Nino Ferrer.

BIOGRAPHIE.

 

NINO FERRER/France

 

Nino ferrer 1

 

Né Nino Agostino Arturo Maria Ferrari, le 15 août 1934 à Gênes (Italie), mort le 13 août 1998 à Montcuq (France).

Actif de 1959 à 1998.

Labels:Riviera,CBS,WEA,Vogue,Fnac Music,Barclay.

Genre:jazz-rock,R & B,pop-rock,rock,rock progressif,rock en France.

Site officiel:nino-ferrer.com

 

A deux jours de ses 64 ans.

Un mois après que la France du foot ait obtenu sa première consécration mondiale, la France du rock et du jazz pleure un des siens : Nino Ferrer.

L'artiste aux racines simultanément sudistes et italiennes se suicide d'un coup de fusil en pleine poitrine, au milieu d'un vaste champ de blé du Lot où il réside (13 août 1998)

Tout le monde a bien remarqué à Montcuq que l'homme est dévasté, le moral en berne depuis la mort de sa mère un peu plus tôt, en juillet. Très affecté, fragilisé, il ne se montre quasiment plus et vit reclus dans son domaine de La Taillade, sur la commune de Saint Cyprien dans le Quercy, où il a fait de choix de se retrancher pour échapper au parisianisme, au show-biz et à une célébrité devenue insupportables.

Depuis un mois, le tendre, gentil, timide, honnête, fidèle, entier mais sensible Nino pleure sa Mounette qui, à 86 ans, vivait là, à ses côtés sur le domaine. Mounette partie au bout d'une longue agonie, il se sent seul, abandonné. Il souffre.

Comme il a tout connu, la gloire, l'argent, les belles femmes, qu'il ne supporte plus depuis longtemps l'image du zigoto de Mirza, du Téléphon ou des Cornichons qu'il fut, qu'il n'encaisse pas plus le succès que l'insuccès, qu'il assume très mal de vieillir, Agostino Ferrari, le grand blond aux yeux clairs, aussi imprévisible que déterminé et désespéré, préfère en finir avec la vie.

Deux jours plus tard, la propriété de la Taillade, maison du bonheur, sert de cadre à une cérémonie funèbre quand elle aurait dû être le théâtre des 64 ans de celui qu'on appelait affectueusement Nino. Nino comme Nino Ferrer : un nom que cet artiste authentique, frustré et mal compris, aurait certainement préféré voir ancré dans la mémoire collective pour Je Voudrais Etre Noir, C'est Irréparable ou Métronomie, plus que pour ses tubes décalés. Pour le jazz et le blues plutôt que pour la variétoche... Pour ses œuvres restées confidentielles plus que pour les chansonnettes rigolotes ayant contribué à le révéler au grand public.

Nino ferrer 3Le coeur à gauche, le cul entre deux chaises.

Nino ferrer 2Un être sensible, un artiste incompris...

Nino ferrer sud mort ble...disparu en 1998 dans son Quercy d'adoption.

Nino ferrer sud 75Le Sud, son port d'attache, pour le relancer.

Nino ferrer mirzaRévélé par les Cornichonnades...

Nino ferrer metronomie...Nino aurait aimé être reconnu pour Métronomie...

Nino ferrer blanat...ou Blanat.

Le cœur à gauche et le cul entre deux chaises...

Enfant d'une famille de la bourgeoisie transalpine (mais le cœur à gauche et le cul entre deux chaises), Agostino naît à Gênes en 1934. Il passe les premières années de sa vie à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, avant que les Ferrari ne reviennent en Italie, pays de son père, pendant la durée de la guerre, puis, à la fin des hostilités, ne s'installent en France, d'où est originaire sa mère.

Arrivé à Paris en 1947, Nino y demeure jusqu'en 1977 avant de migrer vers le Quercy jusqu'à la fin de ses jours. Dans la capitale, l'ado Nino, étudiant à la Sorbonne (archéologie), découvre le jazz et se rapproche du batteur Richard Bennett et du clarinettiste Stéphane Guérault avec lesquels il forme les Dixie Cats. Nino tient la contrebasse et joue du banjo.

Le trio écume alors les soirées étudiantes (HEC, Polytechnique...) ainsi que les cabarets parisiens et anime la traditionnelle Nuit du Jazz de la salle Wagram, le Temple du genre.

