Karen Dalton.

BIOGRAPHIE.

 

KAREN DALTON/Enid (Oklahoma)

 

Karen dalton

 

Née Karen J. Cariker,surnommée Sweet Mother J.D,dite Karen Dalton.

Née le 19 juillet 1937 à Enid (Oklahoma).

Décédée le 19 juillet 1993 à New York.

Chanteuse,musicienne (guitare,banjo).

Active entre 1960 et 1970.

Label:Capitol,Paramount,Megaphone Music,Delmore Recordings.

Genre:folk,blues,country blues,jazz.

 

La nouvelle Billie Holiday.

Métissée de par ses origines irlandaise et cherokee, l’américaine Karen Dalton s’est illustrée sur la scène folk et blues des années 60/70. Sa carrière, elle se l’est construite non pas autour d’une écriture qui fut sienne, comme la majorité des femmes songwriters du moment, mais en s’appuyant sur le répertoire d’autrui.

Guitariste de talent doublée d’une chanteuse qui n’est pas sans rappeler Billie Holiday, Karen Dalton se fait remarquer sur la pépinière de Greenwich Village quand le Bitter End n’était encore que le Cock And Bull, là où brillent alors les Dylan, Hardin et autres Neil.

Dalton karenLa nouvelle Billie Holiday.

La phobie des studios.

Auteur de deux beaux LP, Karen Dalton les alimente en piochant dans le catalogue traditionnel d’une part, mais également dans celui des maîtres du moment, ceux précités mais également de Ray Charles, Huddie Ledbetter, Jelly Roll Morton, Lead Belly, Dino Valenti, Paul Butterfield, Richard Manuel, Woody Guthrie, Eddie Floyd, George Jones,Richard Tucker…

De son vrai nom Karen J. Cariker, Karen Dalton peine à s’attirer les faveurs des maisons de disques qui pourtant ratissent large pour dénicher la perle rare. Dans le même temps, Karen Dalton ne fait pas beaucoup d’efforts pour aller à leur rencontre, victime d’une incroyable phobie des studios d’enregistrements, voire même de l’effervescence quotidienne. En effet, au milieu des 60’s, celle qui a grandi dans les grands espaces de l’Oklahoma, étouffe visiblement à New York qu’elle quitte pour aller vivre recluse dans les montagnes du Colorado, où elle s’y sent plus à l’aise, malgré la précarité de ses conditions de vie dans le chalet sans eau courante de Summerville.

La ruse de Nick Venet.

Mariée au guitariste Richard Tucker, c’est sur l’insistance de l’ami Fred Neil, de mèche avec Nik Venet, producteur de Capitol Records, que Karen réapparaît dans Big Apple pour, en douceur, être mise en contact avec un studio et l’amener à vaincre sa réticence légendaire de l’endroit et sa claustrophobie. Grâce à son subterfuge du bien intentionné Nick Venet, Capitol a ainsi pu tirer, mais hélas tardivement, le meilleur d’une artiste qui après ses deux LP, va commencer une longue descente aux enfers à cause de la drogue.

Dalton dylan

“Une chanteuse de blues blanche. Grande, mince, sexy et du feeling. Sa voix faisait penser à Billie Holiday, son jeu de guitare à Jimmy Reed, et elle se donnait à fond. J’ai chanté une fois ou deux avec elle.” (Bob Dylan)

Deux LP culte.

Le phénoménal It's So Hard To Tell Who's Going To Love You Best, publié en 1969, alors que le soufflé folk est déjà retombé, a contre lui le fait de tomber dans les bacs 5 ans trop tard. S’il ne sensibilise pas un public qui, alors que l’idéal hippie tire déjà à sa fin, jette son dévolu du moment sur  le mouvement country-rock et la west coast californienne, ce disque suscite des élans favorables auprès de la critique et de la profession, qui, subjuguées par l’artiste, poussent Karen Dalton à un bis repetita.

