Jackson C. Frank.

BIOGRAPHIE.

 

JACKSON C. FRANK/Buffalo (New York)

 

Jackson c frank getty

Photo Mojo.

 

Jackson Carey Frank, dit Jackson C. Frank.

Né le 2 mars 1943 à Buffalo (New York).

Décédé le 3 mars 1999 à Great Barrington (Massachussetts).

Auteur-compositeur-interprète.

Années actives:1965/1975.

Genre:folk,blues.

Label:Columbia Records (EMI),Castle Music.

 

 

Un p’tit tour et puis s’en va.

Habitué des bars londoniens, pas pour se mettre à l’envers mais pour les besoins du lancement de sa carrière dans le folk, le musicien yankee Jackson C. Frank, C. pour Carey, a la particularité de n’avoir qu’un seul LP épinglé au revers de son catalogue discographique : l’éponyme Jackson C. Frank, sorti en 1965 et sur lequel on retrouve son sublime Blues Run The Game qui, mieux que les mots, traduit magnifiquement ce qui fut et sera le parcours maudit de cet artiste.

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Pas de quoi fouetter un chat, me direz-vous. Et pourtant, même si son LP  n’a jamais bouleversé le classement des charts, il n’en constitue pas moins une œuvre que la critique du moment, relayée par les commentaires  d’aujourd’hui, a classée comme classique du blues. Jackson C. Frank se transmet secrètement et jalousement entre initiés, comme par crainte qu’en faisant sauter les scellés sur son nom, l’artiste ne leur échappe. Son itinéraire et ce qui s’y rattache sont déjà si furtifs… L’homme entre dans la catégorie des sujets nés sous une mauvaise étoile, des fracassés de l’existence, comme le rock en a dans son magasin : les Hardin, Drake, Buckley, Van Zandt...

Le destin s’est acharné sur lui comme sur personne d’autre, prenant un plaisir vicieux et malsain à lui faire endosser des strates de drames, de souffrances, de galères, de malheurs, d’errance et d’oubli.Le sort ne prend pas la peine d’attendre qu’il soit mature et en mesure de se défendre pour l’accabler. Il lui saute sur le râble, alors qu’il n’est qu’un enfant ne demandant rien à personne, un élève de l’école de Cheektowaga qu’une explosion de chaudière transforme en brasier. Il s’en sort, mais avec de graves brûlures quand une quinzaine de ses petits camarades périssent dans les flammes. C’est peut-être la première et la dernière fois que le destin lui fout la paix et l’épargne. Dans son drame, il occupe sa rééducation à apprendre la guitare. C’est toujours ça que la vie ne lui prendra pas.

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« C’était probablement la session d’enregistrement la plus étrange que j’ai connue. Quand Paul Simon annonçait Ok, nous sommes prêts pour enregistrer, il s’écoulait alors deux à trois minutes de silence total que Jackson mettait à profit pour se conditionner. Puis émergeait cette guitare et cette voix magnifiques. » (Al Stewart)

Faire aussi bien que le Maître.

Au début des années 60, gagné par l’excitation du métier de chanteur-musicien, le natif de Buffalo (état de New York) débarque à Big Apple, le temps de considérer qu’avec sa voix et son jeu de guitare, il a les moyens de rivaliser avec Dylan, le chanteur en vogue du moment. Rien que ça.

Rattrapé par les événements dramatiques de son enfance, Jackson C. Frank a alors la bonne fortune d’être indemnisé par les assurances pour ses blessures. Il met son dédommagement de 100.000 dollars à profit en embarquant pour l’Angleterre. Durant la traversée, le pote de John Kay (Steppenwolf) signe son fabuleux Blues Run The Game.

En arpentant les clubs londoniens, il séduit  la génération folk britannique du moment emmenée par les Jansch, Renbourn, Drake et Sandy Denny dont il s’éprend et qu’il convainc de s’engager à fond dans la chanson. Il attire l’attention aussi de compatriotes venus de ressourcer à Londres : Art Garfunkel et Paul Simon.

Une timidité maladive.

Ce dernier, comme Al Stewart, figure sur l’unique album de Frank. A double titre. Il tient une des deux guitares et produit un LP qui, et on peut le regretter au regard de la subtilité et de l’émotion émanant de son écriture, n’aura ni succès, ni petit frère. L’enregistrement de ce disque révèle l’état de très grande nervosité qui anime l’artiste, généré par une timidité excessive. Il est le prélude à une longue descente aux enfers professionnelle et personnelle (problèmes de santé, de couple, d’argent, perte de son enfant qui induit une dépression permanente et des internements en psychiatrie, précarité, perte d’un œil suite à une agression…).

Abbott lui redonne une dignité.

