Fred Neil.

BIOGRAPHIE.

 

FRED NEIL/Cleveland (Ohio)

 

Fred neil

 

Né Frederick Neil, le 16 mars 1936 à Cleveland (Ohio), dit Fred Neil.

Décédé le 7 luillet 2001 à Summerland Key (Floride).

Actif entre 1964 et 1975.

Genre:blues,folk.

Fred Neil, dans le gratin des songwriters magnifiques.

Atteint d’un cancer, Fred Neil passe les derniers jours de sa vie reclus chez lui, en Floride, lieu à partir duquel, depuis le début des 70’s, il a commencé à militer, via l’association The Dolphins Ressearch Project, pour la protection des dauphins. Depuis le début des années 80 et jusqu’à ce 7 juillet 2001 où les radios ont annoncé son décès, Fred Neil n’a plus jamais fait parler de lui autrement que par ce biais environnemental. Il n’a plus jamais remis les pieds dans un studio et s’octroyait une sortie en public uniquement quand l’envie lui venait.

Fred Neil disparaît complètement des écrans radars, ne subsistant artistiquement que par les compils et rééditions. Et encore, il faut attendre trente ans pour que ce soit le cas, en 1998 notamment, où l’on pense enfin à rééditer son œuvre...

Son nom revient rarement quand il s’agit de référer aux meilleurs auteurs-compositeurs de tous les temps. Au fil du temps qui passe, il en est devenu un des grands oubliés de l’ère rock, je parle du rock dans sa filière folk-blues plus particulièrement, car Fred Neil n’avait rien d’un rockeur et dans le genre folkeux, c’était un cas.

Fred Neil n’est pas n’importe qui. L’américain appartient au gratin des songwriters magnifiques. Il en est un des plus influents, l’un des plus énigmatiques aussi, l’un des plus sous estimés certainement, pour avoir fait œuvre de discrétion et de modestie au regard du génie qu’on lui prête.

Fred neil 3

Fred neil 2Un artiste pas comme les autres.

Un artiste pas comme les autres.

Par manque d’ambition peut-être, l’artiste se contente généralement de travailler à son rythme, de coucher quelques chansons sur une feuille selon le besoin, de très bonnes chansons au demeurant ; l’homme se satisfait des droits encaissés et qui lui suffisent pour vivre le plus humblement du monde. Animé par cet état d’esprit, le natif de Cleveland repousse de la main l’idée de faire Woodstock en 1969 et rejette également, l’année suivante, la proposition qui lui est faite de passer dans le Johnny Cash Show, spectacle télévisé de variétés. Ces deux événements sont alors des passages obligés pour promouvoir une carrière. Il n’en a cure.

Fred Neil n’est pas comme les autres ; lui, c’est un folkeux de l’école Greenwich Village, la scène en vogue du milieu des 60’s sur laquelle il est coté comme une de ses plus belles plumes. Dans le théâtre de la contre-culture ambiant, il s’avère sans commune mesure avec le Dylan insolent d’alors, pas plus qu’avec la vague folk hippie californienne ; Fred Neil est le plus atypique des gratteux du moment et de la place.

La star de Greenwich.

Sa voix de baryton, envoûtante, sensuelle, douce, rassurante, héritée d’un passage dans des chœurs gospel durant les années 50, avant qu’il ne débarque à New York en 1958, sa façon de s’approprier les paroles et d’y poser son jeu de guitare 12 cordes, la force de son interprétation ne se retrouvent nulle part ailleurs. Chez aucun autre. C’est du Fred Neil. Il est Fred Neil. Et si Dylan descend de Woodie Guthrie, Neil ne descend de personne.

Fred neil david crosby

« Je l’ai rencontré en 1961. Il m’a tout montré. Où Manger, où ne pas aller, comment rouler un joint, où se fournir en cordes de guitare mais il m’a surtout enseigné une grosse partie de ce qu’était la musique et être musicien. Fred était un héros pour moi. » (David Crosby)

Son avant Greenwich passe par la course au cacheton et quelques singles sans importance : You Ain’t Treatin’ Me Right/Don’t Put The Blame On Me (label Look), puis Heartbreak Bound/Trav’lin’ Man (ABC Paramount) et Love’s Funny/Secret Secret (Epic). Dès le début des années 60, avant de devenir musicien de session pour Paul Anka et Bobby Darin, il est auteur-compositeur attitré de Southern Music, collabore à des projets de Mort Shuman et d’Elvis Presley, écrit pour Buddy Holly et Roy Orbison (Candy Man).

