Ten Years After.

BIOGRAPHIE.

 

TEN YEARS AFTER/Nottingham (U.K)

 

Ten years after

 

Actif entre 1966 et 1974,1988 à aujourd’hui.

Label:Deram/Decca,Polygram,Chrysalis,EMI,CBS.

Genre:blues-rock,hard rock,jazz rock.

Site officiel:ten-years-after.co.uk

 

10 minutes pour l’éternité.

Il aura fallu quelque 10 minutes d’une prestation mémorable (I’m Going Home) de son guitariste virtuose à Woodstock, pour que Ten Years After passe à la postérité et devienne une légende du rock. Du blues-rock plutôt. De ce fantastique blues-rock anglais dont Ten Years After est la branche héritée de Nottingham l’industrielle.

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Tya lee

Alvin Lee, le prodige par lequel tout est arrivé, n’est plus depuis le 6 mars 2013, mais Ten Years After est toujours en activité. En vérité, le guitare-hero à la chevelure blonde décline la proposition de prendre part au TYA de la reformation en 2004, préférant donner la priorité à une carrière solo démarrée en 1974 quand il met fin à l’aventure collective avec Ten Years After.

Rick Lee et Chick Churchill font du rab.

La formation actuelle évolue autour des deux membres d’origine encore motivés pour poursuivre sous ce nom, Rick Lee et Chick Churchill, le troisième larron du line-up légendaire Leo Lyons ayant passé la main fin 2013. Marcus Bonfanti et Colin Hodgkinson sont les derniers entrants.

L’entourage commercial de Ten Years After a beaucoup capitalisé sur son génial gratteux, comprenant bien l’intérêt à focaliser sur sa belle gueule. Le choix fut judicieux puisqu’il permit le basculement du destin du groupe. Pour beaucoup de fans, Alvin Lee est le Lucky Lucke de la six cordes.

Alvin Lee, ok, et les autres ?

Il joue plus vite que la lumière. Les lieux communs tombent dès lors qu’on évoque le sujet et les clichés ont la vie dure.

L’agilité digitale de son talentueux leader a longtemps éclipsé le collectif, mais Ten Years After, ce n’est pas que les prouesses de Lee. Lee n’était pas qu’un m’as-tu-vu speedé, une bête de scène cherchant à s’accaparer la vedette par sa seule vélocité sur le manche, il était aussi et surtout un guitariste à émotions. Et c’est ce que retranscrit la grande majorité des disques des anglais. Le monstre sacré, oui, mais pas que.

Lee a été élevé au blues et le Marquee Club londonien se souvient encore de ce blondinet qui met le public en ébullition. Dès 1962, il fait parler de lui sur le circuit. Cependant, c’est sa rencontre avec Leo Lyons en 1964 qui donne le jour à ce qui va aboutir à une des plus belles réussites heavy blues british.

Blues et rock ‘n’ roll au menu.

Le Britain Largest Sounding Trio d’abord, puis les Jaybirds où Rick Lee, aucune parenté avec Alvin, et Chick Churchill les rejoignent et Ten Years After en 1967. Au programme : blues et rock ‘n’ roll. Rien ne distingue alors cette formation de la masse des groupes issus de la deuxième vague du british blues boom, comme Chicken Shack ou Fleetwood Mac.

Decca Records, par l’entremise de sa filiale Deram, la signe en 1967, année de sortie du premier très bon LP, Ten Years After, essentiellement blues. S’il renseigne sur la faculté de Lee à écrire, il confirme aussi son aptitude à manier aussi bien la gratte acoustique que celle électrique et ses dispositions pour l’harmonica.

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« Je pense que Ten Years After était parfois un peu trop cool en studio, mais c’est peut-être ce qui fait le secret de son son. » (Leo Lyons)

Il met aussi l’accent sur ce que j’évoquais précédemment, Ten Years After ne s’exprime pas qu’à travers  Lee. Derrière, la rythmique assure grave et le claviériste n’est pas manchot. C’est déjà pro.

La marche vers la gloire.

Pour un groupe qui passe énormément de temps sur la route, l’album live est un impératif. Undead (1968) ne tarde pas à venir démontrer sa capacité à retranscrire en concert toute l’énergie et l’émotion qu’on lui prête alors. Cet album de très bon blues-rock précède Stonedhenge (1969), numéro 2 du catalogue studio qui prend une direction blues progressif convaincante.

Cette même année, outre Woodstock qui fait énormément pour le statut international de Ten Years After, sort également Ssssh, une délicieuse fusion de blues, de rock, de jazz et de boogie. Les lauriers vont toutefois à Cricklewood Green (1970), le quatrième LP studio, qui situe le groupe à son apogée et accrédite le rôle majeur joué par l’ingénieur du son Andy Johns. Le blues-rock atteint ici des sommets. C’est la dernière fois que Ten Years After évoluera à ce niveau exceptionnel. Bel aboutissement pour un ensemble dont on s’accordait à dire, trois ans plus tôt, qu’il était banal et sans véritable avenir.

Baisse de régime.

La production discographique post Cricklewood n’est pas celle sur laquelle se porte généralement l’intérêt pour les bluesmen de Nottingham, mais elle n’est pas à négliger non plus. Si Ten Years After livre une nouvelle  grosse prestation à Wight en août 1970, renforçant ainsi une popularité déjà très grande, Watt, par contre, sorti en fin de cette même année 70, ne fait rien pour, sans que l’on ne sache vraiment si c’est le manque d’inspiration qui guette, une baisse de motivation qui s’annonce, si le rythme infernal de ses tournées pèse sur son temps de studio. Alvin Lee reprend la vedette et entraîne TYA dans un univers vaniteux qui n’augure rien de bon.

