Phil Ochs

BIOGRAPHIE.

 

PHIL OCHS/El Paso (Texas)

 

Phil ochs featured

 

Philip David Ochs, dit Phil Ochs.

Né le 19 décembre 1940 à El Paso (Texas),décédé le 9 avril 1976 à New York.

Actif entre 1962 et 1976.

Labels:Elektra,A&M.

Genre:folk,folk rock.

Site Internet:celebratingphilochs.com

Virulent et rebelle.

Phil Ochs compte parmi les auteurs-compositeurs et interprètes les plus brillants de la scène folk des 60's, celle dont l'épicentre est né du côté de Greenwich Village. Ses chansons ont influencé et continuent à le faire des générations entières d'artistes sur la terre.

Bon nombre d'entre eux ont greffé un jour ou l'autre à leur répertoire des titres de ce texan débarqué à New York en 1961 : Joan Baez, Cher, Gene Clark, John Denver, Marianne Faithfull, Françoise Hardy, Judy Collins, Pete Seeger, Dave Van Ronk ou Neil Young.

Militant, le natif d'El Paso s'est surtout fait remarquer pour ses chansons protestataires ratissant tous les sujets d'actualité d'alors et dénonçant les injustices de son époque.

Ces topical songs allaient de la guerre du Vietnam aux droits civiques et chacune de ses compos des premiers LP avait valeur de tract. Ochs n'épargnait personne mais égratignait tout le monde, surtout celui qui ne pensait pas à gauche. Il était l'un des émissaires de la paix les plus virulents de l'échiquier folk-contestataire en place à Manhattan.

Une menace pour lui-même.

Étudiant en journalisme (on l'appelait le journaliste chantant), Phil Ochs n'a pas eu la reconnaissance que son talent était en droit de lui apporter. La faute à pas de chance, à un état maniaco-dépressif commun à tous les mâles de la famille Ochs, à un penchant pour l'auto-destruction et à un certain Robert Zimmermann, alias Bob Dylan, aussi contestataire que lui mais plus bankable.

Vulnérable mentalement et complètement (voire trop) habité par les causes politiques qu'il défend, il sombre progressivement dans la dépression et l'alcoolisme. Ses proches tentent bien de lui venir en aide et font tout pour le faire hospitaliser, d'autant qu'il vit dans la rue. Rien n'y fait.

Les morts de John, puis de Robert Kennedy, suivies de celle de Martin Lüther King, la répression suite aux émeutes de la convention démocrate de Chicago achèvent de le désenchanter et ravivent des angoisses enfouies au plus profond de lui. Il devient petit à petit une menace pour lui-même.

Popularité posthume.

Déstabilisé par des blessures qui ne se refermeront jamais et traqué par le F.B.I., au motif de représenter un danger pour la société, il entame une lente descente aux enfers ponctuée, en 1976, par son suicide par pendaison. Une page de l'histoire culturelle américaine se referme.

Faute d'un succès commercial majeur et pour avoir trop privilégié ses engagements politiques et sociaux à sa carrière musicale, Phil Ochs, 36 ans, n'a, de son vivant, jamais obtenu la popularité après laquelle il courait. Juste retour des choses, il l'obtiendra à titre posthume.

Elle est aujourd'hui unanimement plébiscitée ; son catalogue recèle une pléiade de chansons d'une grande profondeur et d'une puissance inégalée pour cette période. Certaines, toujours aussi incisives, demeurent même d'actualité aujourd'hui.

Phil ochs 2Une forte personnalité, des convictions bien ancrées.

Phil ochs 5Débarqué à New York en 1962.

Phil ochs colorOchs trouve l'inspiration dans le quotidien.

Phil ochs et dylan 3Bob Dylan, son meilleur ennemi.

Phil ochs i ain t marching any moreI Ain't Marching Anymore (1965).

Phil ochs rehearsals epitapheUne épitaphe prémonitoire...

Des antécédents familiaux.

Phil Ochs (19 décembre 1940 – 9 avril 1976) est natif d'El Paso, au Texas. Il grandit dans l'Ohio, au sein d'une famille modeste de confession juive et apolitique. Son père, médecin d'origine russo-polonaise, est maniaco-dépressif et le couple qu'il forme avec sa femme, une écossaise, ne respire pas le bonheur.

