Buffy Sainte-Marie.

BIOGRAPHIE.

 

BUFFY SAINTE-MARIE/Qu’Appelle Valley (Saskatchewan-Canada)

 

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Née Beverly Saint-Marie,le 20 février 1971.

Active depuis 1953.

Auteur-compositeur-interprète,actrice,éducatrice,activiste.

Label :Vanguard,Angel,Capitol,Island,MCA,Appleseed records.

Genre:folk,folk-rock,pop-rock,country.

Site officiel:www.creative-native.com

 

Une intermittente du spectacle.

Pour Buffy Sainte-Marie, la mise sur le marché, en 2009, du très bon Running For The Drum, met un terme à une pause discographique, en terme d’albums studio s’entend, qui a quand même duré plus de 17 ans, sa dernière référence étant Coincidence And Likely Stories, sorti en 1992.

Coutumière du fait puisqu’entre ce LP du début des 90’s et son prédécesseur Sweet America, douzième pièce de son catalogue (1976), il s’était déjà écoulé 16 ans. Faut-il en déduire pour autant que cette figure populaire de la scène folk des années 60 se laisse vivre ou est en panne d’inspiration ?

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Buffy sainte marie 2La Pocahontas du folk.

Touche-à-tout avant tout.

Il convient surtout de voir derrière la rareté de ses productions discographiques une femme occupée du fait d’une nature touche-à-tout. L’artiste est pluridisciplinaire, cumule les fonctions d’auteur-compositeur-interprète, ses concerts aux quatre coins de la planète, avec ses activités d’actrice TV (Sesame Street entre 1976 et 1981), d’actrice ciné (années 80), d’actrice de pub (crèmes glacées Ben & Jerry), d’écrivain pour enfants, de réalisatrice artistique, d’éducatrice et surtout avec son engagement dans l’activisme social au profit des amérindiens, peuple dont elle est issue, dont elle est désormais la voix (fondatrice de la NAWA, North America Women Association) et dont elle défend les droits dans le monde.

Présence remarquée à Greenwich.

Adoptée alors qu’elle était bébé par une famille du Massachussetts, les Sainte-Marie, cette infatigable militante est née chez les Cris ou les Cree, une nation autochtone nord-américaine, la plus grande nation amérindienne du Canada.

Dans la tribu du Saskatchewan plus précisément. Prénommée Beverly, cette étudiante douée (Doctorat en Beaux-Arts) préfère utiliser son surnom de Buffy pour les besoins d’une carrière qui prend ses racines sur la scène de Greenwich Village, alors La Mecque des artistes folk en herbe. Elle y eut une présence remarquée, chose que l’on a tendance à perdre de vue ou à mésestimer aujourd’hui.

Universial Soldier en pleine crise des missiles.

Il n’est qu’à se souvenir seulement que cette femme, toujours aussi hyperactive, est l’auteur de l’hymne pour la Paix, Universal Soldier, écrit en 1962 en pleine crise des missiles de Cuba, figurant sur son premier LP, l’acerbe It’s My Way (1964) et repris par Donovan. Celle qui rêvait d’être enseignante et qui n’envisageait pas du tout une carrière musicale, se voit alors offrir un contrat avec Vanguard Records.

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« Un artiste peut apporter des perspectives différentes sur la façon dont les peuples sont traités, tant dans l’histoire que de nos jours. Une chanson de 3 minutes peut être en ce sens plus efficace qu’un livre de 400 pages pour en informer les gens. Jadis les troubadours diffusaient leurs messages en chansons et généralement elles allaient à l’encontre de ce que les autorités voulaient entendre… » (Buffy Sainte-Marie)

Fichée par Johnson et Nixon.

Dans le même temps, elle est interdite d’ondes avant d’être fichée sur la liste des artistes engagés sous le mandat Johnson ; rebelote sous la présidence de Nixon, elle est à nouveau épinglée par la patrouille de la Maison Blanche, avec son titre Burry My Heart At Wounded Knee, évoquant de façon cinglante l’opération militaire US de décembre 1890 et qui laissa sur le carreau près de 500 amérindiens.

Sujet tabou, lui objecte-t-on ; finalement, elle n’aura la confirmation de la dangerosité que lui prête alors la C.I.A qu’en 1999 lorsque l’info est officiellement révélée. Jusque là, elle n’en savait rien.