Les Dixie Cats accompagnent accessoirement la twisteuse soul Nancy Holloway au début des 60's. Quand les Dixie Cats se séparent en 1963, Bennett est recruté par Barclay comme directeur artistique et lance la carrière de Nino Ferrari, alias Nino Ferrer.

Nino enregistre alors son premier disque, un 4 titres : Pour Oublier qu'on s'est Aimé/ Souviens-toi (face 1), C'est Irréparable/5 Bougies Bleues (face 2). Le mémorable blues-rock Pour Oublier qu'On s'est Aimé a tous les ingrédients du tube (il referme l'album Métronomie de 1972), mais c'est le titre C'est Irréparable qui tire son épingle du jeu.

L'amuseur public.

Sa version italienne Un Anno d'Amore, chantée par Mina, fait un carton en Italie et en Espagne. Sa transposition ibérique (Luz Casal) est au générique de la B.O de Talons Aiguilles de Pedro Almodovar (1991). En France, la chanson n'aura qu'un succès mineur, même entre les mains de Dalida (1965).

Après s'être séparé de Barclay pour Bel Air (petite label) puis avoir monté un furtif groupe de gospel, Reverend Nino And The Jubilees, le franco-italien, toujours inconnu en France, enregistre quelques 45 tours sans succès.

C'est Mirza, une chanson R & B légère née dans un restaurant de Saint-Raphaël, quand Nino assiste à la scène cocasse d'une femme à la recherche de son chien, qui le propulse sur le devant de la scène. Entrée au hit-parade en décembre 1965, Mirza, publiée par Riviera, filiale de Barclay, y passe 11 semaines et se place au 15ème rang.

Artiste à temps plein, le musicien, après des années de galère, se partage alors entre Paris et la Côte d'Azur. Saint Trop' plus précisément, devenu le lieu de rendez-vous du Show Biz sur lequel règne Eddie Barclay, dont il réintègre la maison de disques.

Barclay lui offre l'opportunité d'enregistrer de nouvelles chansons sous la direction de Richard Bennett, son ancien complice des Dixie Cats. Nino devient une véritable idole du jour au lendemain et aligne les tubes : Les Cornichons, Oh Hé Hein Bon et le Téléfon. En 1966, il assure 195 spectacles et prend part à une trentaine d'émissions TV.

Basta !

Mais le rôle d'amuseur public, Nino préfère le laisser à Jacques Dutronc. Formé au jazz et au blues, le répertoire du chanteur à la mode ne lui ressemble pas. La notoriété, il s'en fout et se lasse vite. Il en profite un temps mais à un moment, il dit basta !

Paris et le milieu le saoûlent, il part s'installer en Italie où il compte bien faire la musique qu'il aime (1967). Son terreau, c'est Ray Charles, James Brown et Wilson Pickett. La preuve, il sort un titre plus personnel, Je Voudais Etre Noir.

Ses titres, de plus en plus cyniques et cassants, se politisent aussi : Mao et Moa, Mon Copain Bismarck, C'est le Roi d'Angleterre (1967/68).

Côté albums, sa discographie studio compte alors Enregistrement Public (Riviera/1966), Les Petites Filles de Bonne Famille (Riviera/1967) et Agata (1969).

De l'autre côté des Alpes, il entame une carrière d'animateur TV dans une émission de la RAI plutôt impertinente, Io Agata e Tu (avec Raffaella Cara). Finaliste, en 1970, du populaire festival de San Remo aec King Of Hearts (en duo avec Catarina Caselli), il a une aventure sentimentale passagère avec Brigitte Bardot avant de choisir de revenir en France (1970).

Le Quercy, les chevaux, Micky Finn et Métronomie.

Avant qu'il ne s'installe dans le Quercy, il signe un LP enregistré en public au Teatro Sistina de Rome, Rats and Rolls. Réalisé en italien et pour le marché transalpin, il consiste en une version qui préfigure le Métronomie à venir.

Le succès des « cornichonnades » est tel que le musicien a accumulé beaucoup d'argent. Dans le sud-ouest, il peut donc vivre comme il l'entend et faire son job à son rythme, sans avoir la bride sur le cou, artistiquement parlant. Il y installe même son propre studio.

Il se lance d'abord dans l'élevage de chevaux (il en aura plus d'une dizaine) et dans la peinture, avant d'être rattrapé par le démon de la musique suite à sa rencontre avec Micky Finn (la guitare de la chanson Le Sud) ; celle-ci va s'avérer déterminante.

