Dave Van Ronk.

BIOGRAPHIE.

 

DAVE VAN RONK/Brooklyn (New York)

 

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 Photo Douglas R. Gilbert/The Guardian.

 

Né le 30 juin 1936 à Brooklyn (New York).

Chanteur-compositeur.

Années actives de 1959 à 2002.

Labels:Folkways,Prestige,Folklore,Mercury,Verve,Polydor,Cadel,Philo,Kicking Mule,Paris,Folkstudio.

Genre:folk,blues,ragtime,country blues. 

 

Le Maire de la MacDougal Street.

C’est sur le livre Manhattan Folk Story (The Mayor Of MacDougal Street), mémoires couchées sur papier par Dave Van Ronk, inachevées pour cause de décès en 2002 et au final parachevées à titre posthume par celui qui le connaissait le mieux, Elijah Wald, que les frères Coen s’appuient pour leur seizième film, Inside Llewyn Davis.

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Leurs images consistent en une reconstitution consciencieuse du Greenwich Village des années 50/60, lieux qui virent la jeune vague folk dépoussiérer la musique traditionnelle de l’Oncle Sam, plus pour la gloire que pour le fric. Elles plongent dans une faune artistique que l’on a hâte de fouiller, dans un monde de bars glauques, tamisés et enfumés qui fourmille d’une nuée d’artistes aussi solidaires entre eux que rivaux, aussi passionnants les uns que les autres mais qui crèvent tous la dalle, dont le décalé Dave Van Ronk qui, plus de loin que de près, a inspiré la fratrie cinématographique.

Un frère, un mentor, un modèle, un gourou...

Surnommé le Maire de la rue MacDougal, artère la plus connue de l’endroit, Dave, avec son côté touche-à-tout et grande gueule sympa, est en quelque sorte le roi de ce monde, connait tout de New York, de son histoire et surtout de sa musique. Il est le grand frère de la vague folk revival naissante, couve les  Dylan, Mitchell, Baez. Il est le mentor des gratteux, Ochs, Paxton, leur modèle, leur gourou …  Il fait le pont entre les anciens et les modernes.

Il n'aurait pas aimé mourir ailleurs.

Van Ronk y a désormais sa rue aujourd’hui du côté de Sheridan Square. Juste retour des choses à l’égard d’un pilier du cercle doré de Greenwich, mort d’un cancer mais dans sa ville.

House Of The Rising Sun.

Figure incontournable de cette scène folk, Van Ronk y tient un rôle majeur même s’il ne s’est jamais considéré comme un chanteur folk. Par contre, il revendique haut et fort être à l’origine de la version moderne de The House Of The Risng Sun popularisée par les Animals de Burdon et reprise en français par notre Jojo national sous le titre Le Pénitencier. Cette chanson, il l’a chante sur le circuit folk de Greenwich avec Dylan qui, pour les besoins de son premier LP se l’approprie, malgré le désaccord de son arrangeur ce qui vaut à Van Ronk un beau coup de sang contre le freluquet. Faut pas le chatouiller, l’ours barbu. Sous la stature imposante, sommeille un homme charismatique, mais faut pas pousser quand même.

Guitariste, arrangeur, jazzman, bluesman plus que folkman, cet enfant de Brooklyn n’a pas son pareil pour, entre deux chansons, raconter des histoires. Peut-être un don hérité de son double passage dans la marine marchande.

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« Ne jamais jouer deux notes quand une seule suffit. Ne jamais jouer une note quand le silence ferait l’affaire. L’essence de la musique est la ponctuation du silence. » (Dave Van Ronk)

Une belle discographie.

C’est par le jazz traditionnel que cet artiste anarchiste, promoteur du syndicalisme via la Libertarian League où il milite, débute, mais sans réel succès. La réussite, il la trouve dans le blues et le folk et sur la scène du Gaslight.

Dave compte à son actif une trentaine d’albums entre 1958 et 2002, dont certains sont de très belles pièces ainsi que quelques titres mémorables distillés par sa voix d’une raucité émouvante (Cocaine Blues, Hang Me, Hesitation Blues). Il incarne plusieurs décennies d’un blues et d’un folk qui s’est fait dépouiller par le gratin du rock. Et pourtant Dave Van Ronk, ça ne parle pas à beaucoup, malgré le film des Coen. Raison de plus pour s’y coller ici et dès maintenant (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S.

LP Studio 3 - 1963

 

Dave van ronk folksinger 1963

 

DAVE VAN RONK

DAVE VAN RONK, FOLKSINGER – 1963  5/5

 

Publié en septembre 1963.

Enregistré par Rudy Van Gelder.

Supervisé par Shel Kagen.

Durée:41:51.

Label:Prestige Records.

 

Premier dans son Village plutôt que deuxième à Rome.

 

Ce n’est pas moi qui le prétends, mais le livre d’Elijah Wald qui lui est consacré : le charismatique Dave Van Ronk régnait en maître sur Greenwich Village au point que l’auteur a titré son ouvrage, Van Ronk, le Maire de la rue MacDougal. Le propos est par ailleurs repris par Bob Dylan dans le premier volet de son triptyque autobiographique (Chronicles, paru aux States en 2004).