A Space In Time (1971), plus pop, marque son passage chez Columbia. Il  est d’un niveau à peine supérieur à son prédécesseur, les compositions deviennent moins croustillantes, signe de l’essoufflement d’un groupe qui n’a jamais été un foudre de guerre en terme d’écriture. Ce sixième jet studio annonce la fin de de la période la plus représentative de Ten Years After. Néanmoins, A Space In Time permet à I’d Love To Change The World de se classer dans le top 40 britannique.

Un nom légendaire.

On passera délibérément sous silence le honteux Alvin Lee & Company (1972) qui compile des titres ayant plus valeur de raclures que d’inédits. La volonté de faire du fric sur un groupe qui sent le sapin est évidente et le pauvre et monotone Rock And Roll Music To The World (1972), sorti dans son sillage, sonne l’hallali de Ten Years After qui, après Positive Vibrations (1974) se fourvoie dans un petit hard rock pour assurer sa pitance quotidienne. C’en est trop pour continuer ainsi. Alvin Lee met son monde dehors et ferme la porte derrière lui.

Inutile d’insister, même si le cœur de Ten Years After bat toujours aujourd’hui grâce à Rick Lee et Chick Churchill refusant de lâcher un nom qui sera éternellement lié à Alvin Lee, Woodstock et au riff mémorable de Love Like A Man, apprentissage obligé pour les guitaristes en herbe (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S.

LP Studio 1 - 1967

 

Ten years after 1967

 

TEN YEARS AFTER

TEN YEARS AFTER – 1967  4/5

 

Publié le 27 octobre 1967.

Produit par Mike Vernon,Gus Dudgeon.

Durée:37:44.

Label:Deram.

Genre:blues-rock.

 

Déjà très affuté.

 

Boxant dans la même catégorie que Chicken Shack ou Fleetwood Mac, quoi qu’un peu plus rock que ces derniers, Ten Years After s’appuie sur une assise blues, dictée par une belle rythmique et auréolée par la six cordes délirante d’Alvin Lee.

Son premier album (en écoute intégrale ici), éponyme publié en 1967, se fait chez Decca Records. La première chose qui attire l’attention, c’est la touche jazzy qui en émerge, qui dévoile au grand jour les bases musicales de Lyons et de Lee.

Il s’en dégage une agréable chaleur et une expression très personnelle. Le deuxième point que le disque met en avant, concerne le jeu de guitare d’Alvin Lee, capable de riffs destructeurs comme d’improvisations mémorables, pas manchot non plus dès lors qu’il passe de l’électrique à l’acoustique ou qu’il manie l’harmonica.

La rythmique, disais-je, est très affûtée et s’affaire ici avec beaucoup de facilité, en mode à l’aise Blaise quel que soit le registre, sans trop se poser de questions. De son côté, le claviériste, Chick Churchill, s’avère plus qu’un complément.

Ten Years After a déjà toutes les apparences d’une formation mâture. Il ne fait rien qui soit novateur, fait le métier, et ce qu’il réalise ici, est déjà très professionnel. Absolument rien n’est à écarter. Pour un premier album, il est très solide. Ce n’est qu’un début. Seul bémol, il faut aimer le blues (RAZOR©).

 

1. I Want To Know.

2. I Can’t Keep From Crying Sometimes.

3. Adventures Of A Young Organ.

4. Spoonful.

5. Losing The Dogs.

6. Feel It For Me.

7. Love Until I Die.

8. Don’t Want You Woman.

9. Help Me.

 

Alvin Lee:guitares,chant,harmonica.

Leo Lyons:basse.

Ric Lee:batterie.

Chick Churchill:orgue,pianos.

LP Live 1 - 1968

 

Ten years after undead

 

TEN YEARS AFTER

UNDEAD – 1968  4/5

 

Publié le 10 août 1968.

Enregistré le 14 mai 1968 au Klooks Kleek (Londres).

Durée:38:50.

Label:Deram.

Genre:blues-rock.

 

Bel exercice de style.

 

Entre deux excellents albums studio, l’éponyme TYA de 1967 et Stonedhenge de 1969, Ten Years After enregistre live un concert ayant eu lieu dans les murs d’un club londonien, le Klooks Kleek, qui a vu passer les plus grands du moment : Cream, Mayall et ses Bluesbreakers, voire Graham Bond, précédemment.

La vocation première de ce live est de montrer, à la face du monde, la polyvalence de TYA, de prouver son aptitude à retranscrire en public la force, l’émotion et la maturité révélés par l’album éponyme précédent. S’y ajoute le plaisir de jouer.

Undead (en écoute intégrale ici) est un excellent outil de promotion du british blues sur les planches. Sans prétention mais efficace, à leur manière, dans le respect de la tradition du genre, Ten Years After y déroule d’abord un éblouissant blues dans un swing propre aux jazzmen, via I May Be Wrong But I Won’t Be Wrong Always d’Alvin Lee et Woodchopper’s Ball, standard de 1939 remis au goût du jour. La virtuosité technique d’Alvin Lee termine le travail dans une vitesse d’exécution qui annonce la prestation virtuose de Woodstock. C’est la cerise sur le gâteau. Autant dire que l’exercice de style est convaincant.

