT 60'S/70'S.

LP Studio 1 - 1967

 

Canned heat lp 1er pochette f a

 

CANNED HEAT

CANNED HEAT (ROLLIN' AND TUMBLIN') - 1967  4/5

 

Publié en juillet 1967.

Paroduit par Cal Carter.

Durée:38:05.

Label:Liberty.

 

Le blues blanc, ça existe.

 

Dans la discographie officielle de Canned Heat, le point de départ est Rollin’ And Tumblin’ (appelé d’abord Canned Heat, il me semble) de juillet 1967. Vintage de 1966, l’album précédent, ne fut publié qu’une fois le groupe devenu vraiment populaire, autrement dit en 1970.

Canned Heat est donc le premier, sorti dans la foulée du festival pop de Monterey. Il se fait sous label Liberty Records (qui éditait aussi le Nitty Gritty Dirt Band, Ike & Tina Turner) de Skip Taylor et John Hartmann.

Après les démos de Vintage, Canned Heat, dans un line-up entièrement reconduit (Hite/Wilson/Vestine/Taylor/Cook), attaque les enregistrements de ce deuxième LP, pied au plancher. Les affaires deviennent sérieuses et le résultat s’en ressent dès la première écoute.

Canned Heat hausse le ton, livrant là un des très grands albums de blues blanc et certainement une œuvre d’art du genre. Et même si la finalité première est de valoriser les standards du blues, nul doute, que leurs auteurs, les Dixon, Waters, Harris, Johnson, James, doivent en être particulièrement fiers.

C’est du blues chirurgical, précis, bien électrisé et subtilement porté au septième ciel par la combinaison guitares/chant, autrement dit par le duo Wilson/Vestine et Hite,  qu’une belle rythmique soutient efficacement (Larry Taylor et Frank Cook, bientôt remplacé par l’énorme Fito De La Para, aujourd’hui le dépositaire de la mémoire et de la pérennité du groupe). Amis bluesmen, il faut passer à la caisse ! (RAZOR©).

 

1. Rollin' and Tumblin'.

2. Bullfrog Blues.

3. Evil Is Going On.

4. Goin' Down Slow.

5. Catfish Blues.

6. Dust My Broom.

7. Help Me.

8. Big Road Blues.

9. The Story of My Life.

10. The Road Song.

11. Rich Woman.

 

Bob Hite:chant.

Alan Wilson:slide guitare,chant,harmonica.

Henry Vestine:lead guitare.

Larry Taylor:basse électrique.

Frank Cook:batterie.

LP STUDIO 2 - 1968

 

Canned heat boogie with

 

CANNED HEAT

BOOGIE WITH CANNED HEAT – 1968  5/5

 

Publié le 21 janvier 1968.

Produit par Skip Taylor,Dallas Smith.

Durée:44:00.

Label:Liberty Records.

Genre:blues-rock.

 

Canned Heat entre dans la légende.

 

Canned Heat accède à la notoriété grâce au festival de Monterey. Le mémorable single qu’est On The Road Again (composé par Floyd Jones dans les années 50) fait le reste. Piste vedette de leur second album studio, Boogie With Canned Heat (en écoute intégrale ici), édité en 1968, ce succès planétaire est ancré à jamais dans la mémoire collective.

Quelques petites notes de guitare précèdent l’entrée en matière de la voix fragile et chevrotante de Wilson puis de son harmonica, avant que tout le groupe ne s’engage derrière comme des affamés.

La structure de cette chanson est mythique, immortalisant à jamais Canned Heat. Cet excellent disque, ne contenant quasiment que des originaux, ne se résume cependant pas à ce sésame pour l’éternité.

Evil Woman, My Crime, World In A Jug, Turpentine Moan, l’anti-drogue Amphetamine Annie ou l’instrumental  improvisé Fried Hockey Boogie (plus de 11 minutes) trimbalent également  leur pesant de plaisir et de liberté, entre blues, rock et boogie.

Boogie With Canned Heat porte au pinacle ces jeunes représentants du blues blanc en lesquels toute une jeunesse se retrouvait. Comme le disque a résisté à l’épreuve du temps, c’est un achat immanquable qui se présente à vous (RAZOR©).

