Journey.

BIOGRAPHIE.

 

JOURNEY/San Francisco (Californie – USA)

 

Journey 1974

 

Actif entre 1973 et 1987,reformé en 1995.

Labels:CBS,Sony BMG,Sanctuary Records.

Genre:soft rock,jazz fusion,jazz-rock,rock progressif,hard rock,rock arena,AOR.

Site officiel:www.journeymusic.com

 

Gagnant sur toute la ligne.

Réunis pour la première fois en 1973, les san franciscains de Journey auront dû attendre la fin des 70's, mais surtout au-delà de la première moitié de la décennie suivante pour qu'enfin ils fassent fructifier le talent perceptible en eux depuis longtemps. Il aura fallu, pour toucher du doigt cette réussite, en passer par un changement de statut et un bouleversement musical radical.

Journey neal schon santanaNeal Schon, guitariste...

Journey greg rolie santana...et Greg Rolie, tous deux d'anciens Santana...

Journey schon et rolie 1...rebondissent sur Journey.

Journey introPassé du soft rock à l'Arena Rock.

Journey infinityInfinity, album charnière du catalogue.

Journey steve perrySteve Perry par lequel le changement s'est opéré.

Journey eclipseEclipse, LP sorti en 2011.

Cette orientation transite par la décision de cesser de jouer le backing band de la baie de Frisco, mais surtout de tourner le dos à son jazz-rock-prog qui ne suscite pas l'intérêt des jazzheads, afin de prendre une voie plus populaire et classique, ceci dans l'optique de s'aliéner enfin les faveurs des rockeux.

Dans cette perspective, Journey va pratiquer un rock plus lissé, plus heavy, à l'instar de formations du moment comme Foreigner ou Boston, classées dans le rock des stades, l'arena rock, ou le rock pour radios FM, l'AOR...

Peu importe la dénomination, depuis 78 et son grand saut dans cette direction, Journey balance du lourd et c'est particulièrement efficace. L'objectif recherché est désormais atteint et les chiffres parlent d'eux-mêmes. Journey a vendu, à ce jour, plus de 75 millions de LP sur la planète, dont la majorité à partir de la fin des seventies et de ce choix. Il y a donc un chaland pour ce type de musique, à charge pour les californiens d'en exploiter le juteux filon.

La période située entre 1978 matérialisée par la sortie d'Infinity, quatrième levée discographique du catalogue, et le créneau 1987/88 ponctué par la publication de Raised On Radio, s'avère en effet particulièrement prolifique commercialement.

Les choix auront donc été les bons, puisque Journey a, sur cet espace temporel, enchaîné à la pelle les ventes et les distinctions honorifiques. On y reviendra.

Intronisé au Rock & Roll Hall Of Fame en 2017, Journey demeure, pour le public américain, un des meilleurs groupes du pays et de tous les temps. En redéfinissant le son, par l'intégration d'arrangements pop accrocheurs et en faisant le choix de confier le chant à Steve Perry (76ème meilleur chanteur pour Rolling Stone) dès Infinity, Journey a finalement gagné sur tous les tableaux.

Deux cadres de Santana aux manettes...

C'était pourtant loin d'être joué, plus particulièrement pour ses initiateurs, Neal Schon et Gregg Rolie, frais émoulus de la prestigieuse école Santana et déjà stars internationales quand ils prennent l'option de rebondir sur Journey.

On doit, en effet, aux deux anciens cadres du chicano, le guitariste oklahoman, Neal Schon, et le claviériste-chanteur Gregg Rolie, cette démarche d'initier le projet, au moment même où ils viennent de quitter le Santana de la période anthologique (1969/72), celui au pic de sa popularité.

Carlos Santana, devenu le disciple Devadip, ayant pris l'option de poursuivre sa carrière dans le jazz-fusion et la spiritualité, ainsi que celle de se libérer définitivement de son étiquette Woodstock, les deux compères s'en détournent.

Le premier nommé, entré à 17 ans au service de l'américano-mexicain en 1971, aussi impliqué dans la réorientation jazzy que son leader (deux LP, Santana III/71 et Caravanserai/72) est également très épris de fusion.

C'est la voie dans laquelle, celui qui a été contacté par Eric Clapton pour intégrer Derek And The Dominos, va initialement entraîner Journey après en avoir fait de même, juste avant, avec le big band Azteca (début 1972).

