Judee Sill.

BIOGRAPHIE.

 

JUDEE SILL/Los Angeles (Californie)

 

Judee sill 1

 

Née Judith Lynne Sill, le 7 octobre 1944 à Oakland (Californie).

Décédée le 23 novembre 1979 à Los Angeles (Californie).

Label:Asylum.

Genre:folk,pop baroque.

 

Un modèle pour tous les songwriters.

Résumer la vie de la californienne Judee Sill à sa jeunesse agitée, son addiction aux drogues dures et à ses séjours à l’ombre, ne serait pas rendre justice à cette gosse paumée et désespérée qui, à 15 ans et pour échapper à la misère, à la violence et aux brimades domestiques, fuit le domicile familial pour succomber aux charmes d’un homme plus âgé se trouvant être un truand de haute volée. Cette relation sans espoir avec ses parents est le drame de toute sa vie.

La vie a été loin d’être facile pour elle, qui perd son père très jeune, voit ensuite sa mère frappée d’alcoolisme et en mourir ; son frère décède d’une pneumonie le jour même où elle fait une overdose d’héro… Elle se tourne alors vers Dieu et le thème religieux est récurrent dans ses chansons, notamment dans ses titres les plus marquants, Jesus Was A Cross Maker et The Lamb Ran Away With The Crown. Judee est encore une quasi inconnue, mais elle impose déjà le respect à tous.

Au regard de son casier judiciaire bien rempli et rythmé sur les hauts et les bas de son existence, on en oublierait presque que Judee Sill a été, dans ses moments de clairvoyance et de répit, une artiste brillante, captivante, au talent injustement négligé de son vivant et essentiellement révélé post mortem. Décédée en 1979 et à 35 ans, la native d’Oakland a laissée au patrimoine musical américain deux disques mémorables, l’éponyme Judee Sill en 1971 et Heart Food en 1973, tous deux pour le compte du label Asylum de David Geffen.

Judee sill 2

Petit catalogue, énorme héritage.

Un troisième LP aurait pu venir compléter le catalogue des 70’s, mais Dreams Come True qui aurait du remplir cette fonction, n’est jamais sorti en temps réel pour des raisons de santé liées à la vie de Judith Lynne Sill. Le label Water, en 2005, comble ce manque qui tient plus de démos que d’enregistrements finalisés.   

De ce fait, le chat est maigre pour ce qui concerne son œuvre globale. Mais le peu qu’elle ait réalisé est resté dans les mémoires et dans les cœurs. J.D Souther, son colocataire chez Asylum, considère qu’elle a été la personne la plus influente de sa vie musicale, bien que la plus ésotérique aussi, qu’elle fut aussi importante à cette époque que les artistes maison, les Eagles, Jackson Browne, Joni Mitchell ou Linda Ronstadt.

On lui a même prêté plus de talent que certaines vedettes du label. Tout est dit…

Le soutien de Crosby et Nash, l’aide des Hollies.

Originaire du sud de la Californie, Judee Sill ne laisse pas insensible Graham Nash et David Crosby qui voient en elle un énorme potentiel et la couvent comme une petite sœur. Nash va même jusqu’à coproduire le premier album de ce talent exceptionnel, sorte de croisement entre Mélanie et Judy Collins. Il est également derrière le single Jesus Was A Cross Maker, inspiré par une relation avec J.D. Souther, que les Hollies, son ancien groupe, par le plus grand des hasards, reprend à son compte en 1972 sur l’album Romany. Il faut dire que Judee Sill est l’artiste féminine internationale la plus excitante à émerger sur la scène folk du moment (1971).

Entre ses doigts, elle tisse une toile acoustique inventive et complexe et brode une écriture parfois obscure, mais toujours belle, forte, poétique et dont chaque composante se savoure avec délectation ; sa voix lisse y rajoute de la pureté et une sensation chatoyante à chaque chanson. Son premier LP, Judee Sill, est, à ce titre, un incontournable qu’il faut faire sien.

Première, devant Jackson Browne en personne.

Ouvreur du maigrelet catalogue de Sill, ce disque a la particularité et le privilège de débloquer le compteur du jeune label folk/rock Asylum Records (code vente SD 5050), fondé en 1971 par David Geffen et Elliott Roberts à des fins d’attirer à lui Jackson Browne, le californien en vogue, et d’obtenir sa signature. Pour mémoire, rappelons que la maison d’édition a abrité également Tom Waits et un certain Bob Dylan, en rupture de CBS.

Jusee sill jd souther

 « Il n’y a pas eu personne plus importante dans ma carrière musicale que Judee. Elle avait des années-lumière d’avance sur la plupart d’entre nous. Je pensais à l’époque que Jackson Browne était le plus grand des songwriters de la place. Je me suis vite rendu compte que son œuvre a indéniablement été plus loin. Elle a fait école auprès de nous tous. » (J.D. Souther)

Plus que la déchéance de la femme et de l’artiste, c’est la force de l’héritage qu’elle laisse qu’il convient de retenir. Tout ce qui a contribué à l’affaiblir physiquement et moralement nourrit une œuvre dont elle s’est servie comme d’une évasion pour échapper à son implacable réalité. Sa musique porte les stigmates d’une existence anéantie par une famille brisée, par la prostitution, la délinquance, la prison et les conséquences de son basculement dans la dépendance à l’héroïne comme ses problèmes de santé récurrents, par une carrière jalonnée de rendez-vous manqués et qui n’a jamais décollé, carrière à laquelle sa mort a mis un terme prématurément, ignorant qu’elle venait de réduire définitivement au silence un des plus talentueux auteur-compositeur des seventies.