Greenwich Village, c’est pour 1961, date à laquelle il commence à tourner au cafe Wha ?, au Night Owl, au Bitter End, les endroits de référence de la place folk revival naissante. Il y fait la connaissance de jeunes artistes comme Dino Valente (futur Quicksilver Messenger Service), Karen Dalton, Tim Hardin et contribue aux débuts de Bob Dylan qu’il accompagne alors à l’harmonica. Dans sa carrière, Dylan visitera souvent le catalogue de Neil.

Deux LP incontournables…

Son catalogue justement, c’est ici à Greenwich et à cette époque qu’il prend forme. Fred Neil détonne dans ce milieu musical né à Manhattan mais il en est devenu une star locale, ce qui n’échappe pas à Elektra qui l’engage.

Il signe d’abord avec Vince Martin, chanteur, auteur-compositeur folk et ami, un premier disque par lequel il gagne la reconnaissance de ses pairs : Tear Down The Walls (Elektra/1964) sur lequel apparaissent des figures emblématiques du rock, Felix Pappalardi et John Sebastian.

Cette mise en bouche précède le premier LP de Fred Neil, Bleeker & McDougal (Elektra/1965) au nom renvoyant à deux artères légendaires de Greenwich Village ; McDougal Street est la rue qui abritait le célèbre Cafe Wha ? de ses débuts, le véritable épicentre du mouvement folk et de la bohême de l’époque. Cet album, réédité en 1970 sous l’identité d’A Little Bit Of Rain, ouvre une brèche auprès de plusieurs générations d’artistes. Après son écoute, on peut mourir apaisé.

Suit l’éponyme Fred Neil, publié fin 1966 et réapparu en 1969 sous Everybody’s Talkin’ pour capitaliser (sans succès) sur le succès du film Macadam Cowboy (1969) dont Everybody’s Talkin’, interprété par Harry Nilsson, figure sur la bande originale.  Bis repetita. Neil s’y révèle toujours aussi inspiré et touchant, il y redéfinit le sens du mot blues. On ressort rincé de son audition et plus particulièrement de celles des exceptionnels The Dolphins et Everyboy’s Talkin’. De la grande œuvre de folk-blues dont on comprend mieux pourquoi les Stephen Stills, les Tim Buckley, les Gram Parsons, les Tim Hardin ou Paul Kantner sont venus y faire leur marché. Fred Neil (Capitol) est son dernier album studio.

… de belles curiosités.

Sessions, réalisé en 1967 pour Capitol et alimenté par des chutes de studio, autrement dit avec des pièces non abouties et récupérées ça-et-là, se veut certes plus expérimental mais ne distille pas la même magie que ses devanciers. Il est vrai qu’il est chimérique pour un disque bricolé d’espérer exister dans le sillage de Bleeker & MacDougal et de l’album éponyme. Comme il est un peu léthargique et surtout incohérent, on n’en fera pas une priorité, mais une curiosité. Comme son suivant Other Side Of Life (1971), autre collecte de live, d’acoustique et de rebuts de studios. Fred Neil lâche l’affaire en 1975 et quitte le monde de la musique qui perd ainsi une de ses plus grandes signatures.

Au début des années 80, Fred Neil, de plus en plus instable, refusant tout compromis, le nez dans la dope comme beaucoup de ses confrères de l’époque, se retire définitivement dans sa Floride d’adoption se consacrer à ses dauphins. Une nouvelle vie commence alors pour lui dans les flots bleus floridiens, du côté de Key West. Pas la plus désagréable (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 60'S.

LP Studio 2 - 1965

 

Fred neil bleeker macdougal 1965

 

FRED NEIL

BLEECKER & MACDOUGAL – 1965  5/5

 

Publié en août 1965.

Produit par Gordon Anderson.

Durée:34:09.

Label:Elektra.

Genre:folk,blues,folk-rock.

 

Album séminal.

 

Lorsqu’en avril 2013, j’arpentais les rues de Greenwich Village, inutile de vous faire un dessin, j’étais salement pris par l’émotion. Les airs de la folk revival me revenaient en pleine gueule ; c’est à partir de là, précisément, que tout s’en enclenché pour beaucoup d’artistes. Entre MacDougal,  Bleecker Street et Washington Square.