Ce dernier meurt en 1963. Ses relations avec ses frères et sœurs ne sont pas toujours très bonnes et souvent tendues. Ses antécédents familiaux expliquent beaucoup de choses sur sa personnalité.

Ado, il joue de la clarinette et fait montre de suffisamment de qualités dans la pratique de l'instrument qu'il devient membre du Capital University Orchestra (Columbus/Ohio). Au classique qu'il interprète, Ochs dévoile un vif intérêt pour les musiques de son époque et les stars du moment, les Elvis Presley, Buddy Holly, Hank Williams, Johnny Cash...

Le journalisme comme marchepied pour le folk.

C'est à l'Université d'Ohio où, trois ans durant il étudie le journalisme, qu'il est éduqué à la politique et à la musique folk par l'activiste et folk-singer Jim Glover.

Ce dernier l'initie à la guitare et aux artistes engagés que sont Woody Guthrie, Pete Seeger et les Weavers (1960). Ochs, qui lit désormais Marx, Engels, Mao, Paine, Jefferson et se passionne pour la révolution cubaine (1959), penche alors à gauche.

Avec Glover, ils composent un duo, The Singing Socialists, devenu The Sundowners, lequel jusqu'au départ de Glover pour New York, travaille au chapeau. Dans le même temps, Ochs, s'établit à Cleveland, écrit pour un journal et publie des lettres dans le Cleveland Plain Dealer.

Au Farragher's Back Room où il se produit, Ochs fait la rencontre de Bob Gibson, une des figures majeures du renouveau de la folk aux États-Unis. Celui-ci aura une influence prépondérante sur le texan.

Quand Glover part pour Big Apple dans le but faire chanteur (1961), Ochs ne tarde pas à l'imiter et s'installe dans le Queens, chez son ami. Son objectif est de profiter de cette plate-forme qu'est Greenwich Village pour devenir quelqu'un, musicalement parlant.

Un topical singer pisté par le F.B.I.

Il joue de la guitare depuis maintenant deux ans, il n'a aucune difficulté à écrire des chansons, il trouve l'inspiration dans le quotidien, dès que la radio diffuse une info ou à chaque fois qu'il ouvre un journal.

Grâce à Glover, il connaît les lieux pour jouer son répertoire, l'auditoire pour les écouter, les musiciens avec lesquels le partager et jouer, les presses pour avoir l'écho nécessaire et relayer ses écrits, les maisons de disques pour enregistrer ses convictions politiques mises en musique.

Au Raffio où Jim Glover et sa compagne Jean Ray se produisent, il fait la rencontre d'Alice Skinner, serveuse, qui va vite devenir Mme Ochs. La vie s'ouvre devant lui, il a tous les atouts dans sa manche pour entamer une carrière qu'on lui prédit grande.

Pete Seeger ne dit-il pas qu'il aimerait avoir le dixième de son talent d'auteur-compositeur. Peter Seeger, ça n'est pas rien quand même...

Ses chansons ne passent pas inaperçues ; le F.B.I. s'intéresse, dès août 63, à ce rebelle pour avoir écrit un poème (Glory Bound) et un article (The Guthrie Legacy) en faveur de Woody Guthrie dans le magazine Mainstream.

En se proclamant Chanteur pour le F.B.I. (1966), Ochs en remet une couche ; en retour, le gouvernement cherche à le faire tomber.

Pilier de la scène folk revival américaine.

En 1962, une fois à New York, il commence la tournée des hootenanies organisées dans les petits clubs folkloriques de la périphérie de Greenwich Village.

Il en devient vite une des figures les plus en vue pour la qualité de son interprétation, la richesse et la pertinence de ses textes et pour son engagement sans retenue. Il marche sur les traces de Woody Guthrie.

Le grand public découvre cet interprète émouvant à l'occasion du festival de Newport 1963. Les titres qu'il chante, Too Many Martyrs, Talking Birmingham Jam, John Birch Society Song et Power And The Glory le rendent populaire dès ses premières apparitions publiques.

Triomphant sur la scène de de Fort Adams State Park devant laquelle s'entassent près de 50.000 spectateurs, il est maintenant connu de ses pairs et est régulièrement invité à se produire dans les réunions folk.

Sa présence à l'édition suivante du festival coule de source, il est maintenant un pilier du renouveau de la musique folk nord-américaine du début des 60's, au même titre que Bob Dylan, Pete Seeger, Tom Paxton, Dave Van Ronk ou Joan Baez.