Piano, guitare, Dieu, Bach, Charles et Pythagore…

Son legs discographique a la considération du milieu et de la critique, pas celle du public de l’époque, réduit à une poignée de fidèles et de marginaux du rock. La nouvelle génération des songwriters tend à rééquilibrer les comptes, vouant aujourd’hui une bienveillance nouvelle à l’autodestructrice Judee Sill qui n’avait pour uniques arguments pour se défendre que le piano et la guitare, que la spiritualité chrétienne, la métaphysique, la rédemption, pour seules influences Bach, Ray Charles et Pythagore.

Depuis, les rééditions de son catalogue, les écrits la concernant et les témoignages réhabilitant une image cassée par la drogue et l’alcoolisme foisonnent, rendant plus compréhensible sa désespérance et plus facilement accessible au public son incomparable travail. Le talent de Judee sill, unanimement reconnu partout, jusqu’au au sein même de l’élitiste scène de l’écriture californienne des Browne, J.D. Souther et consorts, a depuis fait école. Comme le disait ce dernier : « Judee Sill était largement en avance sur tout le monde. Elle était un modèle pour nous autres les songwriters ». On ne peut pas dire mieux (RAZOR©)

DISCOGRAPHIE

LP Studio 1 - 1971

 

Judee sill 1971

 

JUDEE SILL

JUDEE SILL – 1971  5/5

 

Publié le 15 septembre 1971.

Produit par Henry Lewy,John beck,Jim Pons,Graham Nash.

Durée:32:55.

Label:Asylum Records.

Genre:folk,folk baroque,country.

 

Dans le moule des Wilson, Drake…

 

Une longue, douce et jolie caresse. Ainsi pourrait-on qualifier cette œuvre depuis des décennies enterrée, de l’oubliée Judee Sill. La californienne mérite mieux que les rares entrefilets ou les rubriques succinctes que la presse spécialisée daigne lui accorder, au gré du dépoussiérage de son  actualité discographique, à l’occasion des rééditions de son (maigre) catalogue.

Dévastée par la perte de son père, puis celle de son frère, bouleversée par la relation dédaléenne avec un beau-père alcoolique qui lui fait subir les pires traitements, mise à mal par un accident de voiture aux lourdes séquelles (dans les années 70), la Sill des années 60, libérée du carcan parental, verse rapidement dans la grosse délinquance, dans la criminalité même, puisque des faits de braquages lui sont reprochés, tandis que sa plongée parallèle dans la drogue (qui l’amène à se prostituer) lui vaut quelques lignes supplémentaires sur son casier judiciaire.

Ses escales dans les maisons de correction et ses séjours à l’ombre lui permettent de se familiariser avec la musique (piano, guitare) et d’écrire ses premières chansons. La fin des sixties coïncide avec l’intérêt que portent les Turtles (Lady-O) et les Leaves à son écriture, dont ils s’approprient certains titres.

Judee Sill se positionne alors comme une très performante pluridisciplinaire (auteur-compositeur-interprète) de la west-coast américaine. Graham Nash la prend sous son aile tandis que David Geffen la signe pour son label Asylum Records en 1971, année de publication du premier de ses deux LP (l’autre étant Heart Food de 73), restés lettre morte auprès du grand public mais, par ailleurs, bien accueillis par la critique. Un troisième album, non achevé en 1974, est libéré en 2005 (Dreams Come True).

Dans la foulée de cet échec commercial, Judee Sill ne donne plus signe de vie, disparaissant complètement de la scène musicale. Plus de son, plus d’images, jusqu’à ce que la page nécrologique des supports spécialisés ne nous annonce une fin (prévisible) par overdose en 1979.

Grande voix du folk, Judee Sill entre dans le métier par la grande porte avec un single que les radios passent en boucle, le gospélisé Jesus Was A Cross Maker, que produit Graham Nash et s’affirme rapidement comme l’une des artistes les plus intéressantes du moment, ouvrant notamment pour le duo Crosby/Nash, pour Cat Stevens ou Gordon Lightfoot.

Ce que confirme son premier album, l’éponyme Judee Sill (en écoute intégrale ici), qui véhicule une quiétude débordante, une sorte d’apaisement communicatif. Placé dans un registre folk, influé par quelques notes country, gospel, et des touches classiques (Bach est une de ses influences majeures), cet opus majestueux et puissant réunit des originaux écrits pendant la période 69/71 et symbolise bien le trouble qui habite alors cet être fragilisé par les pièges et difficultés de la vie. L’amour et la foi en sont le fil conducteur.

