Laura Nyro.

BIOGRAPHIE.

 

LAURA NYRO/New York (État de New York – USA)

 

Laura nyro piano 2

 

Née le 18 octobre 1947 à New York (Bronx), décédée le 8 avril 1997 à Danbury (Connecticut).

Active entre 1966 et 1997.

Labels:Verve,Forecast,Columbia Records.

Genre:pop,soul,R&B,jazz,rock,doo-wop.

Site officiel:lauranyro.com

 

Une reconnaissance à titre posthume.

Le 18 octobre dernier (2021), Laura Nyro aurait du fêter son 74ème anniversaire. Morte, comme sa maman à quelques mois de fêter ses 50 ans, la new-yorkaise a succombé, le 8 avril 1997, à un cancer des ovaires contre lequel elle a vainement lutté de toutes ses forces.

Pianiste de formation, la chanteuse et compositrice, enfant indisciplinée et adolescente perturbée (elle s'initie très tôt aux drogues), s'est construite sur le terreau du Bronx, où elle est née et a grandi.

Dans les rues d'un quartier cosmopolite façonné par les vagues d'immigration successives, la jeune Laura forge son éducation musicale dans les virées régulières qu'elle s'accorde, à la nuit tombée, pour se joindre aux groupes de doo-wop locaux.

Ces incartades configurent très tôt un avenir dans la chanson, écrite ou chantée. Son paternel ne la dissuade pas, d'autant qu'il est lui-même un artiste. Trompettiste de jazz, il n'est pas étranger au basculement de sa fille dans la musique.

L'indépendance plus que la lumière.

Par son intermédiaire, elle découvre les jazzmen du moment, mais c'est aux acteurs atypiques du genre, John Coltrane et Miles Davis, voire Curtis Mayfield, qu'elle voue un réel intérêt, une passion même. Elle est notamment attirée par leurs structures et progressions d'accords peu communs dans la sphère musicale du moment.

Passionnée, douée, déterminée, animée par une sensibilité artistique diverse qui fusionne jazz, rock, folk, soul, gospel et le genre Broadway, elle oriente son futur musical dans une direction hors des sentiers battus et un peu moins sous les projecteurs à l'époque. Ajoutez à cela une écriture introspective pour coller au plus près de l'indépendance qu'elle recherche...

Laura nyro pianoL'indépendance plus que la lumière.

Laura nyro by irene young glass half full cd1Passionée, déterminée... © Irene Young.

Laura nyro eli albumEli And The Thirteen Confession (mars 1968). 

Laura nyro three dog night eli s comingPopularisée par autrui.

Laura nyro david geffenLaura Nyro et David Geffen.

Lauranyroangelinthedark last lp posthumePosthume Angel In The Dark.

Popularisée par autrui.

L'artiste, difficile à catégoriser au regard de chansons aux mélodies étranges, aux paroles, mesures et suites d'accords alors inhabituels, ne fait dans la simplicité et ne recherche visiblement pas la notoriété.

La reconnaissance, elle ne l'obtient qu'à titre posthume quand son œuvre sera revisitée. Pas commerciale pour deux sous, la musique de Laura Nyro n'est pas banquable quand elle l'interprète personnellement, malgré la qualité de sa voix, aussi elle envisage sérieusement à l'âge de 24 ans de jeter l'éponge.

Tombée, par contre, dans la besace de confrères, son écriture prend une autre dimension et cette fructification par autrui contribue fortement à son intronisation, en 2012, au Rock And Roll Hall Of Fame. Pour la globalité de l’œuvre de la dame.

Wedding Bell Blues, Stoned Soul Picnic, Sweet Blindness, Save The Country, Blowing Away (The 5th Dimension), And When I Die (Peter Paul & Mary, Blood Sweat & Tears), Eli's Coming (Three Dog Night), Stoney End (Barbra Streisand) ont toutes une trajectoire heureuse dans le Billboard.

Une musique anarchique et complexe.

Dans le même temps, Laura Nyro, sous sa propre identité, n'intègre ce classement de référence qu'à une seule reprise.