Le Cafe Wha ?, le Gaslight, le Bitter End, le Village Gate, le Kettle Of Fish, Bleecker Street, MacDougal Street, la 41 West Street… l’itinéraire préalablement planifié par mes soins à travers le village m’a conduit sur les pas des Dylan, des Neil, des Kerouac, Joplin, Hendrix, Guthrie.

Dans le berceau même du folk, des contest singers, de la contre culture et de la bohême, là où se réunissaient écrivains et poètes beatniks, comiques et musicos dans d’inlassables hootnanies. Mémorable périple, j’en ai pris plein les mirettes, alors vous pensez bien que Bleecker & MacDougal, ces rues qui vivent encore au rythme de cette légende et de ses souvenirs, ça me parle comme vous ne pouvez pas l’imaginer.

Le méconnu et atypique Fred Neil, l’énigmatique troubadour des 60’s, influence majeure pour de multiples artistes, tenait le café Wha ? au 115 de la rue MacDougal. Première scène du Zim et de Tim Rose, il permet au Velvet Underground de débuter dans le métier ; c’est lui qui donne de l’élan à la carrière de Phil Ochs, de Judy Collins. La Bleecker Street, qui croise la rue MacDougal (où Fred prend la pose sur la pochette), est l’autre épicentre important de la bohème américaine d’alors.

De là, à nommer son premier LP solo pour Elektra (1965), son deuxième si l'on tient compte de Tear Down The Walls de 64, fait en duo avec Vince Martin, Bleecker & MacDougal (en écoute intégrale ici), il n’y avait qu’un pas. Fred Neil, aimé de tous, copié par beaucoup et repris par une majorité d’artistes l’a franchi, histoire de rendre hommage à son Greenwich Village, ainsi qu’au folk qu’il y a initié et au blues qu’il a interprété comme personne avec sa voix de baryton-crooner.

Véritable photographie du haut du panier de la scène folk new-yorkaise des sixties, ce disque requalifié en A Little Bit Of Rain en 1969, est une pure beauté, à l’image de ses deux suivants, l’éponyme Fred Neil de 1966, réédité sous Everybody’s Talkin’ en 69 et Sessions (1967 chez Capitol), même si ce dernier tient plus de la curiosité.

Cette tierce discographique est incontournable et attise les regrets d’avoir trop rapidement perdu tout contact avec cet incomparable et prometteur contributeur musical, qui fit trop tôt (en 1975) le choix de tourner le dos à l’industrie du disque, de prendre délibérément et irrémédiablement ses distances avec le milieu de la musique et de la culture populaire, au risque de vivre reclus et de s’auto-effacer de l’histoire du rock.

Mort en juillet 2001 et en Floride, cet artiste folk emblématique aura finalement passé près de trois décennies, éloigné de tout et sans donner le moindre signe de vie, comportement qui a engendré la relégation aux oubliettes d’un des plus grands noms de cette période. Il est heureux que les initiés n’aient jamais coupé le cordon ombilical qui les relie à Fred Neil.

L’artiste de Cleveland à la chaleureuse et triste, chargée d’émotion, capable de crooner comme de chanter le blues ou de s’enflammer sur de la country, le songwriter génial aux compositions sobres et posées délicatement, profondément arrangées, le gratteux confirmé et polyvalent qui manie un large éventail de styles avec grande aisance, nous propose ici 13 titres d’une grande beauté,.

Il est soutenu par un certain Felix Pappalardi (basse), futur Mountain, Pete Childs (guitare et dobro), Douglas Hatfield, alias Chip Douglas (re-basse) et le Lovin’ Spoonful à venir, John Sebastian (harmonica). Point n’est besoin de manier le dithyrambe, celles-ci parlent d’elles-mêmes et constituent  son importance historique de par la brèche que l’album a ouvert auprès de plusieurs générations d’artistes.

Blues On The Ceiling, Little Bit Of Rain, Sweet Mama, Other Side Of This Life, Candy Man, Bleecker & MacDougal, Country Boy, Mississippi Train… il faut avoir entendu ça au moins une fois dans sa vie. Après, on peut mourir apaisé. Ce Fred, c’était vraiment quelqu’un. Ne repartez pas de cette visite en ces lieux sans faire votre cette magnifique œuvre (RAZOR©).