Dave Van Ronk (de souche irlandaise), autodidacte, était un personnage imposant, attachant, fidèle, qui aimait profondément son Greenwich, intelligent, qui s’intéresse à tout, engagé à gauche (il fut arrêté et violenté lors des émeutes du Stonewall Inn fin juin 69), drôle, haut en couleurs, et très aimé de ses proches, il n’est qu’à voir le nombre de concerts de charité organisés par ses pairs pour lever des fonds et soutenir Dave dans son combat contre le cancer qui l’affectait et qui a fini par l’emporter.

Mais David Kennth « Ritz », dit Dave Van Ronk, était surtout un des artistes les plus influents du Folk Revival des années 60 et de l’anthologique place new-yorkaise. Il régentait  la culture populaire des cafés-clubs de l’endroit, le Gaslight ou le Folk City, drainant dans son sillage une suite d’artistes épris, comme lui, de cette musique traditionnelle américaine, prit sous son aile le jeune Robert Zimmermann, de cinq ans son cadet (la femme de Van Ronk, Terri Thal, fut son premier agent), qui débarqua en 1961 à Greenwich, l’initia à sa technique de guitare, ainsi qu’aux écrivains du moment et de l’endroit, les Brecht, Kerouac, Ginsberg (il était un boulimique de lecture) ; idem pour Joni Mitchell dont il suivit de près les premiers pas dans le genre qu’il affectionne : le folk.

Lui qui n’a jamais réussi (ou cherché) à s’imposer dans le show-biz comme il en eut l’occasion (il refusa une offre de Peter Paul & Mary) et qui connut un succès modéré en jouant dans les bars, devint néanmoins le mentor de la nouvelle vague qui investit cette scène mythique : outre Dylan et Mitchell, Phil Ochs, Tom Paxton, Patrick Sky, Janis Ian, Ramblin’ Jack Elliott… Il enseigna à ces guitaristes en herbe comment jouer en toute dextérité et inventivité. Pour l’anecdote, ce Van Ronk loser doublé d’un cœur d’or, prête aujourd’hui ses traits au personnage principal du film à venir (novembre 2013) des frères Coen, Inside Llewyn David.

Ce natif de Brooklyn élevé dans le Queens en devint leur cicérone parce qu’il fut grand guitariste (et banjoïste), lui-même ayant trouvé sa voie auprès du Révérend Gary Davis dont il fut l’élève ; son jeu en fingerpicking fut l’un des plus expressifs jamais entendus. Il fut aussi excellent chanteur de jazz, de blues que de folk, conteur merveilleux et unique, ainsi que compositeur avisé, perspicace et réaliste, même si l’écriture n’était pas sa tasse de thé.

Van Ronk, colosse aux pieds d’agile, était un vrai talent qui n’a jamais recherché la notoriété. Quand Dylan devint alors le représentant le plus populaire de Greenwich, lui volant en quelque sorte la vedette, il n’y jouait plus un rôle aussi actif. Il ne  restait alors plus à cet être fragile et vulnérable que les yeux pour pleurer et qu’à continuer à revendiquer haut et fort la paternité de la version moderne de House Of The Rising Sun (Le pénitencier), qu’il se disputait avec Dylan. Tenu en très haute estime, une section de 4 West Street (premier appart’ de Dylan à New-York) à proximité de Sheridan Square (Van Ronk a toujours vécu à Greenwich depuis le début des années 50), située à l’angle de Barrow Street et de Washington Place porte désormais son nom depuis 2004.

Passé du jazz (traditionnel puis Revival), au blues, il bifurque vers un folk revitalisé, dans un style qui lui est propre, comme on peut s’en rendre compte dans ce qui est son LP référence, Dave Van Ronk, Folksinger (1963). Il livre ici une prestation d’ensemble puissante au travers de treize titres parmi les plus mémorables de l’artiste. A leur écoute, il saute aux yeux que Van Ronk émarge de la scène folk traditionnelle. Avec sa seule guitare pour alliée, instrument dans la pratique duquel il place la barre très haut, ses surprenantes improvisations et ses subtiles intonations, son sens de l’humour et sa culture très approfondie des musiques noires, il met beaucoup de cœur, de vie et d’habileté à l’ouvrage dans son chant. Van Ronk est une des voix les plus marquantes de cette communauté musicale. C’est surprenant et il n’étonnera personne que son travail ait si fortement impacté sur le nouveau contingent des folkeux de l’endroit et du pays.

