Davy Graham.

BIOGRAPHIE.

 

DAVEY GRAHAM/Londres (Angleterre)

 

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Né Davy Graham le 22 novembre 1940 (Leicester - U K), décédé le 15 décembre 2008.

Actif entre 1959 et 2008.

Label:Topic Records,Decca Records,Outright Records, Les Cousins records.

Genre:folk,folk baroque,world music,jazz,blues,british folk,folk-blues.

Site officiel:www.daveygraham.moonfruit.com

 

La guitare libre et sensible du folk british revival.

Davy (ou Davey) Graham est décédé, fin 2008, d'un cancer du poumon. Qui se souvient qu'il fut, au début des sixties jusqu'à sa fin, un des piliers de la très active scène folk-blues britannique, un acteur séminal du british folk revival dans le sillage duquel les grands joueurs de guitare se sont engouffré ?

Modèle incontournable pour la génération fingerpicking anglaise des Bert Jansch, John Renbourn, John Martyn, Martin Carthy et Wizz Jones, inspirateur de Jimmy Page qui clame haut et fort combien il lui est redevable, et d'un Paul Simon alors très présent sur l'échiquier folk londonien, Davy Graham est immortalisé au panthéon du rock comme un musicien inventif et original, un des premiers à s'être affranchi des canons du folk orthodoxe et à avoir mélangé le blues, le jazz et les influences orientales.

Pionnier de la World Music.

Musicien très doué, ce précurseur de la world music a changé la façon de faire de la musique, inventant des accords que de nombreuses générations de gratteux ont copiés. Bien qu'acclamé par le milieu, son éclectisme fut un frein dans le processus de popularisation de sa musique.

Avec sa disparition, il laisse néanmoins en héritage un catalogue de grande qualité, dont la pièce maîtresse est l'instrumental acoustique Angi (avril 1962), standard des coffee-houses, repris par une flopée d'artistes en herbe, devenu Anji une fois passé dans l'escarcelle de Simon & Garfunkel (Sound Of Silence/1965) et Angie quand Chicken Shack le fait sien pour les besoins de 100 Ton Chicken/1969.

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Davy Graham Digest.

L'ouie fine, la mémoire vive.

Né à Leicester, d'une mère originaire de Guyanne Britannique et d'un père écossais, enseignant gaélique et chanteur amateur, le jeune Davy est élevé à Westbourne Grove (Londres). Très jeune, il est victime d'un dramatique accident domestique qui lui fait perdre l'usage d'un œil. Ce handicap l'amène à intensifier plus conséquemment sa mémoire et son ouie. Aussi, quand il se retrouve, dès 12 ans, avec une guitare (prêtée) entre les mains, il développe déjà une oreille extraordinaire.

A 16 ans, il a son propre instrument et sa pratique devient obsessionnelle. Elvis Presley et Lonnie Donegan alimentent ses gammes du moment. Davy va même jusqu'à se faire la main sur des morceaux réputés difficiles, ceux de Big Bill Broonzy et à se casser les ongles sur les blues des cracks que sont Blind Lemon Jefferson, Memphis Slim, Champion Jack Dupree, Muddy Waters ainsi que sur les pièces de jazz moderne, empruntées à Charlie Mingus, Charlie Parker et Thelonius Monk notamment.

Anji, rien que pour sa blonde.

Il quitte l'école dès ses 18 ans et se met à sillonner les routes de Grèce, d'Italie, d'Afrique du Nord, de France... avant de revenir en Angleterre et de se produire dans les clubs folkloriques de la place londonienne. Il n'a pas encore 20 ans quand il signe sa première pièce, Anji, laquelle lui ouvre les portes de la BBC, où il apparaît dans un documentaire d'art (Hound Dogs and Bach Addicts : The Guitar Craze) pour l'émission Monitor de Ken Russell (1959), destiné à populariser la guitare auprès des jeunes anglais. Graham a alors un impact assez marqué sur la scène bohème de la capitale ; sa popularité le conduit à travailler avec les musiciens de blues anglais alors en vogue, tels Alexis Korner ou John Mayall.

En signant Angi (sur un EP der 4 titres en 1962), Graham se rapproche de Pye Records, label vedette du Royaume-Uni pour abriter Lonnie Donnegan, Petula Clark, The Searchers, les Kinks, Sandie Shaw, puis plus tard Status Quo.

L'étiquette lui permet de publier un premier LP assez jazzy, The Guitar Player (1963), album référencé parmi les meilleurs disques britanniques de guitare acoustique des années 60/70.

La suite immédiate se fait chez Topic Records et n'est en rien inférieure, loin s'en faut. En Janvier 1965 est édité l'hybride Folk Blues And Beyond auquel la presse dans sa majorité adhère et que le Sunday Times plébiscite disque folklorique de l'année.

