B.B. King.

BIOGRAPHIE.

 

B.B. KING/Itta Bena (Mississippi)

 

Bb king 3

 

Né Riley Ben King, dit Blues Boy ou B.B. King.

Né le 16 septembre 1925 à Itta Bena (U.S.A).

Décédé le 14 mai 2015 à Las Vegas (Nevada).

Actif entre 1947 et 2014.

Labels:Geffen Records,Interscope,Universal,Bullet,RPM,Crown Records,ABC,MCA,Reprise,Warner Bros.,Virgin,EMI.

Genre:blues,blues électrique,blues-rock,rhythm and blues,jazz.

Site officiel:bbking.com

Une légende s’est éteinte.

Un mythe du blues vient de disparaître ; le guitariste black à la double initiale la plus mémorable de la petite note bleue, B.B. King, s’en est allé dans la nuit de jeudi à vendredi à 89 ans, laissant dans la peine une foultitude de fans, de professionnels, de proches, de célébrités, d’anonymes même, et faisant de son indissociable Lucille une orpheline avant l’heure. La musique est en deuil, qui perd là une voix exceptionnelle et un virtuose de la guitare inimitable.

B.B. King est l’exemple même du cliché qui veut que le blues soit né dans les champs de coton d’Itta Bena. Au milieu de ces plantations du Mississippi, il y est né et ne s’est échappé de la voie toute tracée qui, comme ses congénères du crû et du moment, devait le condamner irrémédiablement à la misère, que parce qu’il avait du talent et un argument que les autres n’avaient pas : le chant et la guitare.

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B.B. comme Blues Boy.

Dans un environnement musical rythmé tous les jours par les chants des ouvriers cotonniers, le dimanche par les chorales gospels de l’église, le jeune Riley Ben King façonne celui qui va devenir la légende du blues, son ambassadeur, B.B. King : B.B. comme Blues Boy, acronyme patronymique hérité d’une expérience d’animateur radiophonique sur une station de Memphis dans les années 40.

Avec la disparition de B.B.King, Lucille est désormais orpheline, disais-je. Le lien tissé par King avec son instrument va au-delà de ce que l’on peut imaginer. Leur liaison est fixée à 1949. Quand l’artiste se produit dans une salle de bal arkansane, et que l’endroit prend feu à cause d’une rixe si violente que le poêle trônant au milieu du dance-hall bascule et s’embrase déclenchant un incendie.

Dans la panique générale, B.B. King s’aperçoit que sa guitare, si chèrement acquise et devenue surtout son gagne-pain, est restée à l’intérieur. Il s’empresse alors de tenter de la récupérer au péril de sa vie.

Déclenchée à cause d’une fille prénommée Lucille, la bagarre inspire deux choses au musicien mississippien : se souvenir de ne pas agir bêtement dans l’existence ; il baptise sa (ses) guitare(s) Lucille en mémoire à cet événement. Lucille a même droit à un album à son nom en 1968. Lucille s’est définitivement éteinte avec la perte de B.B.

Relancé par U2.

Si B.B King connaît une seconde jeunesse grâce à U2, alors à son apogée, avec lequel il collabore à la fin des années 80 sur When Love Comes To Town (1989), cette connexion à la jeune génération lui valant d’opérer un virage important, voire un renouveau dans sa carrière, la consécration ne s’est pas faite en claquant des doigts. Celui qui a sorti le blues rural noir américain des champs de coton pour l’élargir à un public pop, rock et R ‘n’ B, l’électrifier et le moderniser, doit attendre jusqu’en 1948 pour enfin vivre de la musique.

En effet, avant d’être un bluesman star, récompensé d’une quinzaine de Grammy Awards depuis le début des 70’s et honoré par deux présidences des Etats-Unis (Clinton en 1995 et Bush en 2006), un artiste culturellement séminal pour le rock en général, accumulant prix et distinctions aux quatre coins de la planète, B.B. King n’a pas un parcours facile.