Puis, le blues se fait plus lent avec Spider In My Web. C’est moins marrant, mais, encore une fois, c’est exécuté, sans surprise ni originalité mais dans les règles de l’art et personne ne s’en plaindra. L’essentiel est d’être performant et ça l’est. Summertime, le classique de George Gershwin, trituré à la sauce TYA, difficilement identifiable, est surtout une vitrine pour que Ric Lee puisse s’y défouler. Son solo de batterie est inutile et ne fait rien pour enjoliver un morceau pas mémorable.

Dans les mémoires, I’m Going Home y est figé pour toujours ; culminant à 11 minutes dans son anthologique version de Woodstock qui tombera en 1969, il n’est qu’un embryon ici (6:37) et pourrait décevoir les inconditionnels du Ten Years After du légendaire festival.

Qu’ils soient rassurés, il est aussi bien conduit techniquement et en vélocité, par un merveilleux expert de la six cordes. Undead est une belle démonstration de la turbulence qui anime alors le British Blues et qui se déclare dans l’entourage de TYA. Il est un des disques à recommander de ce groupe (RAZOR©).

 

1. I May Be Wrong, But I Won't Be Wrong Always.

2. Woodchopper's Ball.

3. Spider In My Web.

4. Summertime.

5. I'm Going Home.

 

Alvin Lee:guitare,chant.

Chick Churchill:orgue.

Ric Lee:batterie.

Leo Lyons: basse.

LP Studio 2 - 1969

 

Ten years after stonedhenge

 

TEN YEARS AFTER

STONEDHENGE – 1969  4/5

 

Publié le 22 février 1969.

Produit par Mike Vernon.

Durée:34:22.

Label:Deram.

Genre:blues-rock,jazz rock.

 

L’album de la démocratie.

 

Ten Years After expérimente et cela a un coût : celui de reléguer Alvin Lee au rang de quasi comparse. Il  la joue discret, s’effaçant au détriment des autres acteurs, lesquels  peuvent ainsi  démontrer tout leur talent et faire étalage d’e jolies improvisations.

Loin du classique album de blues précédent, Stonedhenge (en écoute intégrale ici) voit le groupe anglais s’orienter vers un blues progressif plutôt étrange mais étonnamment bien léché. Bien à part dans la production discographique du groupe, ce très bon LP ne s’adresse en aucun cas aux sempiternels nostalgiques du délirant I’m Going Home de Woostock.

Eclectique, Stonedhenge affiche d’entrée cette quête expérimentale annoncée avec  un Going To Cry à l’intro originale, qu’un orgue mystérieux et obsédant rapproche du Pink Floyd version Syd Barrett. Le claviériste Chick Churchill, dans le cadre de la récréation qui lui est ici autorisée, y va ensuite d’un jazzy I Can’t Live Without Lydia.

Woman Trouble permet au blues de reprendre ses droits. Là encore, chaque acteur y va de sa contribution à la manière des jazzmen. La rigolade s’organise. L’amusant Skoobly-Ooobly-Doobob , tout en onomatopées, révèle une belle synchronisation entre la guitare et le chant d’Alvin Lee. Il dénote la liberté et la décontraction qui collent au studio.

Hear Me Calling, aux notes psychédéliques, revient à un blues plus classique, tandis qu’A Sad Song n’en finit pas de traîner sa peine. Puis, c’est au tour de Ric Lee, batteur, de s’octroyer son moment (toujours très court) via Three Blind Mice. Ce cheminement progressif nous installe sur les huit minutes de No Title, aussi oppressant et morose que Sad Song dans sa phase initiale. Tout y est : riff tueur, orgue bizarre, effets sonores, instruments qui s’insèrent les uns dans les autres, rythme ultra-lent. Bonjour l’ambiance.

Enfin, dans ce concept musical entrecoupé de partitions individuelles (bienvenues pour faire retomber un soufflé parfois difficile à digérer), Leo Lyons, bassiste, assure sa part dans Faro. Un rapide et puissant Speed Kills, sorte de voyage en train, achève Stonedhenge dans un déraillement particulièrement réussi.

Et Alvin Lee dans l’histoire ? Confiné à un rôle obscur, loin de la starisation, il se fait petit, pour les besoins du concept, et ça saute aux yeux. On peut lui pardonner car sa vision de la démocratie n’aura finalement pas été tronquée. Stonedhenge est allé plus loin que ce que la concurrence du moment proposait. Excellent ! (RAZOR©).

 

1. Going To Try.

2. I Can’t Live Without Lydia.

3. Woman Trouble.

4. Skoobly-oobly-doobob.

5. Hear Me Calling.

6. A Sad Song.

7. Three Blind Mice.

8. No Title.

9. Faro.

10. Speed Kills.

 

Alvin Lee:guitares,chant,piano,effets.

Leo Lyons:basse,contrebasse.

Ric Lee:batterie,percussions,bruitage.

Chick Churchill:orgue,piano.

LP Studio 3 - 1969

 

Ten years after ssssh

 

TEN YEARS AFTER

SSSSH – 1969  5/5

 

Publié en août 1969.

Produit par Ten Years After.

Durée:32:44.

Label:Deram.

Genre:blues-rock.

 

Trop court.

 

Du très bon Ten Years After, particulièrement plaisant à écouter, au programme de Ssssh (en écoute intégrale ici), dont le titre s’avère aussi énigmatique que mémorable, pour être un des sommets du catalogue des gars de Nottingham.

Cette troisième levée studio, publiée en 1969 dans la continuité de la popularité née sur les planches de Woodstock est autoproduite par Alvin Lee et ses potes.

