The Blues Project.

BIOGRAPHIE.

 

THE BLUES PROJECT/Greenwich Village (New York-USA)

 

Blues project 3

 

De 1965 à 1968,de 1970 à 1973,réunions occasionnelles depuis 1973.

Label:Elektra Records,Verve Records.

Genre:blues,blues-rock,rock,rock psychédélique.

 

Pilier de la scène blues underground ricaine.

The Blues Project est l'un des premiers groupes de la sphère blues-rock/rock psychédélique underground américaine et son guitariste, Danny Kalb, ; il est l'homme ayant initié cette concentration séminale de musiciens exceptionnels, pionnière pour ce qui est d'avoir transposé le blues électrique dans l'échiquier psychédélique du milieu des 60's.

Poulain du folkeux Dave Van Ronk, le maire de la rue MacDougal, Danny Kalb passe, comme beaucoup de new yorkais et d'artistes folk/blues du moment, par l'incontournable place de Greenwich Village. Il y mène une carrière solo, mais couple parallèlement sa vie de bohême avec des sessions de studio pour pouvoir vivre décemment de sa passion, le blues.

Dans les clubs de Manhattan, il partage alors le quotidien de Bob Dylan avec lequel il se lie d'amitié, du politiquement engagé Phil Ochs, du doyen Pete Seeger, de Judy Collins, une des premières femmes à jouer des coudes pour s'imposer dans ce monde de mecs. Tous ont un objectif commun : construire, de par leur marginalité, le renouveau de la musique folk.

Né sur l'échiquier de Greenwich Village.

Pour y parvenir, Danny Kalb passe par The New Strangers qu'il fonde avec Samuel Charters, un historien de la musique américaine et guitariste comme lui. Le duo a déjà précédemment évolué au sein d'ensembles récréatifs de jug band, le True Endeavor Jug Band, dont le local Artie Traum fait également partie (1963) et le flexible et informel Dave Van Ronk And The Ragtime Jug Stompers (1964), capable de faire gonfler ses effectifs en un claquement de doigts.

Après avoir écumé de long en large la côte est des Etats-Unis entre 1964 et 1965, Kalb et Charters prennent des voies différentes. Kalb rebondit sur l'éphémère Danny Kalb Quartet qu'il fonde en mars 1965, avec Artie Traum à la guitare rythmique, Roy Blumenfeld à la batterie et Andy Kulberg à la basse.

Blues project 1Pilier de la scène underground ricaine.

Blues project 4Né sur l'échiquier de Greenwich Village.

Blues project 7Dany Kalb, initiateur du groupe.

Blues project 6Une concentration de musiciens exceptionnels.

Blues project matrixPopulaire sur les terres du Dead.

Une compil' de folk/blues en guise de nom.

Le peu de temps qu'il dure (jusqu'en juin 1965), l'unité se produit régulièrement au Gaslight ; sa disparition prématurée met un terme à son projet d'ouvrir pour Lovin' Spoonful au Night Owl voisin. Bousculé par la déferlante britannique, Kalb profite de cette expérience pour passer à l'électrique comme c'est dans l'air du temps avec Dylan.

Artie Traum parti pour l'Europe, Steve Katz, un ancien protégé de Dave Van Ronk, intègre, temporairement d'abord, puis définitivement, la mouture aboutissant au Blues Project, dont le nom est inspiré d'une compilation de folk/blues pour Elektra Records (1964) à laquelle Kalb et des artistes de Greenwich Village (Dave Ray, Eric von Schmidt, Spider John Koerner, Geoff Muldaur, Dave Van Ronk, Ian Buchanan et Mark Spoelstra) apportent leur écot.

La première incarnation du Blues project est constituée de Kalb, Kulberg, Blumenfeld et du chanteur Tommy Flanders, ce dernier ne restant dans la formation que le temps d'enregistrer un single (Back Door Man de Howlin’ Wolf/Violets Of Dawn d’Eric Andersen) et un LP live, enregistré sur un créneau de 4 jours, entre le 24 et le 27 novembre 1965 : At The Cafe Au Go Go (Verve Folkways/mars 1966).