La vision de Nino des choses de la vie et de son métier change radicalement. Fini la légèreté, le génois privilégie une écriture plus sombre, plus personnelle et une approche musicale plus proche de ses aspirations du moment (Soft machine, Yes, Caravan), plus rock et progressive.

En avance sur son époque et avec un public différent.

En 1971, il réalise l'original Métronomie, mais l'album s'avère être un peu trop en avance sur son époque et les producteurs attendent de lui de la variété, pas du jazz, du rock progressif ou du concept-album.

Le disque ne se vend pas malgré une qualité évidente que la critique s'accorde à lui reconnaître ; par contre, La Maison Près de la Fontaine (sur l'album Métronomie), parue en face B du single Les Enfants de La Patrie s'écoule à 500.000 exemplaires.

Frustré mais heureux d'avoir derrière lui un public complètement différent, il se tourne alors vers l'irlandais Finn avec lequel il tisse une solide amitié depuis quelques années.

Ce dernier (Jimmy Page, Murray Head, Jacques Higelin) débarque dans l'univers devenu plus complexe de Nino, avec ses musiciens (les Leggs formés sur les cendres des londoniens de Heavy Metal Kids), pour prêter main forte à son pote.

Ils s'installent à la Martinière de Rueil-Malmaison que Nino s'est payée grâce à ses Mirza et autres Cornichons. S'ensuit Nino Ferrer And Leggs (1973), très instrumental, encore progressif et de qualité, mais peu payant.

La Martinière, dans son style colonial, rappelle à Nico son passé en Nouvelle-Calédonie. C'est un endroit qui ressemble à la Louisiane, à l'Italie. On dirait le Sud... La Martinière inspire les paroles de South dont il fait une maquette en anglais, alors qu'il est encore sous contrat avec Barclay. Barclay n'apprécie pas, il n'aime pas plus l'anglais que le rock progressif ; Nino le quitte pour CBS où un certain Bennett lui fait un pont d'or.

Nino ferrer kinou

« La Taillade, c'était son havre de paix, un endroit magique où il puisait son inspiration. Chaque fois qu'il revenait ici, c'était le bonheur total, et un déchirement quand il fallait en partir. II avait tissé de nombreux liens d'amitié avec les habitants...Nino était très exigeant, toujours en quête de perfection. C'était aussi un bon vivant, qui aimait la vie. Il savait tout faire, jardiner, tailler les arbres, tronçonner, faire des murs ou de la maçonnerie. C'était un manuel, il adorait ça ! (Kinou Ferrer)

Mémorable Le Sud.

En 1974, South ouvre l'album Nino And Radiah (il s'agit de l'américaine Radiah Frye) pour son nouveau label. Cette version précède Le Sud, paru début 1975 et qui, pendant un mois, squatte la tête du Hit-Parade. Le titre se vend à plus d'un million d'exemplaires. Dans les 70's, un demi-million de ventes, ça pèse surtout quand, non content d'en être l'auteur et l'interprète, Nino est aussi le producteur.

Commercialement, sa carrière est relancée mais ce type d'arguments ne satisfait pas Nino qui n'a jamais fait du succès et de l'argent son leitmotiv. Grâce aux droits et aux retombées du Sud, il peut néanmoins s'offrir La Taillade en 1976. Et s'y retirer dès l'année suivante.

Dans le même temps, Nino continue à nourrir son univers discographique. L'attachant mais méconnu Suite en Oeuf (1975) et Véritables Vérités Verdâtres (1977) passent quasi inaperçus et marquent sa rupture avec CBS.

Un manque de cohérence pénalisant.

Entre les deux, il bat le rappel de Micky Finn et de sa troupe pour enregistrer l'excellent Blanat au château du même nom (Lot). Sans maison de disques, il publie l'album chez Free Birds Records, mais en 1979.

Créatif et original, Nino Ferrer ne trouvera jamais son public en France. Après Blanat, tous ses disques à venir sortent sur des labels différents : le très moyen La Carmencita (avec deux titres inédits seulement/1981) et le bon millésime (1982) Ex-Libris, sont publiés chez WEA ; le raté Rock 'n' Roll Cow Boy (1983) l'est pour le compte de Vogue et l'insignifiant 13ème Album pour celui de Discoteca (1986). Sa carrière manque alors de cohérence et Nino le paie au prix fort en n'étant pas payé en retour, ce qui l'affecte beaucoup.

