Jake Holmes.

BIOGRAPHIE.

 

JAKE HOLMES/San Francisco (Californie)

 

Jake holmes 2

 

Né le 28 décembre 1939 à San Francisco (Californie).

Actif depuis 1963.

Label:Tower,Polydor,Columbia.

Genre:pop,folk,folk-rock.

 

Dazed And Confused, mais pas que...

Le nom de Jake Holmes est une énigme pour beaucoup. Populaire auprès de l'armée américaine pour avoir écrit le jingle Be All You Can Be pour l'US Army, ainsi que composé et chanté de nombreux spots publicitaires (Gillette, Dr Pepper, Scahefer Beer, Sears...), le rock a retenu son nom pour l'action en justice de Holmes menée contre Led Zeppelin et notamment contre le Jimmy Page de l'époque Yardbirds, lui reprochant d'avoir, ni plus ni moins plagié et s'être même carrément approprié Dazed And Confused ; le californien a des preuves de cette accusation et porte l'affaire devant les tribunaux le 28 juin 2010 ; celle-ci se règle à l'amiable et dans la discrétion la plus totale, en novembre 2012.

Led Zeppelin a depuis mis le mouchoir dessus, reconnaissant avoir entendu Jake Holmes au Cafe A Go Go de Greenwich, à l'occasion d'un séjour new yorkais en 1967 et avoir été impressionné par la performance du san franciscain sur Dazed And Confused, titre paru deux ans avant que Led Zeppelin ne l'enregistre et ne l'adapte, sur le LP The Above Ground Sound de Jake Holmes (juin 1967/Tower Records). L'incident est clos, mais Jake Holmes est aujourd'hui malheureusement plus célèbre pour son côté procédurier que pour le reste de son œuvre au service du rock.

Les trésors enfouis de Tower Records.

En braquant les feux de l'actualité sur Dazed And Confused, l'actualité s'est déplacée sur le profil artistique de ce chanteur et compositeur américain , révélant deux beaux LP publiés par Tower Records en 1967 et 1968. Ses travaux de l'époque lui valent aujourd'hui une reconnaissance tardive, un statut de grande figure californienne des 60's ; les collectionneurs s'arrachent aujourd'hui tant l'époustouflant The Above Ground Sound Of Jake Holmes qui abrite le Dazed And Confused à polémiques que l'halluciné A Letter To Katherine December, référant à son divorce.

Jake holmes the above ground sound of holmesJake Holmes - The Above Ground Sound Of Jake Holmes - 1967

Jake holmes a letter to katherine decemberJake Holmes - A Letter To Katherine December - 1968

Il y eut bien une vie derrière ces deux valeurs sûres acid-folk bourrées de petits chefs d’œuvre, mais elle fut moins croustillante quoique cohérente avec la musique country-rock ambiante et marquée du sceau de la réussite commerciale : Jake Holmes (1969), So Close So Very Far To Go (1970) et How Much Time (1971).

Le passage de Tower où il bénéficie de plus de contrôle artistique, vers Polydor, puis Columbia, ont assurément déstabilisé l'artiste qui, du jour au lendemain, s'est retrouvé sans engagement. Touche à tout, il se tourne alors vers le milieu publicitaire dont il va devenir une figure marquante.

Un artiste peu pris au sérieux.

Adolescent, Jake Holmes est influencé par le R & B, Chuck Berry et Fats Domino, le rock & roll et le doo-wop via les Cleftones, les Harptones et les Moonglows. Au fil du temps, il accorde une grande importance à la musique noire, passe par une phase Louie Prima, puis plus jazz avec John Coltrane, Stan Getz durant sa période scolaire.

Les premières années au collège Bennington l'amènent à basculer vers la musique folk ; il se met alors à l'écriture et fait une première incursion musicale avec celle qui allait devenir son épouse, Katherine, dans un duo parodique que Pete Seeger qualifie de plus insipide qu'il ait jamais entendu : Allen & Grier. Holmes et Allen et Kay, Grier. Leur succès est modéré, Katherine quitte Jake et le duo est dissous.