Comble d'injustice pour l'auteure et compositrice reconnue qu'elle est, son intégration au 92ème rang du Billboard se fait avec un titre (Up On The Roof) d'un illustre duo du songwriting : Carole King et David Goffin.

Si la sensibilité poétique et l'éclectisme de son écriture ont également inspiré des générations d'artistes (Elton John, Todd Rundgren, Ricky Lee Jones, Suzanne Vega, Tori Amos, Paula Cole ou Kate Bush), l'underground Eli And The Thirteen Confession (1968), animé par l'amour, la passion, la mort et la drogue, résume à lui seul toutes les peines rencontrées par la new yorkaise pour imposer sa musique anarchique.

Laura Nyro y est certes à son meilleur, mais celui-ci peut parfois s'avérer complexe pour séduire l'auditeur...

Laura Nyro a toujours chanté, enfant comme ado, et grandit en écoutant les jazzmen évoqués en préambule et les compositeurs impressionnistes français Claude Debussy et Maurice Ravel.

Éloignée des jeunes de son époque...

La jeune fille montre également un intérêt pour la cantatrice Leontyne Price, ses goûts étant déjà très éloignés de ceux des jeunes de son époque et pour la poésie, écrivant, à l'âge de 8 ans, ses premières petites chansons que le piano familial accompagne.

Si ses premières apparitions publiques se font dans les camps de vacances dans lesquels elle est envoyée durant l'été, l'adolescente agitée succombe au doo-wop dans les 50's.

On la croise alors régulièrement dans le métro ou au coin d'une rue, à chanter a cappella, au milieu d'autres jeunes issus de cultures différentes.

Elle précise un peu plus, dès le milieu des 60's, ses aspirations musicales, en se rapprochant d'artistes afro-américains comme Patti LaBelle, les Orions, Nina Simone, Billie Holiday, Martha And The Vandellas et ou sa voisine de Greenwich Village, Joan Baez.

Laura a 19 ans quand elle concrétise enfin en studio (de mi juillet à fin novembre 1966) tout ce qu'elle a alors jusque là acquis et dont elle s'est progressivement imprégnée.

Verve Records lui offre une première opportunité d'album. More Than A New Discovery (janvier 1967) constitue un très bon point de départ pour la carrière de la new-yorkaise mais sa musique, marginale, est d'ores et déjà un échec commercial.

Cet album, passé dans le giron de CBS quand Laura Nyro quitte Verve (1967), est publié en 1973 sous le titre de The First Songs.

Eli And The Thirteenth fédère les fans.

Après une invitation au festival de Monterey (1967) où elle livre une prestation introspective en complet décalage avec les artistes invités, Laura publie un autobiographique Eli And The Thirteenth Confession (mars 1968), placé dans une filière pop enrichie d'éléments de soul, de gospel, de jazz et de rock.

Plus accessible, même si ses changements anarchiques de tempo et la confluence de styles ne ressemblent que de loin à ce qui se fait à cette époque, il permet à l'artiste d'entrer au 181ème rang du Billboard 200. Le 2ème volume de son catalogue est généralement la pièce vinylique vers laquelle convergent les fans.

Eli And The Thirteenth Confession popularise son auteur qui fait pourtant tout pour rester dans l'ombre et à l'écart du feu des projecteurs, refusant tout interview et réfutant toute implication du label dans son travail.

Dans la foulée, elle enregistre une pièce plus sombre, dévoilant des pans parmi les plus intimes et les plus douloureux de son travail.

Laura nyro alice cooper portrait

« J'aime beaucoup de songwriters mais personne n'a jamais été du niveau de Laura Nyro. Tous ces vrais auteurs-compositeurs que je connais dans le business sont fans d'elle. Burt Bacharach, Arthur Lee, Brian Wilson, Lennon et McCartney sont des géants dans ce domaine, mais Laura est la meilleure du lot. Parfois je ne sais même pas ce qu'elle dit ; c'est du pur Laura Nyro. » (Alice Cooper)

 

La sainte trilogie discographique.