In My Own (1971) est cette deuxième œuvre tant réclamée par l’environnement proche. Produite par Harvey Brooks, on en attend beaucoup et Karen est au rendez-vous, reconduisant les recettes gagnantes de l’album précédent : elle s’accompagne à la guitare, une Gibson 12 cordes, fait valoir une voix admirable, accablée et cotonneuse sur un répertoire constitué de reprises. Comme It's So Hard To Tell Who's Going To Love You Best, son disque passe quasiment inaperçu dans le concert discographique du moment ; en dépit de sa qualité, il se pose, et son auteur aussi, comme le chant du cygne du folk de l’Oncle Sam.

Descente aux enfers.

Le manque de reconnaissance est malheureusement le point de départ des graves déboires à venir de la texane qui, de par sa plongée dans l’alcool et les drogues, entame une longue déchéance personnelle l’amenant à contracter le sida, dont elle meurt en 1993.

Culte à titre posthume.

C’est donc à titre posthume que Karen Dalton s’est révélée auprès de la masse des auditeurs qu’elle a depuis fédéré autour de son nom et de sa discographie famélique.  Son maigre mais culte catalogue est articulé autour des deux chefs d’œuvre de folk-blues évoqués précédemment et que trois disques d’enregistrements inédits exhumés depuis 2007, Cotton Eyed Joe, The Loop Tapes et surtout 1966, sont depuis venus grossir.

Le troisième volet de cette tierce discographique posthume et non officielle, consistant en des enregistrements captés sur un magnéto, dans le chalet de montagne, par un certain Carl Baron, proche du couple Dalton/Tucker, est antérieur à tous les autres. Quatre titres de Tim Hardin figurent sur ce disque historique très épuré. Un Tim Hardin avec lequel, finalement et malheureusement, elle partage la même destinée. Quoi qu’il en soit et même si sa mort n’a pas dû faire deux lignes dans la presse, sa musique reste vivante. Elle est même un inestimable trésor (RAZOR©)

 


 

DISCOGRAPHIE 'S/70'S.

LP Studio 1 - 1969

 

Karen dalton it s so hard

 

KAREN DALTON

IT’S SO HARD TO TELL WHO’S GOING TO LOVE YOU THE BEST – 1969  5/5

 

Publié en 1969.

Produit par Nick Venet.

Durée:30:46.

Label:Capitol.

Genre:folk,blues.

 

D’une grande portée émotionnelle.

 

La vache ! Depuis Billie Holiday, je n’avais plus entendu une voix pareille. Un argument aussi convaincant que son irrésistible organe vocal, toujours à la limite de rompre à tout instant, relègue au second plan le fait qu’elle s’en serve ici, dans ce disque de 1969 au titre à rallonge, It’s So Hard To Tell Who’s Going To Love You The Best (en écoute intégrale ici), pour valoriser  les compositions d’autrui.

Autrui certes, mais Karen Dalton ne se mouche pas du coude, elle ne fait pas ses courses à l’étal du coin, mais chez Hardin, Neil, Floyd, London, l’épicerie de luxe du folk-blues. La dame a pignon sur rue en sa qualité d’ancienne taulière du Café Wha ? et du Cock And Bull, au cœur de Greenwich Village, lieu réputé pour avoir été un sanctuaire pour les surdoués du rock (Bob Dylan, Jimi Hendrix, Peter Paul & Mary, Fred Neil, Bruce Springsteen…).

Karen Dalton, native de l’Oklahoma, qui joue de la Gibson 12 cordes (et du banjo) comme Jimmy Reed, dixit le Zim, se contente ici d’interpréter des airs traditionnels ou empruntés, des chansons de blues, folk et soul, mais sa prestation touchée par la grâce et la détresse, affole (tardivement) tous les compteurs. Elle confine au divin comme on peut s’en rendre compte aujourd’hui.