Holmes se rapproche du grand songwriter Tim Rose qu'il rejoint dans les Feldmans puis dans Tim Rose And The Thorns. L'idée est de faire du folk-rock en transformant les chansons folk en chansons rock. Ca fonctionne un temps. 

Le démon de l'écriture pousse Holmes à refuser d'aller plus loin, réfutant la perspective de devenir à court terme le bouffon de service de cette unité. Jake s'embarque alors dans un trio folk burlesque tenant plus du cabaret que du milieu pop ; Jim (Connell) Jake & Joan (Rivers), rapidement mis sous l'éteignoir, ont néanmoins écumé les clubs folk de Greenwich. S'ensuit une mauvaise expérience au sein d'un groupe canadien qui précipite sa décision de se consacrer uniquement au rôle de chanteur-compositeur et interprète, les vrais songwriters étant à cette époque une denrée rare.

Un grand songwriter est né.

Dans la foulée, Jake Holmes signe des compositions plus profondes et s'entoure de musiciens aguerris comme le guitariste Teddy Irwin et le bassiste Rick Randle, cul et chemise comme pas deux, que l'on retrouve sur le premier LP du californien The Above Ground Sound Of Jake Holmes (juin 1967) et construit autour de trois guitares et d'une contrebasse ; un chanteur, trois guitares, un miroir, deux jours d'enregistrement et un budget de 5000 dollars : il n'aura finalement pas fallu grand chose pour construire ce chef d’œuvre aux dix titres époustouflants et bouleversants.

Jake holmes 6

« La musique a changé. Entre mon époque et maintenant, elle a évolué, mais dans le bon sens. On exige moins de l'artiste qu'il fasse beaucoup d'argent. Dans le passé, c'est ce que les maisons de disques voulaient coûte que coûte : faire du fric.

En ce qui me concerne et au travers de ma propre expérience, je ne suis pas mécontent que ça aille dans cette direction. Je n'ai jamais fait un secret de mon antipathie pour elles dans le contexte souvent tendu que j'ai connu.

Les artistes peuvent maintenant faire de l'argent indépendamment d'elles. Regardez un mec comme Tom Rush, il fait fonctionner le système pour lui. » (Jake Holmes)

Quelques musiciens de sessions soutiennent Holmes pour la réalisation de A Letter To Katherine December, mais Rick Randle n'y prend pas part, parti dans des excès et délires innommables ; Charlie Fox assure les arrangements de cordes d'un disque dont les spécialistes s'accordent à dire qu'il est meilleur que le précédent. Holmes y développe une écriture excentrique et met l'accent sur une production plus complète qui bénéficie amplement au son de l'album. En contrepartie, le disque perd de l'atmosphère feutrée qui sied à The Above Ground Sound. Commercialement, l'album ne convainc pas, amenant Holmes à essayer autre chose en se tournant vers la country, d'autant que Tower Records ne lui reconduit pas son contrat.

Le roi du jingle.

L'éponyme Jake Holmes (1969) se fait pour Polydor et à Nashville. Si l'écriture est toujours aussi intéressante, le disque manque pourtant de substance pour marquer des points malgré un excellent Always The Same. So Close So Very Far To Go (1970), quatrième volet du catalogue, s'avère celui par lequel Holmes atteint vraiment le succès. Il fait 135 au Billboard 200 et le single qui en est extrait, So Close, se classe au 49ème rang des hits.

Jake holmes dazed

La réussite est modeste mais elle permet au californien de signer pour Columbia. L'album How Much Time (1971) y est réalisé dans des conditions très difficiles, trop difficiles même pour pouvoir livrer un travail correct.

Il clôt le catalogue de Jake Holmes pour ce qui a trait aux 60's/70's et amène l'artiste à s'interroger sur le sens à donner à la suite de sa carrière dans le rock.

Il donne alors la priorité à la musique de publicité télévisée, domaine dans lequel il excelle et réussit. Parallèlement, il continue à écrire pour le milieu de l'édition musicale qui ne l'a jamais considéré à sa juste valeur ; elle peut s'en mordre les doigts au vu de ce qu'il a accompli entre 1967 et 1968 (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S

LP Studio 1 - 1967

 

Jake holmes the above ground sound of holmes

 

JAKE HOLMES

THE ABOVE GROUND SOUND – 1967 5/5

 

Publié en juin 1967.