 

1. Bleecker & MacDougal.

2. Blues on The Ceiling.

3. Sweet Mama.

4. Little Bit Of Rain.

5. Country Boy.

6. Other Side Of This Life.

7. Mississippi Train.

8. Travelin' Shoes.

9. The Water Is Wide.

10. Yonder Comes The Blues.

11. Candy Man.

12. Handful Of Gimme.

13. Gone Again.

 

Fred Neil:guitare,chant.

Pete Childs:dobro,guitare.

Felix Pappalardi,Douglas Hatfield:basse.

John Sebastian:harmonica.

LP Studio 3 - 1966

 

Fred neil lp

 

FRED NEIL

FRED NEIL – 1966  5/5

 

Publié en décembre 1966.

Produit par Nick Venet.

Length:39:09.

Label:Capitol.

Genre:folk rock,folk,blues.

 

Comment oublier ça ?

 

La voix de Fred Neil règne sur le folk en général comme sur l’album que je propose de décortiquer, l’éponyme de 1967. Et quelle voix ! Un organe de baryton, profond, chaud, authentique qui vous lézarde l’échine de haut en bas, la parcourant au passage de frissons incontrôlables.

Et puis, il y a le jeu de guitare de Neil, technicien de la 12 cordes, indissociable de la voix qui fait de ce binôme  La Référence indiscutable de la scène de Greenwich du milieu des années 60, où tout démarre.

De prestigieux artistes se succèdent pour puiser dans son répertoire matière à alimenter leur projet, ou à relancer leur carrière. Les Stills, Crosby, Parsons, Kantner, Buckley, Nilsson, Sebastian, Hardin, Havens, Valente, l’Airplane même, font ponctuellement faire  leur marché dans ce vivier légendaire constitué de pièces anthologiques.

Car cet artiste énigmatique  est également un fieffé auteur-compositeur de blues-folk, inspiré et avéré, touchant, introspectif, que Dylan en personne regardait avec admiration et respect. Certains groupes de l’époque se revendiquent même comme étant les fils de Neil (Byrds, Lovin’ Spoonful, Monkees, Buffalo Springfield…).

Lui, le grand timide en est gêné. Il n’est pas à l’aise en studio et encore moins dans le regard du public. C’est la raison pour laquelle, de son vivant et hormis ce qui gravite autour de la scène familière de Greenwich, Neil, qui réussit le tour de force d’être vénéré de ses contemporains sans avoir jamais eu de véritable auditoire, n’atteint jamais la popularité (il sombre dans la drogue et tourne le dos à l’industrie de la  musique), d’autant plus qu’il n’en a que faire d’une carrière commerciale ; son crédo, c’est jouer, jouer et encore jouer. Le jour, la nuit, partout. Jouer.

Partant de là, son parcours discographique est assez maigrichon et ne retient que 5 albums entre 1965 et 1971, dont ce Fred Neil, éponyme et troisième du catalogue, publié chez Capitol où il travaille avec le producteur rebelle, Nick Venet.

C’est l’œuvre avec un grand O de ce natif de Cleveland, ce genre de disque qui vous noue la gorge d’émotion et duquel vous ressortez forcément secoué.

A l’image de Everybody’s Talkin’, la plus célèbre de ses chansons, de l’émouvant The Dolphins ou de Faretheewell, neuf  pistes absolument magnifiques (teintées de jazz pour certaines) s’enchaînent pour le plus grand plaisir de l’auditeur.  J’exclus le dernier titre à rallonge Cynicrus…machin, raté et très dispensable qui clôt le disque. Tout le reste n’est que bonheur.

Ce grand oublié du folk régnait sur Greenwich Village, ne l’oublions jamais. Dans le genre, il n’y avait alors aucun précédent ; ça vaut tous les discours. Pas besoin de montrer patte blanche (RAZOR©).

 

1. The Dolphins.

2. I've Got a Secret (Didn't We Shake Sugaree).

3. That's the Bag I'm In.

4. Badi-Da.

5. Faretheewell (Fred's Tune).

6. Everybody's Talkin.

7. Everything Happens.

8. Sweet Cocaine.

9. Green Rocky Road.

10. Cynicrustpetefredjohn Raga.

 

Fred Neil:guitare acoustique,guitare électrique,chant.

Pete Childs:guitare électrique,guitare acoustique.