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« Davy peut réclamer l’argent que je lui dois pour Stairway To Heaven et White Summer." (Jimmy Page)

 

Le révolutionnaire Folk Blues And Beyond.

Meilleure œuvre de l'artiste, cet album marque un changement de direction de Graham. Sur une base folk, il conserve une coloration jazz, mais ajoute une bonne dose de blues américains et incorpore des éléments de world music et d'exotisme, rapportés de ses expériences à l'étranger.

En ce sens, Folk Blues And Beyond est révolutionnaire pour son époque, tout comme il est une première pour son auteur qui, pour la première fois, s'adjoint les services d'une rythmique et se colle au chant. Le registre vocal n'étant pas son fort, l'auditeur retiendra surtout son jeu de guitare très technique, avant-gardiste, original et inspiré.

Davy graham folk blues beyond

Comptant parmi les plus grands guitaristes anglais de la place et de l'époque, Davy Graham associe sa technicité instrumentale au chant de Shirley Collins, une des plus grandes voix du folk british ; il résulte de cette association huppée, Folk Roots New Routes (1965), disque éclectique et expérimental qui, malgré son manque de succès dans les bacs du fait de l'incertitude à catégoriser précisément Graham (la critique l'acclame), a une influence conséquente sur le folk britannique. Les grandes voix féminines que sont Maddy Prior, Sandy Denny ou Jacqui McShee, des groupes comme Pentangle, savent tout ce qu'ils doivent à ce partenariat dans leur carrière.

Troisième LP dans une veine plus bluesy mais toujours imprégné de l'esprit jazz et world, Midnight Man (Decca/1966) maintient encore le musicien à un très haut niveau.

L'audacieux et complexe Large As Life And Twice As Natural (Decca – London/1968), son suivant au catalogue, marque une incursion remarquée dans le raga folk-rock. Il est un des opus essentiels de sa discographie.

Sans se départir de son déliceux mélange folk/blues/jazz/world, la cinquième levée discographique de sa période 60's, Hat (1969/Decca), plus diversifié et plus commercial au regard des quelques pièces du présent répertoire empruntées aux Beatles, à Dylan, à Simon & Garfunkel, prolonge la main-mise de Davy Graham sur le folk du Royaume-Uni.

Une addiction fatale.

Cet album traduit malgré tout une perte de créativité de l'artiste et son addiction à l'héroïne peut expliquer le déclin engagé après Hat. A trop vouloir se rapprocher de ses héros jazz, il se brûle les ailes. The Holly Kaleidoscope (Decca/1970), dans lequel il implique son épouse Holly Gwyn, chanteuse américaine, ne marque pas véritablement les esprits, mais demeure encore acceptable, tout comme Godington Boundry sorti la même année et qui ramène au Graham des débuts.

S'ensuit alors une longue traversée du désert induite par les prises de drogues dures et consacrée à l'enseignement de la guitare, de laquelle il émerge en 1976 en signant une rétrospective de ses meilleurs moments, All That Moody, réalisé sur une petite étiquette (Eron Enterprises) et en changeant Davy pour Davey. Une compilation complète la brillante discographique de l'anglais (The Complet Guitarist/Mule Kicking – 1978).

La période Mule Kicking est perturbée par de nouveaux problèmes de santé de Graham, les apparitions de l'artiste se faisant alors de plus en plus sporadiques et inégales, mais se concrétise néanmoins par un deuxième LP pour ce label mineur, Dance For Two People (1979,) qui referme le répertoire des 70's.

Retour en 2007,mort un an plus tard.

L'après seventies, il le consacre aux voyages, à l'étude de la musique, à la maîtrise des instruments orientaux, à l'apprentissage des langues (français, arabe, turc, grec, gaélique) et à diverses actions caritatives.

Côté musique, il est l'objet, en 2005 et 2006, de deux documentaires pour la BBC : Whatever Happened To Davy Graham ?, puis Folk Britannia. Il revient alors aux affaires, tourne et enregistre à nouveau : Broken Biscuits (2007). Malheureusement, son parcours sur terre prend fin un an plus tard, enlevé par le cancer.

« Personne n'était capable de faire ce que Davy a fait, ni même ne pouvait l'imaginer dans ses rêves les plus fous ». Auteur de ses propos, Dave Swarbrick, le violon de Fairport Convention, a peut-être les yeux de Chimène pour cet artiste incomparable, mais cet avis fut-il partisan, est si justifié et tellement partagé au regard de l'apport incommensurable de Graham au folk british (RAZOR©).


 

DISCOGRAPHIE 60'S.

LP Studio 4 - 1968

 

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DAVEY GRAHAM

LARGE AS LIFE AND TWICE AS NATURAL – 1968  4,5/5

 

Publié en 1968.

Produit par Ray Horricks.