Gregg Rolie, quant à lui, pointe comme le claviériste classique du chicano. Il est des débuts du Santana Blues Band dont il fut un des co-fondateurs en 1965. C'est lui qui chante dans le groupe et notamment sur Black Magic Woman, Oyo Como Va ou Evil Ways.

En proie à des divergences artistiques avec Carlos-Devadip, ce nostalgique de la période glorieuse de Santana, reprend sa liberté et repart sur Journey. Un 3ème larron de l'environnement de Santana, Walter James Herbert, dit Herbie Herbert, ancien roadie et devenu manager sur la place de San Francisco, souffle sur les braises pour le convaincre d'intégrer le projet.

La section rythmique du Golden Gate.

Herbert est un élément essentiel de l'ère Santana (1973/1993) ; il a préalablement managé Frumious Bandersnatch, groupe de rock psychédélique de l'Area Bay (1967/69) et ramène comme dot à Journey, deux membres ayant joué dans cette formation, à savoir George Tickner (guitare) et Ross Valory (basse).

Prairie Prince, batteur, est alors recruté. Cette première mouture, temporairement nommée The Golden Gate Rhythm Section, a pour vocation de servir de groupe de soutien pour qui de l'Area Bay veut enregistrer.

La première réunion a lieu en 1973 et, tandis que l'entreprise prend de l'épaisseur, le nom évolue en Journey. C'est sous cette identité et dans le cadre du prestigieux Winterland que se font les débuts professionnels en public du combo californien (fin 1973).

Le groupe s'affiche également, début 1974, au Diamond Head Crater Festival, le Woodstock d'Hawaii, juste avant que que Prairie Prince ne quitte Journey pour The Tubes.

Aynsley Dunbar, figure forte du British Blues Boom (Aynsley Dunbar Retaliation, les Bluesbreakers de Mayall) et batteur pour les meilleurs artistes (Donovan, les Mothers de Zappa, Lou Reed, John Lennon, David Bowie...) vient le suppléer.

Prairie Prince se retrouve à jouer sur quelques démos cette même année, mais il n'a pas le bonheur de signer pour CBS, sort réservé au line-up Rolie/Dunbar/ Tickner,/Valory/Schon, fin 74. L'ombre de Herbie Herbert plane sur la réussite de ce partenariat.

Des premiers pas jazzy...

Celui-ci accouche d'un premier LP éponyme, publié en avril 1975. Jazzy, il tient surtout du rock prog et de l'instrumental. Il est à des années-lumière de ce pour quoi Journey est désormais apprécié. Le groupe en est alors encore à tâtonner sa musique, toujours à la recherche de sa véritable identité.

Il n'infuse pas auprès du public. Journey, malgré un manque manifeste de corps et de personnalité, obtient un classement honorable dans les classements US, en prenant une 138ème place et en y restant 9 semaines. Une tournée américaine de plus d'une vingtaine de concert s'ensuit ; celle-ci, harassante, met Tickner sur les rotules.

Journey gregg rolie portrait

«  Journey a commencé peu de temps après la rupture avec Santana. J'ai reçu un appel de Neal Schon et d'Herbie Herbert. Herbie était en quelque sorte l'initiateur du projet qu'ils m'ont agité sous le nez. Comme j'étais libre de tout engagement, j'ai accepté leur proposition de rejoindre The Golden Gate Rhythm Section qui consistait essentiellement en un groupe qui jouerait pour des artistes débarqués sur San Francisco. C’est comme ça qu'ils me l'ont vendu, mais au bout de deux semaines, nous écrivions déjà des chansons. Ils m'ont menti avec aplomb. » (Gregg Rolie)

Interprète et co-auteur de 3 titres du premier LP, le guitariste passe la main, préférant s'orienter vers des études de médecine. Deux de ses chansons (You're On Your Own et I'm Gonna Leave You) alimentent la tracklist de l'album suivant, Look Into The Future (janvier 1976/CBS).

...puis une suite plus abordable...

Ce second volet de la discographie est en quelque sorte la suite de l'album précédent. A cheval entre rock prog et hard rock, il se dépouille toutefois de ses expérimentations jazzy et, du même coup, en devient plus accessible. Pas assez cependant pour en tirer de substantielles retombées, cela viendra plus tard.

Néanmoins, Look Into The Future, réalisé à 4 (Rolie, Dunbar, Schon et Valory), a de la qualité (N°100 du Billboard) et permet de passer un bon moment. Manque encore l'étincelle qui puisse mettre le feu à l'énorme potentiel de ces garçons...

