Jesse Winchester.

BIOGRAPHIE.

 

 

JESSE WINCHESTER/Shreveport (Louisiane – USA)

 

Jesse winchester intro

 

Né James Ridout Winchester, le 17 mai 1944 à Shreveport, décédé le 11 avril 2014 à Charlottesville (Virginie).

Actif entre 1960 et 2014.

Labels:Appleseed,Bearsville,Stony Plain,Ampex,Victor,Sugar Hill,Great Big Island,Wounded Bird,Blue Plate.

Genre:country-rock,country-folk,country,folk,folk-rock.

Site officiel:jessewinchester.com

 

Un bel être humain, un artiste remarquable.

Jesse Winchester a succombé à un cancer de la vessie le 11 avril 2014, à un mois de fêter ses 70 ans. Auteur-compositeur et interprète aussi aimé que couru par ses pairs pour fortifier ou relancer leur carrière (James Taylor, Vince Gill, Jackson Browne, Rosanne Cash, Jimmy Buffett, Joan Baez, Tom Rush, Ian Matthews, Jerry Jeff Walker, Brewer & Shipley, The Everly Brothers, Allen Toussaint, Mac McAnally, Lyle Lovett, Tim Hardin, Emmylou Harris, Rodney Crowell, Lucinda Williams, Little Feat, Elvis Costello...), il a été à l'initiative de chansons parmi les plus marquantes du patrimoine américain, plus particulièrement celles de la filière des années 70.

Jesse winchester memphis photo shelly katzDe Memphis à Montréal... (Photo Shally Katz)

Jesse winchester 2...la carrière de Winchester est lancée par...

Jesse winchester robertson...un certain Robbie Robertson du Band...

Jesse winchester lp first album...lequel produit son premier LP éponyme (1970).

Jesse winchester last lpLe dernier LP (posthume) de Jesse en 2014...

Jesse winchester death 2014...publié un mois après sa mort, à 69 ans.

Lancé par le guitariste du Band, Robbie Robertson, qui le découvre en 1969 dans les sous-sols d'un monastère d'Ottawa au Canada, pays où il s'est alors réfugié, depuis 1967, pour échapper à ses obligations militaires, Winchester avait le respect de la profession pour laquelle il est devenu culte au fil du temps, bien qu'empêché d'apparaître en public sur le sol américain dans les années 70, au motif d'être interdit de séjour.

Après avoir obtenu l'asile politique au Canada, il en est devenu citoyen en 1973 ; il sera amnistié quatre ans plus tard par le président Jimmy Carter.

L'hommage de ses pairs.

Il était tenu en si haute estime que 11 de ses congénères artistes, pour le soutenir dans son combat contre la maladie, tandis qu'il est dans une période de rémission, ont enregistré en 2012 un album (Various Artists/Quiet About It : A Tribute To Jesse Winchester) avec des titres nés sous la plume du louisianais le plus célèbre de Shreveport, son lieu de naissance.

Ses chansons (Biloxi, Yankee Lady, Mississippi You Are On My Mind, The Brand New Tennessee Waltz, Talk Memphis...) agissent, en effet, comme des miroirs dans lesquels les artistes et les auditeurs se voient et se retrouvent. On aime Winchester ou c'est que l'on ne l'a pas encore entendu...

Objecteur de conscience.

Après une enfance passée dans le nord du Mississippi, James Ridout Winchester déménage avec sa famille dans le Tennessee quand une crise cardiaque contraint son père à rebondir professionnellement. A Memphis plus exactement où il fait ses premiers pas avec la musique et la guitare.

Il y suit une scolarité classique sanctionnée d'un diplôme de La Christian Brothers High School (1962), avant d'être honoré en 1966 d'une distinction du Williams College de Williamstown (Massachussetts) pour une formation supérieure, puis de s'installer à Montréal afin d'échapper à une conscription qui le conduit, comme beaucoup de jeunes de sa génération, à aller en découdre au Vietnam.