On y retrouve un groupe au sommet de son jeu, en plein boum, et cela s’en ressent dans la présente prestation. Ce disque traduit bien l’énergie du TYA live, le son y étant excellent et les effets mieux restitués.

Durant les 32 minutes que dure cet album, la bande à Alvin Lee propose, au travers de ses huit titres, une succulente fusion de blues, rock, jazz et boogie, dont quelques  magnifiques petites perles comme le fou furieux Good Morning Little Schoolgirl emprunté à Sonny Boy Williamson, comme Bad Scene, plus rock, Stoned Woman, comme le pop If You Should Love Me, le classique I Woke Up This Morning, The Stomp, ou encore Two Time Mama.

Ten Years After sort tout l’arsenal pour séduire et capter votre attention jusqu’au terme : la matière, bonne ; l’énergie, grande et la technique monstrueuse  à l’image d’une rythmique extraordinaire, des solos dévastateurs et des riffs carnassiers de son leader.

Incontestablement, ce Ssssh est un sommet de la carrière de Ten Years After et un point de repère du genre dans une année 1969 très prolifique. On en vient à regretter qu’il soit trop court. A peine plus d’une demi-heure, faut pas déconner quand même (RAZOR©).

 

1. Bad Scene.

2. Two Time Mama.

3. Stoned Woman.

4. Good Morning Little Schoolgirl.

5. If You Should Love Me.

6. I Don’t Know That You Don’t Know My Name.

7. The Stomp.

8. I Woke Up This Morning.

 

Alvin Lee:guitares,chant.

Leo Lyons:basse.

Ric Lee:batterie.

Chick Churchill:orgue,pianos.

LP Studio 4 - 1970

 

Ten years after crickelwood

 

TEN YEARS AFTER

CRICKLEWOOD GREEN – 1970  5/5

 

Publié le 17 avril 1970.

Produit par Alvin Lee.

Durée:39:03.

Label:Deram.

Genre:blues-rock.

 

L’état de grâce.

 

Cricklewood Green (en écoute intégrale ici) constitue l’état de grâce de Ten Years After. Il est l’exemple de ce que peut donner le blues-rock anglais quand il est à son sommet. Plus jamais, après lui, le groupe ne reproduira ce type d’albums.

Placé dans les pas de l’énigmatique Ssssh, très bon pan du catalogue, Cricklewood Green (1970) est ce que le groupe de Nottingham a fait de mieux. Y compris au niveau de sa pochette, une des plus belles de l’époque. Il franchit une étape supplémentaire par rapport à son prédécesseur, déjà pourtant pas mal.

Emmené par l’illustrissime Love Like A Man, qui culmine au-delà des 7 minutes, par 50.000 Miles Beneath My Brain, l’autre grand classique du disque, qui se détachent du lot, ainsi que par le jazz-rock Me And My Baby, Cricklewood Green, mélange de blues, de rock et de psychédélisme, mis en valeur par l’excellent travail de l’ingénieur Andy Johns, vaut aussi par le rock graveleux Working On The Road, le folk rock trippy Circles, le country-rock marrant Year 3000 Blues, Sugar the Road et ses grands riffs de guitare, le blues-rock To No One et As The Sun Still Burns Away.

Cricklewood Green contribue à immortaliser la marque Ten Years After. Parmi les meilleurs disques sortis cette année 70, il est celui qui traduit le mieux l’énorme potentiel d’un groupe qui fut fantastique (RAZOR©).

 

1. Sugar The Road.

2. Working On The Road.

3. 50.000 Miles Beneath My Brain.

4. Year 3.000 Blues.

5. Me And My Baby.

6. Love Like A Man

7. Circles.

8. As The Sun Still Burns Away.

9. Warm Sun.

10. To No One.

 

Alvin Lee:guitares,chant.

Leo Lyons:basse.

Ric Lee:batterie,percussions.

Chick Churchill:orgue,piano,clavecin.

LP Studio 5 - 1970

 

Ten years after watt

 

TEN YEARS AFTER

WATT – 1970  3/5

 

Publié en décembre 1970.

Produit par Ten Years After.

Durée:38:05.

Label:Deram.

Genre:blues-rock.

 

Ne peut prétendre à mieux.

 

Resté sur le magnifique Cricklewood Green précédent, j’ai fait l’achat, en 1970, de Watt (en écoute intégrale ici) et, depuis, je suis beaucoup resté attaché à ce disque pour des raisons personnelles, externes à la musique ici proposée. Le registre demeure identique : du blues-rock, du rock & roll et du blues.

La musique ici proposée n’est pas ce que j’ai entendu de mieux de Ten Years After, mais elle autorise malgré tout quelques petits moments très très sympas : She Lies In The Morning, My Baby Left Me, I’m Coming Home et Think About The Times notamment. C’est peu, me direz-vous et, en tout cas, nettement insuffisant pour prétendre à mieux. Watt est donc un disque moyen qui soulève des questions sur l’état des troupes au moment de la réalisation de ce cinquième LP studio.

Le manque d’inspiration est criard ici. Quatre titres potables sur huit dont un, Sweet Little Sixteen, enregistré live à Wight en 1970, dont on se demande bien s’il ne sert pas à faire l’appoint, Ten Years After nous a habitués à mieux. C’est une déception. La première pour moi qui suit le groupe depuis le début. Pas d’originalité, manque de fraîcheur, pas inspiré…

Le mal qui affecte TYA vient-il du fait qu’il en fait un peu trop ? Qu’il n’a plus le temps de l’écriture, ni de soigner ses LP ? A privilégier les tournées au studio, à faire pâle figure en studio, à virer dans un démonstratif grotesque pour se qui concerne son guitariste, Ten Years After en arrive à ne plus exister. Ce que son leader gagne en vitesse, il le perd en créativité et c’est bien dommage. Mais à force d’en faire trop, TYA se décrédibilise.

