Roy Buchanan.

BIOGRAPHIE.

 

ROY BUCHANAN/Ozark (Arkansas - USA)

 

Roy buchanan intro

 

Né Leroy Buchanan, le 23 septembre 1939 à Ozark (Arkansas).

Décédé le 14 août 1988 à Fairfax (Virginie).

Actif entre 1958 et 1988.

Labels:Polydor,Atlantic,Alligator.

Genre:blues,blues-rock,blues électrique,rock and roll,rockabilly,country.

 

Il pouvait faire pleurer une guitare.

Roy Buchanan est l'exemple même du fait que les musiciens les plus surdoués ne sont pas forcément les plus populaires. L'homme qui « pouvait faire pleurer une guitare » a fait le choix de la musique et du blues, avant celui de l'argent et de la gloire, de rester en arrière-plan plutôt que de pavaner sur le devant de la scène.

Ceci explique cela, mais sans un reportage paru sur lui en 1971, sous le titre The Best Unkown Guitarist In The World (le meilleur guitariste inconnu au monde), Roy Buchanan, 15 ans après le début d'une carrière qui semblait définitivement engluée, se serait complu dans l'anonymat le plus abyssal.

Au lieu de cela, ce guitariste, tout sauf conventionnel, décroche un contrat avec Polydor Records, un label d'envergure internationale, lequel lui permet de réaliser dans la foulée une poignée d'albums remarqués, remarquables et bankables pour certains.

Cette année-là constitue le véritable tournant du parcours professionnel de l'Arkansan, considéré par ses pairs des cercles bien informés comme l'un des tout meilleurs artistes de blues de tous les temps...

Roy buchanan 1Il pouvait faire pleurer une guitare.

Roy buchanan mule train stomp first singleMule Train Stomp, son premier single.

Roy buchanan the snake stretchersSa réponse cinglante à Polydor.

Roy buchanan hot wires last lp aliveHot Wires (87), dernier LP de son vivant.

 Un autodidacte invétéré.

Leroy Buchanan voit le jour le 23 septembre 1939 à Ozark dans l'Arkansas, une région rurale plutôt paisible, plantée le long de la rivière Arkansas, au pied des Monts Ozark. Il est le 3ème des 4 enfants de Bill, d'origine écossaise, métayer, et de Minnie Bell Reed.

Il a 2 ans quand la famille déménage de l'Arkansas pour la Californie et Pixley (Vallée de San Joaquin) où son père travaille comme ouvrier agricole. Sa mère assure l'éducation de la fratrie et insiste pour que Leroy suive des cours de musique auprès d'une professeure de la ville voisine de Bakersfield, ce dernier montrant des dispositions pour la guitare.

A neuf ans, il se voit offrir par ses parents une magnifique copie de Rickenbacker et suit l'enseignement de la guitare auprès de Mme Presher pendant trois ans, sans jamais apprendre le solfège, en jouant essentiellement à l'oreille et en s'appuyant sur les chansons diffusées à la radio. Tout ça à l'insu de sa préceptrice.

Sans savoir lire une seule note, il est capable de jouer tout le répertoire du moment de Hank Williams. D'autre part, Buchanan s'inspire de tout ce qui vient de Bakersfield, la scène country anti-Nashville des Buck Owens et Merle Haggard (le Bakersfield Sound).

Un talent précoce.

Il a 12 ans quand il se retrouve à jouer du lapsteel au sein du Waw Keen Valley Boys de Marvin et Paul Kirkland (début des 50's), avant de former un premier groupe scolaire, The Dusty Valley Boys, peu après. A 16 ans, il quitte l'école et s'enfuit de chez lui.

Pour subsister, il souscrit à quelques engagements dans les honky tonks de la vallée de San Joaquin et s'installe à Los Angeles où il est couvé par le bluesman Johnny Otis. Il se rapproche alors d'artistes comme Jimmy Nolen, Peter Lewis et Johnny Guitar Watson.

Alors que les ondes inondent le pays de rock and roll et de rockabilly, Leroy Buchanan joue au sein des Heartbeats (où il croise la route de Spencer Dryden, futur batteur de Jefferson Airplane), puis accompagne en tournée la star du genre, Dale Hawkins (1958), avant de procéder, auprès de ce dernier, à ses premiers enregistrements (My Babe).

Précepteur de Robbie Robertson ?

Pendant trois ans, Buchanan se retrouve aux côtés de l'auteur de Suzie Q (1961), au contact duquel il va connaître ses premières expériences de vie rock and roll (alcool, drogue, bagarres...).

Dale est le cousin de Ronnie Hawkins, leader-fondateur des Hawks. Après s'être installé au Canada (1959), Leroy intègre cette formation qui sera à l'origine même du mythique The Band. C'est lui qui forme, en quelque sorte, le futur guitariste des Hawks et alors bassiste, un certain Robbie Robertson. Ce dernier lui succédera au poste.

