Bill Withers.

BIOGRAPHIE.

 

BILL WITHERS/Slab Fork (Virginie Occidentale – USA)

 

Bill withers 1

 

Né William Harrison Withers, le 4 juillet 1938 à Slab Fork,mort le 30 mars 2020 à Los Angeles.

Actif de 1970 à 1985.

Labels:Sussex Records,CBS.

Genre:soul,R & B.

 

Une des plus grandes voix de la soul s'est éteinte.

Ces dernières semaines, le milieu de la musique paie un lourd tribut à la pandémie du coronavirus. Sans chercher à hiérarchiser ces deuils, le saxophoniste de World Jazz Manu Di Bango, Alan Merrill, guitariste des Arrows (I Love Rock 'N' Roll), le Mark Twain des songwriters John Prine, Adam Schlesinger co-fondateur des Fountains Of Wayne, les jazzmen Wallace Rooney, Ellis Marsalis et le doyen de ces disparus Bucky Pizzarelli, guitariste de l'ombre et accompagnateur de Sinatra et Benny Goodman notamment, ont en été les victimes les plus populaires. Christophe, l'auteur-interprète d'Aline et Des Mots Bleus, Dave Greenfield, claviériste des Stranglers sont depuis venus grossir cette liste noire.

Durant ce printemps de confinement, la soul music et le R & B ont également perdu une de leur plus grande voix, suave, pleine de swing, un de leurs représentants les plus illustres et l'un des artistes des plus repris, Bill Withers. Le Covid 19, pour le coup, n'a rien à voir dans cette triste disparition. Le cœur de Bill Withers, 81 ans, a subitement lâché. On lui prêtait des problèmes cardiaques récurrents.

Bill withers 70Bill Withers, un artiste influent.

Bill withers introEntré dans la cour des légendes de la soul.

Bill withers nowTrop vrai pour faire semblant.

Bill withers ain t no sunshine Ain't No Sunshine en 1971.

Bill withers just the two of usJust A Two Of Us en 1980.

Bill withers live at carneggie hallIncontournable Live At Carneggie Hall (1973).

Une influence majeure.

Si sa carrière, commencée en 1970, n'aura duré qu'une quinzaine d'années et s'est arrêtée à 50 ans par sa seule volonté (le milieu l’écœurait), elle aura été auréolée d'inestimables joyaux soul dont Ain't No Sunshine, Just The Two Of Us, Lean On Me, Lovely Day, Grandma's Hands ou Use Me.

Ces titres, devenus de véritables hymnes soul depuis, connaissent toujours une exceptionnelle longévité.

Passé sans transition du statut de mécano dans le milieu de l'aéronautique (il assemble des sièges de l'avion Boeing) au milieu de la musique R & B qu'il aborde en auto-finançant l'enregistrement de ses propres chansons, Withers a eu une influence majeure sur des artistes comme Michael Jackson, Aaron Neville, Nancy Wilson, Lenny Kravitz ou, plus proche de nous, comme Ben Harper ou Justin Timberlake.

Al Jarreau, autre grande élégance vocale, parti trois ans avant lui (février 2017), y est même allé d'un disque entièrement consacré au virginien : Tribute To Bill Withers (1998). C'est dire...

Repris aussi par les rappeurs, de 2Pac à Kendrick Lamar, de Snoop Dogg à Eminem, Bill Withers est entré au Rock And Roll Hall Of Fame en 2015 et a engrangé pas moins de 3 Grammy Awards.

Même s'il a tourné le dos aux studios depuis sa période glorieuse, ce fils de mineur à la douce voix de baryton est resté dans la mémoire collective comme un artiste auquel les gens pouvaient s'identifier, via des chansons que tous les genres musicaux se sont appropriées.

Un géant de l'écriture s'en est allé sans jamais regarder derrière lui... beaucoup le croyaient mort depuis longtemps. Il n'était tout simplement pas de cette époque moderne.

Bercé par la musique.

Bill Withers est né dans une petite cité rurale du Comté de Raleigh, Slab Fork. La Virginie-Occidentale est alors une terre d’immigration pour les afro-américains en recherche de travail dans les mines de charbon ou dans les compagnies ferroviaires.

Les Withers vivent aux confins des quartiers noirs et blancs. Bill, le plus jeune d'une fratrie de six enfants, est bercé dès son enfance par ces gens qui chantent le blues et le gospel, qui jouent de la country aussi.

La musique est très présente à Slab Fork, dans la famille comme dans le voisinage ou sur le lieu de travail. Withers le chante dans Lean On Me, son tube du printemps 1972, N° 1 des singles soul et du Billboard 100, 208 du classement Rolling Stone.

L'enfance du jeune Bill sert ici d'inspiration à cette période communautaire où tout le monde dépend de l'autre, dans une région parmi les plus pauvres de l'Amérique et autant sinistre que sinistrée.

De la Marine à la soul.

Fils d'un mineur de charbon décédé (son frère aîné est également gravement blessé par un chariot, au fond) alors que Bill a 13 ans, celui-ci vient au monde avec un trouble de la parole.