Karen Dalton, l’amie de Fred Neil, la muse, reconnue par ses congénères artistes (Dylan et le Band, notamment), n’a pas eu l’heure de gloire qu’elle méritait avec ses deux LP (surtout celui-ci) ; elle n’a droit qu’à une reconnaissance posthume. Maigre consolation au regard de ce LP brut, époustouflant de par sa forte portée émotionnelle et qui noue les boyaux, mais c’est déjà ça de pris.

Produit par Nick Venet, le décideur  téméraire de chez Capitol (Fred Neil, Euphoria, Beach Boys…), plus de 300 albums dans son escarcelle, et dont on omet souvent de signaler l’importance dans la carrière des groupes qu’il a contribués à lancer, It’s So Hard (appelons-le comme ça, c’est plus simple) a contre lui le fait d’être publié après la vague folk et alors que les hippies commencent à raccourcir leur « 8 feuilles » pour passer à autre chose.

Pour changer le cours des événements, il aurait fallu traîner Karen Dalton par les cheveux jusqu’aux studios, un endroit qui lui faisait peur et perdre ses moyens. On a bien du mal à croire que ce fut le cas pour cet album d’intimité pour soirées aux chandelles, tant c’est sublime. Et quand je dis sublime, c’est sublime, d’où un répertoire dont on se délecte de A à Z (RAZOR©).

 

1. Little Bit of Rain.

2. Sweet Substitute.

3. Ribbon Bow.

4. I Love You More Than Words Can Say.

5. In the Evening (It's So Hard to Tell Who's Going to Love You the Best.

6. Blues on the Ceiling.

7. It Hurts Me Too.

8. How Did the Feeling Feel to You.

9. Right, Wrong or Ready.

10. Down on the Street (Don't You Follow Me Down).

 

Karen Dalton:guitare 12 cordes,banjo,chant.

Harvey Brooks:basse.

Kim King:guitare acoustique.

Dan Hankin:guitare acoustique.

Gary Chester:percussions.

LP Studio 2 - 1971

 

Karen dalton in my own time

 

KAREN DALTON

IN MY OWN TIME – 1971 5/5

 

Publié en 1971.

Produit par Harvey Brooks.

Durée:34:35.

Label:Paramount.

Genre:folk,blues.

 

L’égérie furtive de Greenwich.

 

Irlando-cherokee, Karen Dalton est ce que l’on appelle une voix. Pour le Dylan débutant de Greenwich, qui ne jure que par elle, c’est fou ce que cette voix a comme similitudes avec celle de la chanteuse de jazz américaine, Billie Holiday. Il est vrai qu’elle fait montre d’une technique vocale excellemment maîtrisée. Le Zim lui trouve même un jeu de guitare à la Jimmy Reed. On peut même pousser le parallèle jusqu’à soulever des points communs dans leurs parcours respectifs, l’un comme l’autre mis à mal, voire ruinés par les drogues et l’alcool.

Celui de Karen Dalton est concis et discret, mais heureusement immortalisé par deux albums somptueux et influents, deux merveilles folk-blues qui n’ont pas aidé à sa popularité ; celle-ci se fera post-mortem. La vie de cette double fille mère s’achève dans la déchéance, la cloche, la perte de ses enfants, et le sida, non pas comme le laisse entendre une rumeur malsaine et infondée, sur un trottoir de New York, mais, à Woodstock, en 1993, chez Patrick Walker, un ami musicien de l’époque Greenwich.

La frêle et sexy Karen, débarquée de son Oklahoma natal est, en effet, passée par Manhattan la folkeuse et le barde n’a pas tort quand il loue les talents d’une artiste très fragile avec laquelle il a fait quelques duos et que la presse critique encense depuis ce temps. Ceux qui l’ont fréquenté ce tarissent pas d’éloges à son endroit. Et elle en a croisé des routes : Bob Dylan, Tim Hardin, Joni Mitchell, Fred Neil qui fut, il me semble, bien plus qu’un partenaire musical…

Karen Dalton n’écrit pas, n’a jamais écrit un seul titre ; elle se contente d’interpréter le répertoire d’autrui, des classiques du blues aux contemporains. Mieux, elle le magnifie. Elle le fait si bien que c’est par ce biais qu’elle bâtit sa légende. Encore a-t-il fallu qu’on la pousse dans la fosse aux lions… Après maintes et maintes supplications, Nick Venet réussit ce qui est finalement un exploit compte tenu de ses souffrances et peurs.

