Duncan Browne.

BIOGRAPHIE.

 

DUNCAN BROWNE/Londres (Angleterre)

 

Duncan browne

 

Né le 25 mars 1947, décédé le 28 mai 1993.

Label:Immediate,RAK,Logo Records,Zomart,Castle Music.

Genre musical:folk,pop baroque,rock.

 

Passé à côté du pompon.

Give Me Take You est un trésor oublié du rock. On peut être album d’exception et tomber dans l’indifférence et l’oubli, ça n’est pas incompatible : la preuve. Ce dernier aurait pu ne jamais plus revenir sous les projecteurs et continuer à croupir sous la poussière. Il aura fallu pour l’en exhumer, une fois de plus, la ténacité des dénicheurs de reliques vinyliques rares ou passées à côté du pompon pour que, non seulement le disque en question nous permette d’entrevoir en Duncan Browne, son auteur, une part de Nick Drake, mais aussi pour que le binôme soit réhabilité à sa juste valeur.

Parmi ces chasseurs de trésor, Sanctuary, en 2000, le ressort avec 5 inédits en sus et Cherry Red, neuf ans plus tard, fait encore plus fort en agrémentant  le support original d’un doublement des titres jamais publiés. De quoi atténuer un tantinet la frustration née d’une première apparition, malheureusement bâclée et improductive, dans les bacs en 1968. Mort d’un cancer en 1993, Duncan Browne, dindon de la farce, n’aura donc jamais pu goûter aux éloges qui se déversent depuis sur son œuvre, après avoir préalablement dû payer au prix fort les déboires de sa maison de disques. Je m’explique.

Duncan browne 1

Duncan browne 3

La mauvaise blague d’Oldham.

Au moment où Give Me To Take est libéré, le label londonien indépendant Immediate Records du manager des Stones Andrew Loog Oldham (et Tony Calder) traverse une très mauvaise passe financière, accumulant plus de million de livres sterling de dettes.

Cette situation l’oblige, pour réaliser de substantielles économies, à abréger les séances en studio, à rogner sur la promotion ou la distribution. Oldham n’a pas pu ou su vendre un artiste dont il se plaisait à rappeler le talent à qui voulait l’entendre. Le disque de Duncan Browne sort dans ce chaos budgétaire. Son aspect anachronique précipite sa perte, il est sacrifié sur l’autel de l’austérité ambiante. Que la veine pop-folk baroque planétaire des 60’s, celle raffinée des Drake, des Zombies ou du Ray Davies des Kinks de la même époque, en ait fait un disque culte de la filière anglaise, ne change rien au problème. Duncan Browne ne s’est jamais payé sur la bête, rendons-lui justice et hommage aujourd’hui en revisitant et sa bio et son travail.

Give Me Take You ouvre son oeuvre, que 3 LP complètent entre 1973 et 1978. Ironie du sort, le dernier legs qu’il laisse au rock, le délicieux Songs Of Love And War, est édité à titre posthume deux ans après sa mort (1995) après que ses musiciens et Colin Blunstone, membre éminent des Zombies, aient déployé des tonnes énergie pour faire aboutir un projet que la maladie de Duncan Browne n’a pas permis d’achever. Il est de ces destins quand même…

Un troubadour est né.

Duncan Browne, vingt ans quand il tape dans l’œil d’Oldham, 21 à l’époque des faits discographiques qui en font depuis un martyr du rock, met le pied à l’étrier du folk en prenant Dylan comme modèle. Un barde, un troubadour, un trouvère, comme lui et dont le jeu et la technique inspirent plus que le chant ce jeune homme de 17 ans alors, à la santé précaire depuis l’enfance.

Duncan browne nick magnus

« Duncan et moi aurions pu nous rentrer bien plus tôt. En 1982 déjà, je partageais un appart’ avec une amie commune qui était amie avec Lin qui, elle-même, allait devenir son épouse. Cette amie commune connaissait Colin Blunstone qui lui-même a partagé un appart’ avec Duncan. Dunc et Colin travaillaient alors sur des démos destinées au projet qu’ils avaient en tête Camino.

