Townes Van Zandt.

BIOGRAPHIE.

 

TOWNES VAN ZANDT/Fort Worth (Texas).

 

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John Townes Van Zandt.

Né le 7 mars 1944 à Fort Worth (Texas).

Mort le 1er janvier 1997 dans le Tennessee.

Auteur-compositeur-interprète,producteur,arrangeur.

Années actives:1965/1996.

Label:Poppy,Tomato,Sugar Hill,TVZ,Fat Possum.

Genre:blues,folk,country.

Site officiel:www.townesvanzandt.com

 

 Le choix de la marginalité.

John Townes Van Zandt est né avec une cuillère d’argent dans la bouche. Entendez par là que le texan, venu au monde un jour de mars 1944, est l’enfant d’une riche famille. Famille aisée de par son arrière grand-père, ambassadeur à Paris, d’un Texas alors indépendant, et fondateur de la ville mitoyenne de Dallas, Fort Worth où naît Townes. Elevé dans un double environnement pétrolier et de justice en place depuis plusieurs générations, dans lequel il jouit d’une enfance heureuse, malgré la bougeotte professionnelle de ses géniteurs, Townes Van Zandt fait  pourtant vite fait le choix de la marginalité. La suite de sa vie sera moins reluisante.

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Van zandt 2Et s'il était le meilleur songwriter de tous les temps ?

Il veut faire le chanteur folk, se munir d’un modeste baluchon, d’une guitare et prendre la route pour enfin s’affranchir de toutes ces contraintes, postures, règles, usages, des plans de carrière politiques décidés pour lui. Malgré un QI de 170, il veut être lui-même dans ce qu’il sent le mieux pour lui : la musique. Faire comme Hank Williams dont il scrute toutes les chansons, comme Elvis dont le succès le subjugue, comme Lightnin’ Hopkins dont il adopte le jeu de guitare en picking et l’humour, être l’égal du Bob Dylan de The Times They Are A-Changing dont les paroles le mettent sur le cul.

Besoin de peu pour exister.

Il en sera un éminent auteur-compositeur-interprète, un artiste influent dont les ballades country et folk essentiellement noires, grinçantes, désespérées et poignantes sont le reflet de la vie qu’il a choisie ou subie, de la trajectoire qu’il a délibérément suivie sans toutefois en toucher les dividendes de son vivant. Townes connaîtra même la précarité pour assouvir sa passion et assumer ses choix.

L’artiste, qui avait besoin de peu pour exister, a longtemps vécu dans une caravane délabrée installée dans un quartier d’esclaves affranchis de Clarksville (Texas).  Il n’a jamais eu à le regretter, au regard d’interviews accordées. Pour lui il fallait sacrifier la famille, le confort, l’argent. Seule sa guitare importait, qui devait rester sa meilleure alliée en toutes circonstances. Il avait le secret espoir de décoller un jour, si la mort, comme il l’avançait avec réalisme et autodérision, ne venait pas réduire à néant cette attente. L’important pour Townes était de vivre et de respirer pour sa musique et son écriture.

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"Je ne suis pas persuadé que Townes était un génie incompris. Par contre, il s'est tiré une balle dans le pied en permanence". (Steve Earle)

Débusqué par Mickey Newbury.

Mort à 52 ans d’une crise cardiaque, dit-on, l’ado Townes Van Zandt a été diagnostiqué maniaco-dépressif avec tendances schizophrènes, mais rien, ni personne ne le détournent de son objectif. Mickey Newbury, texan comme lui, le débusque dans un bar de Houston et favorise sa venue, et celle de Guy Clark, à Nashville où l’un comme l’autre deviennent les premiers vrais songwriters de l’histoire du rock. En 1968, Townes Van Zandt signe pour le petit label folk Poppy, y enregistre son premier LP (For The Sake Of The Song), produit par Jack Clement et devient un phare pour la génération d’auteurs-compositeurs du moment.

Le succès est surtout critique et les milieux country et folk lui témoignent beaucoup d’admiration et de respect. Le public montre moins d’enthousiasme pour son style vocal exceptionnel et ses problèmes comportementaux, certains spectacles de Townes tournant en eau de boudin à cause d’une dépendance marquée aux drogues et à l’alcool sur fond de peur de la mort et de tendances suicidaires.

Pluie de chefs d'oeuvre.

Pourtant les chefs d’œuvre vont tomber qui vont devenir des classiques de la musique folk et country : Pancho And Lefty, Kathleen, To Live Is To Fly, If I Needed You… Townes Van Zandt, pendant une décennie, entre 1968 et 1978, va faire preuve d’une belle prolificité caractérisée par une poignée de huit LP (dont un live) de grande facture, hélas sanctionnée par une incompréhensible sous-médiatisation. Le temps a depuis et fort heureusement revalorisé son œuvre.