C’est pourquoi elle se fait remarquer bien plus tard que ses confrères. Une décennie lui est nécessaire pour entrer en studio ; il faut attendre 1969 pour que cette écorchée vive publie son premier LP (It’s So Hard To Tell Who’s Going To Love You The Best). Plus de deux ans plus tard, tombe In My Own Time (en écoute intégrale ici). Même combat. Elle flippe à l’idée de faire les tournées promotionnelles, de prendre part aux festivals. Le business, non merci.

Alors elle quitte ce milieu pour une communauté des montagnes du Colorado. Dès lors, plus de son, plus d’images, Karen disparaît des écrans radars jusqu’à ce qu’elle ne ferme définitivement les yeux à West Hurley, près de Woodstock. Révélée par les planches du Cafe Wha ?, l’égérie furtive de Greenwich est la référence des chanteuses de blues et de folk. Un sujet culte.

Ses enregistrements ne sont pas légion, aussi il n’y a pas 36 opportunités de découvrir le phénomène ; ça passe par It’s So Hard To Tell Who’s Going To Love You The Best et In My Own Town, ses deux seuls testaments  vinyliques. Dans l’ère moderne, ils sont réunis, sur un seul et même CD.  Un live (Cotton Eyed Loe/2007) et deux compils, Green Rocky Road/2008 et 1966 parue en 2012 (la meilleure) bouclent un catalogue vraiment réduit à peau de chagrin. Si je vous renvoie à une de mes précédentes chroniques concernant le premier opus, In My Own Time (1971) mérite quelques développements.

Cet album est produit par Harveys Brooks et Michael Lang. Harvey Brooks est un bassiste (et producteur) de l’entourage de Dylan (Highway 61 Revisited), Michael Lang est connu pour avoir été en 1969 le coorganisateur de Woodstock. Il est vraiment différent de son prédécesseur de par son aspect lissé, ensoleillé et prospère, lui-même plus brut, plus écorché et plus intime. Pas sur le plan du matériel collecté qui s’appuie intégralement sur des reprises judicieusement choisies pour elle par le tandem de la production précédent. La dizaine de titres ici assemblée montre que Karen pouvait maîtriser tous les genres, folk, blues, country. Là où c’est intéressant, c’est sa faculté à se les approprier et à leur donner une autre dimension quitte à leur tordre le cou ou à en ralentir le tempo.

Chargé d’émotions, captivant, In My Own Time dispose d’une instrumentation plus riche que son travail antérieur, ce qui ne le rend pas moins indispensable pour autant. Même en poussant les arrangements à la fin première d’élargir son public, ce disque n’a pas l’impact envisagé. Le monde sonore ici présent est vraiment très particulier (RAZOR©).

 

1. Something On Your Mind.

2. When A Man Loves A Woman.

3. In My Own Dream.

4. Katie Cruel.

5. How Sweet It Is (To Be Loved By You).

6. In A Station.

7. Take Me.

8. Same Old Man.

9. One Night Of Love.

10. Are You Leaving For The Country.

 

Richard Bell,John Simon:piano.

Harvey Brooks:basse,production.

Karen Dalton:banjo,guitare 12 cordes,chant.

Marcus Doubleday:trompette.

Robert Fritz:clarinette.

Amos Garrett,John Hall:guitare.

Bill Kieth:steel guitare.

Hart McNee:saxophone ténor.  

Bobby Notkoff:violon.

Ken Pearson:orgue.   

Denny Seiwell,Greg Thomas,Dennis Whitted:batterie.

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