De ce fait, Watt sent le déjà entendu chez les autres. Il sonne le creux et manque de jus. De quoi le faire rentrer dans le ventre mou du blues-rock, avec les seconds couteaux, après en avoir été un meneur. Triste (RAZOR©).

 

1. I'm Coming On.

2. My Baby Left Me.

3. Think About the Times.

4. I Say Yeah.

5. The Band with No Name.

6. Gonna Run.

7. She Lies in the Morning.

8. Sweet Little Sixteen.

 

Alvin Lee:chant,guitare.

Chick Churchill:orgue.

Leo Lyons:basse.

Ric Lee:batterie.

LP Studio 6 - 1971

 

Ten years after a space in time

 

TEN YEARS AFTER

A SPACE IN TIME – 1971  3,5/5

 

Publié en août 1971.

Produit par Ten Years After.

Durée:37:26.

Label:Columbia (U.S.A),Chrysalis (U.K.).

Genre:blues-rock.

 

Par intermittence.

 

1971 est l’année de sortie d’A Space In Time (en écoute intégrale ici). Ten Years After, un des meilleurs groupes anglais du moment n’a pas fait de Watt son plus grand disque du moment. Watt n’a pas fait grand-chose pour élogieux pour glorifier le catalogue du groupe de blues–rock.

Même s’il affiche ici une grande maturité, c’est la moindre des choses après toutes ces années de route, A Space In Time souffre trop d’une matière en deçà pour redorer le blason de la maison TYA. Deram n’est plus, l’avenir se fait ailleurs. Chez Columbia pour les States et Chrysalis pour le Royaume-Uni.

A Space In Time, qui débute de manière plutôt convaincante avec l'énorme One Of These Days, est globalement décevant malgré quelques pièces intéressantes comme Here They Come, Hard Monkeys, comme I’d Love To Change The World qui contribue pour beaucoup au succès commercial de l’album du fait de son passage sur les radios FM du moment, ou encore comme I’ve Been There Too.

Malgré un lot, pour moitié, de pièces plus faibles (Over The Hill,Baby Won’t You Met Me Rock ‘n’ Roll, Once There Was A Time, Let The Sky Fall, Uncle Jam), il est le disque le plus vendu du groupe. Plus pop que tout ce qui précède, A Space In Time, malgré un son différent de celui de ses devanciers, souffre d’un manque de cohérence et d’une faiblesse au niveau de sa substance.

A peine meilleur que Watt auquel il succède, il n’est pas un disque essentiel de Ten Years After. L’intérêt se fait par intermittence seulement (RAZOR ©).

 

1. One Of These Days.

2. Here They Come.

3. I’d Love To Change The World.

4. Over The Hill.

5. Baby Won’t You Let Me Rock ‘n’ Roll You.

6. Once There Was A Time.

7. Let The Sky Fall.

8. Hard Monkeys.

9. I’ve Been There Too.

10. Uncle Jam.

 

Alvin Lee:guitares,chant,harmonica.

Leo Lyons:basse.

Ric Lee:batterie.

Chick Churchill:orgue,pianos.

LP Studio 7 - 1972

 

Ten years after rock and roll music

 

TEN YEARS AFTER

ROCK & ROLL MUSIC TO THE WORLD – 1972  3/5

 

Publié en octobre 1972.

Produit par Ten Years After.

Durée:45:10.

Label:Chrysalis (U.K.),Columbia (U.S.A.).

Genre:blues-rock.

 

Terne Years After.

 

C’est un Ten Years After usé, fatigué, qui aborde ce qui sera considéré, avec le recul, comme le dernier fait d’armes studio encore acceptable des anglais : Rock & Roll Music To The World (en écoute intégrale ici) datant de 1972.

A charge, une tendance à reproduire la même chose, et la même chose, les derniers temps, se traduit par une médiocrité qui se reconduit de LP en LP depuis Watt. Manque d’une matière vraiment emballante, son plus pop qui induit un recul en termes de puissance et d’énergie, l’orientation prise depuis le passage chez Chrysalis/Columbia ne génère rien de réellement bandant comme j’ai pu le lire dans certains des commentaires dithyrambiques prêtés à ce disque.

Chacun voit midi à sa porte, mais pour moi, ce Ten Years After là est loin, très loin même, du groupe et du travail de Cricklewood Green, qui demeure son dernier grand disque. Rock & Roll Music To The World n’a que quelques pièces (encore) fiables à présenter, comme Turned-Off TV Blues, You Give Me Loving, Standing At The Station, Religion ou Convention Prevention, mais rien qui ne puisse prétendre à en faire un disque essential du catalogue.

Terne, manquant d’inspiration, il sonne l’hallali de Ten Years After. C’est mon avis et il n’engage que moi (RAZOR©).

 

1. You Give Me Loving.

2. Convention Prevention.

3. Turned-Off TV Blues.

4. Standing at the Station.

5. You Can't Win Them All.

6. Religion.

7. Choo Choo Mama.

8. Tomorrow I'll Be Out of Town.

9. Rock & Roll Music to the World.

 

Alvin Lee:guitare,chant.

Leo Lyons:basse.

