Calvin Russell.

BIOGRAPHIE.

CALVIN RUSSELL/Austin (Texas – USA)

 

Calvin russell intro

 

Né Calvin Russell Kosler, le 1er novembre 1948, décédé le 3 avril 2011 (Texas).

Actif entre les 70's et 2011.

Labels:New Rose,Columbia,Last Call Records,SPV Recordings,XIII Bis Records.

Genre:blues,rock,blues-rock,country,country-rock.

 

Une trouvaille de Patrick Mathé.

Le 18 novembre 2018 disparaissait Patrick Mathé, co-fondateur du magasin de disques parisien New Rose de la rue Pierre Sarrazin, qui a la particularité d'être aussi un label indépendant. 

Figure du rock en France, celui post punk notamment, l'homme était surtout un extraordinaire dénicheur de groupes et d'artistes et prospectait régulièrement la scène américaine underground à la recherche de la perle rare.

Une fois qu'il avait mis la main sur l'oiseau exceptionnel, il mettait en branle ses réseaux là-bas pour le faire venir en France où, via New Rose, il le mettait dans les meilleures dispositions pour le faire enregistrer, le produire, le promouvoir et le distribuer lui-même.

Musicien lui-même, ce diplômé d'HEC, passé par RCA Records, était même prêt à payer de sa personne et à jammer à la moindre occasion avec ses protégés.

Des groupes tels que les Saints, les Cramps, des artistes tels Johnny Thunders et Calvin Russell savent tout ce qu'ils doivent à ce personnage ouvert.

Calvin Russell, illustre inconnu chez l'Oncle Sam, sauf auprès des services pénitentiaires, doit son succès dans l'hexagone à Mathé.

Calvin russell portraitUn artisan plus qu'un artiste.

Calvin russell scene 2La musique pour le sauver...

Calvin russell sceneUn blues-rock rugueux et dépouillé.

Calvin russell mortMort en 2011, les tiags aux pieds.

Calvin russell a crack in timeUn surprenant A Crack In Time (1990).

Un parcours de traîne-savates.

Le texan, c'est sa trouvaille et quand le français a levé le bestiau dans le fin fonds de l'Amérique rurale, celui-ci en était à jouer devant un parterre famélique de rougeauds braillards et avinés, dans des rades crasseux, puants et mal famés, à 100 dollars la nuit, dont la moitié était réinvestie au bar avec eux.

Calvin Russell a alors 40 ans, rien devant lui, encore moins derrière. Sa vie est jusque là une succession de galères, de conneries, d'excès, d'emmerdes et de démerde.

C'est un anti-social invétéré que les maisons de correction et la prison se sont rejetées une dizaine d'années durant. La patate était trop chaude...

Stetson vissé sur le crâne, visage qui peine à masquer une vie de défonce, ridé, buriné, vermoulu de vieux avant l'âge, il tient plus du traîne-savates qui survit chaque heure du jour ou du desperado sorti d'un film de far-west de série B.

La chance de sa vie.

Le hasard veut que les routes de Mathé et Russell se croisent au Texas, à l'occasion d'une soirée de décembre 1989 au Continent Club (Austin), où rien ne prédispose à ce que les deux protagonistes se rencontrent.

Sauf que le natif d'Austin se pointe pour la circonstance avec une cassette-démo d'une vingtaine de titres sous le bras. Ses intentions initiales sont claires, la présence de Charlie Sexton annoncée à cet événement doit lui permettre de sortir de l'anonymat...

Comme tout finit en jam, c'est finalement le parisien, pas insensible à la prestation de fin de nuit de cet échalas américain déglingué, qui se montre le plus convaincu ; les bandes échoient finalement entre les mains du français qui promet d'y accorder une attention et d'y donner suite, si d'aventure...

Calvin Russell y voit la chance de sa vie et, quelques jours plus tard, répond favorablement à la proposition de Mathé de venir tenter sa chance en France. Ce dernier est prêt à s'occuper de ses intérêts. Nous sommes en 1989. La suite appartient à l'histoire, du rock, bien sûr...

La musique pour le sauver.

Né dans la nuit d'Halloween 1948 (1er novembre) à Austin (Texas), Calvin Russell Kosler est le 6ème des 9 enfants du couple Red et Daisy Russell.

Son enfance est ballotée entre l'école pour laquelle il ne montre pas beaucoup d'intérêt, ni de dispositions, et les taches quotidiennes auxquelles il est contraint de contribuer dans le modeste café que tiennent ses parents, au fin fond d'une impasse, en bordure d'un terrain vague, au plus profond de l'Amérique texane.

