Betty Davis.

BIOGRAPHIE.

 

BETTY DAVIS/Durham (Caroline du Nord – USA)

 

Bettydavis intro

 

Née Betty Gray Mabry, le 26 juillet 1945 à Durham, décédée le 9 février 2022 à Homestead (Pennsylvanie).

Active entre 1973 et 1976.

Labels:Columbia,Just Sunshine,Island,Light In The Attic.

Genre:soul,funk,R&B,rock.

 

Une Madonna avant l'heure.

Le 9 février dernier (2022), l'afro-américaine Betty Davis nous a quittés, succombant à une longue maladie.

Plus connue pour avoir fricoté avec Jimi Hendrix, Eric Clapton ou encore Robert Palmer avant de devenir l'épouse de Miles Davis (1968/1969), ainsi que pour son côté féministe, on sait moins d'elle l'influence qu'elle a pu avoir sur la musique funk, dont elle est une indiscutable pionnière et ce, malgré une carrière courte, dessinée entre les années 1973 et 1976.

Considérée comme une Madonna avant l'heure, celle que Carlos Santana appelle la Black Panther Woman est ancrée dans l'histoire du rock comme une audacieuse et novatrice compositrice d'un funk encore embryonnaire, hérité de la fusion du jazz et des sons plus modernes de Miles Davis dont le révolutionnaire Bitches Brew (avril 1970) inaugure le genre.

Bettydavis sceneBetty hurle, gémit,ruhit,grogne,râle, aguiche...

Bettydavis provocatrice...aguiche, ensorcelle, étincelle, provoque.

Bettydavis miles davisIndomptable Betty (avec Miles Davis).

BettydavistheysayimdifferentIncontournable They Say I'm Different (1974).

Bien plus qu'une muse...

On accorde généralement à Betty Gray Mabry, alias Madame Davis, le mérite d'avoir favorisé le basculement du trompettiste et chef d'orchestre du jazz vers le rock en le rapprochant d'artistes comme Jimi Hendrix ou Sly Stone.

La native de Caroline du Nord, qui évolue dans un registre similaire à Tina Turner ou Millie Jackson, est, en fait, bien plus que la muse à laquelle elle est souvent réduite.

Ses détracteurs oublient généralement le rôle actif qu'elle tient dans la musique, en réalisant trois opus funk novateurs ; le fait est rare pour une femme à l'époque, ses brûlots torrides sont autant d'éventaires pour sa personnalité et sa sexualité.

Chanteuse féministe dans un théâtre à prédominance masculine, la native de Caroline du Nord choque tout autant le public blanc que l'establishment black avec ses chansons crues, sensuelles, audacieuses pour ne pas dire libidineuses (Your Man My Man, Shut Off The Light, If I'm In Luck I Might Get Picked Up, They Say I'm Different), son look provocateur (sourire séducteur, cuissardes dorées et minishort à paillettes) et son interprétation suggestive.

Symbole de la libération artistique et sexuelle.

Betty hurle, gémit, rugit, grogne, râle, roucoule, aguiche, ensorcelle autant qu'elle étincelle, mais, lascive, provocante, outrageuse même, excessive, indocile, s'attire aussi les réactions les plus violentes de la gente religieuse et pudibonde blanche qui la chahute sans ménagement à chacune de ses apparitions publiques.

Plus grave, ses prestations attirent les foudres de l'influente NAACP, l'association qui défend les droits civiques.

Quelques uns de ses concerts sont brouillés par les manifestations hostiles à son endroit, quand ils ne sont pas purement et simplement annulés ; certaines radios et les télévisions se liguent également contre Davis et refusent de la diffuser sur leurs ondes. Des alertes à la bombe visent parallèlement les stations qui osent la promouvoir.

Symbole de la libération artistique et sexuelle, rebelle culturelle, Betty Davis est aujourd'hui reconnue comme une des premières femmes noires à avoir écrit, arrangé et produit ses propres disques.

De Betty Mabry à Betty Davis.

Même si elle n'a pas connu de succès commercial de son temps, son impact sur les générations futures (Prince, les artistes soul Erykah Badu et Janelle Monae ainsi que Red Hot Chili Peppers) se fait ressentir depuis des décennies...

Betty Davis est née Betty Mabry en juillet 45. Elle vient au monde à Durham (Caroline du Nord) et grandit à Pittsburgh, ville industrielle du comté de Rowan où son père travaille dans la sidérurgie.