Réponse new yorkaise au Dead ?

Célèbre, entre autres, pour avoir été le premier endroit où Grateful Dead s'est produit à New York, le Cafe Au Gogo prête son cadre à une prestation étincelante de blues des 60's par un jam band au faîte de son art. Cette proximité avec le groupe san franciscain autorise certains commentateurs à faire du Blues Project la réponse new yorkaise à la bande à Jerry Garcia.

Fin 1965, Columbia, sur la demande de Tom Wilson, auditionne le Blues Project. Le producteur, par ailleurs celui de The Sound Of Silence (Simon & Garfunkel), se permet d'inviter Al Kooper à cet entretien.

Natif de Brooklyn, Kooper n'est pas n'importe qui, c'est lui qui, quelques mois plus tôt, joue les parties d'orgue sur Like A Rolling Stone de Bob Dylan. Il sera aussi la force motrice derrière les albums Super Session (Bloomfield Kooper et Stills/1968) et l'éponyme Blood Sweat & Tears (1968).

Kooper est retenu pour occuper le poste laissé vacant par Flanders. En plus de chanter, il apporte sa contribution aux claviers, mais Columbia ne signant pas le groupe, le producteur se rabat sur Verve où le Blues Project publie le bon premier LP dont il est fait référence précédemment.

Populaire sur les terres de la West Coast.

Parti promouvoir le disque sur les routes américaines, le groupe ne laisse pas insensible la critique laquelle se montre particulièrement élogieuse à son endroit. En Californie, le Blues Project réalise une telle performance au Fillmore de San Francisco que même Grateful Dead, pourtant dans son fief et expert en improvisations, en reste comme deux ronds de flan.

En terme de studio, c'est Projections, publié en novembre 1966, qui ouvre le compteur. Il n'a jamais eu la reconnaissance due à son statut d'excellent album. Son lot éclectique de chansons blues, R & B, jazz, psychédéliques et folk-rock est pourtant un modèle du genre.

En figure de proue de ce répertoire, Flute Thing, un instrumental pop-jazz progressif, I Can't Keep From Crying, Wake Me, Shake Me, You Can't Catch Me, les 11 minutes de Two Trains Running (Muddy Waters) et Caress Me Baby de Jimmy Reed. Projections est, avec The Original Blues Project Reunion In Central Park, le meilleur disque de l'équipe de Danny Kalb.

Problèmes d'egos, abus de drogues, mauvaise gestion...

Si cette incarnation de blues, très affûtée techniquement, avait pu rester plus de temps ensemble, il est sûr qu'une attention autre lui aurait été accordée et, partant de là, que le succès en aurait immanquablement découlé; hélas, à la sortie du LP, le groupe commence à se liquéfier en raison de conflits de personnalités, de mauvaises gestions, de problèmes de drogue... un parcours commun à beaucoup de formations des 60's/70's.

Les troubles d'alors peuvent être un début d'explication au manque de réussite commercial de Projections et à la difficulté du Blues Project de concrétiser ce qui, sur le papier, est une belle idée. Katz et Kooper choisissent ce moment pour se détourner du groupe. Kooper le fait au printemps, juste avant le festival pop de Monterey (juin 1967) pour s'en aller créer Blood Sweat & Tears, que Katz rejoint très peu de temps après.

Après le départ de Kooper, le groupe travaille sur un 3ème album, Live At Town Hall enregistré dans la populaire salle de spectacle de Manhattan. Steve Katz, par contre, est encore là. De live et de Town Hall, il n'en est question que sur une piste réellement enregistrée en ces lieux.

Sinon, le disque n'est en fait qu'une pâle copie de chutes de studio, avec overdubs d'applaudissements, et de prises de quelques spectacles parmi lesquels une prestation enregistrée au Stony Brook College. A part illustrer le Blues project en concert, puissant et jammeur, rien n'incite à se pâmer pour ce travail.

Perte d'intérêt.