Produit par Jake Holmes.

Durée:29:54.

Label:Tower Records.

Genre:folk-rock,psychédélique,garage.

 

Un classique des 60's.

 

Ressortir l’ardent dossier The Above Ground Sound (en écoute intégrale ici), sorti en juin 1967, c’est forcément remettre sur le tapis le conflit entre Jake Holmes, californien de San Francisco et l’anglais Jimmy Page, à propos de la paternité de Dazed And Confused. Longtemps, les deux antagonistes se sont disputé la patate chaude, après que Holmes ait revendiqué en être l’unique auteur et que Page l’ait, malgré tout, adaptée du temps des Yardbirds, pour finalement se l’approprier sans autre forme de procès pour les besoins du premier Led Zep de 69.

Et Holmes dans l’histoire ? Gros-Jean comme devant, dans le cul la balayette, niqué sur toute la ligne, zappé des crédits de la chanson. Pas glop, comme dirait Pifou, fils de Pif dans Pif et Hercule. Autrement dit, il n’est pas content du tout, l’amerloque, de se faire déshabiller de la sorte par un rosbeef et de se voir adresser un bras d’honneur, fut-ce par une sommité. En 2010, il porte les faits devant qui de droit, accusant l’autre de violation de droits d’auteur, de plagiat, ce en quoi il n’a pas tort du tout, puisque les tribunaux lui donnent raison, Page ayant cherché à mettre la pédale douce sur l’affaire en négociant à l’amiable (janvier 2012).Tout est bien qui finit bien pour Jake qui, reconverti dans le jingle publicitaire, peut jouir désormais de juteux dédommagements pour le manque à gagner occasionné. L’original de Dazed And Confused figure sur The Above ground Sound de 1967. On y reviendra.

Pour ses premiers pas dans la musique, Holmes fonde un duo avec son épouse Katherine, Allen & Grier. De ce tandem caricatural qui avait pour vocation principale de tourner en dérision le folk, il y a peu de choses à retenir. Pour Peter Seeger, mémoire du folk et ardent défenseur du genre, cette entreprise relève d’un grotesque foutage de gueule et le seul LP qui y soit rattaché est certainement la chose la plus insipide qu’il ait connu dans la musique populaire. Après ce démarrage fort raillé, Holmes fait une pige avec Tim Rose après s’être d’abord fourvoyé dans un trio maniant comédie et musique, Jim Jake and Joan, avec Jim Connell et Joan Rivers, la reine de la Comédie (The Queen of Comedy) en même temps que déjà celle du botox et du collagène Joan Rivers. Il ne reste pas plus dans les annales que toutes les expériences antérieures. Holmes n’est pas encore prêt à se prendre au sérieux, son parcours d’alors ne le mène nulle part. Il faut attendre qu’il travaille pour son propre compte pour qu’il acquière un certain équilibre.

5 albums bien alambiqués et méritant la considération, jonchent ses plates-bandes discographiques personnelles de l’intervalle 67/71. Tous, qu’ils soient faits pour Tower (2), Polydor (2) ou Columbia (1), ont échoué sur un plan commercial. Dans l’ordre d’apparition dans les bacs : un beau specimen de psych, The Above Ground Sound Of Jake Holmes (1967), le très bon A Letter To Katherine December, dicté par sa séparation (1968), Jake Holmes (1969) enregistré à Nashville, le très apprécié So Close So Very Far To Go (1970) et le discret How MuchTime (1971), tombé en pleine turbulence disco.

Holmes, sur cette période, a incontestablement des choses à dire. Ce parolier et mélodiste remarqué a des arguments à faire valoir, avant de se rabattre définitivement sur le milieu publicitaire, où il rentre dans la mémoire collective avec ses jingles Be All You Can Be, pour l’armée américaine, et, Be A Pepper pour la boisson du même nom.

