Hound Dog Taylor.

BIOGRAPHIE.

 

 

HOUND DOG TAYLOR/Natchez (Mississippi – USA)

 

Hound dog taylor intro

 

Né Theodore Roosevelt Taylor, le 12 avril 1915 à Natchez, décédé le 17 décembre 1975 à Chicago.

Actif entre 1957 et 1975.

Label:Alligator Records.

Genre:blues.

 

Le guitariste aux six doigts.

Le milieu de la musique, et plus spécifiquement celui du rock, recèle d'exemples de musiciens privés d'un doigt, d'une phalange ou victime de graves traumatismes à la main et qui n'en ont pas moins, en dépit de ce handicap majeur, réalisé une carrière honorable ou brillante.

Django Rheinhardt, hospitalisé 10 mois à 18 ans, après des brûlures à la main gauche qui lui font perdre deux doigts, change sa technique de guitare et devient le maître du jazz manouche.

L'accident domestique qui a coûté les 2/3 de son majeur droit à l'enfant Jerry Garcia ne l'empêche pas de devenir un musicien de folk et de bluegrass émérite et de porter le Grateful Dead au sommet de l'acid rock.

Hound dog taylor 1Le guitariste aux 6 doigts.

Hound dog taylor houserockers 74Les HouseRockers en 1974.

Hound dog taylor j b hutto hound dog taylor brewer phillips et ted harvey sandy sutherlandHutto, Hound Dog, Brewer et Harvey.

Hound dog taylor natural boogieNatural Boogie (1974).

A la fin des 60's, la perte de son annuaire gauche suite à une manipulation d'arme à feu, si elle condamne les ambitions du guitariste John Rebenack Jr (Dr. John), l'amène à rebondir sur la basse et le piano pour lequel la communauté très élargie du rock sollicite régulièrement son expertise.

Sa dextérité le fait intégrer l'élitaire écurie Wrecking Crew.

Tommi Iommi, lui, a 17 ans quand un accident de travail le prive de l'extrémité de ses annuaire et majeur droits.

Il s'appuie sur l'exemple de Django Reinhardt pour ne pas abandonner la guitare et ses projets de réussir dans le rock. Il est toujours l'inamovible guitariste de Black Sabbath...

Ces musiciens atrophiés auraient certainement apprécié être en possession de tous leurs moyens mais combien de guitaristes besogneux du rock auraient tout donné pour avoir un doigt supplémentaire ?

La polydactylie, maladie génétique ou chromosomique qui consiste à avoir 6 doigts ou plus, le jeune Theodore Roosevelt Taylor en est victime à sa naissance.

Un son sorti des bas-fonds de Southside.

Elle affecte ses deux membres supérieurs par le biais de deux petits moignons, lesquels n'ont eu aucune incidence, ni constitué aucune gêne dans la carrière du bluesman Hound Dog Taylor.

Dans l'environnement afro-américain du Mississippi où les pratiques religieuses et les croyances sont solidement enracinées, sa spécificité physique flaire plutôt le douloureux présage et annonce un mauvais signe du destin.

Dans sa vie personnelle, l'homme en souffre et, lassé d'être moqué pour son handicap, il sectionne purement et simplement l'organe en trop. La douleur et l'effusion de sang qui accompagnent son geste désespéré le dissuadent de procéder de même pour la main gauche...

Hound Dog Taylor n'était peut-être pas un virtuose, un technicien hors pair, ni le plus accompli des guitaristes mais le blues mélancolique ou le boogie tonitruant qu'il jouait, il était le seul à le faire de cette manière.

Personne ne s'est jamais approché de ce son si spécifique, sorti du South Side, qui lui a valu d'être intronisé à titre posthume au Blues Hall Of Fame 1984.

De Natchez à Chicago.

Bien qu'il n'y ait aucune certitude sur son année de naissance (1915 ou 1917 ?), ce dont il ne fait pratiquement aucun doute, c'est que Theodore Roosevelt Taylor est venu au monde dans le Mississippi, pas très loin de Bâton Rouge.

A Natchez, en bordure du fleuve du même nom, où les champs de coton succèdent aux champs de coton.

C'est sur ce terreau sudiste qu'il apprend la guitare, le piano, son premier instrument, et qu'il chante, ne se produisant sérieusement dans les soirées et les juke-joints du Delta, qu'à ses 20/21 ans, avant d'aller tenter sa chance sur Chicago en 1942.

