Isaac Hayes.

BIOGRAPHIE.

 

ISAAC HAYES/Covington (Tennessee – USA)

 

Isaac hayes 70 s

 

Né Isaac Lee Hayes Jr le 20 août 1942 à Covington (Tennessee),mort le 10 août 2008 à Memphis (Tennessee).

Actif entre 1962 et 2008.

Labels:Enterprise Records,Stax Records,ABC,CBS,Point Blank Records.

Genre:soul,R & B,funk.

 

Du disco avant l'heure...

Sorti sur les écrans cinématographiques français la 3ème semaine de septembre 1971, le film de Gordon Parks, Les Nuits Rouges De Harlem, est le symbole même du cinéma d'exploitation destiné au public noir américain (la Blaxploitation) : la plupart du temps avec des blancs à la prod' ou à la réalisation, un scénario a minima mettant le black ou la blackette à l'honneur et une B.O béton derrière laquelle se profile un crack de la soul, du funk ou du R & B (James Brown, Marvin Gaye, Barry White, Curtis Mayfield...).

Tandis qu'un zoom plongeant suit la déambulation du détective afro-américain John Shaft dans les rues de Harlem, les plans initiaux de Gordon Parks s'enrichissent des premières notes de la soul symphonique et baroque signée Isaac Hayes, impulsée par des cymbales charleston, relayée par une guitare qui n'en finit plus de wha-whater, enchaînée avec des cordes, des cuivres, des claviers et portée par la voix de baryton chaude et caressante d'Hayes. Du racé, certes, mais surtout du disco avant l'heure.

Isaac hayes staxSes premiers pas pour la Stax...

Isaac hayes david porter stax...dont il est avec David Porter le songwriter-maison.

Isaac hayes les nuits rouges de harlemAuteur de la bande-son de Shaft...

Isaac hayes shaft...Theme From Shaft pour lequel...

Isaac hayes grammy 72...il est récompensé d'un Grammy.

Isaac hayes 3Isaac Hayes devient un phénomène...

Isaac hayes 1...au train de vie dispendieux.

Isaac hayes dionne warwickRuiné (76),il renaît auprès de Dionne Warwick.

L'esprit soul par définition.

Le thème de Shaft a deux effets immédiats : celui de sauver un polar de niveau B et, couvert de multiples récompenses internationales, de propulser son auteur sur le devant de la scène.

Avec Black Moses (c'était aussi son surnom), son suivant discographique, Isaac Hayes devient l'icône attendue par toute une communauté afro-américaine. Il marche alors sur l'eau. Avec lui, la soul des 70's est entre de bonnes mains.

Depuis son enfance à Memphis, rythmée par le racisme et la misère, à sa mort subite en plein séance de jogging sur son tapis de course, le 10 août 2008, cet auteur-compositeur, pianiste, chanteur et acteur, doublé d'un athlète au physique de boxeur, s'est employé avec force détermination pour gagner sa place dans la société américaine et défendre les droits civiques du peuple noir.

Compositeur visionnaire, Isaac Hayes était l'esprit soul par définition et un des maillons les plus importants dans le processus de développement de la musique noire américaine.

Proche de basculer du mauvais côté.

Natif de Covington, à une quarantaine de bornes au sud de Memphis, Isaac Lee Hayes Jr est le deuxième enfant d'une famille de métayers, Euda (née Wade) et Isaac Hayes Sr. Perdant sa mère très jeune (18 mois) et abandonné par son père après le décès de sa maman, il est élevé (avec sa sœur Willette) dans des conditions plutôt modestes par les Wade, ses grands-parents maternels, installés à Shelby (Tennessee), où il grandit.

Il a 5 ans quand il fréquente la chorale de l'église locale. Il y chante et, en autodidacte, apprend les bases du piano, de l'orgue, de la flûte et du saxophone.

En 1949, les Wade déménagent sur Memphis avec l'espoir de voir leur vie changer, mais la pauvreté les poursuit et affecte beaucoup Isaac qui, pour aider aux besoins de la famille après le décès du grand-père (il a alors 10 ans), occupe divers petits emplois. Sa scolarité en souffre, aussi seul homme de la famille, il abandonne l'école secondaire malgré un potentiel évident.

Il n'est alors pas loin de basculer dans la petite délinquance mais échappe à ce destin grâce à la mobilisation de ses anciens professeurs. Sous leur pression, il reprend les cours et décroche son diplôme de fin d'étude, comprenant que l'alphabétisation serait pour lui la clé pour la liberté.