Il aura fallu l’acharnement d’un homme, Jim Abbott, fan de la première heure, pour extirper Frank de la rue, le réhabiliter dans des droits d’auteur qui ne lui ont jamais été versés, lui fabriquer un semblant d’avenir du côté de Woodstock. Cette touchante attention lui aura au moins permis de finir sa vie de manière décente avant que son cœur ne le lâche en 1999. Quelque part, c’était peut-être mieux ainsi (RAZOR©)

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S.

LP Studio 1 - 1965

 

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JACKSON C. FRANK

JACKSON C. FRANK – 1965  5/5

 

Publié en décembre 1965.

Produit par Paul Simon.

Durée:32 :25.

Label:Columbia (EMI).

 

Injustement oublié.

 

On ne fera pas l’injure aux folkeux de leur présenter Jackson C. Frank. Par contre, je vous fiche mon billet que la majorité de ceux qui ne raisonnent pas folk, écarquillent grand leurs yeux d’étonnement à l’évocation de ce nom. Et pourtant…

En dépit d’une carrière malheureusement courte, le propulsant sur le devant de la scène londonienne du milieu des 60’s, parmi les stars de l’époque, les Bert Jansch et Sandy Denny (Fairport Convention), ce songwriter ricain génial,  hyper talentueux, mais aussi hyper nerveux au point de se cacher derrière un paravent lors de l’enregistrement de son seul album, pote d’Al Stewart, du loup des steppes John Kay (avec lequel il démarre dans les clubs amerloques) et du duo Simon & Garfunkel, a suscité les vocations de gars comme Nick Drake, ce qui n’est pas rien.

Guère ménagé par la vie, ce rescapé d’un incendie qui a emporté dix huit de ses petits camarades d’école, dont il ressort grand brûlé et à cause duquel il passe 7 mois à l’hôpital, traîne ce fardeau psychologique durant tout son parcours sur terre, avant de finir dans la misère totale et la déchéance extrême.

Entre temps, sa maison de disques le lâche pour le hard rock, il n’a donc pas la possibilité de réaliser le second album qu’il désire tellement, pour convaincre son entourage que les méventes de son album éponyme sur le sol américain, sont injustifiées. Une dépression s’ensuit qui met à terre un artiste sans le sou, rongé par le doute, fragile. Il ne s’en relève malheureusement pas, d’autant plus qu’au moment où il redresse péniblement la tête aux côtés de son épouse américaine, le destin le frappe à nouveau en enlevant la vie de son enfant et en l’éborgnant, un fou furieux lui tirant une balle dans l’œil.

C’est le coup d’assommoir et le début d’une descente aux enfers qui se termine par un arrêt cardiaque en 1999, en dépit de la très belle démarche bienveillante d’un certain Jim Abbott qui tente vainement de relancer l’artiste et qui lui fait obtenir des droits d’auteur sur son l’unique témoignage de son passage sur terre.

Saloperie de vie… Quant au legs qu’il nous reste, cet album éponyme de 65 (en écoute intégrale ici), enregistré en à peine trois heures, c’est l’album d’une beauté, d’une profondeur et d’une pureté exceptionnelles. Il faut avoir écouté son Blues Run The Game, sa toute première composition.

Ecrite durant sa traversée entre U.S.A et Angleterre, ce titre à la tristesse sous-jacente sert de cadre à ce fan invétéré d’Elvis pour étaler ses bleus à l’âme, cautérisés à coups d’alcool. Sans commentaires. Ce n’est pas un hasard si John Renbourn le reprend à son compte sur So Clear (1973) et, plus récemment, Counting Crows.

Outre ce morceau effarant qui entame ce testament discographique produit par Paul Simon en personne, la suite n’est qu’une succession de sublimes mélodies acoustiques, explorées avec infiniment de talent, de fluidité, de virtuosité technique et de facilité.

My Name Is Carnival, l’engagé Don’t Look Back, inspiré par un assassinat en Alabama, la belle ballade Milk And Honey, le traditionnel Kimble, Yellow Walls avec Al Stewart (guitare) sur une de ses premières apparitions, Here Come The Blues, incarnent un artiste génial à l’écriture injustement méconnue ou sous-estimée.

Son œuvre est touchante ; là où il est, il peut en être fier. Il peut être rassuré, son passage sur terre n’aura pas été vain, à condition de relayer l’info et de faire sien son disque (RAZOR©).

 

1. Blues Run The Game

2. Don't Look Back.

3. Kimble.

4. Yellow Walls.

5. Here Come The Blues.

6. Milk And Honey.

7. My Name Is Carnival.

8. Dialogue.

9. Just Like Anything.

10. You Never Wanted Me.

 

Jackson C Frank:guitare,chant.

Al Stewart:lead guitare sur 4.

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