Pour lui, il est hors de question de tuer un inconnu et que quiconque décide de sa vie. Il devient objecteur de conscience et n'a pas l'intention de rentrer au pays.

Dans les bons papiers de Dylan et du Band.

C'est donc au Canada qu'il signe ses premières chansons dès 1967, chansons simples au demeurant, qui réfèrent, autant que faire se peut, à son sud natal et qui en portent les racines country, soul et gospel : Biloxi, Yankee Lady et The Brand New Tennessee Waltz, la première qu'il y ait écrit et que Joan Baez et les Everly Brothers ont alors repris à leur compte. Le Zim (Bob Dylan pour les profanes), dit-on, n'est pas insensible à son talent et à son écriture.

A Montréal, Winchester intègre furtivement une formation locale franco-canadienne, The Astronauts, avant de voler de ses propres ailes avec un lot de chansons populaires et d'originaux. Il se fait alors remarquer par Robbie Robertson, membre influent du Band et proche de Bob Dylan.

Il réalise alors une cassette de démos que le guitariste du Band soumet à Albert Grossman, manager du Zim.

Des débuts discographiques fracassants.

Ce soutien de poids permet à l'artiste sudiste de décrocher un engagement pour Ampex Records, label nouvellement créé (1970). Il signe alors un superbe premier album, éponyme, lequel, outre Robertson (également producteur ici), bénéficie de la présence de Levon Helm, le regretté batteur légendaire du Band.

Malheureusement, pour les raisons évoquées précédemment, son auteur ne peut défendre sur les routes américaines ce disque enregistré à Toronto et ne profite pas du retour sur investissement espéré au regard de la qualité de son travail.

Non content de signer des chansons finement ciselées, Winchester les interprète magnifiquement et dans un registre vocal prétexte à émotions ce qui lui vaut d'être accueilli favorablement dès sa publication. Tant par le public que par la critique.

Un très beau catalogue.

Derrière, Jesse Winchester enchaîne avec une série d'opus tout aussi impressionnants. Third Down, 110 To Go (Bearsville Records/1972) est encore un cran au dessus de celui qui précède. Petit bijou folk-rock co-produit avec Todd Rundgren, ce LP incontournable déroule un lot de 12 chansons exquises et expertes pour la grande majorité d'entre elles.

Il revient à celui qui est alors nouveau citoyen canadien de publier Learn To Love It (Bearsville/1974). L'artiste déraciné est toujours à son meilleur niveau et amasse encore une très belle collection de titres dont le fleuron est sans conteste Mississippi You're On My Mind.

Exilé (Tell Me Why You Like Roosevelt), regrettant visiblement son sud natal (L' Air de La Louisiane), chanté en français s'il vous plaît, Winchester s'assure ici le concours d'Amos Garrett dont le jeu de guitare fluide et inspiré sur Every Word You Say est un ravissement.

Deux ans plus tard (1976), Winchester y va d'un quatrième opus, le dénommé Let The Rough Side Drag (Bearsville Records). Le songwriter s'y montre toujours aussi convaincant, enfonçant une fois encore le clou dans la douceur, la simplicité, l'intelligence, la sincérité et l'accessibilité de son écriture. Sa voix se pare d'une chaleur nouvelle.

Jesse winchester jim asselman appleseed

" Jesse était un bel être humain et l'un des artistes les plus merveilleux avec lesquels j'ai eu l'honneur de travailler. Nous venions de terminer l'enregistrement d'un nouveau CD avec lui, intitulé A Reasonable Amount Of Trouble et il était très excité par les chansons de l'album. Jesse a enregistré une nouvelle chanson sur la vie intitulée All That We Have Is Now et également une belle chanson sur la mort Just So Much que je ne peux pas écouter sans avoir les larmes aux yeux. Il a fait preuve d'un tel courage face à la mort et a été fort tout au long. Nous pouvons tous apprendre beaucoup de lui à bien des égards ... Je suis peiné par la perte de ce musicien remarquable." (Jim Asselman/Appelseed Records)

Au faîte de son art.

