The Bee Gees.

BIOGRAPHIE.

 

THE BEE GEES/Manchester (Angleterre)

 

Bee gees 1967 epoque massachussetts

 

Actif entre 1958 et 2003, de 2009 à 2012.

Labels:Leedon,Spin,Festival,RSO,Atco,Warner Bros,Polydor.

Genre:pop,pop baroque,pop-rock,disco,soul.

Site officiel:beegees.com

Disco mais pas que.

Si l'on se borne à ne retenir des Bee Gees que la machine à tubes ayant fait exploser le disco à la fin des 70's, que les chauffeurs de dance floors aux nippes colorées et paillettées, aux pantalons moulants et pattes d'éph, brushés comme des gonzesses, il est clair que l'on ne voit pas en quoi ils ont pu marcher dans les pas des Beatles. Rien à voir et pourtant.

Ce que l'on sait, par contre, c'est que le trio familial est, comme son rival du moment, vendeur de plus de 220 millions de disques et que les brillantes années de son parcours initial ne méritent pas qu'il soit seulement réduit à un groupe ayant fait dansé des générations de fans, loin s'en faut. Avant de s'être donné corps et âme au disco, Barry et les jumeaux Robin et Maurice ont, au milieu des 60's, bel et bien boxé dans la même catégorie que les Fab Four.

New York Mining Disaster 1941, I Started A Joke ou Massachussetts, ses premiers singles pop marquants, ont damé le pion aux gars de Liverpool, faisant alors naître la rumeur selon laquelle les Bee Gees sont les Beatles évoluant sous un pseudo. George Harrison en personne reconnaît plus tard que New York Mining Disaster 1941 a du Beatles sous le capot et qu'il en était fan. La comparaison n'est donc pas si insensée que cela.

Une famille marquée.

Les Bee Gees sont depuis décimés. Seul Barry est désormais le gardien de la mémoire du groupe, une famille dans la famille. Pour ce qui est de la lignée des Gibb, il faut encore compter sur la sœur Lesley, pressentie au début pour intégrer le trio (mais qui a décliné). La belle gueule popularisée par How Deep Is Your Love est le dernier survivant d'une communauté qui n'a pas été épargnée par les malheurs.

Souvenons-nous d'Andrew, dit Andy, 30 ans, mort en 1988 après des années de dépendance aux stupéfiants et dont le single (Love Is) Thicker Than Water détrone de son piedestal un certain Staying Alive en mars 1978. En 2003, très affecté par la disparition de son jeune frère au point de sombrer dans l'alcool, Maurice, le Bee Gees tranquille, nous quitte suite à une intervention chirurgicale qu'il ne supporte pas. En 2012, un cancer terrasse à son tour son jumeau Robin, la voix des succès planétaires des Bee Gees des 60's évoqués antérieurement. Le 15 août 2016, c'est au tour de la maman Barbara de s'éteindre.

Bee gees brisbane 1960Des Gibb encore juvéniles.

Bee gees jeunes 50 sDans les 50's.

Bee gees family gibbLa famille Gibb réunie autour du projet des BG's.

Bee gees bg s 65Premiers succès.

De l'Angleterre à l'Australie.

Nés d'un père batteur et leader d'une formation, Hugh Gibb Jr, et d'une mère, Barbara, chanteuse dans un orchestre de bal, les frères Gibb ont trempé tôt dans la musique. Natifs de l'ile de Man, mais résidant à Chorlton, banlieue de Manchester, les Gibb quittent l'Angleterre à la fin des 50's.

Dans la cité mancunienne, l'ainé des Gibb, Barry réunit un premier groupe amateur de skiffle, les Rattlesnakes (1955), avec Paul Frost et Kenny Horrocks ainsi que ses frères Maurice et Robin. Très jeunes (Barry a 9 ans ; les jumeaux 6), la formation en herbe jouent avec des instruments rafistolés ou fabriqués de manière archaïque.

Début mai 1958, un premier déménagement de la famille met un terme aux Rattlesnakes avant que celle-ci ne s'envole pour l'Australie 3 mois plus tard. Barry sait déjà ce qu'il veut faire de son avenir : un trio avec Maurice et Robin et écrire des chansons.

Les prestations encore immatures des trois frères ne laissent pas insensibles un pilote de course, Bill Goode, lequel les met en relation avec un DJ de Sidney, Bill Gates, qui les fait passer dans son émission radiophonique. Ce coup de pouce suscite l'engouement d'auditeurs pour ce trio que l'entourage se charge de nommer Brothers Gibb. Les initiales BG communes à Barbara Gibb, Barry Gibb, Bill Goode et Bill gates font qu'ils prennent le nom de BGs puis de Bee Gees en 1963.