Même si l'artiste ne se montre pas totalement satisfaite de son New York Tendaberry (septembre 1969), elle livre une pièce encore contrastée, mais si intense, si austère et d'une telle grande beauté, qu'elle égale Eli And The Thirteenth en termes d'émotions. The Man Who Sends Me Home, Time And Love et Mercy On Broadway en sont les magnifiques joyaux.

Cet album (32 au Billboard pop albums), son prédécesseur et son suivant, Christmas And The Beads Of Sweat (novembre 1970), vu par la critique comme l’œuvre d'un fou, façonnent la sainte trilogie discographique (CBS) de l'auteur-interprète.

Alors qu'elle est attendue au tournant, elle prend le contre-pied de tous en rebondissant sur un disque de reprises de standards soul et R&B de la Motown des 50's/60's, Gonna Take A Miracle (novembre 1971 – Columbia), lequel est une excellente photographie du type de musique avec lequel Laura Nyro a grandi.

Tout aussi excellent que la tierce qui précède mais dans un registre différent, il répond à un véritable souhait de son interprète d'enregistrer ces titres qui lui tiennent à cœur et d'associer à ce projet les sœurs LaBelle comme choristes.

Gonna Take A Miracle dévoile une artiste parfois radicalement différente, mais ici plus rafraîchissante ; il ramène de toute évidence à la jeune fille qui chantait avec ses potes portoricains dans le métro de Big Apple.

A la limite de la rupture...

En 1971, Laura Nyro se met en retrait du milieu de l'industrie du disque. Elle a 24 ans, se marie avec David Bianchini, avant d'en divorcer en 1975 et de ne réapparaître en studio qu'après 4 années sabbatiques dont certaines passées dans la campagne du Massachusetts (Danbury).

Smile (mars 1976), dédié à sa mère Gilda décédée l'année de sa séparation (août 1975) du même cancer qui affectera Laura, marque le retour à sa carrière dans une atmosphère jazz-folk très agréable.

La new-yorkaise s'implique à nouveau dans la musique et renoue une brève relation amoureuse avec l'indien Harindra Singh, suite à laquelle elle devient maman. Elle donne à son fils (unique) le prénom de Gil et le nom de famille de son ex-mari Bianchini. Il est aujourd'hui un chanteur-rappeur-musicien connu.

Un album live, Season Of Lights (juin 1977), enregistré pendant la tournée de promotion de Smile, précède Nested (juin 1978), 7ème levée discographique studio.

Album d'une future jeune maman (son fils vient au monde deux mois après la publication de Nested), ce disque plus mélodique évoque les thèmes de la maternité et de la féminité, s'arrogeant ainsi une audience lesbienne.

La jeune mère de famille s'accorde alors une pause pour élever son enfant et, depuis son studio domestique de Danbury, prépare un nouveau projet encore très maternel, Mother's Spiritual, qui sort en janvier 1984, soit presque 6 ans après Nested.

L'artiste, en couple avec l'artiste-peintre Maria Desiderio de 1977 à sa mort, s'y montre moins aventureuse et plus politique. La critique le lui fait payer.

Après un second live en 1989, un 9ème LP studio vient compléter la discographie à la fin de l'été 1993, soit 9 ans après Mother's Spiritual.

Un fan-club qui s'étoffe...

Walk The Dog And Light The Light (août 1993) referme son catalogue studio sur les derniers originaux de cette compositrice d'exception. Sa discographie s'est depuis complétée de disques rétrospectifs de sa carrière, ce qui a constitué un regain d'intérêt pour son œuvre par de nouveaux auditeurs, pour sa vie et gonflé conséquemment le lot de ses admirateurs.

Todd Rundgren, un de ceux-ci, rappelle à l'envi que, quand il a entendu Laura, il a arrêté d'écrire des chansons comme les Who pour se mettre à composer comme la fille du Bronx (RAZOR©2021).

DISCOGRAPHIE 60'S.