A la perte des 2 K, Kooper et Katz, le Blues Project doit encaisser également celle de Kalb. Il continue néanmoins avec Kulberg et Blumenfeld lesquels ont déjà viré Seatrain, mais, comme la bande à Kalb doit encore un album à Verve Records, le projet, initialement prévu par les deux survivants pour amorcer leur nouvelle aventure, est encore publié sous le nom de Blues Project.

Les membres restant s'adjoignent le concours de John Gregory à la guitare et au chant, de Donald Kretmar à la basse et au saxo ainsi que celui du violoniste Richard Greene. Planned Obscolescence est cet album sortant en 1968. Compte tenu de sa publication contrainte, il offre peu d'intérêt.

Le Blues Project fait reparler de lui au début des 70's quand Kalb, éloigné de sa consommation d'acids, ainsi que Blumenfeld et Kretmar démissionnaires de Seatrain, réactivent le groupe. Le trio publie Lazarus (1971), produit par Shel Talmy et enregistré en Angleterre pour Capitol. L'album ne se montre pas à la hauteur du Blues Project d'origine.

En 1972, bis repetita, un nouveau disque est publié. Il est éponyme ; le trio s'étoffe alors pour passer en sextet avec le retour du premier chanteur de Blues Project, Tommy Flanders, et les arrivées de David Cohen, claviériste pour Country Joe & The Fish et de Bill Lussenden, un deuxième guitariste.

Blues project danny kalb portrait

« J'ai eu mon moment de gloire en tant que musicien rock 'n' roll avec le Blues Project. Ce fut un moment merveilleux, mais ce fut parallèlement une période difficile pendant des années, quand j'ai dérivé dans des voies qui, fort heureusement, ne m'ont pas tuées. J'ai toujours joué de la guitare, dans les bons moments comme dans les périodes plus difficiles. Le Bon Dieu a été de mon côté. J'avais la volonté de vivre et c'est ce qui m'a sauvé. » (Danny Kalb)

Retour remarqué à la Fête de la Bière.

La faiblesse de son songwriting ne permet pas de le distinguer dans le lot de formations de blues-rock du moment. Il n'est que Back Door Man à pouvoir rappeler le Blues Project de la première génération et Plain And Fancy pour regretter que Flanders n'ait pas été son chanteur plus longtemps. En manque d'arguments persuasifs et faute d'un engouement marqué de ses fidèles, Blues Project se défait une nouvelle fois après la sortie de l'album.

Blues Project profite du Schaefer Music Festival, parrainé par la firme brassicole F & M Schaefer Brewing Company, pour se réunir une première fois depuis leur séparation. Elle a lieu à Central Park quand le groupe est programmé pour se produire dès le deuxième jour de cet événement estival (du 20 juin au 8 septembre 1973). Bill Cosby, King Crimson, Jo Jo Gunne, Quicksilver, Blood Sweat & Tears, John Sebastian, Eagles, Wishbone Ash, le Mahavishnu Orchestra, Poco...tout le gratin s'est donné rendez-vous à Manhattan.

Du Blues Project d'origine, seul Flanders manque à l'appel. Il n'a toujours pas digéré la manière un peu cavalière avec laquelle il fut exclu du groupe six ans plus tôt. Kooper, alors engagé dans une carrière solo (Naked Songs sort la même année), est là.

Passé à côté d'une grande carrière.

Les acteurs sont en forme et comme, depuis, ils ont laissé leurs divergences au vestiaire, ils livrent une performance comme on aurait aimé en connaître plus souvent de leur part.

Comme la prestation, spontanée et énergique, est très brillante, elle sert de cadre à un nouvel opus dont il faut souligner la qualité sonore : The Original Blues Project Reunion In Central Park (1973), indispensable acquisition.

Ce bouquet d'artifice, plébiscité par la critique, les festivaliers de Central Park et par les fans, ne fera pas revenir les membres sur leur décision de tracer leur route chacun de leur côté et de se retrouver à l'occasion. C'est ce que le Blues Project, passé à côté d'une grande carrière, fait depuis pour le plus grand bonheur de ceux qui ne l'ont pas oublié (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 60'S.