Au début des 60's, Barry compose déjà et Bill Gates n'est plus le gestionnaire de la fratrie Gibb ; dès lors, c'est papa Hugh qui prend l'affaire en main. Première étape, les télés.

La TV de Brisbane auditionne ses fils qui interprètent Anything Goes. Le succès qui en découle appelle d'autres apparitions sur le petit écran. Les jeunes BGs deviennent populaires en Australie.

Du Queensland à Sidney.

Après la télévision, les clubs du pays, les théâtres, les hôtels, les lieux de vacances. Le public, surtout celui du Queensland où ils évoluent le plus souvent, mord à l'hameçon mais Hugh, s'installant de temps en temps à la batterie, veille au grain sur ses apprentis, d'autant que les choses sérieuses commencent pour Barry qui se voit proposer un contrat d'édition.

Cependant, les frères, alors installés à Surfers Paradise, veulent plus. La rencontre avec Col Joye, chanteur pop australien connu et résidant aussi sur Gold Coast, va leur permettre de l'obtenir. Celui-ci accepte d'écouter les chansons que Barry a signées et que les Bg's interprètent alors.

Séduit, l'agent de Joye, Kevin Jacobsen, devient le leur ; les Gibb s'offrent Sidney et son environnement artistique propice à une accession accélérée la célébrité. Un premier objectif est atteint.

Grâce à leur imprésario, les frères Gibb se retrouvent, début 1963 et à Sidney, à ouvrir pour Chubby Checker, figure de proue du twist. C'est une aubaine formidable, compte tenu du statut de vedette de ce dernier. La famille Gibb se pose alors au 171 Bunnerong Road à Sydney (la maison a été détruite en 2016 dans le cadre d'un réaménagement du quartier) en janvier de cette année, où le trio enregistre pour Leedon Records, filiale de Festival Records, le label de Joye, le mois d'après. L'avenir s'annonce sous les meilleurs auspices.

Même si le single (The Battle Of The Blue And The Grey/The Three Kisses Of Love) ne fait pas encore de ramdam, un grand pas est effectué dans le cheminement de la carrière des anglais. A la fin de 1963, les trois frères (pour Barry, c'était en 1961) ont tous quitté l'école pour s'y consacrer pleinement.

Bee gees barry gibb portrait

« Notre enfance a été pauvre. On n'était pas loin de virer dans la délinquance, on traînait dans les rues, on volait dans les supermarchés, mais sans devenir des bandits non plus ! On détestait l’école. Par contre, la musique, on aimait. Tommy Steele ou Lonnie Donegan nous mettaient en transes. J’ai décidé de devenir une pop star. Mes frères m’ont demandé s’ils pouvaient le faire aussi. Ok, soyons donc des pop stars ensemble ! » (Barry Gibb)
 

L'effet Spicks And Specks.

Leur premier album, The Bee Gees Sing And Play 14 Barry Gibb Songs paraît en novembre 1965 sur le label Leedon. Il compile les meilleurs singles australiens des 3 dernières années. Certaines pistes comme Claustrophobia, Could It Be ou Peace Of Mind portent la griffe du Merseybeat tandis que Wine And Women connaît un succès d'estime.

Deuxième album, Spicks And Specks (novembre 1966) se fait pour Spin Records, toujours en Australie. Il est ainsi titré en référence au premier vrai single des Bee Gees à connaître le succès en étant le meilleur disque de l'année.

Sorti en septembre 1966 dans l'hémisphère sud, il paraît 6 mois plus tard au Royaume-Uni. Spin va être déterminant pour la carrière des Bee Gees car il marque la prise de contrôle provisoire de Nat Kniper sur les Gibb, le temps de gérer leur retour en Grande-Bretagne.

Dans l'écurie RSO.

Celui-ci est effectif au début de l'année 1967 et le beau comportement de Spicks And Specks arrive aux oreilles de Robert Stigwood, un australien résident depuis 1954 à Londres et qui œuvre dans la production et l'organisation de spectacles. Dès qu'ils posent le pied sur le sol anglais, les Bee Gees sont récupérés par celui qui sera aussi le futur manager de Cream et de Clapton et derrière les comédies musicales Hair, Jesus Christ Superstar ou Evita, devenues des classiques de Broadway.

Le manager signe les australo-anglais, encore adolescents. Stigwood va alors contribuer à lancer la carrière internationale des Bee Gees. Elle démarre chez RSO (Robert Stigwood Organization), propriétaire de l'étiquette RSO Records. Spin conserve les droits exclusifs de distribution sur le sol australien et Atlantic s'occupe du marché américain.