John T. Forsha:guitare acoustique,12 cordes.

Cyrus Faryar:guitare acoustique,bouzouki.

Rusty Faryar:symbales.

Jimmy Bond:basse.

Billy Mundi:batterie,percussions,tambourin.

Alan Wilson:harmonica.

Nick Venet:effets sonores.

LP Studio 4 - 1967

 

Fred neil sessions

 

FRED NEIL

SESSIONS – 1967  3,5/5

 

Publié en 1967.

Produit par Nick Venet.

Durée:41:02.

Label:Capitol.

Genre:folk-rock,folk,rock,rock psychédélique.

 

Perplexe sur sa finalité.

 

Sessions (1967) n’est pas l’album de Fred Neil que je préfère. Il a quelque chose qui me dérange. Un peu comme si le disque lui avait échappé ou comme s’il avait fait un bras d’honneur à Capitol, sa maison de disques. Peut-être traîne-t-il le lourd handicap de succéder à la paire royale de son catalogue, Bleeker & MacDougal (1965) et l’éponyme Fred Neil (1966), au point d’en vouloir toujours plus ; je parle pour le fan que je suis. Toujours est-il qu’il a tendance à être un tantinet léthargique et assez redondant dans son cheminement, à tirer en longueur, au point d’en devenir un peu rabat-joie, le moins accessible et le moins puissant de a discographie.

Il n’est pas non plus interdit d’imaginer que Fred Neil pensait ne pas voir ces Sessions aboutir un jour sur le marché. En fait, si l’on fait abstraction de sa belle voix de crooner, on lâche vite l’affaire ici. Seuls les deux/trois premiers titres tiennent en haleine. Après c’est le décrochage, non pas que ce ne soit pas écoutable ou de qualité moindre.

L’agencement et le contenu du disque rendent difficile une attention constante, mais en sélectionnant au coup par coup et en se ménageant des pauses, l’album ne révèle pas de faille particulière, juste une propension à se répéter, à improviser, à s’éterniser parfois et à se perdre dans des arrangements dispensables. L’album aurait certainement gagné à être simplifié.

Il me laisse donc perplexe sur sa finalité, malgré un côté intéressant. La présence de sept malheureux titres seulement au compteur de Sessions n’est-elle pas la cause principale de l’étirement marqué, fait inhabituel pour un auteur généralement concis (à quelques exceptions près sur les deux disques qui le précèdent), de cinq d’entre eux, et le vrai préjudice à une concentration qui fuit au fil de l’album ?

A moins que Neil n’ait répondu aux sirènes du moment (nous sommes dans une époque de griserie musicale) de sortir de son schéma traditionnel, auquel cas tout s’expliquerait. Mais s’il creuse pour tenter de s’émanciper ici de son style familier, il creuse trop profond. Dommage. Au final, c’est la frustration qui prévaut à cette écoute, qui plus est, si on est de grands admirateurs de sa paire discographique précédente.

L’explication la plus probable semble être celle selon laquelle Sessions collecte des chansons issues de séances différentes. D’où le manque de cohérence du package renforcée par le fait que la magnifique voix de baryton de Neil, prompte à s’enflammer sur du blues, ne s’exprime pas complètement dans ce contexte.

Ma préférence va donc aux morceaux plus courts qui ouvrent Sessions, à savoir Felicity (1 ci-dessous) et Send Me Somebody To Love (2 ci-dessous). Même Merry-Go-Round, que j’aime bien en général, n’a pas l’effet attendu. La prise de risque n’est pas payante, cette fois-ci. Seul Tim Buckley n’a pas semblé souffrir de ce constat, Sessions étant une influence majeure pour lui. Verdict : 3,5/5 pour s’être pris les pieds dans le tapis de ses expérimentations. 3,5, c’est pas mal, non ? (RAZOR©).

 

1. Felicity (Take 5).

2. Send Me Somebody to Love (Take 2).

3. Merry Go Round (Take 1).

4. Love Over Yonder (Take 1).

5. Fools Are A Long Time Coming (Take 1).

6. Looks Like Rain (Take 1/Take 2).

7. Roll On Rosie (Take 1).

 

Bruce Langhorn,Cyrus Faryar,Eric Glen Hord,Peter O.Childs:guitare acoustique.

James E. Bond Jr:basse.

Fred Neil:chant,guitare.

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