Adolescente, elle écoute beaucoup de musique, du blues notamment. Les Elmore James, B.B. King, Jimmy Reed nourrissent ses premières influences. A 12 ans, elle écrit sa première chanson. 5 ans plus tard, Betty s'installe à New York où elle est inscrite au Fashion Institute Of Technology, avec la ferme volonté de se destiner au mannequinat ; elle travaille avec des designers de mode et pose dans des magazines comme Seventeen et Glamour.

Ce biais lui ouvre les portes des boites de nuit ; la vie nocturne la confronte avec les lieux branchés du moment où elle rencontre des gens comme Andy Warhol, Sylvester Stone, Eric Clapton ou Jimi Hendrix.

Ambitieuse, la jeune femme profite de cette opportunité de pénétrer le milieu musical en renouant avec sa vocation première, celle de songwriter, et fait ses premiers pas sous son nom de jeune fille, Betty Mabry (Get Ready For Betty/I'm Gonna Get My Baby Back – DCP International/septembre 1964).

La même année, elle se produit en duo (Betty & Roy) avec Roy Arlington, lequel signe I Love You So/I'll Be There (Safice Records/1964).

Après que les Chambers Brothers enregistrent son Uptown To Harlem (1967), Columbia sort son second single personnel, Live Love Learn/It's My Life (février 1968), arrangé par son petit ami du moment, Hugh Masekela, trompettiste sud-africain.

Betty attire alors l'attention de Miles Davis. Leur rencontre aboutit à un mariage à la fin de l'été 1968. Betty a 23 ans, Miles 42.

Du funk avant-gardiste.

Même si l'union, plutôt mouvementée, tourne court, Betty, trop jeune et un tantinet écervelée (dixit Miles Davis) a le temps de peser de tout son poids sur la carrière du trompettiste, en le mettant en relation avec Hendrix et son rock psychédélique et en l'orientant vers la funk débridée de Sly Stone.

Très vite, Miles Davis troque le costume pour le cuir et les écharpes. A l'inverse, ce dernier encourage son ex à se lancer sérieusement dans la chanson. Les années 70 s'annoncent alors.

Une fois divorcée, Betty prend son destin en main et entame résolument la deuxième phase de sa carrière musicale. Elle a dans sa besace des titres qu'elle a écrits, un carnet d'adresses fringant, bref, de quoi se lancer dans ce funk avant-gardiste qui va faire parler de lui.

Si le regretté Michael Lang (mort en février de cette année), l'un des co-organisateurs de Woodstock, lui donne l'opportunité de réaliser un premier album, via le label qu'il vient de créer (Just Sunshine Records), le disque en question, éponyme (1973), réunit un parterre de musiciens san franciscains prestigieux qui entérine un peu plus la place importante tenue par l'amazone funk dans le milieu.

Bettydavis grege errico portrait

« Après que nous ayons fait le premier disque, sa vie semblait changer et les choses s'intensifier. Et puis les années ont passé et elle a disparu. Je veux dire, vraiment disparu. Après des décennies, j'ai pu lui parler. Elle était très très calme, pas aigrie et plutôt réservée. Quoi qu'il se soit passé, vous savez, ça a été lourd, ça a été profond. » (Greg Errico)

Plombée par son image, réhabilitée depuis.

Pour la circonstance, Sly & Family Stone (Larry Graham, Greg Errico), Santana (Neil Schon, Doug Rauch), Tower Of Power (Michael Gillette, Greg Adams) et les Pointer Sisters mobilisent leurs troupes, tandis que Merl Saunders (Jerry Garcia et le Dead), Pete Sears (Jefferson Starship), Jules Broussard s'invitent également à la fête.

Produite par Greg Errico, la collection funky extravertie et underground ici proposée, violente, agressive, ne touche pas sa cible commerciale. Pas plus que son suivant, They Say I'm Different (1974/Just Sunshine Records), un puits de belles idées produit par elle-même mais, une nouvelle fois, trop avant-gardiste.

L'artiste s'engage alors dans une tournée pour laquelle elle constitue un groupe, Funk House (Nicky Neal, Larry Johnson, Fred Mills, Carlo Morales) avant de changer de maison de disques, Just Sunshine étant absorbé par ABC.

Le troisième album Nasty Gal (1975), bien que réalisé pour un label majeur, Island Records, ne marque pas plus les esprits, malgré un contenu toujours aussi pertinent et le soutien de l'excellent Funk House.

L'image véhiculée par Betty supplante un talent indéniable ; de l'avis général, elle semble être la cause du désintérêt du public pour l'oeuvre de la sulfureuse nord-carolinienne.

Vive Betty Davis !