 

1. Evil Woman.

2. My Crime.

3. On the Road Again.

4. World in a Jug.

5. Turpentine Moan.

6. Whiskey Headed Woman No. 2.

7. Amphetamine Annie.

8. An Owl Song.

9. Marie Laveau.

10. Fried Hockey Boogie.

 

Bob Hite:chant.

Alan Wilson:slide guitare,harmonica,chant.

Henry Vestine:lead guitare.

Larry Taylor:basse électrique.

Fito de la Parra:batterie.

Dr. John Creaux:piano

LP Studio 3 - 1968 (Hybride studio/live)

 

Canned living

 

CANNED HEAT

LIVING THE BLUES – 1968  5/5

 

Publié en novembre 1968.

Produit par Skip Taylor.

Durée:1:28:03.

Label:Liberty Records.

Genre:blues,blues-rock,blues psychédélique.

LP hybride live/studio.

 

Le disque de toutes les prouesses.

 

Living The Blues (en écoute intégrale ici), troisième album de la discographie officielle de Canned Heat, est un double LP, constitué d’une première partie réalisée en studio, dans la veine blues rock habituelle et une seconde, live, sur laquelle figure ce qui doit être le morceau le plus long de toute l’histoire du rock, Refried Boogie, lequel affiche 40 minutes et 51 secondes au compteur.

Digne pendant du LP précédent (Boogie With Canned heat), d’une part, ce top 20 est également l’occasion pour Canned Heat d’être, instrumentalement parlant, très démonstratif et de partir dans d’interminables soli, que d’aucuns peuvent considérer comme inutiles et redondants. Il faut toutefois replacer le disque dans le contexte musical de cette période, qui était friande de démonstrations instrumentales souvent improvisées dans lesquelles, qui guitariste, qui batteur, qui organiste ou bassiste s’engouffraient généreusement et y allaient de leur petit numéro technique, à la grande satisfaction du public.

Outre le théâtre des prouesses énoncées, Living The Blues est le lieu de première apparition du titre pop phénoménal qu’est Going Up The Country (1er dans 25 pays et, paradoxalement, seulement 11ème aux States), immortalisé dans le film Woodstock et utilisé à des fins de soutien musical dans une publicité de Renault.

Bénéficiant de la présence au piano de John Mayall (Walking By Myself et dans le mouvement de Parthenogenesis, qu’est  Bear Wires) que Fito De La Parra, remplaçant de Cook à la batterie), a ramené ponctuellement  dans ses bagages au sortir d’une tournée, et de Dr John (Boogie Music), Living The Blues affiche de l’éclectisme dans son répertoire.

On se satisfera de cet excellent mélange de rock électrifié et de R&B,  qu’est Pony Blues de Charley Patton, de l’excellent boogie (Boogie Music et l’énorme Refried Boogie), de la solidité instrumentale révélée par les 20 minutes de Parthenogenesis, de l’hymne hippie rafraîchissant (Going Up The Country).

Vestine était un très grand gratteur, Hite un sublime grondeur, Alan Wilson un drôle de slider, un excellent chanteur et harmoniciste et Fito De La Parra (auquel il faut associer son alter-ego de la rythmique, Larry Taylor) est et sera  toujours le grand Fito De La Parra. C’était alors l’époque glorieuse de Canned Heat (RAZOR©).

 

1. Pony Blues.

2. My Mistake.

3. Sandy's Blues.

4. Going Up the Country.

5. Walking by Myself.

6. Boogie Music.

7. One Kind Favor.

8. Parthenogenesis.

-  Nebulosity.

-  Rollin' and Tumblin.

-  Five Owls.

-  Bear Wires.

-  Snooky Flowers.

-  Sunflower Power.

-  Raga Kafi.

-  Icebag.

-  Childhood's End.

9. Refried Boogie.

 

Bob Hite:chant.

Alan Wilson:slide guitare,harmonica,chant.

Henry Vestine:lead guitare.

Larry Taylor:basse électrique.

Fito de la Parr:batterie.

Dr. John Creaux,Joe Sample:piano,arrangements.

LP Studio 4 - 1969

 

Canned hallelujah

 

CANNED HEAT

HALLELUJAH – 1969  5/5

 

Publié le 8 juillet 1969.

Produit par Skip Taylor.

Durée:38:04.

Label:Liberty Records.

Genre:blues,blues-rock,boogie.

 

On prend les mêmes et on recommence.