Grâce à la fratrie Bihari.    

Après avoir découvert le jazz lors de sa période militaire, appris les bases de la guitare et alors qu’il n’est encore qu’un ouvrier agricole, il passe par l’école de la rue pour débuter dans la voie qu’il s’est fixée. A Memphis, en 1946, là où il a de la famille, il peut, l’espace de quelques mois et avec l’aide de son cousin Bukka White, envisager un avenir dans le blues. Il lui faut vite déchanter et remettre ses projets à plus tard.

Plus tard, c'est-à-dire en 1948. Toujours sur la même scène de Memphis. Cette fois-ci, il bénéficie du petit coup de pouce du destin en se voyant proposer un contrat journalier dans un club ainsi qu’un temps d’antenne sur WDIA, radio locale, qu’il met à profit en interprétant quelques morceaux sur les ondes. Sa réputation va alors grandissante. B.B. signe ses premiers enregistrements pour Bullett, modeste label, puis pour RPM filiale de l’éditeur indépendant plus ambitieux, le californien Modern Records des frères Bihari (1950/1957).

Bb king clapton

« Je tiens à le remercier pour toute l'inspiration et les encouragements qu'il m'a apportés en tant que guitariste pendant toutes ces années et pour l'amitié que nous avons partagée.

B.B. King a été un phare pour ceux d'entre nous qui aimaient ce genre de musique, je l'en remercie du fond du cœur. Si vous n'êtes pas familier avec son travail, je vous encourage à vous pencher sur Live At The Regal (1964), par lequel tout a vraiment commencé pour moi en tant que jeune guitariste ». (Eric Clapton)

La révélation Three O’Clock Blues.

La révélation vient en 1952 quand B.B. King décroche son premier hit, Three O’Clock Blues, titre repris à Lowell Fulson et qui figure 17 semaines parmi les meilleures ventes de R ‘n’ B, 5 en pole position des charts. Sa performance exceptionnelle lance sa carrière. Plusieurs fois réenregistré, Three O’Clock Blues est un classique des concerts du guitariste, elle est incluse sur son album initial : Singin’ The Blues (1957).

L’après Three O’Clock Blues consiste en une succession de succès tels que You Know I Love You (1952), Blind Love (1953), Please Love Me (1953), You Upset Me Baby (1954), Everyday I Have The Blues (1955), Bad Luck (1956) et Sweet Little Angel (1956) que l’on retrouve également sur le LP d’ouverture du catalogue. Ce dernier titre fait beaucoup pour la popularité du guitariste et confirme un talent que les Bihari ne lâchent pas d’un centimètre. La version de Sweet Little Angel, un classique du blues, s’installe parmi les 500 chansons qui ont fait le rock ‘n’ Roll pour le Billboard.

Refaire le coup de Ray Charles.

Après 10 ans avec Modern Records et compte tenu de sa nouvelle notoriété, il va de soi que le statut de King change auprès du label qui déroule le tapis rouge à son artiste vedette : musicalement et techniquement, il a droit à toutes les attentions (arrangeurs, musiciens…). Sur un plan plus personnel, sur les tournées, il jouit désormais d’un chauffeur, d’un valet de chambre, d’un costumier… Malgré cela, en 1962, B.B. King prend le chemin d’ABC Records, du lourd puisqu’ABC, ça n’est ni plus ni moins que la maison Paramount.

ABC ayant préalablement contribué à élargir la reconnaissance de Ray Charles à un public plus conséquent, celui blanc notamment, la nouvelle étiquette a en tête de reproduire la démarche avec B.B. King. Peine perdue, il demeure fidèle à son blues électrique, même s’il louvoie parfois vers le rock ou la soul.

Sacralisé par les guitaristes blancs.