Auteur-compositeur pour Stax .

A Memphis, Isaac Hayes fait ses premiers pas dans la musique, alternant les petits jobs la journée et les clubs de la ville la nuit où il exerce une activité musicale, le plus souvent autour du piano et du saxo, deux instruments qu'il maîtrise bien, et du chant, le gospel notamment.

Il intègre alors successivement diverses formations : le Morning Stars, un quartet avec lequel il parcourt le Tennessee, le Mississippi et l'Arkansas, puis les Teen Tones, groupe de doo-wop, The Ambassadors (doo-wop), les Missiles.

En fréquentant un milieu de professionnels, Bubba, comme on le surnomme, est sollicité par Calvin And The Swing Cats, ancré dans le blues. Il y joue du saxophone avant de commencer à enregistrer en 1962 (Sir Isaac and the Doo-Dads) pour des labels obscurs de Memphis.

Ces diverses expériences ne lui permettant pas de faire vivre décemment sa famille (il est marié depuis 1961), Isaac Hayes signe comme musicien de studio chez Stax Records, le label de la soul avec Motown (1964).

Sa première session se fait pour Otis Redding (The Great Otis Redding Sings Soul Ballads/1965) et il est enfin rémunéré à sa juste valeur et comme un professionnel digne de ce nom peut l'être.

Sa rencontre avec David Porter, premier auteur-compositeur de la maison Stax, l'amène à devenir son partenaire d'écriture. Le duo va alors signer la plupart des succès de la Stax et notamment de Sam & Dave (Soul Man, Hold On I'm Coming, I Thank You, When Something Is Wrong With My Baby), de Carla Thomas (BABY), de Johnny Taylor (I Got to Love Somebody’s Baby et I Had a Dream), ou du groupe vocal The Soul Children fondé par Porter et Hayes. Plus de 200 titres seront crédités.

La carrière de Black Moses prend une autre direction dès le début de l'année 1968 quand, las de jouer les faire-valoir, il décide de mettre fin au partenariat avec Porter et de se consacrer un peu plus à lui.

Quand Isaac la joue solo.

Il publie alors son premier LP studio personnel, Presenting Isaac Hayes (Enterprise/Atlantic), influencé par le jazz, sans véritable préparation, ni matière, avec un budget limité et enregistré la nuit quand le studio est vide.

Organisé autour d'une basse (Donald « Duck » Dunn), d'une batterie (Al Jackson), d'un piano et de la voix d'Isaac, laissant place à l'improvisation, cet excellent album (à redécouvrir) s'en sort plutôt bien malgré un échec dans les bacs et annonce déjà la star à venir.

Ce statut de vedette Isaac Hayes se le construit avec les quatre titres de Hot Buttered Soul (septembre 1969/Enterprise) pour lequel il jouit d'une grande liberté de manœuvre et bénéficie de moyens financiers supplémentaires de la part de Stax. Résultat : il met sens dessus-dessous le label qui n'en espérait pas tant avec le millions d'exemplaires vendus à l'époque. Depuis, on parle de trois millions d'albums, c'est dire.

Hot Buttered Soul, le déclic.

Hot Buttered Soul (N° 8 aux Etats-Unis) s'inscrit comme le premier grand album ambitieux et moderne de soul-music. Une nouvelle ère s'ouvre pour le genre. Son auteur va alors se mettre à squatter régulièrement les charts jusqu'à la fin des 70's.

A commencer par The Isaac Hayes Movement (avril1970/Enterprise), son 3ème jet du catalogue, porté par la chanson I Stand Accused écrite par Jerry et Billy Buttler (1964) et dont le tenesséen fait une adaptation majestueuse ici (plus de 11 minutes 30), qui atteint le N°23 des singles Soul (42 dans les charts pop).

L'album (encore 4 titres étendus et des reprises) s'installe quant à lui en tête du Billboard Soul pendant 7 semaines et ce, jusqu'en novembre 1970. Il passe 75 semaines parmi les 200 meilleurs LP du Billboard pop (avec un pic de N°8) et prend la première place du classement des disques de jazz. Stax, dont l'artiste contribue à la renaissance, lui doit donc une fière chandelle.

Derrière, rien ne change : To Be Continued (novembre 1970/Enterprise) ne déroge pas à la règle et reconduit la bonne habitude qu'a Isaac Hayes de prendre position dans les charts à la moindre de ses sorties.

Son quatrième LP culmine une nouvelle fois en première place du Billboard Soul et jazz, à la 11ème du Billboard 200.