 

Globalement, en dépit de l’absence de hit (On The Road Again et Going Up The Country illuminent respectivement Boogie With Canned Heat et Living The Blues), ce troisième (quatrième, si l’on tient compte de Rollin’ And Tumblin’) opus des californiens est très bon.

Hallelujah (en écoute intégrale ici), c’est son nom, marque un recadrage par rapport au double album précédent, à savoir que Canned Heat, parti un peu dans tous les sens sur Living The Blues (Refried Boogie, Parthenogenesis), se recentre sur la musique et  resserre son jeu.

Il en résulte une agréable sensation de grande cohésion ; ce Canned Heat là est bel et bien le meilleur groupe de blues rock actuel. Ce line-up est exceptionnel (Vestine, Taylor, De La Parra, Wilson et Hite) ; l’avenir nous apprendra  bien vite que la perte d’un seul être peut tout dépeupler.

Sous évalué, Hallelujah dévoile un potentiel énorme, supérieur à celui jusqu’alors connu d’eux, des musiciens habitués comme jamais l’un à l’autre, instrumentalement affûtés (comme l’incroyable guitariste qu’est Vestine), des chanteurs à émotion permanente, et surtout une section rythmique efficace comme pas deux (I’m Her Man).

Doté d’un excellent son, superbement produit par Skip Taylor, Hallelujah (sorti sous label Liberty) bouleverse l’auditeur  et le tient constamment en haleine, de Same All Over (qui met Hite en vedette) à Down In The Gutter, But Free (une jam qui met tout le groupe à contribution).

Marqué par l’éclectisme mais bien équilibré, ce disque ne contient que de grands et profonds airs de blues (Canned Heat et son faux air de vieux blues, Do Not Enter) et de beaux boogies (Change My Ways, l’ironique Sic ‘Em Pigs avec un Vestine qui  n’en finit pas de couiner).

Hallelujah vaut également par son single Time Was, dont les paroles laissent deviner les tensions qui animent le groupe, l’instrumental Huautla (quelle prestation de Wilson !), au rythme de valse, ainsi que par la reprise explosive de Fats Domino, Big Fat, portée par la voix de Bob Hite. Sur le plan qualitatif, Hallelujah est dans la lignée des travaux précédents (RAZOR©).

  

1. Same All Over.

2. Change My Ways.

3. Canned Heat.

4. Sic 'em Pigs.

5. I'm Her Man.

6. Time Was.

7. Do Not Enter.

8. Big Fat (The Fat Man).

9. Huautla.

10. Get Off My Back.

11. Down in the Gutter, But Free.

 

Bob Hite:chant.

Alan Wilson:slide guitare,harmonica,chant.

Henry Vestine:lead guitare.

Larry Taylor:basse électrique.

Fito de la Parra:batterie.

Mark Naftalin,Ernest Lane:piano.

Elliot Ingber,Javier Baitz:chœurs.

Mike Pacheco:bongos.

LP Studio 5 - 1970

 

Canned future blues

 

CANNED HEAT

FUTURE BLUES – 1970  5/5

 

Publié le 3 août 1970.

Produit par Skip Taylor,Canned Heat.

Durée:35:25.

Label:Liberty Records.

Genre:blues-rock.

 

Prémonitoire ?

 

Future Blues est l’album d’Alan Wilson, par excellence. De l’homme aux verres à triple foyer, dit la chouette (The Blind Owl). Premièrement parce que la pochette du LP, c’est son idée et qu’elle a alimenté une drôle de polémique ; deuxièmement, parce que c’est la dernière fois que ce dernier, membre original de la formation, apparaît sur un enregistrement de Canned Heat, parce qu’il a définitivement quitté le groupe après ce disque, retrouvé mort par suicide suite à une absorption massive d’un produit stupéfiant.

Future Blues voit aussi le dénommé Harvey Mandel, guitariste, assurer l’absence de l’habituel Vestine, en proie à des problèmes relationnels avec Larry Taylor, notamment.

Revenons à la pochette. Canned Heat, connu pour ses prises de position antimilitaristes et en faveur de l’environnement, allume le pouvoir politique en place en se faisant photographier en astronautes, un an après que l’homme ait posé, pour la première fois, le pied sur la lune, dans une mise en scène tendancieuse, parodiant la célèbre prise du Mont Suribachi (1945 dans le Pacifique) par les soldats US.