Il y passe 15 ans à arpenter le circuit des clubs de la cité du Michigan et se construit progressivement une excellente réputation de joueur de blues. Parallèlement, il occupe des jobs le jour pour pouvoir arrondir ses fins de mois, jusqu'à ce qu'en 1957, sa carrière prenne un sens plus engagé.

De Theodore Roosevelt à Hound Dog Taylor.

Au début des 60's, il hérite du surnom de Hound Dog, en référence, semble-t-il à son penchant pour le jupon. Les premiers enregistrements parus sous cette identité, My Baby Is Coming Home/Take Five (1960) et Christine/Alley Music (1962) ne sont pas encore couronnés de succès dans les bacs.

Il lui faudra du temps pour se faire un nom en dehors de la périphérie de l'Illinois ; en ce sens, la tournée européenne de 1967 avec Little Walter, Bukka White, Son House, Skip James, Sonny Terry, Brownie McGhee et Koko Taylor (American Folk Blues Festival) contribue à ce que Hound Dog gagne un peu en popularité.

Hound dog taylor bruce iglauer portrait

« Hound Dog n'utilisait pas de basse parce que les bassistes ne pouvaient pas le suivre. Il a donc utilisé une deuxième guitare pour les lignes de basse. Il jouait sur des modèles japonais à 50 dollars avec des amplis et des haut-parleurs fêlés. Les sons étaient déformés et bruts, sans finesse. D'ailleurs, il ne cherchait pas la fluidité, ni la moindre sophistication. Sa musique était sans fard, à haut niveau d'énergie et de distorsion. » (Bruce Iglauer)

Elle est encore frémissante car l'artiste n'est toujours pas récompensé dans les charts, son troisième single Watch Out/Down Home Special passant une nouvelle fois sous les radars.

Une musique sans fard, à haut niveau d'énergie.

La notoriété vient au début des 70's quand Hound Dog et les HouseRockers (le guitariste Brewer Phillips et le batteur Ted Harvey) publient sur Alligator un premier LP éponyme (1971), sorti tout droit des sous-sols de South Side.

Comptant parmi les plus grands disques de slide jamais produits, l'album dévoile une musique sauvage addictive, suscitant une irrésistible envie de l'accompagner du pied.

A 55 ans, son auteur signe une fantastique démonstration de blues électrique qui sonne un peu comme une récompense s'étant fait trop longtemps désirée ; son heure semble passée auprès du public de l'époque. Pas pour George Thorogood pour lequel le Dog deviendra une influence majeure.

En 1974, Hound Dog bisse dans le blues sauvage et le boogie crasseux en publiant un éruptif Natural Boogie (Alligator) auquel vont se sustenter des générations d'artistes.

Mort à 60 ans.

Celui-ci est, hélas, son dernier album studio, le Dog rendant son ultime souffle l'année suivante des suites d'un cancer du poumon. Il avait 60 ans.

Sa discographie post 1975 est posthume. En y prêtant une oreille, il est patent que l'homme aux six doigts avait tous les atouts pour réussir au-delà du bilan qu'on lui prête, mais parfois, dans une carrière, les choses ne se passent pas toujours comme elles ont été prévues. Le Dog en est l'exemple (RAZOR©2021).

 

Crédit Photo N°3 Sandy Sutherland.

DISCOGRAPHIE 70'S.

LP Studio 1 - 1971

 

Hound dog taylor lp

 

HOUND DOG TAYLOR & THE HOUSEROCKERS

HOUND DOG TAYLOR & THE HOUSEROCKERS – 1971  5/5

 

Publié en 1971.

Produit par Bruce Iglauer,Hound Dog Taylor,Wesley Race.

Durée :43:38.

Label:Alligator.

Genre:rock,blues,boogie,chicago blues,électric blues.

 

Authentique et sans chichis.

 

Le parcours de Theodore Roosevelt « Hound Dog » Taylor est tout ce qu'il a de plus classique pour un artiste de blues : il débute dans le Delta du Mississippi, où il grandit et où il apprend, non pas la guitare, mais le piano, delta qu'il est contraint de quitter en raison de démêlés avec le K.K.K. pour une relation qu'il aurait eu avec une femme blanche.

Direction Chicago, où, après maints petits boulots, cet incurable coureur de jupons doublé d'un alcoolique endurci, officie comme semi-professionnel dans la musique avant de s'y investir totalement et de mettre le feu aux clubs locaux, en pratiquant un torride et très dépouillé Chicago Blues, basé sur la connaissance de quelques accords primaires.