1972 : le phénomène Shaft.

Arrive alors le phénoménal Shaft (été 1971), double album toujours réalisé par la filiale de Stax, Enterprise Records. LP le plus vendu chez Stax, il passe 60 semaines dans le Billboard 200 après y avoir occupé la première place le 6 novembre 1971, détrôné par Santana III.

Il domine également le top R & B pendant 14 semaines, tandis que Theme From Shaft, publié en single deux mois après, fait d'abord N°2 du Billboard Soul Singles, devancé par un concurrent de la Motown, Marvin Gaye (Inner City Blues), avant de pointer en tête du même classement (novembre 1971). Cerise sur le gâteau, Shaft se pare, dès l'année suivante, de 3 Grammy Awards.

Un tel triomphe fait d'Isaac Hayes un homme argenté (et le montre en arborant des tenues extravagantes et d'énormes chaînes en or) et courtisé ; Stax ne peut plus rien refuser à un artiste ayant pris une telle envergure et qui se pose surtout en sauveteur du label. Il exige donc de son prochain album, Black Moses (novembre 1971) qu'il soit une entreprise gigantesque.

Les nouvelles exigences de Hayes.

Cet opus, il le veut double, doté de gros moyens techniques et financiers, avec un visuel encore jamais vu : en forme de croix. Porté par le single Never Can Say Goodbye repris aux Jackson Five, Black Moses atteint le top des charts Soul (5ème des classements Pop) et récupère au passage le Grammy de la meilleure performance instrumentale pop de l'année.

En 1972, Isaac Hayes s'accorde une parenthèse qu'il consacre à l'enregistrement de la musique pour la série TV The Men et à quelques singles. Il fait son retour dans les bacs avec un live, At The Sahara Tahoe, enregistré (27 novembre 1972), comme son nom l'indique, au Sahara Hotel & Casino de Lake Tahoe (Nevada).

Isaac hayes portrait 2

« Dans ma vie, j'ai fait de mon mieux. Je pense que j'ai fait du bien et que j'ai vraiment bien fait. » (Isaac Hayes)

Suit un sixième album studio : Joy, sorti en décembre 1973 et plus funky (voir sa chanson-titre de plus de 15 minutes). Bien que ce dernier rate la première marche de peu (il est second), il permet à son auteur de continuer à surfer sur la vague du succès.

Hayes et Stax vivent cependant leurs dernières heures de gloire. En effet, après avoir signé, pour Enterprise Records, les B.O de deux films de Blackploitation dans lesquels il joue aussi (Three Tough Guys/mars 74 et Truck Turner/avril 74), il rencontre ses premiers gros problèmes financiers. Endetté jusqu'au cou, Stax ne peut lui venir en aide.

Premiers couacs...

La relation se fissure entre les deux parties. Si le label libère l'artiste de ses engagements, les créanciers (l'Union Planters Bank notamment) pompent le moindre revenu tombant sur son compte. Isaac Hayes est à deux doigts d'être déclaré en faillite.

Il tente bien de rebondir en créant sa propre maison de disques, Hot Buttered Soul Recording (associé à ABC Records) et en dérivant vers le disco avec Chocolate Chip (juin 1975). S'il place encore son LP dans le top 40 et signe deux singles remarqués (Chocolate Chip et I Can Not Turn Around), la carrière d'Isaac Hayes se met à battre de l'aile.

Le disco est sa planche de salut provisoire. Après Chocolate Chip, il y va d'un deuxième opus de rang taillé pour les discothèques, Disco Connection (1975). Puis d'un troisième et un quatrième en 1976 : Groove-A-Thon et Juicy Fruit (Disco Freak).

Cette orientation musicale ne paie pas ; Bubba ne vend plus et y laisse des plumes financièrement. Son label en subit le contrecoup en 1976 qui dépose le bilan avec plus de 6 millions de dollars de dettes au compteur. Même la vente de sa Cadillac en Or ne suffit pas à éponger le passif... Il perd une grande partie de ses biens dont sa maison et est saisi sur les droits d'auteur pour la suite de sa carrière.

Un impact majeur sur la musique noire américaine.

Il tente de se refaire auprès de Polydor qui lui permet d'enregistrer un opus live (A Man And A Woman/1977) en duo avec Dionne Warwick, elle aussi à la croisée des chemins à cette époque et qui attend vainement de décrocher son premier hit depuis 6 ans.