Next (février 1977/CBS), troisième levée du catalogue, marque une nouvelle progression, le LP faisant 85 dans les charts US, bien qu'il ne diffère pas vraiment de ce qui précède.

...avant l'explosion.

Il est patent qu'à ce stade de son parcours, la partie chant est le maillon faible de Journey, malgré le talent et la bonne volonté de Gregg Rolie. Si Journey veut rivaliser avec Boston ou Foreigner, il lui faut intégrer un chanteur digne de ce nom.

Ce poste demandant un spécialiste, il est suggéré au groupe d'engager Robert Fleischman. Ce dernier partage la fonction avec Gregg Rolie, de juin à novembre 77, autrement dit entre Next et Infinity, avant d'être écarté sans ménagement par Herbie Herbert, au profit de Steve Perry.

Le nouvel entrant fait ses débuts scéniques comme frontman de Journey, le 28 octobre 1977 au Old Waldorf de San Francisco. Autant dire que c'est lui qui est au chant sur le 4ème opus du groupe (Infinity), sorti début janvier 1978, et par lequel, Journey franchit un pas décisif dans sa carrière.

Du même coup, l'entrée de Perry permet à Gregg Rolie de se consacrer essentiellement aux claviers, même si ce dernier prend le chant à son compte sur Anytime et qu'il chante avec Perry sur Feeling That Way.

Ces deux titres, ainsi que Wheel In The Sky et Lights illuminent Infinity ; ils mettent surtout l'accent sur l'apport déterminant de Perry, sur le soin apporté aux harmonies, le groupe ayant fait la démarche de former tous ses membres à la technique du chant préalablement.

La qualité et l'accroche des chansons sont permanentes au fil de l'écoute, aussi n'est-il pas surprenant de voir Infinity être très bien accueilli à sa sortie dans les bacs.

Dans le chaudron de l'AOR.

L'album lance par ailleurs la carrière de Journey et annonce une décennie commerciale exceptionnelle comme peu de formations l'ont connue. Tombé dans le chaudron de l'AOR, Journey va s'y complaire et truster les honneurs. Pas Dunbar qui laisse le siège de batteur à Steve Smith (ex-Montrose).

Evolution (20 au Billboard), publié en mars 79 (Columbia), Departure (février 80-CBS/N°8), dernier LP de Gregg Rolie (remplacé par Jonathan Cain), Dream After Dream (décembre 80-CBS), B.O du film japonais Yume Yume No Ato, Captured (Janvier 81), premier live, le monumental Escape (juillet 81/CBS et N°1 du Billboard) et sa poignée de singles estampillés top 20 (2 pour Open Arms, 4 pour Who's Crying Now, 9 pour Don't Stop Believin' et 19 pour Still They Ride), Frontiers (février 83/CBS), 6 fois platine (2ème du Billboard) et Raised On Radio (avril 86/CBS) avec les trois seuls Journey restants (Perry, Neal et Cain) après les licenciements de Ross Valory et Steve Smith, alimentent le créneau 78/87, véritable référence artistique et commerciale de Journey.

Intronisé au Rock And Roll Hall Of Fame.

Journey est ensuite mis en sommeil, chacun vaquant à ses occupations, avant de se réunir à nouveau en 1991, le temps d'un concert. Columbia rentabilise cette pause en publiant un Greatest Hits (1988) et un coffret de 3 disques (Time/1992).

Herbert écarté (Irving Azoff prend le relais) sous la pression de Perry, ce dernier conduit le groupe qui réalise Trial By Fire (1996). Journey réunit alors Perry, Schon, Cain, Valory et Smith.

Ceux-ci doivent cependant se résoudre à abandonner le projet de tournée de promo quand Perry se blesse sérieusement durant ses loisirs (accident de varappe en été 97).

Le chanteur Steve Augeri saute dans la brèche mais Journey recrute aussi un nouveau batteur en la personne de Deen Castronovo. Dans cette nouvelle configuration, la formation de Frisco enregistre son 12ème LP studio : Arrival, sorti au début du 3ème millénaire (2001).

Le 21ème siècle enrichit le catalogue de trois nouveaux opus, Generations (2005), Revelation (2008) et le dernier, Eclipse (2011), avec au chant Arnel Pineda, tandis qu'en Avril 2017, Journey, via sa filière historique (Perry, Schon, Rolie, Cain, Valory, Dunbar et Smith), est intronisé au Rock And Roll Hall Of Fame (RAZOR©2020).

DISCOGRAPHIE 70'S.