Ric Lee:batterie.

Chick Churchill:orgue.

LP Studio 8 - 1974

 

Ten years after positive vibrations

 

TEN YEARS AFTER

POSITIVE VIBRATIONS – 1974  3/5

 

Publié en avril 1974.

Produit par Ten Years After.

Durée:40:28.

Label:Chrysalis (U.K.),Columbia (U.S.A.).

Genre:blues-rock.

 

Où sont les vibrations ?

 

Où sont les vibrations ? A quel niveau se situe le positif ? J’ai beau chercher depuis 40 ans, je n’ai jamais été secoué par le moindre spasme et aucune onde favorable ne m’a jamais habitée ici. Donc, pour moi, de Positive Vibrations (en écoute intégrale ici), il n’est que le nom qui sert à intituler ce huitième album de Ten Years After. Et rien d’autre.

Ne tournons pas autour du pot. Ten Years After n’y est plus. Pour avoir été fan en temps réel, il saute aux yeux qu’Alvin Lee et son équipe se sont éteint après Cricklewood Green et que le début des années 70 n’a pas été du tout à son avantage. Il draine encore des supporters qui soutiennent mordicus, à la vie à la mort, juré-craché, que Ten Years After a sorti, avec Rock & Roll Music To The World, l’album du siècle. Tatatata… inutile de jouer du violon.

Le scénario de la suite du feuilleton Ten Years After, à ce point précis de sa carrière, le plus beubeu des quidams peut vous le prédire. Qui n’avance pas, recule, et nos gentils garçons de Nottingham rament grave depuis 4 ans. Alors, trouver des raisons d’espérer et se satisfaire ici de quelques rogatons, je veux bien. Chacun est libre de ses actes. Moi, en tout cas, je ne vous conseillerais certainement pas ce disque. Mais si vous aimez manger les restes, libre à vous !  

Positive Vibrations n’est qu’un Rock & Roll Music To The World bis, mais encore plus déprécié et, cette fois-ci, il n’est pas grand-chose pour lui sauver sa tête. Ennuyeux, à court d’idées, il marque la fin d’une formation  alors usée, qui se fourvoie dans un hard rock pour continuer à manger, mais qui n’intéresse plus personne. La formation sera dissoute dans la foulée et c’est mieux ainsi (RAZOR©).

 

1. Nowhere To Run.

2.  Positive Vibrations.

3.  Stone Me.

4. Without You.

5. Going Back To Birmingham.

6. It's Getting Harder.

7. You're Driving Me Crazy.

8.  Look Into My Life.

9. Look Me Straight Into The Eyes.

10. I Wanted To Boogie.

 

Alvin Lee:guitare,harmonica,chant.

Chick Churchill:piano,clavinet,synthétiseur.

Leo Lyons:basse.

Ric Lee:batterie,percussions,choeurs.

COMPILATION 70'S.

LP Compilation 3 - 1972

 

Ten years after alvin lee company

 

TEN YEARS AFTER

ALVIN LEE AND COMPANY – 1972 2,5/5

 

Publié en mars 1972.

Produit par Mike Vernon.

Durée:30:03.

Label:Deram.

Genre:blues-rock.

 

Album piégeux.

 

Pour situer ce disque, Alvin Lee & Company (en écoute intégrale ici), et expliquer son indigence, il faut remettre les choses dans le contexte. D'abord, sa sortie, en 1972, doit éveiller les auditeurs potentiels de Ten Years After sur le fait qu'à cette date, le groupe d'Alvin Lee est un produit de chez Columbia Records. Cette transition s'est opérée après la parution du 5ème LP, Watt, fin 1970 pour le compte de Deram.

Comme Ten Years After retrouve des couleurs chez CBS en signant un convaincant A Space In Time, porté par le single à succès I'd Love To Change The World (N°40 aux USA), l'ancien éditeur pond ce disque consistant essentiellement en des chutes de sessions datant de la période 1967/69.

Chutes de sessions ou rebuts, c'est selon, ça signifie que les morceaux figurant sur Alvin Lee & Company n'ont pas été jugés assez bons pour être intégrés sur les albums de la période Deram. A l'écoute de ce qu'il contient, il ne faut pas être grand clerc pour deviner pourquoi. Pour la majorité, ce sont des râclures destinées à faire du fric. Autrement dit de faire un gosse dans le dos aux auteurs. Et ces procédés d'argent facilement acquis, je n'aime pas, mais alors, pas du tout.

Pourtant les artistes concernés ont bien tenté de contrecarrer ce projet abject, mais force est restée au label. De disque piégeux, il en est ici question : les versions ici proposées de I’m Going Home, d’Hear Me Calling, celle expérimentale de The Sounds ou de Spider In My Web, le mini-jam session Boogie On de 14 minutes (soit la moitié de l’album original à lui seul) sont autant de pièges à cons dans lesquels les non-initiés risquent de tomber. Et c’est honteux. On le situera donc à deux étoiles et des brouzoufs pour ne pas vexer les inconditionnels de TYA et on ne s‘étendra pas sur le sujet (RAZOR©).

 

1. The Sounds.

2. Rock Your Mama.

3. Hold Me Tight" - 2:20

4. Standing at the Crossroads.

5. Portable People.

6. Boogie On.

7. Spider in My Web.

8. Hear Me Calling.

9. I'm Going Home.

 

Alvin Lee:guitare,chant.

Chuck Churchill:orgue,claviers.

Ric Lee:batterie.

Leo Lyons:basse.