Parti au milieu des blés du Sud.

Il s'est alors retiré du milieu de l'industrie du disque pour mieux se consacrer à la peinture et aux siens (Mounette, sa maman et Kinou qu'il épouse en 1978 et qui lui donne deux enfants, Pierre et Arthur).

Après 7 années de silence discographique, Nino Ferrer revient avec La Désabusion (Fnac/1993), contraction de désabuser et désillusion, signe du mal-être qui l'habite. L'Olympia, en 1994, aurait dû l'aider à renouer avec ses fans mais le spectacle est annulé.

Il tente de se ressourcer dans le Quercy, en famille et avec les nombreux amis de sa commune d'adoption. La mort de Mounette fait, plus tôt que prévu (mais sans grande surprise), basculer cet écorché vif de vie à trépas. Il choisit alors d'en terminer au milieu des blés de son sud d'adoption. Son hâvre de paix. Ce Sud qui aura tant fait pour relancer sa carrière (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE SOLO 70'S.

LP Studio 5 (1er véritable album) - 1971

 

Nino ferrer metronomie 1

 

NINO FERRER

METRONOMIE – 1971  5/5

 

Publié en 1971.

Produit par Nino Ferrer.

Durée:32:16.

Label:Riviera.

Genre:jazz-rock,soul,funk.

 

Disque majeur du rock français.

 

Oubliez l’interprète des tubes bouffons comme Mirza, les Cornichons ou Le Téléphon ou l’auteur de cette pépite qu’est le Sud… Nino Ferrer avait d’autres cordes à son arc que les pitreries commerciales saugrenues ou que le phénoménal succès de 75 ayant occulté son oeuvre.

Métronomie (en écoute intégrale ici), sublime et précieux album (méconnu), nous met en présence d’un artiste merveilleux, grand musicien, qui, en France, joue dans la cour des grands, des Gainsbourg, Dutronc ou autres Polnareff.

Accompagné d’une formation élargie, constituée de musiciens français, italiens et anglais (et du Système Crapoutchik aux chœurs), cet ancien jazzman, revenu d’un exil de trois ans dans son Italie natale, veut rompre avec cette image de loufoque qui lui colle aux basques et nous sort un étonnant et succulent disque de (jazz)-rock progressif, qui comptabilise, sur ses 32 minutes d’écoute, quelques pistes mémorables : Pour Oublier Qu’on S’est aimé, Métronomie, La Maison Près De La Fontaine, Les Enfants De La Patrie, Cannabis, Isabelle.

Ambitieux, personnel, soigné, abouti, inventif, cohérent, le progressif Métronimie nous entraîne dans un album concept tâtant du rock psychédélique, du funk, et du jazz. Il est un tournant dans la carrière de l’italo-quercinois et un premier vrai album cohérent et maîtrisé de A à Z.

Enregistré aux Studios CBE (Chatelain-Bisson-Estardy), sous la direction du producteur Bernard Estrady, alias Le Baron, Métronomie s’appuie sur le thème de la liberté et de l’écologie. Il reprend quatre titres de Rats And Roll, son album italien précédent (Reminiscenza, devenue Métronomie, Cannabis, La Maison Près De La Fontaine, Les Enfants De La Patrie).

Sur le plan vocal, Nino est l’égal des chanteurs black de soul et son final (Pour Oublier Qu’On S’est Aimé) nous amène à regretter cet artiste extraordinaire. Sa discographie mérite de s’y pencher de plus près. Toujours est-il que nous tenons en Métronomie, son premier véritable album (qui ne soit pas une compilation de reprises), une œuvre majeure et culte du catalogue rock progressif hexagonal (RAZOR©).

 

1. Métronomie.

2. Les Enfants De La Patrie.

3. Métronomie 2.

4. Cannabis.

5. La Maison Près De La Fontaine.

6. Isabelle.

7. Freak.

8. Pour Oublier Qu'On S'Est Aimé.

 

Nino Ferrer:guitare,chant.

Giorgio Giombolini,Allan Reeves,Bernard Estardy:claviers.

Slim Pezin:guitare.

Pierre Dutour:trompette.

Lucien Dobat,Dinald Rieubon:batterie.

Jean Mandengué:basse.

Slim Pezin:guitare.

Système Crapoutchik:chœurs.

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