LP Studio 4 - 1978

 

Journey infinity

 

JOURNEY

INFINITY - 1978  3,5/5

 

Publié en janvier 1978.
Produit par Roy Thomas Baker.

Durée:36:28.

Label:Columbia Records.

Genre:rock,hard rock,AOR,Arena Rock.

Avant qu'Infinity ne tombe dans les bacs, Journey est confronté à un choix cornélien. Ou il persiste dans la voie progressive entamée dans les trois albums précédents, à savoir Journey (1975), Look Into The Future (1976) et Next l'année suivant et il se croûte tôt ou tard, ou il change de braquet, voire de direction, se remet en question pour, enfin, pouvoir espérer bomber le torse, un jour. C'est aussi simple que ça.

La discographie qui précède Infinity ne permet pas aux san franciscains de se démarquer. Même si elle n'est pas, à proprement parler, repoussable, elle ne permet pas au groupe de se distinguer de la concurrence rock prog ambiante.

Journey se cantonne dans le ventre mou du genre et ça, le label ne peut le supporter d'autant qu'il reconnaît à ses protégés un gros potentiel, hélas mal exploité. Columbia a une réputation à défendre et fait passer le message aux musiciens concernés.

CBS voit plutôt en Journey une formation qui peut aller faire la nique aux ténors du moment comme Boston ou Foreigner, à la condition d'accepter l'idée de tourner la page progressive jusque là stérile et de se repositionner sur un créneau plus porteur et surtout plus lucratif, celui de l'AOR, de l'Arena Rock qui réunit dans les stades et les grandes arènes des centaines de milliers de fans.

Il faut donc à Rolie, chanteur en place, se faire à l'idée que désormais, on va lui mettre dans les pattes un profil taillé pour ces nouvelles ambitions. Son registre est jugé très insuffisant pour assumer le rôle de frontman du Journey nouveau. Rolie, chanteur chez Santana avant de prolonger la fonction pour Journey, faute de candidats, a conscience d'être le maillon faible du projet à venir et se prête de bonne grâce à cette option.

Pour basculer dans le chaudron de l'AOR, encore convient-il d'enrôler un chanteur digne de ce nom. Robert Fleischman aurait pu être ce candidat mais le manager Herbie Herbert, après que celui-ci n'assure une pige entre juin et octobre 77, décide de l'en exclure au profit de Steve Perry (Alien Project). L'audition est convaincante. Herbert l'engage.

Rolie, de son côté, fait l'appoint au chant (Anytime et Feeling That Way), assure les harmonies avec des membres s'étant préalablement plié de bonne grâce à des cours de technique vocale, et se consacre essentiellement aux claviers où il excelle.

A partir de là, un producteur reconnu sur la place et au CV évocateur (Free, Nazareth, Queen, Ian Hunter, The Cars, Foreigner...) est également recruté. A charge pour lui de doter Journey d'un son plus entraînant et accrocheur.

Tous ces éléments conjugués amènent à transformer radicalement la musique des californiens. C'est perceptible mais au fil de l'écoute de Infinity, quatrième LP studio. Journey est entré dans un autre monde, bien que cette métamorphose n'est encore pas vraiment palpable dans le répertoire affiché, en raison d'une dominante de ballades (Lights, Somethin' To Hide, Winds Of March, Patiently et Opened The Door), format taillé sur mesure pour la voix de Perry.

Il résulte de ce recadrage que CBS voit d'un bon œil, un album qui fait surtout le lien entre deux époques. C'est par la suite que ce ressenti va se renforcer et que le groupe va définitivement se positionner aux côtés des Styx, Boston, Foreigner, Queen, Toto, Bonjovi... et ainsi décupler ses passages sur les radios FM.

Multiplatine, Infinity donne raison à ceux qui ont poussé au cul pour changer de braquet. Dès lors, Journey s'emploie à faire encore mieux (Evolution), au point de titiller, dans les années suivantes, ceux qu'il avait dans le viseur lors de sa prise de décision radicale, en 1977 (RAZOR©).

 

1. Lights.
2. Feeling That Way.
3. Anytime.
4. La Do Da.
5. Patiently.
6. Wheel In The Sky.
7. Somethin’ To Hide.
8. Winds Of March.
9. Can Do.
10. Opened The Door.


Steve Perry:chant.
Gregg Rolie:clavier,chant,chœurs.
Neal Schon:guitare,chœurs.
Ross Valory:basse,chœurs.
Aynsley Dunbar:batterie,percussions.

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