Une forte personnalité, des convictions bien ancrées.

En 1964, Phil Ochs est déjà bien affûté. Il est prêt à passer en studio pour procéder à l'enregistrement d'un premier LP. Elektra Records, ayant apprécié sa prestation au Gaslight en février de cette même année, lui offre cette opportunité d'ouvrir son compteur discographique.

All The News That's Fit To Sing sort en avril 1964. Le titre de l'album ironise sur la devise du New York Times (All The News That's Fit To Print), tandis que son contenu est puisé dans les faits d'actualité du quotidien.

Ainsi Ochs traite du sujet du naufrage du sous-marin nucléaire USS Thresher dans The Thresher, de l'assassinat de l'activiste noir et défenseur des droits de l'homme, Medgar Evers (Too Many Martyrs), des démêlés judiciaires du journaliste militant William Worthy à son retour de Cuba (sans passeport) pour faire un reportage sur la révolution cubaine (The Ballad Of William Worthy), de la guerre du Vietnam (Talkin' Vietnam) ou de la crise des missiles de Cuba (Talkin' Cuban Crisis).

Parallèlement, Ochs adapte avec bonheur un poème d'Edgar Poe (The Bells). Il se pose du même coup comme le premier artiste de sa génération à exploiter la poésie classique.

Pour un premier album, c'est un excellent travail, bien dans le style folk de l'époque. Ochs y fait montre d'une forte personnalité et de convictions déjà bien ancrées.

Son seul challenger dans le genre et sur la place new yorkaise est Bob Dylan, qui, comme lui, chronique en chansons les maux du début des 60's. On cherche souvent à les opposer, même si Ochs évitera toujours de charger son rival.

Phil ochs lincoln majorga portrait

« Il traitait vraiment mal son corps. Il buvait beaucoup de vin et il prenait des amphétamines. Le vin le tirait dans un sens et les amphétamines dans l'autre. Il était complètement en vrac. Il y avait tellement de médocs qui traînaient, tellement de cachets. Je n'avais jamais rien vu de tel » (Lincoln Mayorga – pianiste de la période A & M) 

A chaque titre, un message.

Ain't Marching Anymore est publié en février 1965. Le titre du second opus réfère à la chanson du même nom que Phil Ochs a écrite en se mettant dans la peau d'un soldat ayant pris part à toutes les guerres de l'histoire américaine et qui refuse désormais de continuer à se battre.

Publiée en plein conflit au Viet Nam, cette chanson ainsi que le sarcastique Draft Dodger Rag deviennent des hymnes anti-guerre. Cette dernière exprime le point de vue d'une jeune recrue proclamant son patriotisme mais invoquant une série de faux fuyants pour échapper au service militaire.

Elles contribuent à faire de ce nouvel album, alimenté par une écriture faisant la part belle à l'impérialisme, au militarisme, à la guerre, aux luttes ouvrières, aux conflits du mouvement des droits civiques, à la ségrégation raciale, un joyau de son catalogue. Chaque titre est porteur d'un message.

Entre All The News That's Fit To Sing et Ain't Marching Anymore, la progression de Phil Ochs est très marquée, notamment au niveau de son jeu de guitare et de son interprétation. Incontestablement, l'artiste gagne en confiance et en popularité. Malgré cela, radio et TV se referment devant lui pour les raisons que l'on devine aisément.

La surprise In Concert.

Cela ne l'empêche en rien de briller à Newport (1964) et de remplir le Carnegie Hall, mais sans en toucher les dividendes commerciaux. Ochs ne se vend pas chez les disquaires, son répertoire contestataire s’accommodant très mal d'une présence dans les charts. En dépit de sa prolificité et de la pertinence de sa plume, Ochs ne sera jamais de la matière à hits.

Exception à la règle, In Concert (3ème LP sorti en mars 1966) vient démentir ce qui précède puisque le disque en question pointe à une 149ème place du Billboard (16 juillet 66).

Dernier jet pour Elektra, l'exploit n'est pas peu mince, pour un LP live (certains enregistrements défaillants en public sont toutefois retouchés en studio) et aux valeurs de gauche , de figurer honorablement dans les classements.