Dans ce sublime cocktail de blues, de folk et de country qu’est Our Mother The Mountain (1969), son deuxième LP, cet ermite fragile, écorché et tourmenté, instable mais libre, étale son désespoir et sa douleur au grand jour. Townes suscite la curiosité mais ne connaît pas la réussite.

Commencent alors les grandes manœuvres pour faire évoluer sa musique qui ne peut pas rester indéfiniment dans l’ombre. Townes Van Zandt refuse de changer quoi que ce soit à sa manière de faire. Son album suivant, l’éponyme Townes van Zandt de 1970, connaît le même sort que les précédents et pourtant, si le « 6 étoiles » existe, c’est ici qu’il se trouve.

Delta Momma Blues (1971) est un ton en dessous, mais le poète est encore capable, dans un registre qui lui sied moins, le blues, de grandes choses et de belles émotions.

High Low And In Between (1972) conforte le talent incomparable de l’artiste à ce moment donné de sa carrière. Cet album est encore un incontournable du catalogue de TVZ comme son suivant, The Late Great Townes Van Zandt (1972) qui marque son apogée artistique et un énième échec commercial.

A partir de là, le songwriter texan touche le fond et se fait rare pendant 6 ans jusqu’à revenir avec un très convaincant Flyin’ Shoes (1978) après un sublime double live At The Old Quarter (1977). En 1994, le faible No Deeper Blue clôt une discographie qui amène au constat que le texan méritait autre chose qu’une carrière aussi négligée par le grand public.

Comme le résumait parfaitement son pote Harold Eggers, ce qui a tué Townes, c’est le fait qu’il vivait ses chansons à fond. Il ne pouvait pas chanter le blues, s’il n’avait pas le blues. Il en a payé le prix (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S.

LP Studio 1 - 1968

 

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TOWNES VAN ZANDT

FOR THE SAKE OF THE SONG - 1968

 

Publié en 1968.

Produit par Jack Clement.

Durée:34:43.

Label:Poppy Fat Possum.

 

(Chronique en cours d'écriture)

 

1. For the Sake of the Song.

2. Tecumseh Valley.

3. Many a Fine Lady.

4. (Quicksilver Daydreams of) Maria.

5. Waiting 'Round to Die.

6. I'll Be There in the Morning.

7. Sad Cinderella.

8. The Velvet Voices.

9. Talkin' Karate Blues.

10. All Your Young Servants.

11. Sixteen Summers, Fifteen Falls.

 

Townes Van Zandt:guitare,chant.

LP Studio 2 - 1969

 

Townes van zandt our mother the mountain 1969

 

TOWNES VAN ZANDT

OUR MOTHER THE MOUNTAIN – 1969  5/5

 

Publié en avril 1969.

Produit par Kevin Eggers,Jim Malloy,Jack Clement.

Durée:40:01.

Label:Tomato.

 

Un Van Zandt peut en cacher un autre.

 

FA-BU-LEUX ! Ce seul LP de Townes Van Zandt, Our Mother The Mountain (1969) que je n’avais jusqu’alors jamais eu la possibilité d’écouter depuis sa parution à la fin des années 60, j’ai eu le privilège de pouvoir y souscrire hier soir. Je dis privilège, j’aurais pu dire honneur, car c’en est un que de se retrouver en tête-à-tête avec une œuvre qui concentre en son sein une telle quantité de pièces d’un niveau aussi incroyable et un artiste qui, par sa capacité à répéter les productions d’excellence, se pose en démiurge essentiel du rock.

Je croyais avoir tout consommé de cet artiste-artisan incomparable et voilà qu’Our Mother The Mountain (en écoute intégrale ici) m’apporte le cinglant témoignage qu’un Townes Van Zandt de sa phase prolifique peut toujours en cacher un autre.

Excité comme un puceau qui va pointer pour la première fois, au point de m’imposer dans le mouvement, une écoute intégrale supplémentaire, bouleversé par une qualité qui prolifère durablement ici et dès l’entame, placé sous le charme d’une matière propice à émotions qui s’imbrique dans la plus grande des fluidités, rarement confrontation avec vinyle ne m’aura procurée autant de sensations fortes en un délai aussi court, n’aura généré en moi un lot aussi conséquent de manifestations pilo-érectiles.