Si son enfance est chaotique, son adolescence ne l'est pas moins. Il tente d'en atténuer les souffrances et les manques en se servant de la musique. Après avoir appris la guitare dès 12 ans, Calvin fonde son premier groupe, les Cavemen.

Dans le contexte familial lourd et déséquilibré, l'ado cherche sa place ; ne la trouvant pas, il fugue à 15 ans, tentant de se construire à San Francisco, attiré par les sirènes de la bohême hippie.

Sans repères et livré à lui-même, Calvin commet quelques délits mineurs qui le mènent en maison de correction d'abord, en prison ensuite, quand, dès sa majorité, il se fait pincer pour avoir fait passer de la marijuana du Rio Grande au Mexique.

C'est le début d'une longue incarcération (une dizaine d'années), dont il tirera les leçons pour son avenir.

Il ne peut imaginer son futur autrement que dans la musique, mais la place texane regorge de tellement de musiciens talentueux qu'il lui est difficile d'en émerger. Déterminé à être enfin reconnu, il multiplie les passages infructueux aux quatre coins des States, avant d'être repéré par Mathé.

Jusque là, son parcours, organisé à l'arrache autour de rétributions dérisoires et indignes, est un échec et Calvin Russell demeure un illustre inconnu pour le commun des mortels américain, fut-il fan de country-rock et de blues-rock.

Un artisan plus qu'un artiste.

Comme promis, Mathé lui donne l'opportunité de réaliser un premier album. A Crack In Time, sorti en 1990, est sombre et désabusé, rugueux et dépouillé. La matière qui l'alimente, inspirée par son cursus aventureux et agité, sent le vécu.

Le texan a alors 42 ans et la France, sensible à ce baroudeur-écorché vif toujours droit dans ses tiags, à la personnalité hors du commun, lui ouvre spontanément les bras, quand l'Europe en fait un de ses blues-rockeurs modernes préférés.

Calvin russell portrait 2

« Quand j'ai rencontré ce mec (Patrick Mathé), je l'ai suivi spontanément. Je ne laissais rien derrière moi, je n'avais rien fait de ma vie. Si je ne l'avais pas croisé, je serais encore dans ce même bar à gaspiller ma vie. » (Calvin Russell)

Sur la bonne voie, Calvin, plus authentique, intègre et lucide que jamais, s'éloigne un peu plus de l'univers carcéral et fait son trou dans celui musical en signant un deuxième superbe LP, inspiré par ses propres expériences, Sounds From The Fourth World (1991).

Disque d'artisan révolté plus que qu'artiste, l'album abrite le titre culte de Russell, le magnifique Crossroads. Le texan donne ici tout ce que le blues de son état sudiste a à offrir de sincère, d'humble et de vrai.

Calvin est consacré en France où il tourne beaucoup. De l'autre côté de l'Atlantique, bien que les deux premiers opus aient été enregistrés dans son Texas natal, sa popularité est toujours en berne.

Réalisé aux studios Arlyn de Memphis, Soldier (1992) est une oeuvre qui, une nouvelle fois, suscite l'émotion ; que la matière soit blues (Soldier, Stranger), blues-rock (Rats And Roaches) ou country (Shackles And Chains), elle n'en sera que mieux appréciée en l'écoutant religieusement, un verre à portée de main, en laissant vagabonder son esprit. Et là...

Mort les tiags aux pieds...

Deux ans plus tard, on retrouve Calvin face à son public, cette fois. Sa quatrième sortie discographique, Le Voyageur (1994), est live et alimentée par les concerts qu'il vient de donner en France (Elysée Montmartre/Paris, Rouen et Orléans), durant son Tour européen 94 qui l'a amené à couvrir 178 dates.

Derrière, Calvin Russell enchaîne, entre 1995 et la fin de la décennie, avec Dream Of The Dog, Calvin Russell (1996), This Is My Life (1997) et SAM (1999), consacré à son ancien compagnon de cellule Sam Brown.

Sans jamais se détourner de son côté rugueux, âpre et brut de décoffrage, ni s'écarter de son éternelle marginalité (il se fait repincer pour possession de drogue et flirte à nouveau avec la zonzon), naviguant toujours entre blues et rock, Calvin Russell alimente le nouveau millénaire d'une dizaine de pièces.

Le décevant Dawg Eat Dawg (2009), produit par Manu Lanvin, fils de Gérard, que l'on retrouve ici en duo avec le bluesman (5 m2) est sa dernière appaition en studio.