Son bégaiement rend plus difficile son intégration et son épanouissement, d'autant que ses parents divorcent alors qu'il a 3 ans et qu'il grandit dans un environnement (il est élevé dans la petite ville voisine de Beckley par sa famille maternelle) où le racisme contre les noirs est déjà très avancé et où, comme ailleurs, le moindre écart n'est pas toléré, au risque d'être battu à mort.

Quand il quitte sa région natale, c'est pour s'engager, diplôme d'études secondaires en poche (1956), dans la Marine.

Direction la Floride, où il intègre, à 18 ans, la base navale de Pensacola. Il y passe 9 ans en officiant comme mécanicien d'avions.

Après avoir fait un travail sur lui-même pour juguler son handicap de naissance, il quitte la Marine en 1965 pour accéder à un premier emploi de laitier, puis de travailler dans une usine qui fabrique des pièces pour l'aéronautique et de déménager d'abord sur San Jose, puis sur Los Angeles.

A Oakland, dans un club nocturne, il se rend alors compte qu'il peut faire autre chose pour gagner mieux sa vie.

Il touche 3 dollars de l'heure quand l'artiste qui se produit le soir-là, Lou Rawls, chanteur de jazz, de blues et de soul, reçoit un cachet de 200 dollars par semaine et draine autour de lui un public féminin très attentionné.

Withers a des fins de mois difficiles et des difficultés à séduire, aussi il pense très fort à cette option pour son avenir, d'autant qu'il a déjà dépassé la trentaine.

En économisant un peu, il peut s'offrir un piano déniché chez un prêteur pour gages et se met à en apprendre, seul, sans la moindre formation, les rudiments, jusqu'à être en capacité de signer quelques démos et de pouvoir les accompagner. Son objectif est de décrocher un premier contrat d'enregistrement.

Sussex Records pour se lancer dans le métier.

Pour ce, Withers cumule d'abord son emploi de jour avec des petits engagements dans des bars, le soir. Au piano, il rajoute l'apprentissage de la guitare avant d'être signé pour la première fois par Sussex Records, une de ses démos parvenant à convaincre celui que l'on appelle alors «  le parrain », Clarence Avant, l'influent propriétaire du label qui aura dans son écurie un certain Sixto Rodriguez (Cold Fact et Coming From Reality).

Le boss de Sussex met à sa disposition Booker T. Jones, venu de la Stax, pour produire le premier LP de Withers, Just As I Am, paru en mai 1971. C'est l'album du tube planétaire Ain't No Sunshine (un grammy pour la meilleure chanson R & B 72), de Grandma's Hands (N°42 du Billboard 100) et de la magnifique reprise de Let It Be.

Malgré le succès de son disque (Stephen Stills sur la chanson-titre et Chris Ethridge des Flying Burrito Brothers y contribuent), Withers refuse de démissionner de son travail, déjà très sceptique sur la durabilité d'une carrière dans le show-biz.

Bill withers jose james

« Bill Withers n’a qu’une parole. Quand il dit qu’il ne veut plus chanter et qu’il ne veut plus remonter sur les planches, il faut le prendre au sérieux. Cela dit, il n’a plus besoin de chanter, son répertoire parle pour lui. Je pense, tout simplement, qu’il considère que sa vie d’artiste est derrière lui. Pour autant, il sait ce qu’il représente, il veut que son patrimoine soit préservé et je suis profondément honoré qu’il m’ait fait confiance. Il a senti que j’avais le plus grand respect pour son travail. Il est resté très attentif mais n’a posé aucune question. Le fait de rencontrer Bill Withers m’a permis de connaître l’homme avant l’artiste. De ce fait, je ne le perçois plus uniquement comme une icône ». (Jose James)

Dans la cour des grands.

Still Bill, son suivant, publié un an plus tard (mai 72) justifie à lui seul toute le battage médiatique fait autour de l'artiste. Bien que préparé en tournée, ce disque fantastique, porté par les tubes Lean On Me (N°1 en juillet 72) et Use Me (N°2 à l'automne 72 ), assoit un peu plus sa popularité.

Désormais Bill Withers joue dans la cour des géants et voit les salles les plus prestigieuses s'ouvrir à lui, à l'instar du Carnegie Hall new-yorkais qui sert de cadre à l'enregistrement de son opus live, le délicieux Bill Withers At Carnegie Hall (fin novembre 72).

Sa réussite ne lui tourne pas la tête pour autant puisque Withers refuse de s'adjoindre un manager et décide de contrôler toutes les facettes annexes de ce qu'il fait dans le contexte de sa carrière musicale (gestion, production, pochettes...).

Ce qu'il maîtrise moins, c'est sa vie privée. Après avoir épousé, le 17 janvier 1973, l'actrice et femme de TV Denis Nicholas (devenue militante sociale depuis), le couple divorce à la fin de 74.

Cette même année, Withers y va d'un troisième LP studio, + 'Justments (Add Justments), dans lequel il se défoule sur cette phase difficile de sa vie personnelle. Plus qu'un disque, il est un véritable livre ouvert sur cette rupture. Il abrite le single moins connu, The Same Love That Made Me Laugh (N°50), repris 3 ans plus tard par Diana Ross (1977).