Sensuel, sexy, accrocheur, ce disque soul/funk/R &B très agréable enregistré au Fabulous Fox Theatre d'Atlanta dans le cadre d'une tournée que les deux managers ont organisée au début du printemps 1976, redonne des couleurs au couple. Bien que s'étant très mal vendu, il profite plus à Dionne qu'à Isaac.

Si on peut noter un regain de popularité pour ce dernier pour les LP New Horizon (1977) et For The Sake Of Love (1978), plus rien ne ce qu'il enregistre ne se rapproche du niveau du Hayes du début des 70's. Son aura en prend un coup durant les années 80 et 90 ; il privilégie alors le cinéma, ses différents come-back discographiques s'avérant autant d'échecs. Il trouve dans la scientologie (1995), matière à se régénérer mentalement.

Requinqué, il diversifie ses activités entre humanitaire, restauration, musique, écriture, doublage de voix, cinéma, production, arrangement... jusqu'à ce qu'il soit contraint, en 2006, de lever le pied en raison de problèmes cardiaques récurrents. Il en décède le 10 août 2008, laissant derrière lui une empreinte indélébile dans l'histoire des musiques noires américaines (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 70'S.

LP 5 (B.O DE FILM) - 1971

 

Isaac hayes shaft 1

 

ISAAC HAYES

SHAFT – 1971  4,5/5

 

Publié en juillet 1971.

Produit par Isaac Hayes.

Durée:69:29.

Label:Enterprise Records.

Genre:soul,funk,B.O de film.

 

Plus qu’une chanson, un hymne.

 

Artiste majeur de la soul music, figure influente des années 60/70, Isaac Hayes est indissociable de Shaft et Shaft ne peut pas être évoqué sans faire référence à Isaac Hayes.

Fil conducteur musical du film Les Nuits Rouges de Harlem (le titre original est Shaft), sorti sur les écrans en 1971, il relate les pérégrinations du détective black John Shaft dans ce quartier alors coupe-gorge new-yorkais dans lequel le blanc n’était pas le bienvenu.

Peu de films sont définis par leur bande-son ; celle-ci est mémorable pourtant. Plus de quarante ans après les faits, l’intro reste la chanson titre à succès, devenue culte depuis.

Déchirée par une wah-wah hypnotique, rythmée par des cymbales et par une ligne de basse qui met à mal les enceintes, éléments autour desquels vient se lover une immense tapisserie symphonique et se greffer la voix de baryton d’Isaac Hayes qui répond aux chœurs emmenés par Thelma Hopkins, cette mise en bouche est une gâterie indestructible dont le charme opère encore intégralement aujourd’hui.

Classée numéro 1 aux States, double Grammy Awards, il est cependant dommage que cette chanson mythique occulte le reste d’un bel album partagé entre funky et jazzy. L’orgue Hammond y occupe une large place au même titre que les cuivres.

Seuls trois morceaux échappent au statut d’instrumental : l’introduction, Soulsville et Do Your Thing. Raison de plus pour reconnaître la justesse de voix de Hayes.

Reflet d’un temps où le black n’avait pas sa place dans la société des culs blancs, l’album Shaft (double LP en fait), fin, subtil a ouvert les portes de la gloire à son auteur, pilier ad vitam eternam de la Stax.

L’épique Do Your Thing d’une vingtaine de minutes est l’autre sublime vitrine pour le talent de cet artiste afro-américain et musicien soul très accompli, malheureusement décédé en 2008. Il faut avoir entendu ce succulent travail avant de mourir. Si maintenant vous y ajoutez le film, c’est tout bénef (RAZOR©).

 

Face 1

1. Theme from Shaft.

2. Bumpy's Lament.

3. Walk from Regio's.

4. Ellie's Love Theme.

5. Shaft's Cab Ride.

 

Face 2

1. Cafe Regio's.

2. Early Sunday Morning.

3. Be Yourself.

4. A Friend's Place.

 

Face 3

1. Soulsville.

2. No Name Bar.

3. Bumpy's Blues.

4. Shaft Strikes Again.

 

Face 4

1. Do Your Thing.

2. The End Theme.

 

Isaac Hayes:chant,claviers.

Pat Lewis,Rose Williams,Telma Hopkins:chœurs.

The Bar-Kays et The Isaac Hayes Movement:instruments.

James Alexander:basse.

Richard Davis:trompette.

John Fonville:flûte.

Willie Hall:batterie.

Gary Jones:congas.

Charles Pitts:guitare.

Lester Snell:piano électrique.

Michael Toles:guitare.

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