Alors qu'il est au meilleur de son art, Winchester alimente, dans cette deuxième moitié des 70's, sa discographie personnelle de deux autres LP, Nothing But A Breeze (1977) et A Touch On The Rainy Side (1978), sortis chez Bearsville.

Le premier des deux se fait avec un producteur digne de ce nom, Brian Ahern, connu pour son implication auprès d'Emmylou Harris, et avec des fines lames du travail de sessions, les chevronnés James Burton et Ricky Scaggs.

Orienté country-pop, Nothing But A Breeze se révèle encore efficace et révèle deux petites merveilles de chansons : You Remember Me (Anne Murray y fait entendre sa douce voix) et l'entraînant Seems Like Only Yesterday. Nul doute, Winchester est un très grand songwriter, mais ça, on le sait depuis longtemps.

Retour à la case départ ?

Dernière levée de la décennie en 7, A Touch On The Rainy Side voit l'expérimenté Norbert Putnam passer à la prod' et David Briggs et Kenny Buttrey, des profils country venir lui filer le coup de main.

Mais, surtout, l'opus en question permet à l'artiste de revenir, sans triomphalisme et dans la discrétion, enregistrer pour la première fois depuis son amnistie sur ses terres d'origine, après avoir préalablement pris part à ses premiers concerts américains.

C'est Nashville qui sert de cadre à cet événement vinylique orientant Winchester dans une nouvelle direction, vers une plus country luxuriante mais toujours colorée de R&B.

Little Glass Of Wine, A Showman's Life, Wintry Feeling, I'm Looking For A Miracle, Sassy et Candida en sont les pièces les plus représentatives.

Géant jusqu'à son dernier souffle.

Dans les années 80, 90 et 2000, les albums de Winchester se font plus rares (Talk Memphis/81, Humour Me/88, Gentleman Of Leisure/99 et Love Filling Station/2009).

Atteint par la maladie en 2011 (cancer de l’œsophage), Jesse Winchester fait front avec courage et profite de la rémission de son cancer pour enregistrer un 11ème album studio, Reasonable Amount Of Trouble, publié en 2014... à titre posthume.

Bien qu'il exhale ici son dernier souffle musical, rien dans le dernier disque de son catalogue, ne laisse transpirer son état de santé affaibli par un nouveau cancer et une sentence que l'on sait alors inéluctable. Jesse Winchester (retenez bien ce nom) aura été un bel être humain et un géant jusqu'au bout (RAZOR©2020).

DISCOGRAPHIE 70'S.

LP Studio 1 - 1970

 

Jesse winchester lp first album

 

JESSE WINCHESTER

JESSE WINCHESTER – 1970  5/5

 

Publié en 1970.

Produit par Robbie Robertson.

Durée:33:52.

Label:Ampex Records.

Genre:folk,pop-rock,folk-rock.

 

Un des meilleurs songwriters de sa génération.

 

Sous la tutelle éclairée du manager Albert Grossman qui conseille Dylan et Joplin, adorable et affectueux ourson dans l’intimité, redoutable prédateur dès lors qu’il enfile le costume d’imprésario, mais surtout dans les bons papiers de Robbie Robertson de la maison voisine du Band, pour le coup producteur, Jesse Winchester fait des débuts très remarqués dans la profession avec son album éponyme sorti en 1970.

Malheureusement, au motif d’échapper au service militaire qui l’aurait conduit tout droit sous les bombes viets, il est contraint de s’exiler au Canada. Cet exil le sanctionne à double titre : il est interdit sur le sol américain et de ce fait, ne peut pas assurer comme il se doit la promotion de cet album comme de ses suivants.

Il faut attendre l’amnistie de 1977 pour l’en libérer. Le rock n’attend pas et tranche : il ne recense pas Jesse Winchester (l’album) parmi les meilleurs des siens. A ce tarif, cet insoumis est vite oublié et donc pas considéré à sa juste valeur, même si le songwriter talentueux qui sommeille en lui ne laisse pas insensibles ses contemporains.