Les blancs, notamment ses guitaristes sustentés au blues afro-américain, vont permettre alors à King d’être mis à l’honneur : les Page, Allman, Clapton, Bloomfield ou Mayall, entre autres, rappellent constamment toute l’influence que le natif du Mississippi a pu avoir sur eux. En ouvrant la tournée américaine des Rolling Stones, fin 1969, Blues Boy s’ouvre grand les portes de l’auditoire blanc.

The Thrill Is Gone, paru en décembre 1969, enfonce le clou et dépasse le cadre du blues. Titre qui le consacre définitivement auprès de la jeune vague des musiciens américains et anglais du rock, cette reprise d’une composition de Rick Darnell et de Roy Hawkins datant de 1951, n’a jamais été interprétée de la sorte. C’est son dernier très grand succès, mais ne rompt pas pour autant la bonne habitude prise de squatter le Billboard dans sa version. B.B. King ne quittera jamais son trône. Entre 1951 et 1985, on le retrouve pas moins de 74 fois dans ces charts.

Bb king live at the regal

Boulimique de travail.

Auteur d’une soixantaine d’albums, ce boulimique de travail qui, en 1956, assure 342 concerts, collabore, à l’approche de la fin des 80’s, avec U2 sur l’album Rattle And Hum (1988), avec Robert Lockwood Jr (I Got To Find Me A Woman/1997), Eric Clapton (Riding With The King/2000), Joe Bonamassa (Night Life/2010), Buddy Guy (Living Proof/2010). A l’âge de 80 ans, en 2006, B.B. King entame un tour européen qui est aussi celui de ses adieux, puis assure 6 concerts au Brésil dans la deuxième partie de l’année. Affaibli, il commence à se ménager, laissant à ses musiciens plus de place pour pallier des parties de guitare moins régulières même si toujours aussi tranchantes et expressives.

Repose en paix, Blues Boy.

En 2012, il a l’immense honneur de jouer à la Maison Blanche avec Mick jagger, Buddy Guy et Jeff Beck et le plaisir d’inviter Barack Obama à pousser la chansonnette avec lui. Et par n’importe quelle chanson, le standard du blues qu’est Sweet Home Chicago.

Miné par un diabète avancé, il met un premier genou à terre en 2014 en étant contraint d’annuler la fin de sa tournée, après une triste prestation au Festival de Jazz de Montréal. On sait aujourd’hui le sort réservé par cette maladie à cet incomparable artiste dont on regrettera les œillades au public et son sourire éternellement radieux, la pureté de son inimitable toucher et sa voix rocailleuse, autant d’arguments qui lui ont permis de l’arracher aux champs de coton. Repose en paix Blues Boy (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S.

LP Studio 18 - 1970

 

Bb king indianola mississippi seeds

 

B.B. KING

INDIANOLA MISSISSIPPI SEEDS – 1970  5/5

 

Publié en octobre 1970.

Produit par Bill Szymczyk.

Durée:39:20.

Label:MCA.

Genre:blues,R&B,jazz,pop,rock.

 

En prendre de la graine.

 

Vous pouvez  lui confier la plus bâtarde des compositions qu’il en ferait le meilleur des blues. B. B. King, le racé, B.B. King l’humble, l’un des trois rois du genre, titre qu’il partage avec Balthazar-Albert King et Melchior-Freddie King, accuse la quarantaine bien pesée quand il vaque à la réalisation d’Indianola Mississippi Seeds (en écoute intégrale ici), sa 18ème levée studio personnelle, enregistrée aux studios Plant de L.A., pour l’essentiel et au printemps 1970, et, début janvier 1969, au Hit Factory new yorkais (Go Underground), endroit légendaire qui a vu défiler une clientèle huppée d’artistes : Bruce Springsteen, John Lennon & Yoko Ono, les Stones, paul Simon, Patti Smith…

Cet espace temporel entre les deux enregistrements explique les deux line-up qui se retrouvent sur ce disque. D’un côté, les new yorkais Paul Harris, Gerald Jemmott et feux Hugh McCracken et Herb Lovelle ; de l’autre l’écurie californienne, Carole King, bien que l’homonyme de B.B. soit née dans Big Apple, Leon Russell, Russ Kunkel, Bryan Garofalo et Joe Walsh. Le gratin du moment dira-t-on, d’autant que s’invite également au festin la merveilleuse chorale des Sherlie Matthews, Merry Clayton, Clydie King et Venetta Fields. Avec Jimmy Haskell aux arrangements de cuivres et de cordes et Bill Szymczyk (Eagles) à la production, que peut-il arriver de dommageable à cette œuvre ?