Commence alors un enchaînement de hits très éloignés du disco qui a popularisé le groupe dans la deuxième partie des 70's. On est sur les terres des Beatles et les Gibb ne se gênent pas pour marcher sur leurs plates-bandes.

New York Mining Disaster 1941 ouvre le bal en avril 1967. Inspiré par la catastrophe minière d'Aberfan (Pays de Galles) en octobre de l'année précédente, ce titre crée le doute dans l'esprit de beaucoup pour la similitude entre les Bee Gees et les Beatles.

(à suivre page suivante)

BIOGRAPHIE BEE GEES (SUITE).

I Started A Joke, Massachussetts...

C'est là que naît la rumeur évoquée précédemment et qui fait des Gibb des plagieurs de Lennon/McCartney. Pour Stigwood, pas le genre de professionnels à se laisser impressionner, peu importe la rumeur, ses poulains sont aussi bons qu'eux.

To Love Somebody, le single suivant, est un succès mineur en Grande-Bretagne (41), mais marche bien aux Etats-Unis (17). Ecrite pour Otis redding à la demande du manager, il sort pendant l'été 67, mais le chanteur américain ne peut en faire l'adaptation tant désirée. Il meurt en décembre de cette année. Avec le recul, son auteur, Barry Gibb, avoue avoir composé cette chanson pour Stigwood au motif de son admiration pour cet homme influent et doué.

Le premier top 10 revient à I've Gotta Get A Message To You, en septembre 1968. Il prépare le terrain à Massachussetts, vendu à plus de 5 millions d'exemplaires et premier numéro 1 du groupe en Australie et au Royaume-Uni.

Suit I Started A Joke, slow planétaire certifié or, sur lequel des milliers et des milliers de gens dansent et fricotent depuis décembre 1968. Grande chanson pop portée par la voix douce de Robin, elle hisse, comme son prédécesseur Massachussetts, les Bee Gees, non plus au niveau des Beatles, mais à celui des plus grands du rock.

Bee gees la fratrie a ses debuts photo crhis higginsDes rêves de pop-stars....

Bee gees disco...qu'ils deviennent dans la deuxième moitié des 70's.

Bee gees maurice gibbMaurice Gibb.

Bee gees robin gibb mortRobin Gibb.

Bee gees barry gibbBarry Gibb.

Bee gees robert stigwoodL'opportuniste Robert Stigwood. 

Odessa, un très grand album ; Mr Natural, formidable.

Côté albums, après le très bon Bee Gee's 1st (1967) premier à sortir sur toute la planète et Horizontal (janvier 1968) qui bénéficie du succès de Massachussetts, le groupe publie Idea (septembre 1968) et son lot d'agréables ballades, puis l'ambitieux et orchestré Odessa (février 1969), certainement leur meilleur LP.

Des désaccords au sein de la fratrie amènent au départ de Robin, alors motivé pour engager une carrière solo. Cucumber Castle (avril 1970), septième opus du catalogue, n'implique dès lors que Barry et Maurice. Ils ne s'en sortent pas trop mal, l'album ayant de la qualité. Ils voient cependant d'un bon œil le retour de Robin pour 2 Years On (décembre 1970).

Trafalgar (septembre 1971) est également de grande qualité ; les américains ne s'y trompent pas qui le portent au 34ème rang du Billboard et qui réservent un accueil exceptionnel au single qu'il abrite, How Can You Mend A Broken Heart ?, lequel fait N°1 des hits. On retrouve sur ce disque des Gibb reprenant du plaisir et à nouveau solidaires.

Dernier disque à être enregistré dans les studios IBC, dernier avec le producteur Bill Sheperd que Nat Kniper a emmené dans ses valises lors de la transition entre Snip et RSO, dernier pour la première ère Stigwood, From Whom It May Concern (octobre 1972), pourtant abouti, marque le déclin commercial du groupe que Life In A Tin Can (janvier 1973) entérine.

A défaut de vendre comme à leurs plus belles heures, les Bee Gees, mis entre les mains d'Arif Mardin, accouche d'un formidable Mr Natural (mai 1974). Depuis Odessa, ils n'ont pas fait mieux, n'ont jamais aussi bien écrit, ni aussi merveilleusement chanté. Leur son change, le disco s'annonce.

L'ère disco.

Main Course (juin 1975), enregistré à Miami, franchit le cap et les premières chansons influencées par la musique dansante et la soul s'invitent ici. L'album accroche bien, comme son suivant Children Of The World, placé dans la même veine artistique (septembre 1976).