Il est en effet manifeste que le LP en question, pour peu qu’il ait pu être promu dans des conditions normales qui plus est avec le soutien total du Band pour lequel il ouvrait les concerts canadiens, aurait connu un meilleur sort à sa publication.

Jesse aurait dû boxer chez les lourds, il est un des meilleurs auteurs-compositeurs de sa génération ; au lieu de cela, faute de retour commercial, il faut encore et toujours refaire de la pédagogie pour convaincre qu’il faut réhabiliter le soldat Winchester coûte que coûte. Que sa place n’est pas là avec les sans grades, surtout avec un tel premier album au cul.

Il y a ici des biscuits succulents à se mettre sous la dent sur cet album. La matière est experte, intelligente, dense, fraîche, dynamique, passionnée et équilibrée et se décline autour d’une belle variété de thèmes (religion, amour, autodérision, interrogations philosophiques…) judicieusement traités. Du vécu en somme.

La voix de Jesse est douce, profonde et restitue la mélancolie qui l’habite, tandis que l’interprétation est brillante et collective ; avec l’apport des amis Band (Robbie Robertson et Levon Helm), il ressort une agréable sensation d’unité, comme si ces musiciens avaient toujours joué ensemble. Toutes les bases sont installées pour un grand rendez-vous.

Biloxi la sudiste (reprise par Jimmy Buffett et Tom Rush), mal du pays plaintif de l’exilé qu’il est alors, Yankee Lady (la chanson préférée d’Elton John, couverte par Tim Hardin et Brewer & Shipley notamment), Skip Rope Song, Snow, le sombre Black Dog, ainsi que l’accrocheuse et captivante The Brand New Tennessee Waltz (également chantée par les Everly Brothers) sont les fragrances dominantes d’un répertoire plutôt folkie, mais tout ici contribue à maintenir un équilibre permanent qui ne se dément jamais jusqu’au terme.

L’ensemble de cette collecte parle d’elle-même. C’est son meilleur travail, sans la moindre discussion. Manque toute la communication derrière pour véritablement exploser.

On ne peut que le déplorer et se demander ce qu’il serait advenu si… Retenez bien ce nom : Jesse Winchester, un des très grands de l’écriture, mais terriblement sous-estimé (RAZOR©).

 

1. Payday.

2. Biloxi.

3. Snow.

4. The Brand New Tennessee Waltz.

5. That's a Touch I Like.

6. Yankee Lady.

7. Quiet About It.

8. Skip Rope Song.

9. Rosy Shy.

10. Black Dog.

11. The Nudge.

 

Bob Boucher:basse.

David Lewis,Guy Black:batterie.

Levon Helm:batterie,mandoline.

David Rea:guitare,vibraphone,chant.

Ken Pearson:piano,orgue,vibraphone.

Robbie Robertson:guitare.

Al Cherney:violon.

Jesse Winchester:chant,guitare,piano.

LP Studio 2 - 1972

 

Jesse winchester third down 110 t go

 

JESSE WINCHESTER

THIRD DOWN, 110 TO GO – 1972  5/5

 

Publié en 1972.

Produit par Jesse Winchester.

Durée:29:27

Label:Bearsville Records.

Genre:folk,folk-rock,country-rock,pop-rock.

 

Un artiste détroussé.

 

Son superbe premier album éponyme de 1970 avait pourtant le mérite d’être clair : Jesse Winchester est de la race des grands auteurs-compositeurs et interprètes. Avec Third Down, 110 To Go, publié chez Warner Bros en 1972, cet artiste de talent remet le couvert en livrant une deuxième sublime collection de chansons d’affilée. On comprend mieux maintenant pourquoi le Zim en pince pour ce gars né en Louisiane, considéré par ses pairs comme un des plus grands et intelligents songwriters de sa génération.

Il est à regretter que, malheureusement, d’autres détrousseurs de catalogues plus huppés, en aient plus profité que lui en reprenant certains de ses titres à leur compte : Elvis Costello, Joan Baez, Emmylou Harris, Tim Hardin, Tom Rush, Jimmy Buffett, Jerry Jeff Walker, Brewer & Shipley ou encore les Everly Brothers ont capitalisé sur leur pioche respective ; dans le même temps, Winchester reste dans les starting-blocks et ne parvient pas à décoller.