Pocahontas se retire sur la pointe des pieds.

C’est aussi elle qui, par ailleurs, a écrit Cod’ine dont Janis Joplin a fait une version poignante, retouchée avec ses propres mots, tout en conservant la mélodie originale de Buffy. A écouter, c’est à faire monter les larmes. Up Where We Belong, chanté par Joe Cocker ou Until It’s Time For You To Go repris par Presley, c’est encore elle. Donc…

Dès 1967, la jolie Pocahontas prend des options musicales surprenantes, disparaît petit à petit du devant de la scène folk, ayant assez d’autres chats à fouetter et d’expériences à faire jusqu’à la fin de ses jours.

Une vingtaine de LP au compteur.

Epouse de Jack Nitzsche (Neil Young, les Stones, musique de l’Exorciste…), décédé en 2000, elle compte un catalogue discographique bien achalandé (plus d’une vingtaine d’albums confondus), mais inégal parce que parfois curieux. Retirée des studios en 76, elle continue aujourd’hui encore à sillonner la terre pour faire passer ses messages en chansons (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S.

LP Studio 1 - 1964

 

Buffy sainte marie it s my way 1964

 

BUFFY SAINTE-MARIE  

IT’S MY WAY ! - 1964  5/5

 

Publié en 1964.

Produit par Maynard Solomon.

Durée:40:35.

Label:Vanguard Records.

Genre:folk.

 

En un mot : R.E.M.A.R.Q.U.A.B.L.E.

 

Après avoir chroniqué par ailleurs le gothique Illuminations de Buffy Sainte-Marie (1969), situé à des années lumière de ce pour quoi elle a détourné les regards sur elle et attisé la curiosité, It’s My Way (en écoute intégrale ici), quand elle a investi la scène folk de Greenwich au milieu des 60’s. Je ne pouvais pas taire le magnifique premier LP de cette contestataire notoire, mise à l’index par la Maison Blanche. Edité en 1964, It's My Way est fait pour Vanguard Records et démarre avec ce label une collaboration de plus de 10 ans et d’une dizaine d’albums.

Meilleure nouvelle artiste de l’année 1964 pour cette réalisation purement folk, cette jeune femme de 23 ans a utilisé la chanson pour délivrer des messages qui eurent le mérite d’être clairs et de titiller les consciences de l’époque.

Via une écriture perspicace et intelligente, l’amérindienne aux cheveux de jais et aux yeux rieurs aborde avec causticité les sujets alors sensibles du moment : la guerre (Universal Soldier), la drogue (Cod’ine), les abus sexuels (le bouleversant The Incest Song) et la politique (Now That’s The Buffalo’s Gone). Quatre perles. Symbole du mouvement des femmes protest-singers des années 60 avec Joan Baez, elle dérange l’Establishment au point d’être surveillée de très près par les gouvernements successifs, au point d’être censurée sur les radios ce qui est plus gênant quand on épouse une carrière musicale.

Album folk dans sa plus simple expression (guitare et voix), il déroule un magnifique lot de 13 chansons qui ont toutes des choses à dire ou plutôt des messages à faire passer. La puissance des mots et sa vision personnelle unique sont exceptionnelles pour une femme encore jeune.

Les quatre titres évoqués ci-dessus sont les plus emblématiques et les plus brûlants, ceux qui ont été le plus largement couverts par d’autres artistes (Donovan, Barbra Streisand, Elvis Presley, Tracy Chapman, Quicksilver Messenger Service, The Charlatans ou encore Janis Joplin), mais ne négligez pas pour autant les grandes interprétations que sont The Old Man’s Lament, Ananias (sur le Christianisme), le traditionnel Cripple Creek, Babe In Arms (sur la rupture), Mayoo Sto Hoon, Eyes Of Amber, He Lived Alone In Town, où la voix de Buffy (quel vibrato !) est absolument exquise.