S’il est le deuxième LP à apparaître à son catalogue, maintenant que j’en ai fait le tour, il est sans conteste le premier chef d’œuvre de sa carrière.  Il ne surprendra personne que ce disque d’une beauté rare  prenne place dans la phase 1968/72, celle jugée par les experts comme la plus féconde et la plus remarquable de l’artiste. De quoi compliquer encore plus la recommandation d’un album plus qu’un autre sur cette période – n’ayons pas peur des mots - magique.

La montagne est à l’honneur de cet opus, un décor qui n’a pas laissé insensible le Townes étudiant à Boulder dans le Colorado, là même où les Rocheuses rencontrent les Grandes Plaines. Certaines chansons comme My Proud Mountains, Our Mother The Mountain qui donne son titre à l’album, Snake Mountain Blues tous présents ici, ou Colorado Girl qui figure sur son album éponyme de 69 renvoient à cette nostalgie du passé.

A l’instar de Gram Parsons, avec lequel il avait le redoutable honneur de partager les abus en tous genres comme son goût pour les défricheurs de la country des 50’s, mais sans jamais se fourvoyer dans les penchants conservateurs de Nashville, l’électron libre Townes Van Zandt déroule une country intelligente et visionnaire, loin des clichés traditionnels du genre, une country couvrant l’éventail de la gamme émotionnelle.

La profession, par la voix de ses plus éminents songwriters a toujours tenu en très haute estime l’écriture de Townes. Il était une référence pour Dylan, ce qui est quand même fort de café au regard de ce que Bob a apporté à la musique et à la culture dans son ensemble.

Le lot de plages révélé par Our Mother The Mountain va dans le sens de ce pour quoi Van Zandt est considéré comme un artiste exceptionnel. On tient là un contingent de pièces géniales de son vivant mais  devenues mythiques à titre posthume, pour lesquelles l’Amérique peut bomber le torse, fière d’être la terre d’origine de cet auteur-compositeur-interprète incomparable.

Eclatant durant toute sa déclinaison, Our Mother The Mountain mérite une halte toute particulière sur Kathleen, un de ses plus grandes, si ce n’est la plus grande signature de son répertoire avec Pancho & Lefty, If I Needed You, Waiting ‘round To Die et For The Sake Of The Song.

Kathleen est le prototype même de la chanson noire, effrayante et écartelée dont l’issue ne laisse que très peu de choix à son auteur-acteur dépendant aux drogues dures : l’héro ou la mort. Par overdose ou par suicide. Townes a 25 ans à l’époque de cette chanson terriblement fataliste et édifiante ; 25 ans et ses rêves sont déjà brisés par l’amour. Il s’y révèle dramatique, faisant montre d’une grande fragilité, d’une résignation et d’une impuissance abominables pour son âge.

Kathleen, comme la majorité de son œuvre, est majestueuse et terrifiante, habitée de peurs et de tourments même dans ses titres les plus optimistes Snake Mountain Blues, Be Here To Love Me ou She Came And She Touched Me).

Même si la voix est très agréable, le chant de Townes sonne désespérément triste. Il faut avoir entendu une fois dans sa vie des merveilles comme le mystique et sobre Our Mother The Mountain, comme le puissant et mélancolique Tecumseh Valley (quel harmonica !), St John The Gambler ou encore The Summer Thursday.

Les mélodies sont stupéfiantes ; les textes ? N’en parlons pas, une tuerie. Sa poésie ensorcelante, douloureuse et cousue main navigue entre Dylan, Hank Williams et Cohen, trois légendes du rock. Townes est depuis leur égal et Our Mother The Mountain, qui débloque le compteur de sa phase discographique d’exception, en est une énième preuve. A aucun moment, cet émouvant monument d’Americana ne déçoit. Pour moi, ce soir, c’est une grande claque dans les dents. Respect (RAZOR©).    

 

1. Be Here to Love Me.

2. Kathleen.

3. She Came and She Touched Me.

4. Like A Summer Thursday.

5. Our Mother The Mountain.

6. Second Lovers Song.

7. St. John The Gambler.

8. Tecumseh Valley.

9. Snake Mountain Blues.

10. My Proud Mountains.

11. Why She's Acting This Way.

 

Ben Bennay:harmonica.

James Burton:dobro,guitare.

John Clauder,Donald Frost:batterie.

Jack Clement,David Cohen,Jack Clements,Mike Deasy Sr:guitare.

Chuck Domanico,Harvey Newmark,Lyle Ritz:basse,guitare.

Jules Jacob:flûte.

Charlie McCoy:basse,guitare,harmonica,claviers.   

Don Randi:claviers.