En l’occurrence, ce cliché historique célèbre est tourné en dérision par des Heat prenant la pose de ces dits-combattants  et présentant la bannière étoilée à l’envers. Ceci  pour faire part de leur révolte quant à la guerre du Vietnam et pour éveiller sur les dangers que court la planète…

Nanti d’un répertoire partagé entre originaux et reprises (plusieurs sont empruntées aux anciens bluesmen), ce disque est, une fois de plus, déchirant, à en juger par les pépites revisitées à la hausse et modernisées, que sont Shake It And Break It, attribué à Charley Patton, le Père du Delta Blues, incontournable figure de la musique populaire américaine, Sugar Bee d’Eddie Schuler, That’s All Right Mama (Arthur Crudup, mort dans la misère), par les originaux crédités au groupe  tels So Sad (The World’s In A Tangle), Future Blues, ou crédités au seul Al Wilson comme My Time Ain’t Long, London Blues (avec Dr John au piano) et Skat.

Canned Heat transcende le blues des sixties, à chacune de ses notes. Ceux qui ont eu la chance de posséder le vinyle à sa sortie (1970), ne peuvent pas avoir oublié que Future Blues était le 33 tours par lequel Let’s Work Together (Let’s Stick Together à son origine) est parvenu jusqu’à eux (abstraction faite des ondes).

Ce titre est le troisième de l’héritage « commercial » que Canned Heat a laissé derrière lui (mais qui n’est pas le plus important de leur magnifique discographie). Blues-rock enragé que l’on doit à Wilbert Harrison (auteur, par ailleurs, du fameux Kansas City qui culmina en tête des charts 1959), ce titre mythique est devenu leur sésame, en atteignant la première place des hits dans pas moins de 31 pays dans le monde. Il met en exergue tout le talent du nouveau guitariste Harvey Mandel.

Future Blues, précis, succinct et diversifié, appartient à ce que Canned Heat a fait de mieux. L’avenir se fera, malheureusement, sans Al Wilson, ce diplômé en musique, bon guitariste slide, sublime harmoniciste, à la voix timide et chevrotante, et qui avait décidément le blues dans la panse.

Il aura encore le temps de travailler sur le projet auquel il tenait tant : enregistrer avec John Lee Hooker  avant, plongé dans un état dépressif, de disparaître à Topanga Canyon, le 3 septembre 1970 d’une overdose fatale, allongé dans un sac de couchage, au milieu des séquoias.  

A 27 ans : comme Janis Joplin, Jim Morrison, Brian Jones, Jimi Hendrix, Kurt Kobain et Robert Johnson, guitariste et bluesman noir, qui fut aussi une source d’inspiration pour Wilson l’écolo précoce et qui devait être impatient de l’accueillir là-haut pour lui dire tout le bien qu’il suscitait. Au même moment, au pied d’un conifère… une paire de lunettes aux verres particulièrement épais tombait pour la dernière fois du nez d’Al Wilson. Il ne les réajustera plus jamais, comme se plaît à le relever Fito De La Parra, mémoire vivante du Heat.

Le blues perd gros, le blues a mal. Tout le monde peinera à s’en relever. Son prémonitoire My Time Ain’t Long n’en est que plus émouvant (RAZOR©).

 

1. Sugar Bee.

2. Shake It and Break It.

3. That's All Right (Mama).

4. My Time Ain't Long.

5. Skat.

6. Let's Work Together.

7. London Blues.

8. So Sad (The World's in a Tangle).

9. Future Blues.

 

Bob Hite:chant.

Alan Wilson:slide guitare,harmonica,chant.

Harvey Mandel:lead guitare.

Larry Taylor:basse électrique.

Fito de la Parra:batterie.

Dr. John:piano.

DISCOGRAPHIE POSTHUME.

LP Studio 7 - 1971

 

Canned heat hooker heat

 

CANNED HEAT

HOOKER ‘N HEAT – 1971  5/5

 

Publié le 15 janvier 1971.

Produit par Bob Hite,Skip Taylor.

Durée:83:40.

Label:Liberty,Elektra.

Genre:blues. 

 

Le cœur gros.

 

Quand deux légendes du blues, le maître John Lee Hooker et les élèves surdoués qu’il a fortement influencés, Canned Heat,  s’engagent pour réaliser un disque en commun, le présent Hooker 'N Heat (en écoute intégrale ici) que voulez-vous qu’il advienne d’autre, d’une telle rencontre au sommet, qu’une collaboration d’exception ?