Durée:48:42.

Label:London.

Genre:folk,blues,jazz.

 

Une mine d’inventivités.

 

Emporté en décembre 2008 par un cancer du poumon, l’énigmatique, complexe et controversé, mais surtout l’inventif Davy (devenu Davey) Graham est une des plus grandes figures du folk/blues britannique des années 60/70, ce que l’on qualifie de Folk Revival.

Doté d’une technique hors normes, créatif en diable, audacieux car aventureux, le sous-estimé Davey, de par son mélange de guitare acoustique, de blues, de jazz, d’éléments de musique celtique, médiévale et d’influences indiennes et arabes (Davey rentrait alors de Tanger, connu pour être à cette époque, le centre névralgique des mouvements beat, puis hippie) a été un praticien précoce du genre et a créé une brèche dans laquelle se sont glissés de multiples musiciens devenus illustres comme Jimmy Page, Paul Simon (qui a fait une reprise de Anji sur Sound Of Silence), Bert Jansch, Ray Davies, John Renbourn, John Martyn ou encore Martin Carthy.

Malgré le génie qu’on lui a toujours accordé, qui se souvient de ce fils d’un enseignant en gaélique et d’une guyanaise né à Leicester, un temps impliqué dans les prestations publiques d’Alexis Korner (Blues Incorporated) et de John Mayall (Bluesbreakers) ?

Mais la vie de groupe n’a jamais été sa tasse de thé ; son crédo est d’évoluer seul ce qui paraît crédible de la part d’un artiste (junkie notoire) considéré par ses pairs comme l’un des plus grands joueurs de blues de son temps.

Sa carrière discographique, débutée en 1961, plaide largement en sa faveur, recensant entre 1963 et 1968 pas moins de quatre albums fabuleux devenus des classiques du folk-blues : The Guitar Player (1963), Folk Blues And Beyond (1964), Midnight Man (1966) et Large As Life And Twice As Natural (1968).

L’héroïne a malheureusement affecté la suite de la carrière de ce nom prestigieux du folk revival british et ses apparitions se sont faites de plus en plus éparses. C’est pour ce dernier album de ce virtuose de la guitare que j’ai, personnellement, une passion débordante.

Difficile de catégoriser ce chef d’œuvre de folk/blues/jazz, pas du tout taillé pour faire une carrière commerciale, mais chichement armé pour séduire pour l’éternité les vrais puristes. Davey, en l’occurrence, est rejoint par le gratin huppé du moment et de la scène folk/blues, le saxophoniste Dick Heckstall-Smith, le batteur Jon Hiseman, tous deux de de Colosseum, par le contrebassiste Danny Thompson (Pentangle) et le flûtiste jamaïcain Harold Mc Nair.

A l’écoute de Tristano, peut-on encore avoir le moindre doute sur la virtuosité de ce talentueux guitariste ? Qui pouvait alors prétendre jouer de la sorte ? Dans un style qui lui est propre, avec une telle justesse, une inspiration si rare, avec simplicité, avec une sensation de grande facilité et un naturel jamais démenti au gré des 12 titres qui font l’ossature de Large As Life And Twice As Natural. Chapeau bas l’artiste !

Que dire de l’arrangement de Both Sides Now de Joni Mitchell ? Du génial Bruton Town (repris par Pentangle sur Sweet Child), des instrumentaux orientaux à la Ravi Shankar, Sunshine Raga et Blue Raga aux relents ethniques, de l’hypnotique vol musical qu’est Jenra, du blues Freight Train Blues aussi efficace que simple comme bonjour, de la subtile interprétation d’Electric Chair, emprunté à la Bessie Smith des années 1920/30, The Empress Of The Blues ? Que c’est le meilleur travail de Davey Graham, soutenu par un combo professionnel jusqu’au bout des ongles et qui s’adapte à un contexte ambiant éclectique qui donne l’impression d’un jeu en live et dont on ne sait pas ce que nous réserve la prochaine chanson.

Voilà pourquoi, chercher à le cataloguer est quasiment impossible. Le mieux est d’en découdre avec cette déambulation musicale talentueuse, hallucinante, atypique, si étrange et si décalée à l’heure où le psychédélisme battait alors son plein. Le jeu en vaut la chandelle (RAZOR©).

 

1. Both Sides, Now.

2. Bad Boy Blues.

3. Tristano.

4. Babe, It Ain't No Lie.

5. Bruton Town.

6. Sunshine Raga.

7. Freight Train Blues.

8. Jenra.

9. Electric Chair.

10. Good Morning Blues.

11. Beautiful City.

12. Blue Raga.

 

Davey Graham:guitare,chant.

Harold McNair:flûte.

Dick Heckstall-Smith:saxophone.

Jon Hiseman:batterie.

Danny Thompson:basse.

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