C’est là que j’ai rencontré Dunc, avec lequel j’ai échangé sur la musique en général. Dans les trente premières secondes de ce contact, j’ai su qu’une amitié se tissait. Nous avons décidé de nous revoir et de collaborer. Le reste appartient à l’histoire. » (Nick Magnus)

Grâce à l’américain, Duncan, fils d’un haut placé de la Royale Air Force, formé à la culture classique (clarinette), apprend la guitare en autodidacte, se forge à l’école de la rue londonienne, parcourt l’Europe guitare Yamaha en bandoulière, avant de faire le Conservatoire de Musique et d’Arts Dramatiques de Londres puis de fonder le trio Lorel sur lequel Oldham met la main sans aller jusqu’au bout de ses intentions. Lorel enregistre un single ne voyant jamais la lumière du jour ; ce renoncement d’Immediate accélère la dissolution du trio.

Give Me Take You, objet de toutes les convoitises.

Après trois ans à galérer, la chance semble alors sourire à Duncan Browne, toujours resté dans l’environnement du label à bricoler des arrangements pour d’autres et qu’Andrew Oldham n’a pas oublié. Pour lui, il veut impérativement un album solo. L’artiste sollicite alors le poète occasionnel, acteur et ami David Bretton avec lequel il signe une douzaine de titres, autant de sublimes enluminures néobaroques. C’est Give Me Take You.

Duncan browne give me take you

Sur les mélodies graciles, ouatées et délicates de son compositeur, autour de son jeu de guitare exceptionnel et d’arrangements subtiles, Bretton pose une poésie finement ciselée. Duncan pare cet univers apaisé et éblouissant d’une voix songeuse.

Give Me To Take a de l’Astral Weeks dans les veines. Du Moody Blues. Oldham produit ce disque culte, mais plus en observateur qu’en véritable acteur, se contentant de réserver le studio et de laisser faire le génial Browne.

Comme subjugué par le spectacle magique donné par cet incroyablement doué.Si le disque fait un flop pour les raisons évoquées antérieurement, Duncan Browne n’en sort pas moins élevé au rang de curiosité dans le milieu.

Les Nice, voisins de palier chez Immediate, le contactent par l’entremise de Keith Emerson, pour réaliser ses arrangements musicaux. Ce dernier lui propose même de prendre la place de guitariste occupée par Davy O’List (Roxy Music) lorsqu’il quitte Nice. Ayant en tête le projet Emerson Lake & Palmer, Keith Emerson ne donne pas suite à cette proposition et Duncan Browne doit patienter cinq ans avant de sortir un deuxième LP, toujours dans son style si particulier et toujours aussi bon.

La remarquable suite à Give Me Take You.

L’éponyme Duncan Browne (1973) se pose un peu comme la suite à Give Me To Take : folk et doté de brillants arrangements. Cet album, fait pour RAK Records, label indépendant derrière lequel se profile Mickie Most, producteur des Animals, de Donovan et de Jeff Beck notamment, contient son seul hit anglais, Journey (23 dans les charts).

Malgré ce second opus remarquable, la carrière de Duncan Browne ne décolle toujours pas. Pour vivre, il occupe son temps à travailler comme musicien de sessions, à collaborer sur les LP respectifs de Colin Blunstone (Journey/1974) et de l’excellent Tom Yates (Love Comes Well Armed/1973), mort comme lui en 1993, d’une leucémie.

Metro, boulot, albums solos.

Au milieu des 70’s, le musicien folk passe à l’électrique en s’orientant vers le power-pop avec Peter Godwin et Seans Lyons. Un album (éponyme de 1977) restitue ce changement radical de cap. Pas sa meilleure expérience, soit dit en passant. Pour autant il n’en a pas fini avec ses projets solos puisqu’il continue à alimenter sa besace personnelle de deux LP.

The Wild Places (1978), électrique et introspectif, porté par des belles mélodies, reflète, comme son suivant Streets Of Fire (1979) la délicatesse et l’aisance d’un artiste qui, à défaut d’être au sommet de son art ici, reste à un très haut niveau, insuffisant toutefois pour sensibiliser le public malgré la percée du premier nommé sur le sol américain (174 au Billboard 200 pour The Wild Places en 79).

Un goût d’inachevé.