Townes Van Zandt:guitare,chant.

LP Studio 3 - 1969

 

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TOWNES VAN ZANDT

TOWNES VAN ZANDT – 1969  5/5

 

Publié en septembre 1969.

Produit par Kevin Eggers,Jim Mallory.

Durée:33:59.

Label:Poppy Records/Tomato.

 

Si le “six étoiles” existe, il est ici.

 

Townes Van Zandt, c’est culte, légendaire, mythique, anthologique. Vous pouvez retourner ces qualificatifs élogieux dans tous les sens, ça revient au même. Sujet à fleur de peau, très complexe, mis à mal  par une consommation abusive d’alcool et animé par une perpétuelle propension à s’autodétruire dans les règles de l’art pour cause de dépressions à répétition, le texan Townes Van Zandt était un personnage en fuite permanente qui trouvait refuge dans les paradis artificiels, doublé d’un artiste incomparable dont beaucoup n’hésitent pas à avancer qu’il supplante même Dylan dans l’art qu’il pratique : de la belle folk mâtinée de country.

Etant épris des travaux de ces deux antagonistes, je ne m’inscris pas dans ces comparaisons fanatiques ou dictées par le cœur, mais je laisse une chose à Van Zandt, c’est qu’il a écrit une des pages les plus douloureuses de l’histoire de la musique de l’Oncle Sam.

Authentique poète, mais poète qui souffrait, Van Zandt figure sans discussions possibles, dans le top 5 des grands auteurs-compositeurs de tous les temps. Certains de ses travaux comptent parmi les standards du genre : Pancho And Lefty, To Live Is To Fly, Kathleen ou If I Needed You notamment.

En dépit d’un grand succès auprès des critiques, de la reconnaissance de ses confrères et du milieu folk et country, son œuvre ne trouvera que rarement preneurs. En cela, les troubles du comportement qui l’habitaient perpétuellement et les palliatifs pour les masquer ou les atténuer, ont constitué un sérieux frein à son épanouissement auprès de la masse.

Homme très attachant capable de donner jusqu’à son dernier sou au SDF qu’il croisait et de jouer devant un parterre réduit comme une peau de chagrin, ce fils de bonne famille texane avait pour modèle Hank Wiliams, père de la country contemporaine, artiste à l’existence aussi troublée que lui et sujet aux mêmes tendances à l’autodestruction; Van Zandt  vécut une grande partie des années 70 isolé, voire reclus dans sa caravane rudimentaire de Clarksville, la hantise de la mort chevillée au corps, dormant parfois à même le sol.

Sa carrière discographique débute en 1968 avec For The Sake Of The Song. Jusqu’en 1973 et l’enregistrement du live At The Old Quarter Houston (qui sort en 1977), Townes Van Zandt, particulièrement inspiré et prolifique est alors au sommet de son art. Donc tout ce qui s’inscrit dans ce créneau est à considérer avec grand intérêt : Our Mother The Mountain/1969 (l’autre fleuron de TVZ), l’album éponyme qui nous réunit de 1969, Delta Momma Blues (71), High Low And In Between (72) et le sublime The Late Great Townes Van Zandt (72). Au-delà, le travail devient plus erratique  pour les raisons que l’on sait.

L’album éponyme de 1969 (en écoute intégrale ici) est le disque sur lequel il trouve le  son qui le caractérise le mieux aujourd’hui. Plus dépouillé que ses prédécesseurs, avec des arrangements a minima, le poids des mots utilisés et des sujets traités, souvent désespérés, prennent ici une valeur supplémentaire. Ca se fait à la gratte acoustique, en fingerpicking, à la voix, à la basse et aux percus.

Troisième LP du catalogue, l’œuvre en question vous plonge aussi bien dans la nostalgie la plus profonde qu’elle rebooste, transcende ou décanule la tête. Trois morceaux de son album initial figurent sur ce disque auto-intitulé (For The Sake Of The Song, Waiting ‘Round To Die et I’ll Be Here In The Morning) dont tous les titres sans exception – je dis bien sans exception – valent leur pesant de larmes et d’émotions. C’est triste et beau à la fois, angoissant parfois, mais au final, quand le bras de la platine reprend sa position initiale, on se sent tout chose, tout petit, con, remis à sa place, parcouru de délicieux frissons. Et dire que j’ai zappé ça de son temps, sous prétexte que la country, le folk…foutaises, peccadilles de manants, balivernes, sornettes et billevesées. C’est là qu’il fallait être, mille putois puants. S’il le six étoiles existe, ne cherchez pas plus loin, il est là, il vous tend les bras.