Rien, et pour l’avoir écouté des milliers de fois, je peux vous assurer que même l’âge n’a pas d’emprise sur ce disque. J’ai choisi ce disque pour commémorer la disparition de B.B. King en ce 15 mai 2015. Bien m’en prend, car, à l’occasion de sa énième réécoute, il ne se départit toujours pas de sa fraîcheur d’origine. Qui plus est, la magie instillée par l’apport expert des californiens, d’autant plus qu’on connaît leur parcours exceptionnel aujourd’hui, entérine le choix de l’époque. B.B. King a tablé sur ce qui se faisait alors de mieux pour métisser son blues avec le pop-rock. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute.

Ce projet de faire Indianola Mississippi Seeds fait suite à l’accueil favorable réservé par le public, l’année précédente, au titre The Thrill Is Gone. L’idée consiste alors à reproduire, dans le même esprit, un album qui soit un mix de blues et de pop-rock, autour d’une pléiade de stars et encadré par des pros de la technique.

Szymczyk, ce fieffé goupil, terriblement doué techniquement, inspiré et connaisseur, habile à se glisser dans toutes sortes de coopérations fructueuses comme celle qui en fit le mentor d’Eagles, se charge de faire monter la mayonnaise. Le rendu est si probant que le Billboard s’offre rapidement à lui, que les singles tombent comme à Gravelotte : Chains And Things, As Me No Questions, et Hummingbird, crédité à Leon Russell.

Sur un plan artistique, Indianola Mississippi Seeds, qui s’écarte radicalement du registre classique du bluesman d’Indianola, ce qui lui sera reproché, est une belle victoire.

Dans la série d’albums réalisés sur le même raisonnement que King a pu sortir dans les années 70, c’est indéniablement celui-ci qui me vient tout de suite à l’esprit ; il cadre parfaitement avec le climat musical du moment. De sa fidèle Lucille, sauvée in extremis d’un incendie, il exige beaucoup, mais elle le lui rend bien comme à chaque fois qu’il la sollicite. Ici encore.

Quelles que soient les orientations prises, la technique demeure irréprochable, l’émotion reste de mise. Elle n’en est que plus forte  au contact des pianos gracieux et experts de Carole King et de Leon Russell, qu’enserrent merveilleusement  une basse sobrement enveloppée (Bryan Garofalo) et une belle batterie (Russ Kunkel). Cordes et chœurs s’invitent au programme d’un disque brillant et au son plus moderne, que le temps n’a pas décati le moins du monde.

Les bonnes graines ? Nobody Loves Me But My Mother, le blues dur Until I’m Dead And Cold, King’s Special et les singles évoqués précédemment (RAZOR©).


1. Nobody Loves Me But My Mother.

2. You're Still My Woman.

3. Ask Me No Questions.

4. Until I'm Dead and Cold.

5. King's Special.

6. Ain't Gonna Worry My Life Anymore.

7. Chains and Things.

8. Go Underground.

9. Hummingbird.

 

B.B. King:guitare,piano,chant.

Joe Walsh:guitare.

Hugh McCracken:guitare rythmique.

Carole King:piano,piano électrique.

Leon Russell:piano.

Paul Harris:piano.

Bryan Garofalo:basse.

Gerald Jemmott:basse.

Russ Kunkel:batterie.

Herb Lovelle:batterie.

Sherlie Matthews,Merry Clayton,Clydie King,Venetta Fields:choeurs.

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