Terry Callier.

BIOGRAPHIE.

 

TERRY CALLIER/Chicago (Illinois-USA)

 

Terry callier portrait

 

Né Terrence Orlando Callier, le 24 mai 1945 à Chicago, mort le 27 octobre 2012 à Chicago.

Actif entre 1962 et 1980,1991 à 2012.

Label:BGP,MCA,DBK Works,Premonition Records,Verve,Mr Bongo,Blue Thumb Records.

Genre:folk,jazz,soul,R & B,pop-rock.

 

Une voix qui ne vous lâche plus jamais.

Injustement tombé dans l'oubli mais fort heureusement revenu aux affaires au début des années 2000 et ce, grâce à la scène hip-hop/Trip-Hop britannique (il collabore avec Urban Species et Massive Attack notamment), Terry Callier, chanteur et guitariste, auteur-compositeur, était le héros discret d'un folk fusionné avec de la soul et du jazz. Peut-être trop discret, au regard de la drôle de carrière qui fut la sienne et du mal qu'il eut à obtenir la reconnaissance populaire que son talent, très varié, méritait.

La disparition de Terry Callier, le 28 octobre 2012 à l'âge de 67 ans et à Chicago où il est né, n'a pas fait le buzz, mais il est quasi certain qu'elle a empli de tristesse le cœur de ceux qui sont tombés sous le charme de sa musique. Il est parti comme il a vécu. Sans tapages, se satisfaisant de faire parler de lui uniquement par sa musique et sa voix, légendaire, soul, hypnotique, douce, touchante, au vibrato caractéristique. Qui n'a jamais écouté le Callier de la période 1972/74 ou le rêve éveillé qu'est The New Folk Sound Of Terry Callier (1968) ne peut mesurer la peine habitant ses fans aujourd'hui... Callier, c'était quelque chose.

Curtis Mayfield, Jerry Butler, Ramsey Lewis...

Natif de Chicago, Terry Callier est encore un gamin de 3 ans quand il apprend le piano classique, poussé par l'enthousiasme de sa mère pour des chanteuses comme Billie Holiday et Ella Fitzgerald. Le goût pour la guitare lui vient plus tard, à l'université. Adolescent, il chante d'abord dans des groupes de doo-wop vocaux comme The Whippoorwills et se retrouve à évoluer dans un groupe où il côtoie Curtis Mayfield, Ramsey Lewis et Jerry Butler.

Devenu musicien résident dans un club de Chicago, Callier tape dans l'oeil de Charles Stepney, arrangeur chez Chess, le label jazz du moment. Ce dernier lui permet d'enregistrer Look At Me (1962), son premier single. Il a alors 17 ans. Le folk battant alors son plein, le jeune Callier arpente les clubs et bars de Chicago puis donne la priorité à la musique au détriment des études.

En 1964, Sam Charters, producteur de la maison Prestige Records (Miles Davis, John Coltrane, Thelonious Monk) le signe et lui déroule le tapis rouge pour la réalisation d'un premier album. Pour un coup d'essai, The New Folk Sound Of Terry Callier va se révéler un coup de maître.

Une guitare acoustique, deux contrebasses, un chant d'une magnifique suavité, une voix expressive et chaleureuse et 8 titres exceptionnels donnent le jour à un folk complètement nouveau et à un son à tomber sur son séant. Le résultat est beau, trop beau. On peut parler de chef d'oeuvre.

Terry callier portait 2

Terry callier the new folk sound

Terry callier what color

Terry callier i just can t help myselfTerry Callier Digest.

Artiste Chess par la voie de Cadet.

Le malheur veut que cette œuvre gracieuse n'ait été libérée qu'en 1968, autrement dit à une époque où la musique folk n'avait presque plus droit de cité. La faute à un producteur parti entre temps au Mexique avec les enregistrements. Cette publication retardée a constitué un frein à la jeune carrière de Callier. Il ne s'en est jamais plaint ; « c'est comme ça » se plaisait-il à répéter.