Seulement voilà… à qui attribuer ce double LP ? En le voyant comme un disque de John Lee, comme c’est le cas dans la première partie, on se dit que le bluesman black du Mississippi n’aura jamais eu aussi prestigieux groupe pour le soutenir; en se plaçant du côté des fans du Heat, il a plus valeur de démonstration comme quoi la formation californienne est passée experte  dans la pratique du  répertoire du maître, ce, devant le maître himself, et notamment le boogie, essentiellement influencé par John Lee Hooker.

Quoi qu’il en soit, le double album qui en découle, Hooker ‘N Heat  est un spectacle à ne pas manquer. Album enregistré à Liberty Records (L.A) en mai 1970, sorti en janvier 1971, cette septième pièce studio du Canned Heat bénéficie du retour d’Henry Vestine à la guitare, de l’arrivée d’Antonio De La Barreda, bassiste, pour pourvoir aux départs conjoints  et respectifs d’Harvey Mandel et de Larry Taylor pour les Bluesbreakers de John Mayall.  

De La Parra et Wilson, pour la dernière fois avant son décès en septembre de la même année, contribuent à ces sessions, Hite se contentant d’une participation en qualité de producteur avec Skip Taylor.

Pour JLH, cet opus sera le premier à entrer dans les charts US (78 en février 1971). Le cliché servant de support à la pochette du LP et sur laquelle tous les acteurs ont l’air abattu, est postérieur à la mort d’Alan Wilson, ce dernier apparaissant dans le cadre au-dessus de la tête de JLH.

 « Sunflower » Vestine ne figure pas, non plus, sur cette photo, étant remplacé par Skip Taylor, l’homme devant la fenêtre, dont le facies a été purement et simplement rajouté (c’est flagrant !).

Le programme d’Hooker ‘N’ Heat est partagé entre du Hooker agressif et rudimentaire en solo, du Hooker complice en duo avec le très grand Alan Wilson pour lequel le bluesman noir en pinçait vraiment, musicalement parlant, et du Hooker  soutenu brillamment par les Heat.

Send Me Your Pillow, Driftin’ Blues, I Got My Eyes On You, Whiskey And Wimmen, Let’s Make It, The World Today et l’extraordinaire Boogie Chillen N°2 restent pour toujours les grands moments de cette réunion historique. Mais que les cœurs sont gros, à sa publication… Ce disque doit être une base de la discographie de tout bluesman qui se prétend comme tel. Superbe ! (RAZOR ©).

 

1. Messin' with the Hook.

2. The Feelin' Is Gone.

3. Send Me Your Pillow.

4. Sittin' Here Thinkin'.

5. Meet Me in the Bottom.

6. Alimonia Blues.

7. Driftin' Blues.

8. You Talk Too Much.

9. Burnin' Hell" (Bernard Besman, Hooker).

10. Bottle Up and Go.

11. The World Today.

12. I Got My Eyes on You.

13. Whiskey and Wimmen.

14. Just You and Me.

15. Let's Make It.

16. Peavine.

17. Boogie Chillen No. 2.

 

Alan "Blind Owl" Wilson:guitare,harmonica,piano,chant.

Henry "Sunflower" Vestine:guitare.

Antonio de la Barreda:basse.

Adolfo "Fito" de la Parra:batterie.

John Lee Hooker:guitare,chant.

LP COLLECTION - 2013

 

Alan wilson the blind owl

 

ALAN WILSON

THE BLIND OWL – 2013 5/5

 

Publié en avril 2013.

Produit par Dallas Smith,Calvin Carter,Skip Taylor.

Durée:77:37.

Label:Severn Records.

Genre:blues,blues-rock,boogie.

 

Bluesologiste incomparable.

 

Sa voix aigüe le rend immédiatement identifiable. Son chant caractéristique a popularisé Canned Heat comme le rappellent Going Up The Country (la pub Renault), hymne officieux du festival de Woodstock et sélectionné pour ouvrir le générique du film du même nom, ou le classique On The Road Again, succès international aux influences indiennes.