LP Studio 2 - 1968

 

Laura nyro eli album

 

LAURA NYRO

ELI AND THE 13TH CONFESSION – 1968  5/5

 

Publié en mars 1968.

Produit par Laura Nyro,Charlie Calello.

Durée:46:15.

Label:Columbia.

Genre:art pop,soul,jazz,pop.

 

Nyro fait du Nyro.

 

Le catalogue discographique de Laura Nyro est une véritable mine d'or et recèle en son sein quelques pépites comme More Than A Discovery, son premier album (1967), son suivant Eli And The 13th Confession, sorti un an après, New York Tendaberry (1969), Christmas And The Beads Of Sweat (1970), Gonna Take A Miracle (1971).

Ce tir groupé qui a vu l'artiste new yorkaise, sur ses cinq premières années dans le business, aligner régulièrement des petits chefs d’œuvre, constitue le nec plus ultra de la carrière de Laura.

Plus rien derrière n'aura la saveur de son début de carrière, même si sa production ultérieure reste digne d'intérêt, l'écriture introspective de l'artiste marginale et atypique suscitant toujours autant l'émotion, la passion et le respect.

Malgré cette brillante suite vinylique aux influences plurielles, Laura Nyro n'a jamais vraiment touché les dividendes d'une musique, qualifiée de bien trop sophistiquée pour espérer un avenir dans les charts.

Il est vrai aussi qu'en cherchant à préserver sa vie privée et en réfutant la course au hit, elle s'est sérieusement restreint l'auditoire pour ne fédérer autour de son nom que les véritables puristes.

Il appartiendra à ses confrères du milieu (The 5th Dimension, Three Dog Night,Blood Sweat & Tears, Barbra Steisand, Peter Paul & Mary) de faire fructifier certains de ses enregistrements, cette particularité de sa carrière ne remettant, à aucun moment, en cause le talent d'interprète de la native du Bronx.

Sa compétence d'auteur-compositeur est sa force principale ; celle-ci explose de façon précoce à la face des auditeurs dès le second album de sa discographie, Eli And The 13th Confession (1968), premier de la série pour le compte de Columbia.

Si l'opus en question, mélange alambiqué de pop, jazz, gospel, soul et rock, reçoit d'excellentes critiques dans la presse musicale, ses ventes, acceptables pour un disque très personnel et opulent, ne sont pas à la hauteur des commentaires élogieux.

Bien que son succès soit limité, il n'en est pas moins une œuvre incontournable, fraîche, créative, ingénieuse, sincère et qui mérite d'être ouverte à un public moins élitiste que celui de la première heure.

Au fil des écoutes, l'artiste, malgré ses changements de tempos, des fusions surprenantes ou un côté non conventionnel qui peuvent désarçonner l'auditeur novice, apparaît moins complexe et beaucoup plus accessible que les rumeurs veulent bien le dire.

Le voyage en 13 titres qu'est Eli And The 13th Confession, porté par la voix expressive et très nuancée de Laura Nyro nous entraîne ici dans les profondeurs de l'émotion. C'est un moment exquis (RAZOR©2022).

 

1. Luckie.

2. Lu.

3. Sweet Blindness.

4. Powerty Train.

5. Lonely Women.

6. Eli's Comin.

7. Timer.

8. Stoned Soul Picnic.

9. Emmie.

10. Woman's Blues.

11. Once It Was Alright Now (Farmer Joe).

12. December's Boudoir.

13. The Confession.

 

Laura Nyro:piano,chant.

Ralph Casale:guitare acoustique.

Chet Amsterdam:guitare acoustique,basse.

Hugh McCracken:guitare électrique.

Chuck Rainey:basse.

Artie Schroeck:batterie,vibraphone.

Buddy Saltzman:batterie.

Dave Carey:percussions.

Bernie Glow,Pat Calello,Ernie Royal:trompette.

George Young,Zoot Sims:saxophone.

Wayne Andre,Jimmy Cleveland,Ray DeSid:trombone.

Joe Farrell:saxophone,flûte.

Paul Griffin:piano sur 6/11.

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