Très actif sur la scène de Chicago, il se produit également à New York avant d'être recruté, en 1970, par Jerry Butler pour intégrer le pôle de songwriters, le Jerry Butler Songwriters Workshop, que son ami d'enfance a constitué en janvier de cette année à Chicago et dont la finalité consistait à écrire des chansons.

En 1971, Charles Stepney, devenu producteur pour Chess, revient alors à la charge afin de récupérer quelques chansons pour la maison qu'il représente. Callier lui glisse The Love We Had (Stays On My Mind) dont les Dells font le plus beau succès de leur carrière.

Ce magnifique titre convainc Stepney ; un contrat lui est proposé par la filiale de Chess, Cadet Records. Trois albums sublimes viennent dès lors enrichir le catalogue de Callier : Occasional Rain (1972), What Color Is Love (1973) et I Just Can't Help Myself (1974). Plébiscités par la critique, ils n'émeuvent pas plus que ça le public. Et pourtant...

Une trilogie exceptionnelle.

Occasional Rain est publié 8 ans après son exceptionnel LP précédent. Premier tome d'une trilogie remarquable, ce disque sophistiqué (choeurs baroques, arrangements raffinés) est enregistré à la manière d'une suite, entrecoupée de courts interludes acoustiques . Cet habile fil conducteur, on le doit autant à l'auteur qu'à la production luxuriante de Stepney qui ont travaillé en bonne intelligence. Le résultat est bluffant.

Album à la pochette sexy et troublante, What Color Is Love, son suivant, est un second écrin offert à la voix de Callier. Autour d'une soul baroque plus vaporeuse que jamais, elle prend une dimension supplémentaire et coule délicieusement en vous, nimbée d'arrangements délicats.

Callier atteint des sommets que seuls, parmi les artistes soul du moment, Marvin Gaye (What's Going On/1971) ou Curtis Mayfield (Curtis/1970) ont préalablement atteint.

En 1974, Cadet Records commence à souffrir de la désintégration de sa maison-mère Chess et cesse de produire des disques. I Just Can't Help Myself sort dans ce contexte de trouble.

Le duo Callier/Stepney redouble d'activité et d'inspiration pour donner jour à un album qui n'a absolument rien à envier à ses prédécesseurs. Temps fort du catalogue, il clôt une aventure chez Cadet/Chess, à classer comme la meilleure de son œuvre générale.

Elektra pour rebondir.

Chess Records voué à la disparition, Callier est lâché par Cadet (1975), subi un autre revers avec la fermeture de l'atelier de songwriters de son ami Butler (1976) avant de se tourner vers Elektra, sollicité en cela par Don Mizell, Executive Producer du label.

Ses tentatives pour rebondir et enfin percer auprès du public restent vaines malgré deux opus supplémentaires, les derniers de la période 60's/70's en ce qui le concerne : Fire On Ice (1977) et Turn You To love (1978).5ème levée de son catalogue, Fire On Ice n'a pas la classe de ses prédécesseurs, sans qu'il faille pour autant jeter la pierre à l'artiste.

En rebondissant chez Elektra, Callier s'est détaché de Charles Stepney dont on ne sous-estimera jamais l'importance qu'il eut dans la carrière de Terry. C'est avec lui qu'il a connu ses heures de gloire.

Si l'album est toujours autant orchestré, les arrangements sont ici moins brillants malgré la présence du fidèle Richard Evans (il a la main lourde ici), les chansons sont aussi lissées que la voix pour répondre à l'appel du pied du disco.

De ce fait, le répertoire de Fire On Ice déroule un lot de titres moins croustillants qu'à l'accoutumée dont certains auraient même du être écartés comme Disco In The Sky, Love To Love et I've Been Doing Alright Part II (Everything's Gonna Be Alright). Bref, ça cafouille, l'album est raté. Le Callier que l'on préfère, c'est celui chatoyant de Butterfly et d'African Violet, mais il se fait rare ici. D'où la déception engendrée par Fire On Ice.

Un an plus tard sort Turn You To Love qui, comme Fire On Ice, n'est pas le meilleur endroit pour consommer du Callier. Dans la même lignée que le disque précédent, il ne faut pas en attendre monts et merveilles. Rares sont les occasion de s'émouvoir ; retenons surtout la chanson-titre et Occasional Rain, référence à son premier LP pour Cadet Records.