Al(an) Wilson, guitariste, harmoniciste et chanteur, était surnommé « la chouette aveugle » (The Blind Owl) par son ami John Fahey et pour sa déficience visuelle, associée à d’imposantes lunettes qui décuplaient la taille de ses yeux, le faisant ressembler à ce rapace nocturne, pour son attitude souvent sage et en retrait, sa timidité, son côté introverti, emprunté et solitaire. Sans ses lunettes, le natif de Boston ne voyait pas à deux mètres, la cécité n’était pas loin, c’est dire…

Alan Wilson, pionnier brillant du blues-rock avec le Canned Heat qu’il a cofondé, esprit vif, doté d’une exceptionnelle intelligence, était un être fragile, mal à l’aise où qu’il soit, sauf au contact de la nature, sujet à dépression et anxiétés permanentes. Il n’avait rien d’une star, se sentait à l’étroit dans le style de vie rock & roll et la musique était un moyen pour lui d’échapper à ces troubles, de trouver le réconfort dans le blues qu’il fut incapable de trouver dans le quotidien.

Arrangeur et compositeur principal, novateur méconnu de Canned Heat qu’il fréquente de 65 à 70, expert avéré de l’histoire du blues et de ses membres influents, Alan Wilson, multi-instrumentiste, est mort comme les plus grands du rock : à 27 ans et dans la dope, mais dans la plus injuste des discrétions.

Al Wilson était l’expert musical, celui qui guidait l’orientation de Canned Heat. Avec l’indissociable Bob Hite, il assurait l’inspiration et l’équilibre du groupe californien et son indiscutable réussite. Malgré cela, il n’était pas plus épanoui, ni plus sociable, le suicide le guettait depuis que la dépression avait posé la main sur lui. Le 2 septembre 1970, la nouvelle tombe : Alan Wilson, passionné de botanique, est décédé…sous un séquoia, son essence préférée. Il a laissé une marque indélébile sur le blues et contribué à la musique en général. Alan Wilson est une légende, il est le symbole de la génération Woodstock.

Alan Wilson a fait évoluer le blues, avec lequel il eut un lien très charnel, en combinant sons et techniques, blues du Delta, Chicago blues et blues électrique amplifié, tout en restant fidèle à son esprit. C’est la raison pour laquelle Canned Heat était si unique et si distinctif jusqu’à la disparition de Blind Owl.

Le double disque qui nous arrive sur le marché en 2013, The Bling Owl, reprend en 20 titres le meilleur de son legs artistique de la période 1967/1970. Les emblématiques Going Up The Country et On The Road Again figurent inévitablement au programme de ce collector sur lequel on retrouve avec plaisir les grands moments de Canned Heat (puisés dans les 5 LP de la tranche 67/70) et des références de son catalogue comme les introspectifs My Mistake, Change My Ways, Owl Song (avec Dr John au piano), qui situent bien l’état du personnage, comme l’écolo Poor Moon, comme Help Me qui marque ses premiers pas au chant, Get Off My Back, Time Was, My Time Ain’t Long, Mean Old World repris à Little Walter, le country-blues Shake It And Break It, London Blues ou encore l’instrumental Childhood’s End.

Produit par Skip Taylor, qui vaquait aux destinées de Canned Heat dans les années concernées et par Adolfo De La Parra, dit Fito De La Parra, batteur du groupe et proche de Wilson, cette collection a suffisamment d’arguments pour faire toute la lumière sur un artiste visiblement sous-estimé. The Blind Owl (Severn Records-2013) est autant un hommage qui lui revient de droit qu’un superbe endroit pour découvrir Canned Heat, le roi du boogie (RAZOR©).

 

  1. On The Road Again.

  2. Help Me.

  3. An Owl Song.

  4. Going Up The Country.

  5. My Mistake.

  6. Change My Ways.

  7. Get Off My Back.

  8. Time Was.

  9. Do Not Enter.

  10. Shake It And Break It.

  11. Nebulosity/Rollin' & Tumblin'/Five Owls.

  12. Alan's Intro.

  13. My Time Ain't Along.

  14. Skat.

  15. London Blues.

  16. Poor Moon.

  17. Pulling Hair Blues.

  18. Mean Old World.

  19. Human Condition.

  20. Childhood's End.

 

Frank Cook:batteur.

Tony De la Barreda:basse.

Fito De la Parra:batteur.

Dr John:piano.

Harvey Mandel:guitare.

Larry Taylor:basse.

Henry Vestine:guitare.

Alan Wilson:guitare rythmique,harmonica,chant,bottleneck guitare.

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