DISCOGRAPHIE LIVE 70'S POSTHUME.

LP Live 70 - 2001

 

Ten years after live fillmore 70

 

TEN YEARS AFTER

LIVE AT FILLMORE 70 – 2001 5/5

 

Publié en 2001.

Produit par Ten Years After.

Durée:114:30.

Label:Capitol.

Genre:blues-rock,rock & roll.

 

Le rock a le blues.

 

Alvin Lee est mort et c’est le rock tout entier qui a le blues et qui pleure une de ses idoles. Artiste phare des prodigieuses années 60/70, guitariste à la virtuosité légendaire et leader mémorable de Ten Years After, Lee avait 68 ans, un âge auquel on ne doit pas encore être sur les listes de la Grande Faucheuse, surtout quand le motif de son hospitalisation ne présente aucun signe alarmiste.

Complications lors d’un acte chirurgical banal, avance-t-on. Tu parles, belle connerie oui, après Rory Gallagher, nous perdons un très grand musicien, l’égal des Clapton, Hendrix et autres guitare-héros de ce temps mais en moins connu.

Capable de jouer 10.000 notes en même temps, ce technicien véloce a immortalisé Ten Years After en signant une prestation inoubliable à Woodstock en 1969, I’m Going Home et en contribuant très activement à une flopée de très bons albums crédités à sa formation (jusqu’à A Space In Time - 1971).

Alvin Lee devait partager l’affiche parisienne de l’Olympia avec Johnny Winter début avril ; il ne nous reste plus que les yeux pour pleurer et sa discographie, de laquelle j’extrais, à des fins évocatoires, le double Live At Fillmore de 1970 (en écoute intégrale ici), sorti en 2001 chez Capitol Records, qui explique parfaitement le showman Lee, un artiste de scène hors normes. Il n’est pas meilleur jardin que celui de Bill Graham pour en juger.

Le magnifique document, capturé un week-end de février 70 (27 et 28) dans le mythique Fillmore East new-yorkais, théâtre de concerts anthologiques cette même année (Allman Brothers Band, Mountain, Dead, Neil Young…), place Alvin Lee au centre d’une atmosphère incendiaire remarquable.

Six mois après Woodstock et sa mémorable performance, Lee remet le couvert au milieu de sa formidable équipe du Ten Years After (Lyons, Churchill et l’autre Lee), une formation travailleuse, chevronnée et inspirée. Le quatuor nous balance en pleine gueule douze titres d’une valeur inestimable (issus de deux concerts), moulés dans le blues, le rock et le jazz.

Le public présent a-t-il conscience de ce à quoi il assiste alors ? Alvin Lee joue le pyromane de service et endosse parallèlement le costume pimpant (ou Pin Pon) du pompier, pour circonscrire à coups de riffs et de solos les foyers qu’une Gibson plus furieuse et déterminée que jamais et animée par des doigts hyper agiles, a allumés dans le parterre de petits veinards.

Que ce soit sur les reprises et classiques issus du répertoire de Willie Dixon, Sonny Boy Williamson et de Chuck Berry ou sur leurs propres titres, Alvin Lee et son invincible armada, qui à l’Hammond, qui à la rythmique, font très grosse impression ici.

Question live, ce Fillmore 70 est leur meilleure carte. Il est difficile d’y résister, on en reste bouche bée. Les bras m’en tombent encore plus de 40 ans après. Certes, son nom ne faisait plus les gros titres depuis des lustres, mais comment pourrait-on oublier tout ce qu’il apporté au rock ?

Comment oublier Crickelwood Green, Ten Years After, Woodstock ? Love Like A Man ? Aujourd’hui, j’ai le cœur très gros de perdre un artiste de cette trempe. Des tonnes d’images défilent devant mes yeux. Le temps nous prend ceux qu’on aime les uns derrière les autres. Pas juste tout ça.

Ciao Alvin, j’ai le blues. Au revoir Mr Graham Barnes, vous étiez quelqu’un de très bien (RAZOR©).

 

1. Love Like A Man.

2. Good Morning Little Schoolgirl.

3. Working On The Road.

4. The Hobbit.

5. 50,000 Miles Beneath My Brain.

6. Skoobly-Oobley-Doobob/I Can't Keep From Crying Sometimes/Extension On One Chord.

7. Help Me.

8. I'm Going Home.

9. Sweet Little Sixteen.

10. Roll Over Beethoven.

11. I Woke Up This Morning.

12. Spoonful.

 

Leo Lyons:basse.

Alvin Lee:guitare,chant.

Chick Churchill:orgue.

Ric Lee:batterie.

DISCOGRAPHIE ERE MODERNE ALVIN LEE.

LP SOLO  15 - 2012

 

Alvin lee still on the road 2012

 

ALVIN LEE

STILL ON THE ROAD FOR FREEDOM – 2012  3,5/5

 

Publié le 31 août 2012.

Produit par Alvin Lee,John Astley.

Durée:42:56.

Label:Rainman Records (U.S),Repertoire Records (Europe).

Genre:rock,blues-rock,folk rock,rock & roll.

 

Dernier tour de piste d’une légende.

 

Dans les années 70, dès que tu avais la chance de te payer, ou de te voir offrir, une guitare, tes premiers contacts avec les cordes passaient immanquablement par Love Like A Man. Simple comme bonjour : Don Don Don Don, Don Don Don Don Don Don… N’importe quel couillon est passé par là et par Smoke On The Water, les vétérans vous le confirmeront. Love Like A Man (sur l’album Cricklewood Green de Ten Years After – 1970), c’est Alvin Lee. Ou plutôt, c’était Alvin Lee, car l’homme est décédé en avril dernier d’une opération tout ce qu’il y a de banale, mais qui malheureusement a mal viré.