In Concert (et son magnifique Changes) sera son dernier disque réellement acoustique, Ochs ajoutant dorénavant à sa musique une instrumentation électrique et de l'orchestration.

Une transition trop abrupte.

Ochs imite en cela son alter-ego Bob Dylan, passé à l'électrique un soir de juillet 1965, mais sans en récolter pour autant les juteux bénéfices.

En passant d'Elektra à A&M Records, Ochs choisit de déménager à Los Angeles et de tourner le dos au folk acoustique qui le caractérisait lors de sa trilogie discographique précédente.

Ambitieux et varié, le brillant Pleasures Of The Harbor (octobre 1967), influencé par la pop, le rock, le dixieland et le classique, s'éloigne de ses légendaires déclarations protestataires et politisées et privilégie des chansons au format plus long (au-delà des 5 minutes, certaines flirtant même avec les 10). Il est aussi l'album le plus sombre du catalogue de l'artiste.

Le public n'adhère pas à ce travail plus orchestré et moins percutant, Ochs n'accroche pas. Pendant ce temps, Dylan... Son parterre de fans, ayant du mal à se retrouver dans cette transition abrupte, tend même à se restreindre ; Ochs, de plus en plus désabusé, se montre très inquiet pour l'avenir en général.

Cette inquiétude se fait perceptible dans Tape From California (juillet 1968), album qui combine le passé et le présent musical d'Ochs. Bon LP, porté par deux chansons majeures (The War Is Over et Half-Century High), il ne permet pas pour autant au poissard Phil Ochs de devenir radio-friendly. Il est destiné à demeurer dans l'ombre... de Dylan.

A la fin des 60's, lassé et dégoûté, Ochs assiste à la mort, comme il le dit symbolique, de l'Amérique, laquelle vient de perdre coup sur coup Martin Luther King et Robert Kennedy.

La Convention Nationale Démocrate de Chicago avec ses émeutes et la répression violente menée par la police, lui ôtent ses dernières illusions (1968). Il voit en son Amérique les réminiscences de l'Empire romain dont l'affaissement est lié à la mort de César (When In Rome).

Elvis et le Che.

Rehearsals For Retirement, son 6ème album sorti en mai 1969, enregistré à la suite de ces événements, se montre encore plus sombre. Sa pochette sur laquelle trône une pierre tombale ornée d'une épitaphe funéraire (Phil Ochs – American – Died : Chicago, Illinois 1968) et son contenu traduisent l'état désillusionné de l'homme. Ses rêves s'envolent et il ne sera jamais Dylan. Le pire s'annonce pour lui qui sombre progressivement dans le désespoir.

Une fausse compilation, Greatest Hits (A&M Records) est publiée en février 1970 qui voit le fantôme de Phil Ochs réapparaître en couverture sous les traits d'Elvis Presley, dans un costume lamé d'or.

Dieu aurait accordé une chance à Phil Ochs de revenir sur terre comme il le souhaitait et ce dernier aurait choisi de le faire dans la peau du King. Entendez par là que s'il existait une chance pour l'Amérique de s'en sortir, cela dépendrait uniquement du fait qu'Elvis devienne Che Guevara...

Le message d'Ochs se brouille de plus en plus. Si la flamme patriotique brûle encore un peu en lui, son basculement vers la country achève de le détourner de ses fans. Greatest Hits est son ultime travail studio.

Une agression à Dar Es Salaam (Tanzanie) qui met à mal ses cordes vocales, l'assassinat de son ami le chanteur chilien Victor Jara, soutien de Salvatore Alliende, de l'alcool consommé à outrance dans et hors le bar qu'il acquiert en juillet 75 (le furtif Che dans le quartier new yorkais de Soho), le syndrome de la page blanche, des problèmes récurrents de dépression le font basculer dans une spirale infernale qui trouve son issue le 8 avril 1976, quand Ochs glisse sa ceinture autour de son cou. Ironie du sort, c'était quelques mois après la chute de Saïgon pour laquelle il s'est tant investi...(RAZOR©)

DISCOGRAPHIE 60'S.

LP Studio 2 -  1965

 

Phil ochs i ain t marching anymore 1965

 

PHIL OCHS

I AIN’T MARCHING ANYMORE – 1965  5/5

 

Publié en 1965.

Produit par Jac Holzman,Paul A. Rotschild.

Durée:50:54.

Label :Elektra Records.