Hormis sa prédilection initiale pour le piano et sa venue tardive à la guitare, l'itinéraire d'Hound Dog Taylor est jalonné des mêmes balises que celles affectant ses congénères black : la misère, la haine raciale, le handicap social, les brutalités policières... et le blues, pour oublier toutes ces casseroles qu'il traîne derrière lui.

Qu'importe le lieu, qu'importe le public, qu'importe le contrat ou l'obole donnée en échange, lui ne change rien à sa manière de pratiquer le blues qu'il affectionne, décapant, distordu et méchamment électrifié, puissant, hypnotisant, plein d'énergie, dans une structure réduite à deux guitares (l'autre étant tenue par Brewer Phillips) et une batterie (Ted Harvey) : les Houserockers.

Il faut y voir là l'indéniable influence exercée par Elmore James sur Taylor. Lui-même suscitera la vocation de John Thorogood.

En se cantonnant dans un répertoire qu'il élargit souvent au boogie woogie, Hound Dog Taylor reste longtemps sur le quai et met un peu plus de temps que les autres à attirer l'attention sur lui.

Bruce Iglauer, employé par Delmark Records est le premier, en 1971, à accorder du crédit à cet artiste captivant, et crée, spécialement pour lui et après avoir essuyé le refus de le couver des pontes de Delmark, le label Alligator Records, devenant du même coup, son manager et producteur.

Alligator Records, plus de 40 ans plus tard, a plus que jamais pignon sur rue, étant une incontournable étiquette du genre.

La suite logique consiste en un premier album réalisé avec des bouts de ficelle, mais sans que rien que ne transparaisse vraiment, hormis un son un peu rude.

Il lui apporte une nouvelle notoriété et étend son auditoire au-delà des limites de Chicago.

Emporté, en 1975, par un inévitable cancer que sa condition de fumeur invétéré laissait présager, alors que, fort justement, il commence à être payé en retour, ce bluesman atypique, très apprécié de son public pour sa faculté à le faire se lever et bouger, était un vrai dur à cuire.

Il s'est, excusez du peu, permis le luxe, au cours d'une soirée plus arrosée qu'à l'accoutumée, de se couper moyennant un rasoir, le petit moignon dont la nature l'avait anormalement doté.

Autre fait d'armes, c'est le cas de le dire : Taylor n'a pas hésité à tirer en direction de Phillips, vraisemblablement un soir de beuverie de groupe, et devait être jugé pour tentative d'assassinat. Le crabe l'a emporté avant.

Au crédit de Taylor, figurent surtout trois albums exceptionnels qu'il faut avoir. Celui qui nous préoccupe, Hound Dog Taylor & The Houserockers/1971, enregistré live en studio lors de deux sessions nocturnes au printemps 71, Natural Boogie (1973), issu des mêmes sessions et Beware The Dog (1974), album live paru après sa disparition.

Ce premier LP capte bien la puissance, l'énergie dégagée par un trio de fieffés pèlerins (Brewer jouait ses lignes de basse sur sa guitare électrique et Phillips ne battait pas toujours juste) qu'un critique musical a nommé les « Ramones du Blues », restitue bien le son crade qui sied aux enregistrements du genre et de l'époque et qui a du affoler les vu-mètres du pupitre.

Porté par une voix mise à mal par le sky et le tabac, qui racle tout autant que le blues-rock abrasif qui l'accompagne, ce disque concentre un maximum de titres qui donnent une irrésistible envie de bouger.

Certains sont devenus depuis des classiques du blues (Walking The Ceiling, She's Gone, Give Me Back My Wig). Retenez bien ce nom: Hound Dog Taylor. C'est du blues, de l'excellent blues, sans chichis, authentique et fait pour noircir les pistes de danse (RAZOR©2021).

 

1. She's Gone.

2. Walking The Ceiling.

3. Held My Baby Last Night.

4. Taylor's Rock.

5. It's Alright.

6. Phillip's Theme.

7. Wild About You Baby.

8. I Just Can't Make It.

9. It Hurts Me Too.

10. 44 Blues.

11. Give Me Back My Wig.

12. 55th Street Boogie.

 

Ted Harvey:batterie.

Brewer Phillips:guitare.

Hound Dog Taylor:lead guitare,chant.

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