Avec Jim Pons (Turtles), John Beck (Leaves) et Henry Lewy comme producteurs, sous le contrôle de l’influent pianiste toxico Bob Harris, époux de Sill, l’album, à propos duquel Judee Sill surveille principalement les arrangements, fait valoir une première face d’une beauté exceptionnelle, d’une grande sincérité.

Son titre Jesus Was A Cross Maker est la grande réussite de ce répertoire, mais voisine avec des pistes de même niveau comme Crayon Angels, Lady-O, The Phantom Cowboy, The Lamb Ran Away With The Crown, The Archetypal Man.

En face B, Lopin’ Thru The Cosmos, belle et déchirante ballade, ainsi que Enchanted Sky Machines emportent le lot. Durant tout le disque, Judee Sill, avec élégance et générosité, rend d’une grande limpidité, une musique parfois complexe. Ce travail est absolument fantastique et irréprochable. Judee Sill est de la veine des génies masculins que sont les Brian Wilson ou Nick Drake. Vous voyez le genre ? (RAZOR©).

 

1. Crayon Angels.

2. The Phantom Cowboy.

3. The Archetypal Man.

4. The Lamb Ran Away With the Crown.

5. Lady-O.

6. Jesus Was a Cross Maker.

7. Ridge Rider.

8. My Man on Love.

9. Lopin' Thru the Cosmos.

10. Enchanted Sky Machines.

11. Abracadabra.

 

Judee Sill:chant,guitare,piano.

Rita Coolidge,Clydie King,Venetta Fields:chœurs.

Don Bagley,Bob Harris:orchestrations.

LP Studio 2 - 1973

 

Judee sill heart food 1973

 

JUDEE SILL

HEART FOOD – 1973  5/5

 

Publié en mars 1973.

Produit par Henry Lewy.

Durée:37:44.

Label:Asylum.

Genre:folk,folk baroque.

 

Parfois complexe, souvent génial.

 

C’est la mélancolie et l’introspection qui occupent le terrain du deuxième LP de Judee Sill, Heart Food de 1973 (en écoute intégrale ici), artiste parrainée par Graham Nash qui passe plus de temps dans la rubrique faits divers des diverses presses que dans les pages des revues musicales. Entre des actes de grand banditisme, des problèmes de drogue, des affaires de mœurs, son casier judiciaire se gonfle hélas plus vite que son catalogue discographique. La faute à un parcours familial et personnel accidenté et dramatique qui finira finalement par une overdose en 1979.

A l’ombre, elle se refait une virginité en apprivoisant la musique et l’écriture. Rapidement, elle s’affirme comme une très bonne auteur-compositeur et interprète ce qui n’échappe pas à David Geffen d’Asylum Records qui l’engage dans son team. Un premier LP (fantastique) s’ensuit en 1971, accueilli comme il se doit par la critique. La californienne se positionne alors comme l’égal des mecs de la scène west-coast.

Heart Food, deuxième et ultime disque de Sill, est publié deux ans après l’éponyme Judee Sill. En mars 1973, plus exactement. Malgré le succès de son prédécesseur, sa carrière ne décolle pas, Heart Food étant boudé par le public.  La faute peut être à une accessibilité difficile du fait de la complexité de ses chansons et à une production parfois luxuriante. Pour ceux qui parviennent à apprivoiser  cette difficulté, derrière la barrière, s’annonce une cordiale émotion et une agréable douceur que sa voix fantastique amplifie.

La californienne est talentueuse et ne connaît aucun problème particulier à naviguer entre pop, folk, gospel, country et baroque. Elle s’y sent même très à l’aise ce qui rend son répertoire de 9 titres plutôt bluffant dans ses grandes lignes.

Heart Food est un album de bon goût qui n’a pas, toutes proportions gardées, à souffrir de la comparaison avec ce que certaines de ses rivales ont porté aussi à un haut niveau. J’entends par là Joni Mitchell et Carole King et leurs travaux respectifs mémorables, Blue et Tapestry en 1971. Toutes proportions gradées, j’insiste.

Comme pour ces dernières, le piano et la guitare constituent le fil conducteur aux très jolies mélodies qu’elle propose. Il s’en détache un sentiment de beauté mystérieuse. Le seul reproche que l’on pourrait faire à ce lot, c’est une tendance à trop charger la production. C’est parfois gonflant. Néanmoins, c’est très bien foutu, Judee Sill a tout bon ici, même s’il faut faire appel à une répétition d’écoutes pour en apprécier la substantifique moelle.

L’intro There’s A Rugged Road, le fragile The Kiss, The Pearl, The Phoenix, le solide Soldier Of The Heart, Down Where The Valleys Are Low et l’ambitieux  The Donor, époustouflant final,  sont les fleurons de ce bouquet brillant et inspiré qui met un terme à sa carrière. De quoi s’en mordre les doigts, en effet (RAZOR©).

 

1. There's A Rugged Road.

2. The Kiss.

3. The Pearl.

4. Down Where The Valleys Are Low.

5. The Vigilante.

6. Soldier Of The Heart.

7. The Phoenix.

8. When The Bridegroom Comes.

9. The Donor.

 

Judee Sill:guitare,piano,chant.     

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