Issu du sud de l’Amérique, Winchester, pour échapper au Vietnam, migre vers le Canada en 67 et en devient citoyen en 73. Jimmy Carter l’amnistie pour cette insoumission en 77. Cet exil influera beaucoup sur son travail. Hormis Yankee Lady en 70 et Say What en 81, le canado-américain reste cantonné à un rôle d’auteur-compositeur de l’ombre (seule la critique l’encense alors), d’autant plus qu’il est interdit de séjour aux States pour les raisons évoquées précédemment. Et comme c’est là que ça se passe…

C’est donc au Canada et à Québec qu’il entame sa carrière solo après avoir un temps toutefois tâté du groupe (The Astronauts), fait les tournées des bars avec son propre répertoire, avant de taper dans l’œil de canadiens célèbres, le Band, et notamment de Robbie Robertson qui lui permet de réaliser son premier album en 1970, l’éponyme Jesse Winchester dans lequel s’implique le membre du Band (guitariste, compositeur et producteur) et auquel il prend part avec le regretté Levon Helm (batterie et mandoline), jamais en berne quand il fallait de filer le coup de pouce à son prochain.

Hélas, trois fois hélas, Winchester n’a jamais pu assurer la promo de cet album extraordinaire, pas plus que celle de celui qui nous intéresse ici : Third Down, 11 To Go (72), auto-produit, même si Todd Rundgren est également partie prenante dans l’opération. Difficile donc de fédérer autour cet album et d’avoir une audience conséquente.

L’écriture est raffinée, habile, experte, émouvante, convaincante et précise ; elle se prête à merveille au ton folk-rock ici développé dans son appareil le plus simple, d’autant plus que la voix de Winchester, toujours douce et expressive, ne faillit jamais.

En 13 titres pour autant de mélodies mémorables, essentiellement acoustiques et personnels, Jesse Winchester dévoile un homme coupé de ses racines et qui garde la tête haute. C’est beau. Encore plus beau que l’album précédent du fait d’un son meilleur. Il eut été criminel de continuer à négliger cet artiste et à faire comme s’il n’avait jamais existé, non ? (RAZOR©).

 

1. Isn't That So?

2. Dangerous Fun.

3. Full Moon.

4. North Star.

5. Do It.

6. Lullaby for the First Born.

7. Midnight Blues.

8. Glory to the Day.

9. The Easy Way.

10. Do La Lay.

11. God's Own Jukebox.

12. Silly Heart.

13. All Of Your Stories.

 

Bob Boucher,Gene Cotton,Jimmy Oliver:basse.

N.D. Smart,Ron Frankel:batterie.

Andre Benichou,Doug Schmolze:guitare.

Sam Kelly:congas,bongos.

Amos Garrett:guitare,chant.

Don Abrams:percussions.

Gord Fleming:piano.

Charles Viber:violon.

Jesse Winchester:guitare,chant,piano,compositions,production.

DISCOGRAPHIE POSTHUME.

LP Studio 11 - 2014

 

Jesse winchester last lp

 

JESSE WINCHESTER

A REASONABLE AMOUNT OF TROUBLE – 2014  4,5/5

 

Publié en septembre 2014.

Produit par Mac McAnally.

Durée:42:15.

Label: Appleseed Records

Genre:pop,folk,blues,folk-rock.

 

Adieu et merci.

 

Il était considéré, de son temps, comme l’égal des James Taylor, des Jackson Browne, des Gordon Lightfoot. Il était vu comme l’un des meilleurs songwriters des 70’s, mais son opposition à la guerre du Vietnam et l’exil vers le Canada pour échapper à une conscription militaire en 1967 ne l’ont finalement pas servi et ont même sérieusement constitué une entrave à sa carrière.