 

L’indocile de la folk music.

 

Phil Ochs n’a jamais connu de succès commercial, la faute à un choix tôt fait et assumé de jouer les protest-singers plutôt que les jolis cœurs. On pourrait le lui objecter car il avait le talent pour l’écriture quelle qu’elle soit, et ça fait un peu désordre pour cette figure notoire des cercles folk des 60’s et valeur sûre du patrimoine musical américain d’être blanc de marqueur vendeur. Le contraire l’aurait certainement rendu populaire plus rapidement - mais semblait-il s’y intéresser seulement ? - sans qu’il faille  compter sur le temps, tabler sur sa mort, pour que le cours des choses en soit inversé, sur le passage de Dylan à l’électrique pour que  la communauté s’en aperçoive.

Par contre, et ça on ne pourra pas lui enlever, c’est qu’il n’avait besoin de personne pour régler ses comptes avec le pouvoir en place, pour défier, les yeux dans les yeux, l’autorité. Le pouvoir sous tous ses formes. En se posant  sur le registre de la contestation, il s’est cloisonné dans un répertoire difficilement compatible avec la popularité.  

En effet, le militarisme, la guerre du Vietnam, les luttes sociales, les conflits et sujets internes au pays, cibles qui lui tenaient à cœur, s’accommodent mal de passages sur les ondes, étape indispensable de promotion. Surtout à cette époque. Qu’importe, Phil Ochs a tracé sa voie malgré tout, en amassant en boutique quelques brûlots contestataires. Ce pour quoi il est aujourd’hui adulé et son travail respecté.

Dans les clubs folks de Greenwich, dans les festivals comme celui consacré au genre, de Newport, le public était tout ouï pour ces harangueurs hérités de Woodie Guthrie, tels que Bob Dylan, Joan Baez, Tom Paxton et Phil Ochs qui refaisaient le monde et l’actualité à coups de chansons minées. Tout à tour moralisateur, humoristique ou grave, le texan d’El Paso était un porte-parole fougueux et motivé de ce folk rebelle, de cette musique à messages. Peut-être le plus virulent de tous.

Ses disques sont le miroir de ses points de vue et du combat qu’il a mené. A ce titre, I Ain’t Marching Anymore (en écoute intégrale ici) paru en 1965, deuxième LP de cet autre maniaco-dépressif devenu célèbre post-mortem (avec Townes van Zandt), surveillé de près par le F.B.I., est certainement son album le plus engagé.

I Ain’t Marching Anymore, sa chanson titre écrite du point de vue d’un soldat, revient alors comme un boomerang dès que le moindre attroupement censé fédérer des antimilitaristes s’organiseau coin d’une rue. Il n’est pas un rassemblement contre l’esprit Vietnam qui ne soit pas cadencé par ce véritable hymne. Autour d’un jeu de guitare en picking et s’appuyant sur des paroles intelligentes et réalistes, Ochs refait l’histoire guerrière  américaine en se déplaçant à travers les époques et mouche la société conservatrice.

En répétant, désabusé, fatigué, un refrain facile à retenir et qui n’a pas perdu son sens au vingt et unième siècle, le texan ignorait alors que son cri de guerre serait encore mobilisateur aujourd’hui. Pilier de ses concerts, I Ain’t  Marching Anymore est sa signature depuis et Ochs l’a chanté des milliers de fois, sous des tonnerres d’applaudissements. En août 1968, à l’occasion des manifestations contre la Convention Nationale Démocratique, son interprétation a déclenché un tel tollé qu’il fut arrêté. En ces temps de crise, son ombre plane au dessus de nos têtes. Des bouleversements personnels s’ensuivirent pendant des années qui conduiront à une mort par pendaison en 1976. En fait, Ochs était déjà mort depuis longtemps.

Révélé par un premier LP très prometteur (All The News That Fit To Sing/1964), celui qui a failli virer journaliste fait mouche ici. Son disque satirique donne à réfléchir ; il est très équilibré, mâture, professionnel, poignant et pertinent. Ochs y fait montre d’un beau sens de la mélodie et d’une technique instrumentale (guitare) assez phénoménale. Son jeu est vif, précis, expressif et sa voix pleine de confiance.