LP Studio 1 - 1966

 

Blues project projections 1

 

THE BLUES PROJECT

PROJECTIONS – 1966  4/5

 

Publié en novembre 1966.

Produit par Tom Wilson,Marcus James.

Durée:49:24.

Label:Verve,Folkways.

Genre:blues-rock,rock psychédélique,folk psychédélique,jazz.

 

Un vrai travail d'équipe.

 

Blues Project a pour lui d’avoir été un des premiers pratiquants de rock psychédélique et Projections est son deuxième jet, venant après un premier engagement essentiellement blues et axé sur des reprises.

Doté d’un côté expérimental et éclectique, souligné par des accents de R&B, de jazz, de folk, il en est, le point de départ. Globalement, peu connu du public, Blues Project est pourtant une concentration d’orfèvres de la musique, puisqu’il réunit autour d’Al Kooper, le claviériste inoubliable du géant Highway 61 Revisited (Dylan), Danny Kalb à la guitare et au chant, Steve Katz, également guitariste et chanteur, mais harmoniciste de surcroît, Andy Kulberg (basse et flûte) et Roy Blumenfeld aux fûts. Il y a pire comme pédigrée, croyez m’en.

Cette brochette de talents oriente incontestablement la musique du Blues Project, formé en 1965 et séparé deux ans plus tard, né sur l’échiquier trépidant de Greenwich Village.

Preuve en est avec Projections (en écoute intégrale ici), un vrai travail d’équipe, considéré comme le passage obligé d’un public qui veut en découdre avec la discographie de ces juifs new-yorkais novateurs et à l’influence avérée sur la musique des années 60.

Cet album est leur grand fait d’armes, sorti fin 1966. C’est surtout vers lui que les regards se détourneront pour jauger du rôle de visionnaire et de précurseur de ces artistes dans le mariage du blues électrique, du folk-rock, du jazz et du psychédélisme.

Projections est, pour l’essentiel, articulé autour d’excellents originaux dont le plus représentatif, pour étayer mes propos précédents, est la piste blues Two Trains Running, étirée à plus de 11 minutes. Elle montre bien les facultés expérimentales et l’aisance à improviser du quintet.

Flute Thing, signée Al Kooper, met Kulberg sur le devant de la scène. Confinée dans un espace plus jazz, cet instrumental expérimental est une magnifique petite délicatesse dont je ne vois pas pour quel motif on se passerait de son écoute.

L’emprunt à Chuck Berry (You Can’t Catch Me) et le I Can’t Keep From Crying de Willie Johnson, arrangé par Kooper, voire Caress Me Baby, sont également des moments très révélateurs du potentiel promis à ce groupe hélas éphémère.

Pour la petite histoire, Kooper et Katz seront du lancement de Blood Sweat & Tears, tandis que Blumenfeld et Kulberg formeront Seatrain. Danny Kalb, quant à lui, demeure près de cinquante ans plus tard, une référence incontournable et influente de la guitare.

Si 48 ans après sa sortie, Projections souffle plus que jamais aujourd’hui le chaud et le froid et alterne, sans contestation possible, l’excellence et le moins bon, chose que nos esprits embrumés du moment avaient tendance à masquer, il n’en demeure pas moins un disque très important du rock psychédélique et Blues Project une formation essentielle de ce même genre. Il faut lui laisser au moins ça (RAZOR©).

 

1. I Can't Keep From Crying.

2. Steve's Song.

3. You Can't Catch Me.

4. Two Trains Running.

5. Wake Me, Shake Me.

6. Cheryl's Going Home.

7. Flute Thing.

8. Caress Me Baby.

9. Fly Away.

 

Danny Kalb:guitare,chant.

Al Kooper:claviers,chant.

Steve Katz:guitare,harmonica,chant.

Andy Kulberg:basse,flûte.

Roy Blumenfeld:batterie.

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