Cet album est plus qu’essentiel, il est vital. Alors si ce que l’on appelle la country-folk ou folk-country vous rebute, accordez-vous une pause ici avec un des meilleurs songwriters du monde et de tous les temps, vous allez vite réviser votre jugement, je vous en fiche mon billet (RAZOR©).  

 

1. For the Sake of the Song.

2. Columbine.

3. Waiting 'Round to Die.

4. Don't You Take It Too Bad.

5. Colorado Girl.

6. Lungs.

7. I'll Be Here in the Morning.

8. Fare Thee Well, Miss Carousel.

9. (Quicksilver Daydreams Of) Maria.

10. None But the Rain.

 

Townes Van Zandt:guitare acoustique,chant.

LP Studio 4 - 1971

 

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TOWNES VAN ZANDT

DELTA MOMMA BLUES – 1971  4/5

 

Publié en 1971

Produit par Kevin Eggers,Ronald Frangipane.

Durée:32:55.

Label:Tomato.

 

Ames sensibles s’abstenir.

 

L’alternance entre folk et country est le genre jusqu’alors récurrent dans les précédents disques de Townes Van Zandt. Delta Momma Blues (1971), le numéro 4 de son répertoire, annonce un passage dans le blues, country-blues dirons-nous.

Enregistré à New York City et non plus à Nashville, il prend place dans la discographie prolifique de l’artiste texan, celle de la période 69/72, avec, chronologiquement, Our Mother The Mountain (1969), l’éponyme Townes Van Zandt (1969), High Low And In Between (1972) et The Late Great Townes Van Zandt (1972). Que des indispensables !

C’est durant ce créneau spatio-temporel que Townes Van Zandt forge le mythe qui est attaché à son nom, statut ordonné par une propension à s’autodétruire, comme Hank Williams, son influence lyrique majeure, qu’il rejoindra au paradis 44 ans après, jour pour jour.

Pas la moindre ambigüité ici, c’est le Townes Van Zandt du haut du panier auquel on a à faire. Même si la noirceur dominante qui faisait la force de ses travaux précédents, se cherche ici, et si, personnellement, je préfère le TVZ des LP d’avant Delta,  l’écriture n’en conserve pas moins énormément de puissance, de vérité et de simplicité. Cela n’enlève rien au talent qu’on prête à cet artiste et à la qualité de Delta Momma Blues pour lequel le texan a écrit neuf des dix originaux.

Mélange de folk, de country avec un accent marqué pour le blues, Delta Momma Blues s’ouvre, et c’est paradoxal pour le songwriter notoire qu’il est, sur un nostalgique FFV, emprunté au dramatique répertoire ferroviaire traditionnel et que la Carter Family a popularisé de son temps (Wreck Of The C & O). C’est le seul titre qui échappe à sa plume.

Dans le reste du répertoire ici fixé, Townes alterne gravité et liberté, combine amour et humour (Turnstyled Junkpiled), anéantit l’auditeur avec un unique et déchirant Tower Song, livre un poignant, désespéré et terrifiant Nothin’ et dévoile quelques pièces aussi touchantes les unes que les autres comme les dévastateurs Rake et Where I Lead Me, le doux Delta Momma Blues ou les Brand New Companion, Come Tomorrow.

Un peu moins mélancolique et surtout plus bluesy que ce que l’on connait alors de son style d’alors, ce quatrième jet de Townes s’avère être un disque sobre et très intime qu’il faut fouiller très en profondeur et à plusieurs reprises pour en tirer tous les bénéfices et les subtilités. Il ne se révèle vraiment qu’au fil du temps. Dès lors, il suscitera du plaisir et deviendra vite un allié de votre quotidien.

C’est tout le paradoxe de ce poète que d’être encore capable de voler très haut dans un registre qui lui sied moins. Le blues n’est pas l’endroit où il s’exprime le mieux, en tous cas pas celui où il transmet le plus d’émotions, même si son investissement personnel est total et cohérent. Conclusion, même quand il baisse d’un ton, Townes Van Zandt demeure au niveau. Pour finir, j’ose une citation de Steve Hawley, un musicien ricain, qui disait à son propos : « Une chanson de Townes, c’est comme une vieille chaussure, tu dois la chausser un moment avant d’avoir le sentiment qu’elle t’appartient ». Je crois qu’elle résume et l’artiste et ce disque (RAZOR©).

 

1. FFV.

2. Delta Momma Blues.

3. Only Him Or Me.

4. Trunstyled, Junkpiled.

5. Tower Song.

6. Come Tomorrow.

7. Brand New Companion.

8. Where I Lead Me.

9. Rake.

10. Nothin'.

 

Townes Van Zandt:guitare,chant,arrangements,compositions.