De Sussex à CBS.

Les ennuis volant en escadrille, des premiers litiges (mauvaise promotion, mauvais choix de concerts, mal rétribué...) voient le jour avec Sussex Records, alors en financière très délicate, bloquant ainsi le processus créatif de l'artiste.

Si l'album Add Justments est encore réalisé pour l'étiquette de Clarence Avant, le catalogue passe chez CBS dont l'état d'esprit n'est pas du tout le même que chez Sussex. Columbia annonce clairement les choses : l'entreprise discographique n'aime pas ce que fait Bill et, en son sein, certains font preuve de racisme à son égard. Or, Withers a signé pour 5 albums...

Les premiers d'entre eux, Making Music (1975) et Naked And Warm (1976) ainsi que les deux derniers 'Bout Love (1978) et Watching You Watching Me, dernier du catalogue sorti en 1985, ne font rien pour la notoriété de l'artiste, très mal considéré et peu respecté alors.

A un degré moindre, on retiendra de ce passage chez CBS le seul Menagerie (1977) qui contient le sublime Lovely Day et du début de la décennie suivante, le titre interprété en duo avec le saxophoniste Grower Washington (Just The Two Of Us/1980) et pour Elektra.

Lassé par un milieu impitoyable.

Bill Withers a la rancœur tenace contre ces comportements racistes et, comme il l'a toujours eu en tête depuis ses débuts, il ne s'accroche pas à ce milieu ingrat. Son contrat avec CBS devient caduque et le virginien, après une ultime tournée (1985), quitte définitivement l'industrie du disque.

Il stoppe alors concerts et enregistrements tout en continuant à écrire et fonde, avec sa seconde épouse, une société d'édition destinée à gérer sa propre écriture. Il s'oppose cependant à publier ses titres inédits.

Plus ponctuellement, le discret Withers réapparaît en de très rares occasions pour des événements caritatifs ou de remises de prix. Mais il ne chante plus ; la grâce et l'envie l'ont abandonné, le milieu l'a dégoûté. Il est trop vrai pour faire semblant.

Restent ses magnifiques mélodies et sa voix caressante, ses chansons finement ciselées ancrées dans la culture populaire, à l'émotion contenue, si familières, dont on a le sentiment qu'elles ont toujours existé. Son répertoire parle pour lui. Sa musique appartient désormais au monde entier. Qu'il en soit honoré pour l'éternité (RAZOR©2020).

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S.

LP Studio 2 - 1972

 

Bill withers still bill 1972

 

BILL WITHERS

STILL BILL – 1972  5/5

 

Publié en mai 1972.

Produit par Benorce Blackmon, Bill Withers, James Gadson, Melvin Dunlap, Ray Jackson.

Durée:44:36.

Label:Sussex Records.

Genre:soul,R&B,funk,blues.

 

Incontournable.

 

Deuxième LP du catalogue de Bill Withers, Still Bill est pour moi le chef d’œuvre de l'artiste. Son Graal. Nul n'est besoin de passer des heures à l'écouter pour en arriver à ce constat. C'est spontanément que cette pépite soul-folk dévoile tous ses éclats.

Disque le plus complet de l'artiste, il a pourtant la charge de venir, un an plus tard, après Just As I Am qui, lui-même place déjà la barre très haut.

Irrésistible, il alterne entre ballades langoureuses (le folkeux Let Me In Your Life et I Don't Know), tubes intemporels et titres qui groovent un max. S'il est un album de Withers qu'il faut impérativement faire sien, c'est bien celui-ci.

Lonely Town, Lonely Street est une entrée en matière idéale pour installer ce délicieux décor et ne plus en sortir jusqu'à la dernière note finale de Take It All In And Check It All Out. Tout se consomme sans modération, goulûment, égoïstement, jusqu'à satiété. Du pur bonheur !

Lean On Me est ici (avec Use Me) le titre majeur en termes de popularité mais il est surtout l'élément dont la qualité risque d'occulter tout ce merveilleux univers où ça wah-wahte à foison, à l'image du sublime blues hypnotique qu'est I Don't Want You On My Mind.

Il en résulte un disque incontournable qui, plus qu'ailleurs dans le catalogue, met en valeur la musique directe, fraîche et authentique de son auteur intelligent, discret et pour lequel tout paraît si simple et naturel. Il faut en être au risque de passer à côté d'un gros événement des 70's (RAZOR©).

 

1. Lonely Town, Lonely Street.
2. Let Me In Your Life.
3. Who Is He.
4. Use Me.
5. Lean On Me.
6. Kissing My Love.
7. I Don’t Know.
8. Another Day To Run.
9. I Don’t Want You On My Mind.
10. Take It And Check It All Out.

 

Bill Withers:chant,guitare,piano.

Ray Jackson:piano,clavinet,arrangements cuivres et cordes.

Benorce Blackmon:guitare.

Melvin Dunlap:basse.

James Gadson:batterie,percussions.

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