La réussite est au bout et Robert Stigwood, en difficulté avec ses entreprises discographiques mais ayant élargi, depuis le début des 70's, ses activités dans la production de films, sent l'opportunité de rebondir avec les Bee Gees et le disco. Il acquiert les droits d'un article de Nik Cohn, paru dans New York Magazine.

Ce papier brosse la vie d'un italo-américain de Brooklyn, Tony Manero, dont le quotidien consiste à dépenser l'argent gagné la semaine comme employé dans un magasin de peinture, dans les soirées disco du samedi. Porté à l'écran, Saturday Night Fever révèle John Travolta qui, s'il n'est ni Fred Astaire ni Ginger Rogers, contribue à faire de ce film de 1977 un succès commercial hors normes (230 millions de dollars) et à populariser la musique disco dans le monde.

Saturday Night Fever, 15 fois disque de platine.

Pour la bande-son, il est fait appel aux Bee Gees qui ont mis un pied dans le genre dans leur album précédent. La musique de Saturday Night Fever est la plus vendue de l'histoire (plus de 40 millions d'albums écoulés) ; l'album des Bee Gees pour RSO est 15 fois disque de platine et reste 24 semaines de rang (janvier à juillet 1978) en tête du Billboard ; il figure dans ce classement jusqu'en mars 1980, soit 120 semaines.

Sur leurs terres, les Bee Gees occupent 18 semaines consécutives le leadership des albums. Saturday Night Fever est depuis culte, au point de figurer depuis dans le patrimoine culturel américain, via la Library Of Congress (Washington).

Stayin' Alive, Night Fever, How Deep Is Your Love, More Than A Woman, I Can't Have You, Jive Talkin' et You Should Be Dancing sont initialement destinées à un album classique du groupe, mais Stigwood les accapare pour les besoins du film, avec la réussite que l'on connaît.

Les Bee Gees ne perdent pas au change, ils sont désormais sacralisés par la planète disco que Stigwood alimente, en 1978, d'une autre comédie musicale à succès, Grease, avec le même Travolta. Les Bee Gees n'y sont pas et travaillent à leur prochain opus : Spirits Having Flown (février 1979).

Très bon notamment au niveau de la production (Albhy Galuten et Karl Richardson), mais loin d'être aussi puissant que son illustre prédécesseur, il concentre un lot de chansons pop et R & B accrocheuses mais qui ne pèsent pas autant dans les bacs.

Voué aux gémonies.

Après le triomphe précédent, la carrière des Bee Gees fait du surplace. Tellement identifié au disco dont il devient le bouc émissaire de ses détracteurs, le groupe disparaît progressivement avec la mort du genre dans les années 80.

16ème album studio, Living Eyes (octobre 1981) s'écoule à 750.000 exemplaires ; on est à des années-lumière des 16 millions de pièces de Spirits Having Flown. Ratage commercial total, cet album, digne d'intérêt malgré tout, marque la volte-face opérée par les Gibb vis à vis du disco.

Séparés de 1981 à 1987 et ESP, les Bee Gees se font discrets. Ils opérent un come-back en rebondissant chez Warner et en passant à l'ère digitale. L'album se vend bien en Europe (N° 5 au Royaume-Uni) où You Win Again fait N° 1 dans plusieurs pays (Suisse, Irlande, Allemagne, Norvège et Autriche).

Moins prolifiques que dans la seconde partie des 70's, les Bee Gees sont toutefois encouragés par cette renaissance mais doivent encaisser la terrible épreuve de la mort d'Andy, prêt à rejoindre alors ses frères pour de nouveaux projets.

N'en déplaise aux Beatles...

One (avril 1989), 16ème album studio à l'international (18ème en intégrant les deux premiers LP australiens), traduit la souffrance née de la perte du jeune frère, mais jamais sans verser pour autant dans le pathos. Il marque néanmoins le rebond commercial du trio dont la chanson-titre atteint la 7ème place des charts, premier top 10 depuis 10 ans. Le groupe repart en tournée une décénnie après avoir été voué aux gémonies pour sa conversion au disco.

High Civilization (1991), Size Isn't Everything (1993), Still Water (1997), le live One Night Only (1998) ne révèlent plus rien d'extraordinaire. Le compteur discographique des Bee Gees se fige sur This Is Where I Came In, 22ème album sorti en 2001, deux ans avant la mort de Maurice.

Les Bee Gees ont vécu, la disparition de Robin en 2012 scelle définitivement le sort de deux artistes qui auraient pu rebondir en duo. Ils étaient le groupe le plus populaire du monde, n'en déplaise aux Beatles et à leur fan-club (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 60'S.