Terry callier 4

« La réédition de Don't Want To See Myself a bien marché en Angleterre au point que Giles Peterson de Talkin’ Loud s’est manifesté à son tour pour me proposer de faire un nouvel album ; les gens de chez Verve se sont mis sur le coup et le projet s’est ainsi bâti peu à peu avec plusieurs partenaires. J’ai recommencé à faire des concerts, deux ou trois fois par an, dans des salles anglaises. Des artistes comme Urban Species ou Beth Orton venaient me voir pour me dire combien mes disques avaient compté pour eux ; bref, j’avais le sentiment de flotter comme dans un rêve, d’avoir reçu un cadeau du ciel. » (Terry Callier)

Les sollicitations d'Acid Jazz Records.

L'heure de Callier est passée, il le sait et préfère passer la main après un passage à Montreux dans le cadre du fameux festival. Désabusé, Callier devient inaudible, profite du départ de Mizell d'Elektra pour rompre son contrat et disparaître à son tour des écrans radars.

Après un intermède comme programmeur informatique et l'obtention d'un diplôme d'enseignant en sociologie dans les 80's, il est tiré de sa retraite au début des 90's par Eddie Pillar de l'étiquette londonienne Acid Jazz Records. Ce dernier lui propose ni plus, ni moins, de ressortir le titre I Don't Want To See Myself (Without You) lequel enflamme alors les Dance floors anglais.

Comme le single a du succès, Callier est cajolé pour réaliser un nouvel album, celui de la résurrection : Time Peace (Verve/1998). 20 ans après Turn You To Love, le natif du nord de Chicago signe un opus abouti, toujours aussi chichement arrangé et au son très moderne. Du grand Callier.

Reparti comme en l'an 40, l'artiste enchaîne avec la douce mélancolie de Lifetime (1999), avec un excellent live enregistré au Jazz Cafe de Londres (Alive With Terry Callier/2000), un délicieux Speak Your Peace (2002), un émouvant et inspiré Lookin' Out (2005) puis Welcome Home (2008).

Sa dernière apparition en studio, la 5ème depuis sa renaissance en 98, il l'honore aux côtés de Robert Del Naja de Massive Attack (Mr Bongo/2010) pour une petite poignée de titres (Wings, John Lee Hooker). Mélange de tradition et de modernités, le captivant Hidden Conversations nous déroule encore son lot de chansons racées à l'image de Jessie & Alice, The Hood I Left Behind ou de Rice And Beans. Sa voix dote ces pièces contemporaines d'un parfum particulier.

Fier et heureux de voir combien sa discographie a compté pour la génération de la soul underground, Callier s'est éteint apaisé, malgré le cancer qui l'a tué. Il est parti rejoindre son idole de toujours, John Coltrane, dont il fut un digne et fidèle disciple musical (RAZOR©).

 

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S.

LP Studio 3 - 1973

 

Terry callier what color

 

TERRY CALLIER

WHAT COLOR LOVE IS – 1973  5/5

 

Publié en 1973

Produit par Charles Stepney.

Durée:40:38.

Label:Cadet Records.

Genre:soul-jazz,jazz smooth,jazz-funk,soul.

 

A faire frissonner l’épiderme.

 

Un disque comme What Color Is Love (en écoute intégrale ici), si on l’a parmi ses vinyles, on n’est pas peu fier de l’exhiber. Terry Callier nous a composé une pépite, j’ai la chance de l’avoir depuis sa sortie et, faites-moi confiance, j’ai la pochette photographiée dans ma tronche jusqu’à la fin de mes jours pour avoir longtemps et souvent fantasmé sur la belle et plantureuse black recroquevillée dans son fauteuil. L’ado que j’étais alors a du se la taper des milliers de fois… en rêve.

Le disque, je suis certain, par contre, de l’avoir usé jusqu’à la corde tant il a fait des allers-et-retours sur ma platine. Comment l’oublier ? Le début de carrière de Terry Callier, né à Chicago (1945), difficile à répertorier, définit le son et le style de l’artiste, du folk métissé de jazz, mais reste lettre morte, en dépit d’une évidente qualité (The New Folk Sound Of Terry Callier/1968).