Jesse Winchester, dont les chansons ont été reprises par des artistes comme Emmylou Harris, George Strait, Pattie Page, Bonnie Raitt, Wilson Pickett, Elvis Costello, Jimmy Buffett, Joan Baez, les Everly Brothers ou encore Waylon Jennings, a dû surmonter un cancer de l’œsophage en 2011 ; au printemps 2014, la maladie est venue à bout de son courageux combat pour rester en vie. Winchester est mort le 11 avril 2014 en Virginie, mais rien dans le disque qui referme définitivement son catalogue ne laisse transpirer son état très affaibli et la sentence déjà inéluctable.

Jesse ne voulait surtout pas d’un LP avec la mort en filigrane : A Reasonable Amount Of Trouble véhicule du bonheur et respire la joie (Whispering Bells) et la santé, si je puis dire. Jesse Winchester peut reposer en paix avec lui-même ; il a mené à terme, avec une grande dignité, le projet qu’il a initié en mai 2013 sans certitude de le voir aboutir. Le résultat est convaincant, lourd d’émotion et ravive encore plus la douleur d’avoir perdu pour toujours cet être si attachant.

Sa discographie personnelle en studio se fige donc sur le chiffre 12, preuve s’il en est que Jesse Winchester a également mené une belle carrière d’interprète. Ceux qui ont jusqu’ici suivi son parcours n’ont jamais perdu de vue que les Biloxi, The Brand New Tennessee Waltz, Yankee Lady, Say What, Mississippi, You're on My Mind sont de son fait, bien que ce soit placées entre des mains extérieures, que ces chansons fleurant bon le sud ont été popularisées et fructifiées.

Amnistié par la promesse de campagne de Jimmy Carter dès le premier jour de son mandat, le 21 janvier 1977, ce grand mélodiste de ballades à la succulente voix de ténor, cet homme discret, doux, fin, intelligent, tendre, sensible, cool, humble et honnête qui ressemblait tant à sa musique, va nous manquer.

Ce n’est pas parce qu’A Reasonable Amount Of Trouble est son dernier soufflé musical qu’il faut encenser cet album posthume, mais bien pour sa qualité d’ensemble. Ayant eu l’opportunité et le courage de suivre sa réalisation jusqu’au bout et la chance de pouvoir l’écouter avant de fermer les yeux, son auteur était heureux du résultat et a déclaré ne pas avoir songé une seule seconde à en changer une seule note. On peut le suivre sur ce chemin.

A Reasonable Amount Of Trouble met l’accent sur ce qui fait la force et le charme de Winchester : ses sublimes mélodies – et croyez-moi, elles le sont -, sa voix et ses textes. Ces 12 chansons dont 9 originales, écrites en pleine rémission, faut écouter ça.

Point n’est besoin d’en faire trop et de sortir la boite à dithyrambes pour faire de l’esbroufe, la pudeur, la sobriété et le recueillement sont les plus beaux des comportements à avoir à l’égard de ce binôme. Je dirais simplement : j’ai frissonné grave sur Every Day I Get The Blues et Devil Or Angel m’a même fait essuyer une larme. Que voulez-vous, l’avancée dans l’âge fait remonter beaucoup de souvenirs… Ecoutez ce disque et faites-le vôtre. Pour moi, c’est juste inoubliable (RAZOR©).

 

 

1. All That We Have Is Now.

2. She Makes It Easy Now.

3. Neither Here Nor There.

4. Rhythm Of The Rain.

5. A Little Louisiana.

6. Ghosts.

7. Never Forget To Boogie.

8. Devil Or Angel.

9. Don’t Be Shy.

10. Every Day I Get The Blues.

11. Whispering Bells.

12. Just So Much.

 

Roscoe Beck:basse électrique,basse.

Eric Darken:percussion.

Jerry Douglas:lap steel guitare.

Stuart Duncan:violon.

Joel Guzman:accordéon.

Jim Horn:saxophone.

Lenny LeBlanc:choeurs.

Mac McAnally:guitare acoustique,guitare électrique,claviers,choeurs.

Jesse Winchester:guitare acoustique,claviers,chant.

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