LP Studio 5 - 1972

 

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TOWNES VAN ZANDT

HIGH LOW AND IN BETWEEN - 1972

 

Publié en 1972.

Produit par Kevin Eggers.

Durée:31:44.

Label:Rhino-WEA/Tomato.

 

(Chronique en cours d'écriture)

 

1. Two Hands.

2. You Are Not Needed Now.

3. Greensboro Woman.

4. Highway Kind.

5. Standin'.

6. No Deal.

7.To Live Is to Fly.

8. When He Offers His Hand.

9. Mr. Mudd & Mr. Gold.

10. Blue Ridge Mountains.

11. High, Low and In Between.

 

Townes Van Zandt:chant,guitare.

Donnie Owens:guitare.

David Cohen:guitare.

Don Randi:piano,orgue.

Harvey Newmark:basse.

John Summer:batterie.

Ann Whitsett:battements de mains.

LP Studio 6 - 1972

 

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TOWNES VAN ZANDT 

THE LATE GREAT TOWNES VAN ZANDT – 1972  4,5/5

 

Publié en 1972.

Produit par Kevin Eggers,Jack Clement.

Durée:38:31.

Label:Tomato.

 

Contes d’une vie difficile.

 

Pour ce mec, qui a constamment et très tôt brûlé la chandelle par les deux bouts et à propos duquel il était légitime de craindre que le dernier album publié soit son dernier tout court, écrire et composer était un salvateur exutoire.

Townes Van Zandt, douloureusement abîmé par l’existence, s’accrochait à son travail pour tenter de s’éloigner définitivement des drogues dures et des produits de substitution qui jalonnaient son quotidien. Mais ce gros travailleur en avait-il encore la force et la volonté au moment d’aborder son cinquième album studio ? Y croyait-il vraiment, lui, cet éternel mélancolique, ce solitaire souvent reclus, qui s’imposait des règles d’hygiène draconiennes pour faire aboutir sa  musique et décrocher enfin le pompon et, à l’inverse, complètement démissionnaire quant à  son comportement autodestructeur fréquent et répété ?

Avait-il encore les moyens de se battre dans la foulée d’une production discographique, aujourd’hui décortiquée à la hausse, mais ne suscitant alors que fort peu l’intérêt du public ? La mort brutale et accidentelle de Leslie Jo Richards, sa girl friend californienne, ne fit rien pour arranger les choses. A sa mémoire, il écrira Snow Don’t Fall qui figure sur l’album de 1972 au titre ironique et maladroitement prémonitoire The Late Great Townes Van Zandt (écoute intégrale ici).  

Le manque de reconnaissance dont il était l’objet, quoi qu’Emmylou Harris en pinçait énormément pour cet artiste, était pour lui l’incurable et vraie brûlure d’une vie professionnelle et artistique qui, compte tenu de son talent incomparable et de son engagement sans borne, ne lui apportait qu’un dérisoire retour sur investissement. A cette époque, rares sont les auteurs-compositeurs de sa trempe aux States. Chacun de ses mots a une valeur inestimable et s’enrobe d’une grande pureté, alimentés par un quotidien personnel vécu intensément.

Sa poésie n’en est que plus réaliste et crédible. Ses confessions les plus intimes sont poignantes et à coup sûr, influencées par sa consommation abusive d’alcool et sa toxicomanie avancée.

Dans ce contexte de dénuement, on ressortira plus particulièrement Pancho & Lefty, le plus connu de ses titres, le romantique If I Needed You, le blues acoustique  German Mustard, l’optimiste Don’t Let The Sunshine Fool, Ya, Honky Tonkin’, et Silver Ships Of Andilar. Hormis Heavenly Houseboat Blues, légèrement en retrait et Sad Cinderella, le regretté troubadour texan ne déçoit pas et publie en complément du précédent High Low And In Between (1972), un deuxième grand LP consécutivement.

C’est là, en effet, que se situe l’apogée de d’une  carrière qui va devenir plus erratique pour les raisons citées. La mort, le premier janvier 1997, de cet idéaliste sans espoir, fut, plus qu’une surprise, un soulagement pour cet être en souffrance permanente (RAZOR©).

 

1. No Lonesome Tune.

2. Sad Cinderella.

3. German Mustard.

4. Don't Let The Sunshine Fool Ya'.

5. Honky Tonkin'.

6. Snow Don't Fall.

7. Fraulein.

8. Pancho & Lefty.

9. If I Needed You.

10. Silver Ships Of Andilar.

11. Heavenly Houseboat Blues.

 

Townes Van Zandt:guitare acoustique,chant.