Les années 80 l’amènent au cinéma et à la télévision, secteurs pour lesquels il compose des musiques de films et des génériques. Il ne fait alors plus parler de lui jusqu’à ce que ses albums ne soient réédités et adaptés au format numérique dans les années 90. Son cancer du colon déclaré en 1989, puis sa mort en 1993, l’empêchent de mener à son terme l’enregistrement de Songs Of Love & War (1995). Comme évoqué précédemment, Colin Blunstone, aidé de Nick Magnus et de Sebastion Graham-Jones, tous deux producteurs, se charge de faire aboutir l’ultime héritage discographique de celui qui a été l’un des plus beaux cocus de l’histoire du rock anglais (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S.

LP Studio 1 - 1968

 

Duncan browne give me take you 68

 

DUNCAN BROWNE

GIVE ME TAKE YOU – 1968  5/5

 

Publié en 1968.

Produit par Andrew Oldham.

Durée:41:24.

Label:Immediate Records.

Genre:folk,folk-rock,pop rock,pop baroque,folk prog.

 

Flop commercial, œuvre majeure.

 

Ce fils d’officier de la Royal Air Force aurait pu épouser la même carrière que son géniteur, mais une santé précaire l’en prive alors qu’il s’y prédestine.

En optant pour la musique, Duncan Browne, par ailleurs excellent compositeur, doté d’un sens mélodique aiguisé, fait des heureux. Il s’y révèle virtuose de la guitare acoustique, instrument qu’il dompte, après l’avoir fait de la clarinette, en autodidacte, durant une adolescence influencée ses auteurs classiques comme Bach et Haendel ou par ce qui est alors la modernité, Bob Dylan.

Pour maîtriser à la perfection un art dont il a déjà mentalement fixé les contours pour bâtir son avenir, il suit des cours d’harmonie et de composition à l’Académie de Musique et d’Art Dramatique de Londres. Duncan fonde alors le groupe folk Lorel, signé par Immediate Records, le nouveau label indépendant  d’Andrew Loog Oldham qui vient de lâcher les Stones.

Seul un single (le très bon Hear And Now)  concrétise ce partenariat, ce qui n’empêche pas Browne de taper dans l’œil avisé d’Oldham et de prolonger cette association qui débouche sur Give Me Take You, premier LP solo de l’anglais (1968).

Flop commercial, il est depuis réhabilité à la hausse. Mélange de pop, de folk et de classique, ce LP, pour lequel Browne bénéficie de l’aide lyrique du poète David Bretton, issu de la même promo de la Royal Academy Of Music And Dramatic Art, est une œuvre majeure de pop baroque et des sixties, hors du temps, qu’Oldham n’a pas été en mesure de vendre et de promouvoir à sa juste valeur. C’est la raison essentielle de l’oubli dans lequel il s’est englué depuis.

Redécouvert par le jeu des rééditions, Give Me Take You a tout pour lui et sa reconnaissance tombe bien trop tard pour que le génial Duncan Browne, décédé en 1993, puisse en tirer les bénéfices mérités.

De la guitare sèche, des chœurs éthérés, des harmonies vocales, des parties de clavecin, des instruments à vent (cuivres) et à cordes (harpe, flûte, hautbois), une voix douce, rêveuse et duveteuse, des textes qui empruntent à la poésie british du dix neuvième, des arrangements sophistiqués qui ne laissent pas de marbre Keith Emerson des Nice, des mélodies ouatées…

Give Me Take You est effectivement une très belle capture, pleine de mélancolie et de délicatesse, bouleversante, qui met en exergue le talent innommable de ce ménestrel pourtant encore juvénile à l’époque des faits (21 ans). De ce répertoire absolument sublime, il convient surtout de ne rien écarter et de tout consommer religieusement. Il est inenvisageable de passer une deuxième fois à côté de ce joyau resurgi de nulle part(RAZOR©).

 

1. Give Me Take You.

2. Ninepence Worth Of Walking.

3. Dwarf In A Tree ( A Cautionary Tale).

4. Ghost Walks.

5. Waking You Part I.

6. Chloe In The Garden.

7. Waking You Part II.

8. On The Bomsite.

9. I Was You Weren’t.

10. Gabilan.

11. Alfred Bell.

12. Death Of Neil.

 

Duncan Browne:chant,guitare.

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.