Je n’ai pas le souvenir d’un autre de ses LP où elle se manifeste avec autant de force, d’émotion et de conviction. En fermant les yeux, j’ai parfois l’impression de retrouver la grande Grace Slick. Son organe vocal est un véritable instrument et avec ses syllabes ironiquement expulsées, elle te met le feu en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

Fougueuse, revendicative, militante, elle est toujours à la limite. Aurait-elle eu le même parcours sans son engagement politique ? Rien n’est moins sûr. Cette musique peut sembler datée pour certains ; pour moi, je peux vous assurer que quasiment 50 ans après, j’ai toujours le fricotin à l’écouter. Remarquable ! (RAZOR©)

 

1. Now That the Buffalo's Gone.

2. The Old Man's Lament.

3. Ananias.

4. Mayoo Sto Hoon.

5. Cod'ine.

6. Cripple Creek.

7. The Universal Soldier.

8. Babe in Arms.

9. He Lived Alone in Town.

10. You're Gonna Need Somebody On Your Bond.

11. The Incest Song.

12. Eyes of Amber.

13. It's My Way.

 

Buffy Sainte-Marie:chant,guitare,arrangements.

Patrick Sky:guitare sur 9.

Art Davis:basse sur 1.

LP Studio 6 - 1969

 

Buffy sainte marie illuminations 1969

 

BUFFY SAINTE-MARIE

ILLUMINATIONS – 1969  5/5

 

Publié en décembre 1969.

Produit par Maynard Solomon (1 à 6, 8 à 12) et Mark Roth (7, 9 à 11).

Durée:35:51.

Label:Vanguard Records.

Genre:folk.

 

Prophétique.

 

Illuminations (en écoute intégrale ici) de 1969, c’est de la très grande Buffy. Fan de country, l’amérindienne sort d’un LP enregistré à Nashville avec des vrais musiciens de country, I’m Gonna Be A Country Girl Again (1968), avant d’aborder Illuminations.

Sous l’influence de ce qui se fait alors avec les Byrds et Dylan, elle se lance dans un exercice qui ne lui réussit pas trop bien, sa voix n’étant pas du tout adaptée au genre. Ces changements de directions subits désarçonnent le fan, d’autant plus que le disque précédant l’expérience country, Fire & Fleet & Candlelight (1967) partait déjà dans tous les sens. De quoi se poser des questions, en effet.  

Illuminations, qui n’est pas, par certains aspects, sans évoquer le travail du John Martyn de Solid Air, est encore différent de la doubelette discographique qui précède.

Obscur, étrange, unique, aventureux, poétique, sombre, il est dans le ton psychédélique du moment et préfigure de l’intérêt que l’élue meilleure nouvelle artiste 64 porte à l’électronique (elle a été prof de technologie numérique).

C’est, à ce niveau de son parcours, son disque le plus expérimental, le plus audacieux dans son étonnant et mystérieux enrobage de rock électrique et folk acoustique ; il peut même faire tourner les talons dans les premières minutes de son écoute pour le trouble qu’opère, dans le premier titre God Is Alive Magic Is Afoot (Leonard Cohen), ce triturage électronique de la voix et de la guitare de Buffy.

Passé cet effet de surprise et ce sentiment de mal être initial, tout s’imbrique dans son sillage, comme si tout cela était savamment orchestré.

Le plaisir alterne avec la frayeur. La pilo-érection est de circonstance : The Angel, Adam, The Vampire, He’s A Keeper Of The Fire, Suffer The Little Children, With You Honey, Guess Who I Saw In Paris… ne laissent pas insensibles.

Le prophétique Illuminations est le premier enregistrement vocal quadriphonique jamais réalisé ; flop commercial, mais succès critique, si vous pouvez le choper dans sa version vinylique, idéal pour restituer le son dans toute sa splendeur, ça risque de vous garantir un max de big frissons et un trou dans le budget (RAZOR©).

 

1. God Is Alive, Magic Is Afoot.

2. Mary.

3. Better To Find Out For Yourself.

4. The Vampire. 

5. Adam.

6. The Dream Tree.

7. Suffer The Little Children.

8. The Angel.

9. With You, Honey.

10. Guess Who I Saw In Paris.

11. He's A Keeper Of The Fire.

12. Poppies.

 

Peter Schickele:arrangements.

Rick Oxendine:basse.

John Craviotto:batterie.

Michael Czajkowski:électronique.

Bob Bozina:guitare.

Buffy Sainte-Marie:guitare,chant.

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