LP Studio 6 - 1969

 

Bee gees odessa

 

THE BEE GEES

ODESSA – 1969  4,5/5

 

Publié en mars 1969.

Produit par Robert Stigwood,Bee Gees.

Durée:63:49.

Label:Polydor,Atco,RSO.

Genre:pop,pop baroque.

 

Du velours.

 

Vous avez bien lu. Ma chronique du jour concerne les Bee Gees et leur album Odessa (en écoute intégrale ici) de 1969. Soit une dizaine d’années avant qu’ils ne squattent les discothèques et que le sourire Gibbs (ça ne s’invente pas !) de Barry ne soit devenu un emblème planétaire.

Parce qu’avant d’être les michetons en costards satinés, pattes d’eph et cols pelle à tarte de Stayin’ Alive, les trois frangins ont fait les singles Massachussetts, I’ve Gotta Get A Message To You, I Started A Joke, trois beaux succès, mais ils ont surtout réalisé Odessa, un double album qui mérite un zieutage en règle.

Leur traversée des années 60 est passée à la trappe et on a tendance à négliger ce disque très intéressant, à des années-lumière de leur explosif parcours sur les pistes et dans les clubs, mais aussi quelques travaux par ailleurs très corrects comme leur premier LP de 67, Horizontal et Idea, tous deux de 68.

Le suivant, Odessa est une belle pièce, ambitieuse, parfois trop, de folk-pop baroque qui, comme c’est de bon ton à cette époque, bénéficie de grands renforts d’instruments et d’orchestrations symphoniques : guitares, piano, orgues, violons, harpes, harmonies vocales…

Il fourmille de bonnes idées, affiche une belle variété pour un résultat qui peut être parfois géant, mais aussi un peu longuet, par instants. A mon sens, il a surtout le défaut de sa longueur ; il n’était peut-être pas indispensable de charger la mule sur un double.

Le concept du double album, avec 17 pièces pas toutes au même niveau, ça peut fatiguer à la longue. Plus concis, il aurait gagné en qualité, même s’il reste, comme je vous le dis, un travail fort valeureux et digne d’intérêt.

Outre la fratrie Gibb, en proie à des rivalités entre Barry et Robin, le groupe compte en son sein, mais pour la dernière fois, Vince Melouney avec lequel les relations sont plombées, Colin Petersen (batterie) et Bill Shepherd qui intervient comme chef d’orchestre.

A Maurice, le chant, la guitare, la basse et les claviers, Barry tenant la guitare et officiant également au chant, tandis que Robin se charge de l’orgue (et du chant). Au regard d’Odessa, on en arrive à regretter que seule la période disco des Gibb ait été fixée dans la mémoire collective, incontestablement moins intéressante que cette cuvée de fin de décennie, autrement plus courageuse et ambitieuse.

Des entrailles d’Odessa émergent une foultitude de pièces grandioses. Le morceau titre d’ouverture plante le décor du naufrage d’un navire disparu dans les eaux de l’Atlantique nord : ses sept minutes, situent bien le haut niveau auquel les frérots Gibb voulaient porter ce disque.

Le pari est réussi. Black Diamond, avec sur le pont, Captain Robin a du Beatles dans les soutes. Le magnifique You’ll Never See My Face Again, Marley Purt Drive, Never Say Never Again, Whisper Whisper, Lamplight, Give Your Best, Melody Fair, Edison, Suddenly forment une collection inestimable qu’il faut isoler dans le catalogue des Bee Gees des sixties.

L’écriture est jolie, racée, mais une fois encore, l’écoute dans un élan continu gonfle un peu. Dommage, mais en piochant au gré de son envie, il y a matière à se faire bien plaisir. La substance est là (RAZOR©)

 

Face 1.

1. Odessa (City on the Black Sea).

2. You'll Never See My Face Again.

3. Black Diamond.

 

Face 2.

1. Marley Purt Drive.

2. Edison.

3. Melody Fair.

4. Suddenly.

5. Whisper Whisper.

 

Face 3.

1. Lamplight.

2. Sound of Love.

3. Give Your Best.

4. Seven Seas Symphony.

5. With All Nations (International Anthem).

 

Face 4.

1. I Laugh in Your Face.

2. Never Say Never Again.

3. First of May.

4. The British Opera.

 

Barry Gibb:chant, guitare.

Robin Gibb:chant, orgue.

Maurice Gibb:chant,guitare,basse,piano,orgue,Mellotron.

Vince Melouney:guitare.

Colin Petersen:batterie.

Bill Shepherd:chef d'orchestre.

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