Trois pépites éclaboussent de toute leur classe ce disque enrichi de belles instrumentations: le désabusé He Was A Friend Of Mine dont il livre une incroyable version (la meilleure que j’ai connue), le désespéré Cocaine Blues et le plaintif Hang Me Oh Hang Me. Long John, l’expansif biblique Samson & Delilah, le troublé et geignard Fixin’ To Die, le traditionnel africain Chicken Is Nice et le saumâtre Motherless Children, l’accablé Come Back Baby, le sombre Poor Lazarus, le léger Mr Noah ou le blues You’ve Been A Good Old Wagon comptent également parmi les meilleures chansons de son catalogue. Cette collection qui alterne grands classiques du folk et compos de son crû est époustouflante et prend aux tripes. Cette page de très grande musique folk américaine est ce que l’on qualifie généralement de petit bijou ; elle est l’œuvre d’un musicien très mal connu et pourtant si déterminant pour le rock, en suscitant les vocations d’une génération qui s’avèrera brillante, voire culte. Lui, fit le choix d’être le premier dans son Greenwich Village plutôt que le deuxième à Rome. Retenez-bien son nom : Dave Van Ronk. Et si Inside Llewyn David passe près de chez vous, foncez le voir car l’histoire est belle (RAZOR©).

 

1. Samson & Delilah.

2. Cocaine Blues.

3. You’ve Been A Good Old Wagon.

4. Fixin’ To Die.

5. Hang Me,Oh Hang Me.

6. Long John.

7. Chicken Is Nice.

8. He Was A Friend Of Mine.

9. Motherless Children.

10. Stackalee.

11. Mr. Noah.

12. Come Back Baby.

13. Poor Lazarus.

 

Dave Van Ronk:guitare,chant.

LP Studio 12 - 1976

 

Dave van ronk sunday street 1976

 

DAVE VAN RONK

SUNDAY STREET - 1976  5/5

 

Publié en 1976.

Produit par

Durée:43:16.

Label:Philo.

 

Le maire de la MacDougal Street réélu.

 

Dave Van Ronk régnait en maître dans le Greenwich Village des années 60, au point d’avoir été affublé du surnom de Maire de la MacDougal Street, une des rues les plus populaires du quartier pour y avoir abrité la crème des endroits de réjouissances du folk de cette époque. Figure incontournable du folk revival, il a même droit aujourd’hui à un bout de rue à son nom dans la périphérie des lieux où il s’est fait remarquer, sans jamais toutefois atteindre la notoriété à laquelle ce loser magnifique aurait dû prétendre, celle-ci ne tombant qu’à titre posthume. Mieux encore : le film des frères Coen, Inside Llewyn Davis, c’est son parcours ; c’est lui en tout cas qui l’a inspiré à ses auteurs. Dave Van Ronk est une légende.

Mort d’un cancer en 2002, cet ours barbu et moustachu avait en sainte horreur la folk music en mode Kingston Trio ou Peter Paul And Mary, dont il a failli faire partie, au motif d’être trop commerciale. Son crédo penchait plutôt  pour un style folk/blues en fingerpicking, avec pour seuls alliés sa guitare et sa voix.  

Mémoire de cette scène folklorique, tuteur du Dylan débarquant à New York lequel a beaucoup appris de ses chansons comme de ses arrangements de guitare, précepteur des jeunes pousses en devenir comme Joni Mitchell  ou Phil Ochs, Dave Van Ronk a publié près d’une trentaine de LP, tout confondu, entre 1959 et 2002.

Ayant toujours flirté avec la popularité sans la toucher vraiment, s’étant parfois carrément égaré dans de choix musicaux discutables, il n’a jamais baissé les bras pour autant durant cette époque mythique, préférant, au renoncement, l’évolution de son écriture et un retour à plus de simplicité.

C’est ce qui sert de trame à Sunday Street (1976), son douzième studio, par lequel il renaît. Classique de son catalogue, il en est aussi une incontournable pièce maîtresse. Difficile d’en faire son meilleur disque, tant il y a d’autres endroits de son œuvre qui méritent autant de considération ; c’est un très grand disque, quoi qu’il en soit, qui revient à ce qu’il sait si merveilleusement faire : du folk-blues aux notes de jazz et de ragtime.

L’accent est mis sur l’organe vocal de l’artiste qui vocifère, braille, rugit, force sa voix, met ses tripes par terre et souffle au point que l’on entend sa respiration. Plus authentique que ça, tu meurs. A noter aussi la fluidité de son fingerpicking. Pas besoin de faire un dessin. Sur ce que l’on a appris depuis du personnage, Van Ronk s’éclate. Il exulte dans ce registre.

Sortir un titre au détriment d’un autre n’a, dès lors, aucun sens, tant c’est l’album dans son entièreté qui est lumineux. L’adaptation de morceaux traditionnels y prime. Les amateurs de blues acoustique apprécieront ce Van Ronk à son meilleur (RAZOR©).

 

1. Sunday Street.

2. Jesus Met the Woman at the Well.

3. Nobody Knows the Way I Feel This Morning.

4. Maple Leaf Rag.

5. Down South Blues.

6. Jivin' Man Blues.

7. That Song About the Midway.

8. The Pearls.

9. That'll Never Happen No More.

10. Mamie's Blues.

11. Swinging on a Star.

 

Dave Van Ronk:guitare,chant.

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