Contrabendo, enregistré en 2007 pour les besoins du film Lucky Kuke, est son ultime apparition en public, le texan tirant sa révérence le 3 avril 2011, terrassé par un cancer du foie (RAZOR©2022).

MON CHOIX DISCOGRAPHIQUE.

Compilation - 1998

 

Calvin russell this is my live compil

 

CALVIN RUSSELL

THE STORY OF CALVIN RUSSELL (THIS IS MY LIFE) – 1998  5/5

 

Publiée en 1998.

Produit par Mike Stewart.

Durée:71:51.

Label:Columbia Records.

Genre:blues-rock,country-rock,blues.

 

La collection qu'il faut.

 

Décrocher, il est patent que cet ancien usager (et dealer) a dû y songer plutôt deux fois qu’une. En avril 2011, le décrochage, loin d’être celui auquel on se prenait à rêver pour lui, fut irrémédiable.

Calvin Russell avait alors 62 ans et une apparence physique générale valétudinaire qui laissait penser qu’il trichait sur son âge et son état de santé.

Calvin Russell n’avait pas dû compter tous les hivers d’une vie de traîne-savates organisée autour de la zone, de la route, des drogues et des soûleries, et masquait un cancer qui finit par avoir raison d’un corps usé, là où les excès précédents se sont cassé irrémédiablement les dents.

Comme le texan se plaisait à le répéter : à 16 ans, il était déjà un vétéran et son adoration du mode de vie de ses idoles, les Townes Van Zandt, les Leon Russell ou autre Jerry Jeff Walker ne fit qu’amplifier sa marginalité et sa déchéance.

Comme le baroudeur qu’il était, il s’est éteint dans son lit, les bottes au pied, que ça ne nous surprendrait pas le moins du monde. Au milieu des siens, c’est déjà ça.

Toujours est-il que sa sale gueule cabossée, taillée à la serpe et révélatrice de son parcours mouvementé, sa voie nouée et rugueuse, les riffs arrogants tissant un blues-rock texan rebelle, manquent énormément à tous ceux qui l’ont accueilli sur le sol français où il était extrêmement populaire. Parce que pour ce qui est de chez lui, Calvin est un illustre inconnu…

Cette incarnation du bluesman blanc a fait un beau parcours chez nous où le label du Quartier Latin New Rose le signe en 1990 alors qu’il affiche 41 carats. Pour les besoins d’un album mémorable : Crack In Time. La France tombe alors sous le charme de ce lonesome cowboy levé accidentellement par Patrick Mathé, le patron de la maison de disques.

Ce coup du sort lance la carrière européenne de Calvin Russell où il triomphe. Dans l’hexagone notamment où ses LP (A Crack In Time, Sounds From The Fourth World, Soldier, Dream Of The Dog, Contrabendo) se vendent très bien (200.000 pièces par album), cet obscur vagabond du rock se voit ouvrir les portes des festivals et autres centres culturels.

L’Olympia est l’aboutissement que Mathé lui avait promis. La salle parisienne sert de cadre à l’enregistrement de son live Le Voyageur de 1994.

Sixième rejeton d’une portée de neuf chiards, ce fil d’un cuisinier et d’une serveuse, ce hobo au grand cœur recense une discographie forte de près d’une vingtaine de LP qui sont autant de nids pour piocher des titres incontournables comme Crossroads, Crack In Time, Big Brother, One Meat Ball, Soldier, Trouble ou This Is My Life.

Ce dernier titre nomme la compil’ de 1998 que j'ai sélectionnée et qui, outre le fait de bien couvrir son parcours discographique, met en évidence la qualité de son écriture et de l’interprétation des reprises d’autrui (Dylan notamment), base de son répertoire des jours de galère du côté d’Austin. 

Cette collection d’un être touchant doublé d’un chanteur et musicien libre, est ce qui se fait de mieux pour se faire plais' et rendre hommage à un dur à cuire itinérant que l’on a trop vite enterré. Six pieds sous terre, il bouge encore (RAZOR@2022).

 

1. This Is My Life.

2. A Crack in Time.

3. Big Brother.

4. Crossroads.

5. One Meat Ball.

6. Baby I Love You.

7. Soldier.

8. Rats and Roaches.

9. This Is Your World.

10. Don't Turn Your Head.

11. Trouble.

12. Valley Far Below.

13. Texas Song.

14. Let the Music Play.

15. It's All Over Now.

16. Forever Young.


Calvin Russell:guitares,chant.

Jon Blondell:basse.

Kris McKay,Susan Voelz:voix.

David Waddell:basse.

Jon Dee Graham:guitare.

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