Joe Allan:basse.

Jack Clement:mandoline.

Vassar Clements:violon.

Chuck Cochran: piano,claviers,arrangements.

Jim Colvard:guitare.

Rocky Hill:slide guitare.

Kenny Malone:batterie.

DISCOGRAPHIE POSTHUME.

LP Collection - 2013

 

Townes van zandt unreleased studio sessions and demos 71 72 2013

 

TOWNES VAN ZANDT

SUNSHINE BOY : THE UNHEARD STUDIO SESSIONS & DEMOS 1971/72 -2013  5/5

Publié en 2013.

Enregistré entre 1971 et 1972.

Label:Omnivore Recordings.

Genre:outlaw country,country,blues,folk.

Et si c’était lui le plus grand des songwriters Américains ?

 

Avez-vous déjà réfléchi une seconde sur tous les ingrédients nécessaires à la réalisation d’une chanson ? Il serait fastidieux d’en faire l’inventaire : l’amour, la haine, l’argent, la guerre, la vie, la mort, la douleur, la joie...

Une fois qu’elle est écrite, encore faut-il qu’elle soit belle ou bonne, qu’elle plaise, que sa mélodie accroche, que ses suites d’accords soient cohérentes, qu’elle touche et qu’elle reste dans nos esprits, qu’elle passe à la radio, qu’elle soit reprise. Il y a des airs qui naissent en un claquement de doigt ou des paroles qui voient le jour sur un coin de table. C’est rare. Il en est plus qui finissent froissées au fond d’une poubelle…

Alors imaginez, face à une telle difficulté, toutes ces personnes derrière ces chansons, ces auteurs-compositeurs qui passent des heures, des journées, des semaines, à peaufiner leurs créations, pensez à ceux que l’histoire du rock considère comme leurs plus belles plumes : les Dylan, Lennon, McCartney, Scott Boyer, Gene et Guy Clark, Nick Drake, John Martyn …

Moi, c’est Townes Van Zandt, texan bien né, qui me fait craquer. Quand je fais le bilan de tous les grands albums qu’il a publiés, c’est sidérant. Un album, c’est 10/12 titres. S’il est grand, c’est qu’il n’a pas de failles. Donc qu’il a signé 10/12 bonnes ou très bonnes chansons. C’est son cas. A chaque LP, un lot de magnifiques chansons. Son histoire discographique  s’est répétée à un haut niveau. Il n’est pas un Townes Van Zandt critiquable en termes d’écriture.

Cet ado dégingandé trop libre devenu adulte paumé et vulnérable, était un véritable génie. Invisible, discret  mais génial. Dylan en était fan comme Townes l’était de Hank Williams et de Lightnin’ Hopkins par lequel est venue la vocation. Il était invisible et discret, au point, pour certains, d’avoir attendu sa mort, le premier janvier 1997, pour savoir qu’il avait existé, pour d’autres, de lui réaccorder de l’intérêt sous l’influence du bruit fait autour de son nom depuis.

Alcool, héro, accrocs de la vie, isolement, échecs commerciaux de ses disques, remords éternels, il n’en fallait pas plus pour écorcher encore plus cet être déjà fragilisé par une bipolarité maniaco-dépressive. Toute sa vie, ce poète de la souffrance, trop autodestructeur pour connaître le succès, cet artiste pour lequel les mots prévalent, a été un grand malade. Les traits qui barraient le visage de cet homme foncièrement joyeux, loin d’être le triste sire généralement dépeint, trahissaient souvent cet état de fait. On pardonnera volontiers ces écarts à cet artiste hyper doué et prolifique qui a pesé, au-delà de la sphère essentiellement country-rock, sur des générations entières de musiciens et sensibilisé des flopées d’écrivains en herbe.  

La musique n’est pas seulement ce que l’on voit et ce que l’on entend, c’est surtout ce que l’on ressent. Au contact de Townes, c’est indéfinissable. Ses mélodies vous transpercent le cœur à la première écoute. Ses chansons, parfois douces-amères, sont riches et à classer dans le Gotha de ce que les plus grands songwriters ont écrits. Elles sentent une vie qui résonne comme la plus triste des ballades, flairent le vécu d’un mec qui respire pour ce qu’il fait vraisemblablement de mieux : écrire et composer.