La chanson titre, That’s What I Want To Hear, Draft Dodger Rag, Iron Lady, Links On The Chain, Here’s To The State Of Mississippi, In The Heat Of The Summer, The Men Behind The Guns flirtent avec la perfection, sans que le lot restant ne faillisse le moins du monde.

C’est en entendant cette belle collection d’originaux (sauf the Ballad Of The Carpenter) que l’on en vient à regretter que Phil Ochs ne soit pas sorti de son rôle d’agitateur au profit d’autres expériences. C’est comme ça. Ainsi était Phil Ochs, l’indocile de la folk music des années 60 qui va s’enfoncer inexorablement dans la drogue, l’alcool et la dépression. Sa popularité, elle est posthume. La profession s’en charge qui continue à être influencée par son travail. On ne compte plus les artistes qui ont relayé, relaient et relaieront son répertoire, ni les hommages perpétuels qui lui sont rendus. Seuls les grands ont ce privilège (RAZOR©).

 

1. I Ain't Marching Anymore.

2. In the Heat Of The Summer.

3. Draft Dodger Rag.

4. That's What I Want To Hear.

5. That Was The President.

6. Iron Lady.

7. The Highwayman.

8. Links On The Chain.

9. Hills Of West Virginia.

10. The Men Behind The Guns.

11. Talking Birmingham Jam.

12. The Ballad Of The Carpenter.

13. Days Of Decision.

14. Here's To The State of Mississippi.

 

Phil Ochs:chant,guitare.

LP Studio 3 -  1967

 

Phil ochs pleasures

 

PHIL OCHS

PLEASURES OF THE HARBOR – 1967  5/5

 

Publié le 31 octobre 1967.

Produit par Larry Marks.

Durée:51:27.

Label :A&M Records.

 

Audace payante.

 

Après s’être fait les crocs sur la scène folk de Greenwich Village en compagnie de celui qui l’a mis à la guitare, Jim Glover, chanteur folk et militant socialiste, le texan Phil Ochs entame une carrière en solo caractérisée par trois premiers LP engagés et à l’écriture contestataire.

Il compte alors parmi les très bons élèves de cette scène folk, sans toutefois que ces disques, de véritables brûlots qui prennent position dans des faits politiques ou sociaux quotidiens, ne trouvent vraiment preneurs tandis que les radios se détournent de lui. N’est pas Dylan qui veut.

Malgré cela, il a la reconnaissance de la profession qui lui ouvre les portes du festival de Newport, la référence en la matière. En passant chez A&M, pour son quatrième album, Pleasures Of The Harbor (en écoute intégrale ici), ce songwriter majeur des années 60, lassé de jouer les chanteurs rebelles, prend le risque de sombrer définitivement dans l’oubli en amorçant un virage à 180°. Il délaisse son folk traditionnel pour s’orienter vers une musique folk-pop-rock plus ambitieuse, plus audacieuse, plus originale, parfois baroque, parfois jazzy ou expérimentale et qui en surprend plus d’un.

En pleine année psychédélique, alors que les folkeux ont depuis un moment viré au folk rock (qui est arrivé à son apogée), Phil Ochs tente de nouvelles choses, influencé qu’il est par le jazz, le rock, le classique et l’électronique. Cette audace est payante, car on retrouve sur cet album atypique quelques pièces importantes de sa discographie et différentes les unes des autres : le controversé The Crucifixion en 10 versets, chanson qui fait le parallèle entre J.F.K et le Christ, The Party, le baroque Cross My Heart, Miranda, le dixieland très connu Outside A Small Circle Of Friends, Pleasures Of The Harbor (avec Warren Zevon à la guitare), le magnifique Lady Flower de 8 minutes.

Ce passage à l’électrique et cette musique aux arrangements élaborés, accompagnée d’une belle voix à vibrato profond, est vraiment brillant. En l’abordant, sachez que vous en prenez pour une cinquantaine de minutes, durée exceptionnelle pour la période. Qu’à cela ne tienne, les bonnes chansons restent intemporelles. J’ai aimé et je tenais à vous faire passer le message (RAZOR©).

 

1. Cross My Heart.

2. Flower Lady.

3. Outside of a Small Circle of Friends.

4. I've Had Her.

5. Miranda.

6. The Party.

7. Pleasures of the Harbor.

8. The Crucifixion.

 

Phil Ochs:chant,guitare.

Lincoln Mayorga:piano

Warren Zevon:guitare sur 7.

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.