En 1961, le guitariste d'Ozark publie un single, l'instrumental Mule Train Stomp qui établit plus l'identité sonore de l'artiste qu'il ne marque les charts. Il se forge une flatteuse réputation dans le milieu et s'affirme durant les 60's comme un sideman très fiable. Il gagne alors sa vie entre des engagements dans des groupes de tournée et des sessions (Freddy Cannon, Merle Kilgore).

La bienveillance de Charlie Daniels.

Installé à Washington DC dès le milieu des années 60, Buchanan est alors considéré comme une légende pour ses pairs musiciens. Au début de la décennie suivante, il réunit autour de lui et de Dany Gatton, un autre génial guitariste (mais bassiste ici), l'éphémère Snake Stretchers. Hélas, le groupe ne trouve preneur auprès d'aucune maison de disques sérieuse.  

Seul Charlie Daniels semble s'intéresser vraiment à lui, qui souhaite le faire enregistrer à Nashville et lui agite la promesse d'un contrat avec Polydor en contrepartie. Il entame auprès de Charlie des sessions en octobre 1969, lesquelles prendront fin en février 1971. Polydor, pour lequel, en 71, il a signé à la suite du documentaire biographique (Introducing Roy Buchanan) publié sur PBS (Public Broadcasting Service), ne veut pas publier ces enregistrements.

La riposte BIOYA.

Être rejeté ainsi est un véritable affront pour Buchanan. Il publie alors sur un label constitué à cet effet, le dénommé BIOYA, un disque auto-produit, Buch And The Snake Stretchers (1971). BIOYA cache, en fait, un message pour Polydor et l'industrie du disque : B(low) I(t) O(ut) Y(our) A(ss). Le disque est alors écoulé via des biais underground et à l'occasion des concerts de l'artiste.

Une belle discographie.

Roy ouvre officiellement et de manière fracassante, son compteur discographique pour Polydor, avec le superbe album éponyme, Roy Buchanan (août 1972), produit par Peter K. Siegel et au sein duquel on retrouve ses Snake Stretchers.

Son suivant, Second Album (1973), pour l'essentiel instrumental (3 des 9 titres sont chantés), influencé par le blues, le blues-rock, la country-rock, le cajun et le bluegrass, est indéniablement son opus studio le plus abouti. Il se classe à la 86ème place du Billboard, soit le meilleur score de l'artiste, et se pare d'or.

That's What I Am Here For (1974), qui oscille entre blues-rock et ballades, est encore d'un excellent niveau à l'instar de Home Is Where I Lost Her, Roy's Bluz, My Baby Says She's Gonna Leave Me ou de Rodney's Song.

A noter une surprenante version de Hey Joe, en hommage à Jimi Hendrix dont il reprenait, dès 1967, les titres dans les bars de Georgetown et de Washington.

In The Beginning, renommé Rescue Me pour l'Europe, est encore publié pour Polydor Records, en 1974. Obligé de faire des concessions artistiques pour être un minimum rentable, contrarié par la volonté du label de le rendre moins bluesy, Roy Buchanan réalise un dernier LP pour ce label ; In The Beginning est toujours d'excellente facture.

Roy buchanan roger fritz 2

« Lorsque Fritz Bros. a ouvert ses portes en 1988, Roy Buchanan, le légendaire guitariste, était notre partenaire. Malheureusement, il est décédé tragiquement peu de temps après le lancement commercial de la Bluemaster, la guitare qui devait être la signature de Roy. Ce fut une lourde perte non seulement pour notre entreprise mais surtout pour sa famille et le monde de la musique. » (Roger Fritz)

Objectif : retrouver une liberté artistique.

Il rebondit alors chez Atlantic pour trois albums : A Street Called Straight (1976), convaincant, Loading Zone (1977), satisfaisant, et You're Not Alone (1978), gagnant, malgré ses fautes de goût.

Ces derniers se classent respectivement 148, 105 et 119 au Billboard 200. Pas de quoi satisfaire l'artiste qui s'éloigne de plus en plus du blues, au point de dire stop. Il n'enregistrera plus s'il ne recouvre pas une certaine liberté artistique.

L'auto-produit My Babe (Waterhouse/AJK), plus rockabilly, fait la transition entre Atlantic et la maison de disques qui lui garantit la latitude qu'il réclame, à savoir l'indépendant Alligator.

Le blues, son credo.

En ayant, comme promis, les coudées franches, Roy revient à ce qu'il sait faire de mieux : le blues. Il signe, au printemps 1985, un premier disque, When A Guitar Plays The Blues, qui, autour de son contenu, fédère la presse musicale et les fans.

L'album reste 13 semaines dans les charts avec un pic à 165. Brillant, When A Guitar Plays The Blues ramène Roy sous les feux des projecteurs.

Le remarquable Dancing On The Edge (1986) qui lui succède, récompensé du College Media Journal (CMJ) Award For Best Blues Album en 1986, n'apporte rien de nouveau que l'on ne sache déjà sur le talent du guitariste d'Ozark.