Le registre est globalement mélancolique, voire carrément triste par endroits, mais rien qui ne mène à la déprime comme on pourrait le supposer, et pas plus que ses confrères. On a l’impression permanente que cet électron libre lit dans votre esprit. Tout dans sa musique est parfaitement dosé, bien équilibré, malgré un chant toujours émouvant mais à la justesse parfois approximative, notamment dans les graves.

La période qui s’inscrit entre 1968 à 1973 appartient au temps fort de l’œuvre de Townes, ponctuée par 6 albums qui traduisent la puissance de son répertoire. Les plus belles œuvres se sont alors mises à tomber du ciel : For The Sake Of The Song (68), Our Mother The Mountain (69), Townes Van Zandt (69) ainsi que Delta Momma Blues (71), High Low And In Between (72) et The Late Great Townes Van Zandt (72), son pic de créativité. Après, ses vieux démons reprennent le dessus et tuent dans l’œuf toute velléité créative. Les disques se font alors de plus en plus rares dans les décennies suivantes. Il meurt à 52 ans en 97.

Sunshine Boy : The Unheard Studio Sessions & Demos 1971/1972 (2013), enregistrements exhumés de ce créneau fertile pour les besoins de cette nouvelle offre, double de surcroît, traduit la force brute de son écriture d’alors ; ce disque publié en 2013 est réalisé pendant la phase prolifique évoquée ci-dessus et amène, à ce stade de sa carrière et alors qu’il enfile les perles à la pelle, à se poser une question : et si Townes était tout simplement le plus grand compositeur du monde ? S’il n’avait pas viré du trône la référence Dylan ? Une chose est cependant établie : c’est sur ce terreau de fertilité que se façonne le mythe Townes Van Zandt.

Sunshine Boy : The Unheard Studio Sessions & Demos 1971/1972 est la vitrine opportune pour méditer sur le sujet, d’autant plus que la liste de ce qui y figure est savamment orchestrée et que certaines de ses chansons, alternatives ou démos (et un inédit), sont ici épurées, permettant une vision très proche de sa réalité. On écartera les quelques reprises qui n’entrent pas dans le présent débat, pour ne retenir que les classiques et les titres moins populaires. Ce territoire est assez élogieux, complet et convaincant  pour permettre aux jeunes pousses voulant se farcir du Van Zandt de s’y poser pour une première.

Si ce disque contribue à redorer encore et encore le blason de l’artiste, il met parallèlement en face d’une autre interrogation ceux qui sont supposés en avoir fait le tour, le connaissent-ils vraiment ? La substance ponctionnée pour moitié aux répertoires de High Low And In Between (72) et de The Late Great Townes Van Zandt (72) ne réécrira pas l’histoire, ni ne surprendra pas le fidèle des fidèles, mais aura au moins le mérite de dévoiler l’auteur-compositeur sous une autre facette et de découvrir ses chansons - que dis-je, ses classiques - dans ses approches alternatives, à l’image de Pancho & Lefty, enregistrée sans les cuivres.

Son côté dépouillé est le reflet de toute l’activité de l’artiste avant le véritable travail d’enregistrement. Townes Van Zandt est à l’aise dans cet exercice, tout comme il prenait plaisir à être sur scène. Il ne se cache pas et c’est assez excitant de le retrouver dans l’autre moitié, plus obscure, que, personnellement, je découvre avec plaisir. Picking sobre, voix émouvante… celle-ci parle d’elle-même. Même si ces versions ne sont pas toujours pleinement exécutées, cette collection est exceptionnelle ; elle n’a rien d’une énième offre sur le sujet.  C’est pourquoi elle peut finir dans l’escarcelle des gens de bon goût comme vous l’êtes (RAZOR©).

 

Disque 1 (Studio Sessions).

1. T for Texas.

2. Who Do You Love.

3. Sunshine Boy.

4. Where I Lead Me.

5. Blue Ridge Mountains.

6. No Deal Townes.

7. Pancho & Lefty.

8. To Live Is to Fly.

9. You Are Not Needed Now.

10. Don't Take It Too Bad.

11. Sad Cinderella.

12. Mr. Mudd & Mr. Gold.

13. White Freight Liner Blues.

14. Two Hands.

15. Lungs.

16. Dead Flowers.

 

Disque 2 (Demos).  

1. Heavenly Houseboat Blues.

2. Diamond Heel Blues.

3. To Live Is to Fly.

4. Tower Song.

5. You Are Not Needed Now.

6. Mr. Mudd & Mr. Gold.

7. Highway Kind.

8. Greensboro Woman.

9. When He Offers His Hand.

10. Dead Flowers.

11. Old Paint.

12. Standin'.

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