The Above Ground Sound affiche de belles dispositions et de judicieuses prises de risques. Il sort dans le même temps que Holmes se fait remarquer sur le circuit de Greenwich Village (Gaslight, Bitter End). Pas surprenant donc d’y retrouver, en notes dominantes le folk cher à la place new yorkaise, mais un acid-folk azimuté, sillonné d’effets sonores bien maîtrisés et paré d’habits jazzy. Holmes l’affirme : aucun des trois protagonistes de l’œuvre ici présentée ne touchait aux cachetons. C’est donc doublement surprenant et audacieux. Deux guitares, une basse et le chant obsédant d’un Jake Holmes fort bon à ce poste, suffisent pour créer cette géniale ambiance psych-folk apocalyptique.

Outre Jake Holmes, on retrouve à ses côtés, un second guitariste exceptionnel, Teddy Irwin. Recruté alors qu’il officie dans les bals et les mariages, il est un incroyable musicien de jazz. Le troisième larron d’un trio vraiment soudé, s’appelle Rick Randle, bassiste de son état (écoutez Lonely, ce mec est un tueur), embauché pour faire le circuit. Une basse, laissée entre les mains d’un fou, dans le vrai sens du terme, d’un zinzin façon Nicholson de Vol Au Dessus d’un Nid de Coucous, ça donne ça. Par la faute de la schizo qui l’habite, ce bassiste créatif, agile et inattendu, toujours en quête de la moindre trouvaille sonore, doué et gros travailleur, prend son pied à riffer comme un damné.

Cet album est une curiosité musicale, c’est un fait. Mais il concentre surtout les regards sur la qualité du travail d’écriture de Holmes qui, dès lors qu’il a décidé de passer aux choses sérieuses dans sa carrière, s’est forgé une élogieuse réputation de songwriter. Son travail lyrique est très personnel, brodé d’autant de tendresse que de douleur, cousu de fragilité. Chaque pièce de ce disque a sa propre personnalité. Holmes gagnait à être connu pour autre chose que sa longue traque pour être réhabilité dans son bon droit.

A tout seigneur tout honneur. Commençons par Dazed & Confused, objet du délit à mettre au casier de Page. C’est la pièce maîtresse de sa vie d’auteur-compositeur-interprète, elle ouvre la face B. Moins épique que la version du Led Zep, le tristement célèbre original, faussement considéré comme l’histoire d’un bad trip à l’acid, a pour lui d’être plus brut et psychotique que ce qu’en a fait Page l’usurpateur. Elle a mes faveurs, même si le remaniement opéré par l’ex-Yardbirds est mémorable. Il serait faux-cul de dire le contraire sous prétexte que.

Avant d’en arriver à ce stade 2, il faut en découdre avec une face 1 qui démarre sur les chapeaux de roue avec un Lonely maniaco-dépressif pour esprit déjanté, follement décousu, subtilement confus et toujours sur le fil du rasoir. Derrière, s’enchaîne une trilogie de ballades que le chant du sanfranciscain rend succulentes, à savoir le vaporeux Did You Know, l’optimiste She Belongs To Me et l’éthéré Too Long L’incroyable Genuine Imitation Life, sur lequel un Buckley, père ou junior c’est selon, n’aurait pas craché, referme cette étape initiale.

La 2, de meilleure humeur dans le sillage de sa chanson-phare, revient à un folk plus doux et apaisant (Penny’s), ton qui sied également au morceau qui clôture, le nostalgique Signs Of Age. Au final, l’œuvre, ce que ne démentent pas les deux titres non évoqués Hard To Keep My Mind On You et Wish I Was Anywhere Else, développe de très belles idées. Elle est à découvrir, ne serait-ce que pour couper court à la réputation de légèreté souvent avancée à propos de son auteur. Il prouve ici qu’il était un vrai songwriter de l’échiquier folk new yorkais des sixties ; son disque est un classique de ce temps-là, on ne peut y échapper (RAZOR©).

 

1. Lonely.

2. Did You Know.

3. She Belongs To Me.

4. Too Long.

5. Genuine Imitation Life.

6. Dazed And Confused.

7. Penny's.

8. Hard To Keep My Mind On You.

9. Wish I Was Anywhere Else.

10. Signs Of Age.

 

Jake Holmes:chant,guitare.

Ted Irwin:lead guitare.

Rick Randle:basse.

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