Cette dernière n'a même pas la chance de voir sortir le quatrième pan de sa discographie, Is It Love Or Desire ?, pourtant déjà enregistré (1976) dont Island ne veut pas entendre parler.

Les bandes sont toutefois conservées et publiées au troisième millénaire par Light In The Attic, dépositaire du catalogue de la diva dissidente.

Désillusionnée par le monde de la musique, Betty Davis, sans faire de bruit, se retire de la scène à la fin des 70's. Son catalogue est aujourd'hui réhabilité et prisé, son auteur anti-conformiste jugée enfin à sa juste valeur. Vive Betty Davis ! (RAZOR©2022)

MON CHOIX DISCOGRAPHIQUE.

LP Studio 2 - 1974

 

Bettydavistheysayimdifferent

 

BETTY DAVIS

THEY SAY I'MDIFFERENT – 1974  5/5

 

Pulié en 1974.

Produit par Betty Davis.

Durée:35:52.

Label:Just Sunshine.

Genre:funk,soul,blues-rock.

 

Visionnaire...

 

Entre la version rééditée en 2007 et augmentée de bonus sortie chez Light In The Attic et l'album original de 1974 (Just Sunshine), on a droit à quasiment 20 minutes d'écoute supplémentaire. Pourquoi s'en priver au regard de la prestation époustouflante de Betty Davis ?

Même si j'ai personnellement un faible pour les orginaux plus que pour les versions ré-agencées, fussent-elles plus complètes, on peut tout à fait s'orienter sur la réédition, d'autant que la publication initiale est très difficile à trouver aujourd'hui et que le produit du troisième millénaire est de très bonne qualité.

C'est toutefois sur l'album dans son jus d'origine, donc sans les ajouts que je base ma réflexion ponctuelle sur They Say I'm Different. Celui-là, croyez-moi, je le recommande à 2000%.

Comme son prédécesseur, l'éponyme Betty Davis (1972) et son suivant, Nasty Gal (1975), même si le volume 3 de cette trilogie exceptionnelle est légèrement (mais à un poil de cul) inférieur à ses devanciers. Personnellement, j'ai l'oeuvre complète et je m'en délecte depuis la nuit des temps.

Son catalogue du moment est une merveille absolue d'un funk novateur, visionnaire, indéniablement en avance sur son époque ; le fait est d'autant plus remarquable qu'il émane d'une femme.

Dans le contexte machiste du milieu du disque ambiant, c'est une spécificité à relever, qui plus est quand on sait que la dame, féministe, rebelle, aguicheuse, provocatrice est une Madonna puissance 100 ; Tina Turner, sa contemporaine, passerait presque pour une petite fille face à ce tempérament volcanique.

Même Miles Davis qui l'a prise pour épouse une année durant, a rendu les armes devant cette panthère fougueuse et furie indomptable.

Sur l'album qui précéde, l'américaine écrit et chante en s'entourant de musiciens triés sur le volet.

Comme ça fonctionne plutôt bien, elle remet le couvert mais rajoute la production à son arc, donnant ainsi libre cours à sa vision des choses et renforçant un peu plus l'indépendance et le contrôle auxquels elle tient par dessus tout ; ce qu'elle restitue ne manque pas d'audace et de bonnes idées.

L'écriture, aussi sensible qu'elle peut flirter avec le libidineux, ça sent le vécu ; l'interprétation funk est sexy, tapageuse, explosive, torride, originale, enthousiasmante et soutenue par le gratin des musiciens de studio du moment, ce qui ne gâche rien. Opus fulgurant, œuvre indispensable, artiste unique...(RAZOR©2022)

 

1. Shoo-B-Doop And Cop Him.

2. He Was A Big Freak.

3. Your Mama Wants Ya Back.

4. Don't Call Her No Tramp.

5. Git In There.

6. They Say I'm Different.

7. 70's Blues.

8. Special People.

 

Betty Davis:chant.

Pete Escovedo:timbales.

Buddy Miles,Jimmy Godwin:guitare.

Merl Saunders:pianio électrique.

Debbie Burrell,Elaine Clark,Mary Jones,Trudy Perkins:choeurs.

Mike Clark,Ted Sparks:batterie.

Nicky Neal,Willy Sparks:batterie,chant.

Victor Pantoja:congas,percussion.

Errol "Crusher" Bennett:percussion.

Cordell Dudley:guitare.

Carlos Morales:guitare,chant.

Larry Johnson:basse.

Fred Mills:claviers,James Allen Smith.

Hershall Kennedy:clavinet,claviers,trompette,choeurs.

Tony Vaughn :basse vocale,clavinet,claviers,piano,choeurs.

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