Alvin Lee est une légende et Ten Years After, son groupe, une formation de blues-rock mythique. Autant j’ai été TYA Addict, supporter inconditionnel du jeu de guitare véloce de Lee surtout dans sa phase 1967/71, autant j’ai complètement zappé depuis 1972, Alvin Lee & Company et Rock And Roll machin ne me paraissant pas dignes de figurer dans le top de leur discographie.

Cette surprenante disparition m’a fait me recueillir sur ses ultimes travaux, histoire de savoir où il en était ces derniers temps et ce qu’il a glandé depuis mon détachement motivé par une incompatibilité artistique. C’est là que j’ai pu constater tout l’intérêt que portent de nombreux auditeurs pour son dernier album, Still On The Road For Freedom (en écoute intégrale ici) réalisé en 2012. Comme j’ai encore un souvenir agréable de son preqsqu’homonyme de 73, On The Road For Freedom (avec Mylon Lefevre, Steve Winwood, Ron Wood, Mick Fleetwood et George Harrison), infusé à la country et au southern rock, j’ai franchi le pas, sait-on jamais. Si suite il y a, faut en être. Bien m’en a pris, c’est plutôt pas mal, je l’admets.

Depuis 2007 et son album Saguitar, fort sympa au demeurant, celui qui jouait plus vite que son ombre, comme en atteste l’anthologique I’m Going Home de Woodstock, l’a joué discrètos. L’an passé, il met donc un terme à 5 années de silence discographique. Premier constat : le casting n’a pas l’aura de celui du disque auquel il prétend succéder quarante ans après. Le bassiste Pete Pritchard, le batteur Richard Newman et Tim Hinkley (claviers) n’ont peut-être pas le pédigrée de leurs illustres  devanciers, mais, fidèles parmi les fidèles, ils n’en connaissent pas moins leur Lee sur le bout des doigts, un professionnel qui sait et a toujours su s’entourer. Pas de danger donc; le line-up a du chien et un souffle de liberté surplombe ce disque, cette liberté pour laquelle il a opté, en 73, au détriment de la gloire et du pognon. Le mythe Lee était alors parti pour se brûler les ailes ; ses frasques et excès l’amenaient doucement à rejoindre le cercle fermé des stars disparues avant la trentaine. Il y mit le hola pour faire la musique qu’il aimait faire, à son rythme et sans contreparties. Ceci explique donc cela.

Côté album, Lee a assuré l’entièreté de l’écriture. Pour ce disque, ce n’est pas moins de 33 titres qu’il avait dans la gibecière. 13 ont eu les faveurs d’un recadrage à la hausse. Retravaillés pour les besoins de la mise sur le marché, ils se déclinent autour du blues, ses racines naturelles, du rock, du country-rock et du folk.

Et la guitare, me direz-vous ? Lee était-il toujours Lee ? Tant en électrique qu’en acoustique, il n’avait rien perdu de sa patte légendaire, mais pouvait-on raisonnablement attendre d’un gazier à l’approche de la septantaine, qu’il fasse encore le mariole aux seules fins d’épater la galerie ? L’arthrose ne semblait pas affecter ses doigts d’or, son jeu n’avait rien perdu de sa superbe. Qui plus est, il chantait plutôt bien, le bougre.

Il résulte de ce constat de belles sensations à l’écoute. L’émotion et la sérénité s’installent là où la prouesse technique et la grosse frime, sous l’étiquette TYA, avaient installé leur nid. En gros, le natif de Nottingham se détourne ici de ce qu’il a trop souvent fait : le cacou des podiums toujours prompt à s’engager dans de longues jams démonstratives réclamées par un public jamais assouvi, rôle dans lequel il commençait à se consumer et dont il eut le cran de s’extirper en quittant Ten Years After. On a encore droit à quelques soli de la meilleure trempe, mais point trop n’en faut. L’artiste s’était assagi, l’offre est donc plus posée.

De ce dernier legs artistique réalisé par Lee, j’ai une prédilection toute particulière pour l’excellent morceau éponyme placé en tête d’album, ainsi que pour son suivant Listen To Your Radio Station. Midnight Creeper qui leur succède, accroche bien aussi. J’ai relevé par ailleurs le très bon instrumental Down Line Rock, un puissant Love Like A Man (2) relooké, un Save My Stuff révélant un Lee excellent joueur d’harmonica, les belles balades acoustiques Walk On Walk Tall et Song Of The Red Rock Mountain, Back In ’69 et pour finir le p’tit blues de bonne famille Blues Got Me So Sad. Moralité : il y a du grain à moudre, de la créativité et une chouette ambiance. Salut belle gueule, tu nous manqueras beaucoup (RAZOR©).

 

1. Still On The Road To Freedom.
2. Listen To Your Radio Station.
3. Midnight Creeper.
4. Save My Stuff.
5. I'm A Lucky Man.
6. Walk On, Walk Tall.
7. Blues Got Me So Bad.
8. Song Of The Red Rock Mountain.
9. Nice & Easy.
10. Back In 69.
11. Down Line Rock.
12. Rock You.
13. Love Like A Man 2.

 

Alvin Lee:guitare,chant,harmonica et autres.

Pete Pritchard:basse.

Richard Newman:batteur.

Tim Hinkley:claviers.

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