Lou Reed.

BIOGRAPHIE.

 

LOU REED/New York (USA)

 

Reed intro

 

Né Lewis Alan Reed, le 2 mars 1942 à Brooklyn (New York),décédé le 27 octobre 2013 à Southampton (Long Island-USA).

Actif entre 1958 et 2013.

Labels:MGM,RCA.

Genre:glam rock,rock garage,jazz-rock,rock.

Site Internet:loureed.com

 

Rock and roll invivable.

Tous ceux qui l'ont fréquenté dans leur environnement familial et professionnel ou qui ont été amenés à le rencontrer, sont unanimes : Lou Reed était un sacré con. Un con raciste, antisémite, mysogine, parano, décadent, odieux, trash, distant, colérique, désagréable et violent.

Le biographe Howard Sounes, auteur de Notes From The Velvet Underground :The Life Of Lou Reed, appuie ce constat peu élogieux par pas moins de 140 témoignages. C'est beaucoup pour un seul homme en lequel ce dernier ne voit ni plus, ni moins qu'un monstre.

Il était ce genre de personnage sulfureux, arrogant et antipathique que les prises de drogues dures et l'absorption massive d'alcools ont rendu aussi incontrôlable qu'infréquentable. N'a-t-il pas, un soir de festivités londoniennes en 1979 et après un repas arrosé, sauté à la gorge de David Bowie, au motif que Ziggy n'accepterait de produire son nouvel album, qu'à la seule condition que l'américain arrête de boire et se reprenne un peu en main ?

Tout et son contraire.

Paradoxe à lui tout seul, Lou Reed s'est toujours beaucoup compromis en faveur des causes humanitaires ou écologiques. Une grande partie de sa vie, Amnesty International, Farm Aid, la lutte contre l'Apartheid et son engagement au côté de Greenpeace l'auront beaucoup impliqué jusqu'à sa mort le 27 octobre 2013.

Avant de quitter un monde où il est surtout considéré comme un artiste brillant et un visionnaire, Lou Reed, qui n'a pas toujours eu de bonnes relations avec sa mère, a légué 500.000 dollars pour que sa sœur cadette prenne soin d'elle. Comme si les vieux démons berlinois nés de son ambivalence sexuelle n'avaient pas complètement été refoulés.

Reed debuts 58 the jadesThe Jades pour débuter en 1968.

Reed jeuneLou Reed : rock and roll invivable.

Reed caleRencontre capitale avec John Cale.

Reed velvet bizarreLe Cafe Bizarre, fief du Velvet Underground...

Reed velvet 1 reed morrison cale tucker 69... créé en 1965.

Reed and rachelAvec Rachel, sa muse ?

Reed maladeMalade, Lou Reed nous quitte en  octobre 2013.

Ecorché vif, il laisse surtout un grand vide.

Sa disparition a suscité de profondes émotions dans le milieu et auprès de ses nombreux fans. Le rock a perdu un ami. Signe qu'il n'était pas que le connard dépeint. S'il était une plume brillante du rock, il était surtout un très mauvais communicant et une énigme incomprise, un artiste secret, fragile, angoissé et phobique. Sa vie tumultueuse médiatisée, voire entretenue à charge par une presse avec laquelle il avait des rapports cinglants et qu'il a souvent humiliée, ne doit pas occulter la richesse de son talent et de sa discographie.

Ses zones d'ombre et la vision éloignée du glamour qu'il avait alors de l'amour, ses rapports de force permanents ont servi un art au fronton duquel est suspendu son chef d'oeuvre des 70's et digne de Sergent Peppers : j'ai nommé Berlin, un album poisseux dont la panoplie de pulsions met mal à l'aise, d'abord maudit en raison d'un échec commercial et d'un matraquage en règle de la critique mais aujourd'hui une pièce de collection vénérée des affidés de cet écorché vif ; un disque culte comme on dit.

Des signes précoces de grande fragilité.

Né Lewis Allen Reed à New York, Lou Reed, fils de Sidney Joseph Reed, expert-comptable, et de Toby Futterman-Reed, passe les premières années de son enfance à Brooklyn. A l'âge de 9 ans, sa famille, des juifs, déménage du côté de Freeport (Long Island). Jusque à ce qu'il n'entre au lycée, le jeune Lewis Allen ne se démarque pas des autres autres ados de son âge.

Si sa scolarité entre l'Atkinson Elementary School (Freeport) et la Freeport Junior High School ne pose pas de problèmes particuliers, au lycée, il commence à être affecté par des crises d'angoisse et de panique et, en raison d'une ambivalence sexuelle, à montrer des signes inquiétants de fragilité. Il essaie d'y échapper en se recroquevillant d'abord dans la musique et la guitare, avant que la drogue ne prenne le relais.