Troisième levée pour Alligator, Hot Wires (1987) est malheureusement le dernier témoignage discographique studio de l'artiste vivant. Il est alors au zénith de sa carrière. Certains critiques voient en ce disque le meilleur LP de son catalogue.

Quelques mois plus tard, alors que tous les voyants sont au vert et qu'il s'accorde une pause, professionnellement parlant (son dernier concert remonte au 7 août au Guilford Fairgrounds), il est arrêté par la police de Fairfax après une violente dispute avec son épouse (19 août 1988).

Ivre (il souffre d'une très forte dépendance à l'alcool), Roy finit en cellule de dégrisement dans laquelle il est retrouvé mort quelques heures plus tard. Roy Buchanan s'est pendu avec sa chemise.

Il avait encore des projets plein la tête comme jouer avec Johnny Winter au Toronto Blues Festival, faire un quatrième LP pour Alligator et développer une collaboration (commencée début 1988), avec la firme Fritz Brothers, laquelle envisage alors de faire de Roy le partenaire-vedette de son dernier modèle, la Bluemaster.

La cause officielle de sa mort est le suicide mais une suspicion court encore aujourd'hui parmi ses proches sur ses conditions de détention. Quoi qu'il en soit, le milieu de la musique perd, en ce jour d'été, le meilleur guitariste inconnu au monde (RAZOR©2020)

DISCOGRAPHIE 70'S.

LP Studio 3 - 1972

 

Roy buchanan the snake stretchers

 

ROY BUCHANAN

BUCH & THE SNAKE STRETCHERS – 1972  4,5/5

 

Publié en 1972.

Produit par Roy Buchanan & The Snake Stretchers.

Durée:33:24.

Label:BIOYA.

Genre:blues,blues-rock.

 

Belle vitrine pour Buch.

 

Il était remonté comme un coucou, le Roy, quand il a publié ce disque. Et il a de quoi. Imaginez le gars qui ne demande rien à personne et qui, depuis 1958, fait du blues sans attirer vraiment l'attention, si ce n'est celle du milieu de la musique. Le mec fait le job sans chercher à se faire remarquer, privilégiant la discrétion aux honneurs. Seulement voilà, il est tellement doué que ça n'échappe pas aux gens de la profession qui trouvent si injuste de la voir croupir dans l'anonymat alors que son talent mérite d'être reconnu de tous.

En 1971, on fait un reportage sur le gazier, présenté comme The Best Unkown Guitarist In The World (le meilleur guitariste inconnu au monde). A partir de là, sa carrière est boostée. Pas sûr que ce guitariste tout sauf conventionnel le souhaitait vraiment, l'homme, 35/36 balais sous la toise, est très mal à l'aise dès lors qu'il s'agit de s'éloigner du blues ou de céder à des impératifs commerciaux.

Qu'importe, ce documentaire lui vaut de décrocher un contrat avec Polydor, label d'envergure internationale et de changer sa vie sur le plan matériel et de la popularité. Charlie Daniels n'est pas étranger à ce partenariat qui pousse derrière pour que l'affaire se réalise.

En l'occurrence, Polydor rejette le présent projet qu'il leur propose. Ni une, ni deux, Buchanan, qui, depuis 15 ans, n'a pas attendu après le système installé par l'industrie du disque, réunit ses Snake Stretchers (Ned Davis, Dick Heintze, Teddy Irwin, Chuck Tilley, Marc Fisher et Peter Van Allen) et procède aux enregistrements de son album auto-produit.

Pour le coup, il crée son propre label et fait en sorte que le LP soit distribué sous le manteau, via des réseaux underground. Il nomme son label BIOYA, acronyme signifiant (B)low (I)t (O)ut (Y)our A(ss). Le message adressé à Polydor est clair.

Buch & The Snake Stretchers, (son 3ème) chargé d'émotions, publié en 1972, est une excellente vitrine pour juger de la virtuosité de Buchanan. Il abrite deux des titres les plus emblématiques du Buch, The Messiah Will Come Again et Sweet Dreams, une reprise du countryiste Don Gibson, laquelle ouvre l'album.

Il comprend également une excellent version de Down By The River de Neil Young, sortie en 1969 sur Everybody Knows This Is Nowhere et un non moins succulent Since You've Been Gone. I'm A Lonesome Fugitive (de l'artiste country Liz Anderson) et une adaptation du classique Johnny B. Goode complètent un lot enregistré dans le cadre du Club The Crossroads à Bladensburg (RAZOR©).

 

1. Sweet Dreams.

2. Down By The River.

3. Since You've Been Gone.

4. I'm A Lonesome Fugitive.

5. The Messiah Will Come Again.

6. Johnny B. Goode.

 

Roy Buchanan:guitare,chant.

Ned Davis:batterie.

Dick Heintze:claviers.

Teddy Irwin:guitare rythmique.

Chuck Tilley:chant,guitare rythmique.

Peter Van Allen:basse.

Marc Fisher:percussions.

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