La première partie des années 70 est, par contre, jalonnée de témoignages discographiques que les critiques jugent exceptionnels, mais ne s'accomodant pas, comme c'est souvent le cas, de retombées commerciales.

Occasional Rain (1972), What Color Is Love (1973) et I Just Can’t Help Myself (1974) tutoient les étoiles et peu de gens le savent. Grâce aux rééditions, encore une fois, et à Acid Jazz Records vers la fin des années 80, la musique de Callier retrouve un regain d’audience.

Callier, qui, depuis 1983, a décroché du milieu musical, écœuré par l’industrie discographique, est devenu programmateur informatique dans le milieu universitaire. Du fait de la renaissance artistique de la scène acid jazz, Callier, manifestement influencé par John Coltrane et Curtis Mayfield, reprend le fil d’une carrière interrompue 15 ans plus tôt et remet le couvert conséquemment, en obtenant, tardivement certes, mais enfin, la reconnaissance et le succès (Timepeace/1998, Lifetime/1999, Speak Your Peace/2002 et Lookin’ Out/2004).

What Color Is Love est une magnifique fresque dans laquelle folk, jazz et soul s’entrelacent avec bonheur et délicatesse. Doté de superbes arrangements (de cordes notamment) que l’on doit à Charles Stepney, de compositions délicieuses, veloutées et sensuelles, porté par une voix hypnotique et apaisante comme pas deux, il dénote une belle vision de son auteur qui, en osant, ne s’est jamais laissé enfermé dans un baroque outrancier. Il mérite un grand coup de chapeau pour cette performance.

Les Neuf Minutes d’un exceptionnel Dancing Girl ouvrent la face A et annoncent d’emblée l’esprit Coltrane. Elles sont aussi vite mises sous l’éteignoir par le savoureux morceau-titre qui suit, la magnifique ballade What Color Is Love enchaînée à un non moins remarquable You Goin’ Miss Your Candyman, plus tonique, introduit par une basse qui riffe à bon escient, appuyé par des bongos jamais envahissants et par des cuivres d’une grande sobriété.

Si la face B débute par une ballade qui me branche un peu moins (Just As Long As We’re In Love), Ho Tsing Mee (A Song Of The Sun) qui s’élève contre la guerre, se révèle rapidement comme l’autre très grand moment du disque.

Bouclé par deux petites gâteries aux arrangements encore une fois grandioses, I’d Rather Be With You et You Don’t Care, What Color Is Love, comme Terry Callier, sont à découvrir impérativement. Je vous parie, sauf votre respect, des petits moments coquins avec Madame… (RAZOR©).

 

1. Dancing Girl.

2. What Color Is Love.

3. You Goin' Miss Your Candyman.

4. Just As Long As We're In Love.

5. Ho Tsing Mee (A Song Of The Sun).

6. I'd Rather Be With You.

7. You Don't Care.

 

Donald Myrick:saxophone alto,flûte.

Kitty Haywood,Shirley Wahls,Vivian Harrell:choeurs.

Louis A Satterfield:basse.

Alfred Nalls:bongos.

Karl B. Fruth,Leonard Chausow:cello.

Alfred Nalls,Fred Walker:congas.

Donny Simmons,Morris Jennings:batterie.

Charles Stepney:piano électrique.

Phil Upchurch,Terry Callier:guitare.

Cyril Touff:harmonica.

Edward Druzinsky:harpe.

Ethel Merker,Paul Tervelt:cuivres.

Bobby Christian,Fred Walker:percussions.

Arthur Hoyle,John Howell:trompette.

Arthur Ahlman,Bruce Hayden,Harold Klatz:violon.

Harold Kupper,Roger Moulton:violon.

Elliot M. Golub,W. Zlatoff-Mirsky,Irving Kaplan:violon.

Jerry Sabransky,Joseph Golan,Ruth Goodman:violon.

Theodore Silavin,William Faldner:violon.

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