Il montre alors un réel intérêt pour le rock and roll et le R & B et lui donne vie en intégrant une première formation scolaire, The Jades (1958), un trio de doo-wop constitué de deux chanteurs et d'un guitariste. Il a 16 ans et s'adonne déjà à la drogue pour prendre de la distance avec ses démons internes.

En froid avec ses parents qui voient d'un mauvais œil son basculement dans la musique et dans la vie qui va avec, Lou Reed, alors qu'il est inscrit à l'université de New York où il étudie le journalisme, est victime d'une sérieuse dépression nerveuse l'obligeant à être ramené de toute urgence au domicile familial.

Perturbé par son trouble sexuel, il est l'objet d'un traitement thérapeutique par électrochocs dont les séquelles physiques et psychologiques auront des conséquences sur les relations dégradées avec ses parents et, plus tard, une influence déterminante sur sa musique. Kill Your Sons, écrit en 1974, relate ce traumatisme.

La rencontre avec John Cale...

Après avoir recouvré une partie de ses moyens, il reprend, en 1960, ses études dans le journalisme mais à l'université de Syracuse, toujours sur New York. En 1961, il anime une émission de radio universitaire et reprend son activité de musicien. Une fois le diplôme de l'Université en poche, Lou Reed intègre un groupe d'auteurs-compositeurs pour le compte des disques Pickwick (1964), un label commercial de Long Island (surf, doo-wop, pop).

Il y fait alors la connaissance de John Cale, un gallois venu aux Etats-Unis pour étudier la musique classique. Reed et Cale se trouvent des atomes crochus et enregistrent sous l'identité des All Night Workers, Why Don't You Smile Now (1965).

De là naît une vraie connivence entre ces deux artistes avant-gardistes qui va mener au légendaire Velvet Underground.

L'itinéraire pour y parvenir passe par The primitives, puis The Warlocks, The Falling Spikes et enfin, en novembre 1965, le Velvet Underground quand Sterling Morrison, ancien pote d'université de Lou et Angus MacLise (batteur femme), rejoignent le duo.

avant le Velvet.

Il se produit à Greenwich Village au Café Bizarre, un lieu sordide où se réunit une faune hétéroclite faite d'artistes avant-gardistes, de philosophes, de freaks, d'écrivains de la beat generation, d'acteurs, de poètes, de politiciens et où circulent en toute impunité toutes sortes de drogues.

L'endroit est le cadre de la rencontre entre le Velvet, où Maureen (Moe) Tucker a remplacé MacLise, et Andy Warhol. Celui-ci veut en faire un groupe lié à l'aventure de sa Factory, créée en janvier 1964 dans un loft de la 47ème rue et consistant en un atelier détourné en studio d'enregistrement pour les œuvres cinématographiques de Warhol, doublé d'un lieu de représentations, de rencontres et d'échanges entre artistes.

Initialement connu des seuls milieux underground new-yorkais, son succès n'est pas immédiat, Velvet Underground ne vendant alors que quelques milliers de disques ; il se construit progressivement quand leur œuvre est reconnue comme pionnière du punk rock et du rock indépendant.

Influent sur des artistes protopunks comme Iggy Pop et David Bowie qui, à ses débuts, reprend certains de ses titres, le Velvet, en l'espace de 4 ans (entre 1966 et 1970) et avec 4 LP au compteur, va devenir une référence dans le monde du rock. Il est aujourd'hui culte.

Un groupe culte mais déchiré.

Warhol prend le groupe sous son aile et ne tarde pas à imposer le mannequin allemand Nico qui collabore sur le premier opus du groupe, le fameux album à la banane (Verve/1967) qui passe en revue certains thèmes chers à ce groupe : les drogues, l'univers sado-maso, l'homosexualité et la transexualité. La venue de Nico ne plaît pas à Lou Reed : on comprend mieux pourquoi aujourd'hui. Le vénéneux album éponyme est renommé Velvet Underground And Nico.

Warhol et Nico écartés, Cale et Reed en froid avant que ce dernier ne devienne seul maître à bord et ne cesse les excentricités musicales passées, des albums qui n'impriment pas beaucoup plus, des dissenssions en interne, un label qui le vire... le Velvet continue pourtant son petit bonhomme de chemin mais doit se passer de son sulfureux guitariste lequel, sans avoir pris la peine de boucler Loaded, le quatrième LP, rebondit sur une carrière solo dès le 23 août 1970.

Au bout du rouleau, Lou Reed n'est pas au mieux et va se ressourcer en famille du côté de Long Island et accepte un boulot de dactylo dans le cabinet de comptabilité de son paternel. Il décroche quelque peu pendant presque deux ans, songeant même à abandonner la musique, avant de s'envoler pour l'Angleterre où il enregistre à Londres son premier opus solo.

Basculement dans le glam rock.

Ce disque éponyme réalisé avec des musiciens de sessions et deux invités de marque, Steve Howe et Rick Wakeman (Yes), est publié en avril 1972 et alimenté, pour l'essentiel, par des titres de l'époque Velvet qu'il a gardés sous le coude. Déception commerciale, il ne permet pas encore à Lou Reed de revenir par la grande porte. Après ce coup manqué, David Bowie se charge de relancer sa carrière.

Son suivant Transformer (N°29) est produit par Bowie et Mike Ronson, alors guitariste des Spiders Of Mars. Sorti à la fin de l'année 1972, il permet enfin à Lou Reed de percer et de rentrer enfin dans le top 20 grâce au mythique Walk On The Wild Side (N°16). C'est sa signature encore aujourd'hui.

Le ludique Transformer abrite également deux classiques de l'artiste : Perfect Day et Satellite Of Love. Ce dernier titre porte indéniablement la patte du producteur anglais ; sous son influence, le new yorkais bascule dans le rock à paillettes, le glam rock dont Lou devient une des figures centrales.

Reed velvet rodolphe burger photo marie bohnerPhoto Marie Bohner.

« A l’origine de ce son malsain et vénéneux, il y a le choc considérable entre la musique contemporaine répétitive, qu'adorait John Cale , et l'art poétique charnel de Lou Reed. On n'entend pas immédiatement leurs influences , comme les musiques noires qu'on entend comme en creux. Lou Reed ne voulait pas de swing, pas de cymbales , c'était l'anti- groove .» (Rodolphe Burger)

Berlin, un graal aussi glacial qu'angoissant.

Plus sombre est Berlin (juillet 1973), sa référence, son chef d'oeuvre, son graal. Touché par la grâce, Lou Reed nous décline 10 titres mémorables sur la lente déchéance de deux junkies-amants maudits dans un Berlin glauque et déchiré.

Glacial, cynique, vénéneux, cruel, noir, salement angoissant, puissant, Berlin est soutenu par un groupe de requins de studio qui, sous la férule d'un Bob Ezrin plus-impliqué-que-ça-tu-meurs, donne une dimension supplémentaire à l'oeuvre. S'il n'est pas accessible spontanément, comme ce fut le cas à sa sortie, Berlin est un album à couper le souffle dont on ne se remet jamais dès lors que l'on en a percé les secrets et subtilités.

Le live Rock 'n' Roll Animal (février 1974) paraît anecdotique après un tel disque. Enregistré à partir d'un concert new yorkais (21 décembre 1973 à l'Academy Of Music), cet album d'une quarantaine de minutes pour 5 titres s'avère être un des grands moments de la carrière du natif de Brooklyn.

Quatrième LP à apparaître dans la discographie studio, Sally Can't Dance (août 1974) est l'album de Lou ayant le plus marché. 10ème du Billboard, il est dézingué à sa sortie, y compris par son auteur qui se reproche une implication a minima dans le projet.

Rachel, Arista, Street Hassle... sonnent le glas de Reed.

Le new yorkais est alors complètement à côté de la plaque ; il partage une relation avec un transexuel du nom de Rachel dont il dit qu'elle est la muse qui va inspirer son très bon sixième opus studio, Coney Island Baby (janvier 1976), successeur de l'insignifiant et erratique Metal Machine Music (juillet 1975).

Après RCA, Lou Reed intègre Arista. Les débuts pour le nouveau label passent inaperçus tant Rock And Roll Heart (octobre 1976) peine à relever son niveau. C'est Street Hassle (février 1978) qui lui permet de redorer son blason. Lou Reed retrouve une puissance, une audace et une émotion qu'on ne lui connaissait depuis un moment. L'album fait une honorable 64ème place dans les charts.

Dernier disque de la décennie, The Bells (avril 1979), s'il n'est pas un mauvais album de Reed, ne révolutionne pas non plus son catalogue. Les cloches sonnent plutôt comme un glas sur des années 60's/70's qui l'ont vu se détruire et, depuis Berlin, se compromettre dans des disques chaotiques parfois difficiles à comprendre et à expliquer.

Mort le 27 octobre 2013.

Commence alors une longue traversée du désert dont il émerge coup sur coup avec les réussis New York (1989) et Songs For Drella avec John Cale (1990). Trois ans plus tard, le Velvet d'origine est réactivé (1993) pour ouvrir la tournée européenne de U2. La réunion tournera court.

Parallèlement, Lou Reed sort deux autres LP loués par la critique et bien perçus par les fans : Magic And Loss (1992) et Set The Twilight Reeling (16ème studio), quatre ans plus tard. Hudson River Wind Meditations, en 2007, clôt sa discographie studio, un catalogue essentiellement nourri, au cours des 20 dernières années,par des best of, des live et des collaborations.

Reed se montre surtout sur scène où il continue de se produire régulièrement. Transplanté d'urgence au niveau du foie en avril 2013, il donne un dernier concert en juin de cette même année avant de retourner à l'hôpital un mois plus tard. Après des complications engendrées par cette greffe, il décède le 27 octobre 2013 à Southampton. Une icône du rock et de la contre-culture disparaît (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE SOLO 70'S.

LP studio 3 - 1973

 

Reed berlin

 

LOU REED

BERLIN – 1973  5/5

 

Publié en octobre 1973.

Produit par Bob Ezrin.

Durée:49:26.

Label:RCA.

Genre:rock.

 

Hamlet, version Lou Reed.

 

Trois ans après sa publication, Patti Smith disait du Lou Reed de Berlin (octobre 1973) : comment un mec aussi acariâtre, méprisant et sujet à controverses comme pouvait l'être le new yorkais dans le privé, a-t-il pu donner le jour à un album aussi magnifique et émouvant ? L'artiste aux mille vies dévoile avec Berlin un opus, son troisième personnel, aussi glacial et blême qu'exceptionnel.

Produit par Bob Ezrin, Berlin a marqué de son empreinte le rock autant que son auteur et sa carrière. C'est son graal. Son Hamlet comme il dit.

Défaitiste, ce mini-opéra rock intimiste nous plonge dans l’histoire d’un couple qui touche le fond avec, en filigrane, les caniveaux berlinois, la dope, le tapin et les veines tailladées.

Noir, déprimant, glacial, sordide, Berlin transpire la décadence. De temps en temps, des effluves de cabarets berlinois enfumés nous sortent de cette ambiance glauque, dans laquelle le jeu de cuivres des Brecker Brothers, la basse de Jack Bruce, l’orgue de Stevie Winwood, les guitares de Steve Hunter et de Wagner, la batterie d’Ansley Dunbar, viennent vômir leurs notes.

Lou Reed se contente d’assurer à la guitare acoustique. Le résultat est à l’image de l’homme : parano, génial, décadent, junkie, sulfureux, désabusé, morbide. Après le succès commercial de Transformer, Berlin est une œuvre amère, un album suicidaire.

Descendu en flèche à sa sortie par la critique, et notamment Rolling Stone, cet album ambitieux et abouti n’a jamais vraiment connu la gloire, mais demeure ce que Lou Reed a fait de plus grand et de plus personnel depuis le Velvet Underground. Rejeté sans ménagement, Berlin va accroître encore plus le fossé entre lui et la presse.

Près de quatre décennies plus tard, ce qui est considéré comme son œuvre majeure fascine toujours et fait toujours aussi froid dans le dos ; il faut en être pour qui a raté le premier rendez-vous. Dur mais tellement émouvant, Berlin est depuis passé de magistral à culte (RAZOR©).

 

1. Berlin.

2.. Lady Day.

3. Men Of Good Fortune.

4. Caroline Says (I).

5. How Do You Think It Feels.

6. Oh Jim.

7. Caroline Says (II).

8. The Kids.

9. The Bed.

10. Sad Song.

 

Lou Reed:chant,guitare acoustique.

Steve Hunter:guitare électrique.

Dick Wagner:chant,guitare électrique.

Jack Bruce:basse,sauf 2/8.

Aynsley Dunbar:batterie sauf 2/8.

Bob Ezrin:piano,mellotron.

Steve Winwood:orgue,harmonium.

Tony Levin:basse sur 8.

B.J. Wilson:batterie sur 2/8.

Allan McMillan:piano sur Berlin.

Gene Martynec:guitare acoustique,synthétiseur.

Michael Brecker:saxophone ténor.

Randy Brecker:trompette.

Jon Pierson:trombone.

Blue Weaver:piano sur 3.

Bob Ezrin,Dennis Ferrante,Steve Hyden,Elizabeth March,Dick Wagner:choeurs.

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