The Monks.

BIOGRAPHIE.

 

THE MONKS/Gelnhausen (Allemagne)

 

Monks 8

 

Actif entre 1964 et 1967.

Label:Polydor.

Genre:garage rock,proto-punk,underground.

Site internet:the-monks.com

 

De GI à moines défroqués.

Gary Burger, Dave Day, Roger Johnston, aujourd'hui tous trois décédés, Eddie Shaw et Larry Clark sont, au début des 60's, incorporés dans un bataillon d'artillerie de la base militaire américaine de Gelnhausen en Allemagne.

Pour éviter leurs corvées de soldat, tuer l'ennui pendant leur période d'engagement, faire retomber la pression née de la situation au Vietnam et donner un sens à leur vie de troufion, ils montent une formation de rock au sein de leur unité, comme il en existe beaucoup sur la base.

A charge pour elle de regonfler le moral des troupes en se produisant là où elles sont atteintes dans leur chair : les hôpitaux et les centres de soins infirmiers. Ces artistes-GI prennent le nom des 5 Torquays et, pendant leur incorporation, se produisent aussi en dehors de leur camp, sur Gelnhausen, au Maxim Bar notamment.

Monks torquays larry clark dave day gary burger roger johnston eddie shawThe 5 Torquays.

Monks 5 torquays500 copies écoulées sous le manteau.

Monks 3Aimés sous les Torquays, haïs sous les Monks.

Monks gary burgerGary Burger, venu du Minnesota.

Monk black monk timeCrasseux, bordélique, tribal, agressif mais indispensable.

5 Torquays avant l'ordination.

Shaw étant le premier à avoir la quille, il est proposé (par l'entremise d'Hans Reich), à celui qui est devenu le porte-parole du groupe à l'extérieur, de faire des concerts à plein temps. Il relaie l'information auprès de ses partenaires lesquels acceptent à la condition que tout le monde reste stationné en Allemagne. Ce qui est le cas.

Les Torquays se retrouvent alors à sillonner les clubs allemands de façon plus marquée en proposant un répertoire axé surtout sur le surf rock et les Beach Boys, mais aussi sur les titres anglais alors en vogue et issus de la british invasion.

Formation hybride, les Torquays, pris individuellement, ont peu de choses qui les rapproche en dehors de leur casernement. Ses acteurs sont issus d'horizons et de cultures différentes, ont des niveaux techniques instrumentaux assez disparates et des motivations hétérogènes. Leur seul point commun : le plaisir de faire du rock.

Un seul objectif : faire du rock.

Natif du Minnesota, Gary Burger, guitariste et chanteur, est un joueur de folk et de country encore perfectible mais a précédemment déjà tâté du rock avec Dave Day, alias David Havlicek, qui lui vient de Washington, est fan d'Elvis Presley et un banjoïste qui s'en sort honnêtement avec quelques accords. Les deux ont joué dans une modeste formation répondant au nom de The Rythm Rockers.

Organiste et originaire de Chicago, pays par excellence du blues électrique, Larry Clark est un pianiste classique de formation et enseigne l'instrument, alors que le texan Roger Johnston a déjà tenu la batterie avant sa mobilisation.

Quant à Eddie Shaw, venu du Nevada, il pratique plusieurs instruments et est passé par un quartet de jazz du Nevada (E Pluribus Quatro).

De ces disparités, les Torquays font une force au point que, réguliers de l'Odeon Keller, un bar d'Heidelberg, ils se font remarquer par les professionnels de la place.

500 copies vendues sous le manteau.

Il leur suffit de traverser la rue pour enregistrer deux originaux de Dave et Gary (There She Walks/Boys Are Boys) qu'ils intègrent alors à leur répertoire dès 1964. Les 500 copies de ce single auto-financé sont vendues sous le manteau ou à l'occasion de leurs spectacles dans les clubs.

En 1965, les Torquays voient plus grand en travaillant leur son, en perfectionnant leur technique individuelle et leur cohésion, en modifiant leur rythme et leur son et en proposant un autre répertoire. Gérée par un management teuton (Carl Remy, Walter Niemann, Gunther et Kiki Neumann), leur image change ; la musique du groupe s'offre une petite révolution sans que le groupe, très imaginatif, ne s'en rende vraiment compte.

Qu'importe, il a désormais son style et le public retient désormais son nom. En Allemagne, on parle de précurseur du Krautrock dans lequel se sont illustrés les Can, Tangerine Dream, Faust et autres Kraftwerk. Bel hommage en effet.

De drôles de paroissiens.

L'évolution de leur image s'accompagne d'un changement de nom : ils deviennent les Monks et se mettent en conformité avec cette nouvelle identité. Pour certains des membres, passer des paroles aux actes (tonsures), se fait parfois à contre-coeur.

Songez qu'après avoir retrouvé une coupe de cheveux plus convenable que celle du GI et l'avoir adaptée à leur statut de rockeurs, on leur demande maintenant de s'affubler d'une tonsure et de porter des bures ! Les réactions ne tardent pas et les Monks se voient accuser de flirter avec le blaphème.

La première fois qu'ils apparaissent ainsi accoutrés sur la scène de l'Odeon Keller, le public n'est pas prêt à cette métamorphose radicale. Autant les Torquays étaient adorés, autant les Monks sont tenus à distance. Bondé hier, le club en question sonne le creux dès leur apparition initiale.

La transition ne passe pas, visiblement, et le mois qui suit est une véritable galère, pour ne pas dire un chemin de croix. Le propriétaire des lieux ne veut pas de ces moines défroqués qui tapent la bière au bar, caressent le galbe des filles, se chargent au speed et font un barouf du diable. Les portes se ferment alors, sauf à Hambourg où ce genre de profils, on aime.

 

Monks eddie shaw

«  A Heidelberg, les 5 Torquays avaient une grosse cote. Le public s'était habitué à nous. Et tout d'un coup, il se retrouve face aux Monks. Le changement a été brutal et tout le monde s'est mis à nous haïr. Tous ceux qui aimaient les Torquays ont détesté les Monks. Les Torquays, c'était fun et fait dans un bon esprit ; les Monks, c'était radicalement différent, au point que certains spectateurs nous tournaient carrément le dos. » (Eddie Shaw)

Pierre angulaire de la filière proto-punk.

Le Top Ten d'Hambourg a géré le passage des Beatles, il arrivera bien à mater la fronde irrévérencieuse menée par les Monks. Très vite, ils ont leurs partisans dans la place lesquels prennent un malin plaisir à transformer le I Want To Hold You hand des Fab Four en I Want To Fuck Your Hand. Malgré la perpléxité de l'auditoire, les Monks s'imposent progressivement, mais ils leur faut une année de réglages et de répétitions pour mettre à jour un rock graveleux, effréné et vitaminé différent de ce que les hambourgeois ont l'habitude d'entendre.

Il leur faut aussi user d'arguments convaincants pour convaincre les pontes de Polydor Records. Leur rencontre se passe plutôt bien, le label croit en ces drôles de paroissiens malgré leurs penchants pour la bibine, les cachetons et les putes. Il leur donne l'opportunité d'enregistrer quelques nouvelles chansons, dès novembre 1965. Les sessions ont lieu dans un studio de Cologne entre deux concerts ; elles alimenteront le disque parano Black Monk Time publié en 1966.

Le parano Black Monk Time.

Produit par James Bowien, le seul disque des Monks d'origine, crasseux, bordélique, tribal, primitif, à pulvériser les enceintes et agressif par dessus le marché, ne rencontre pas de succès à sa sortie. Ni du public, ni de la critique. Il prendra du galon au fil du temps en se positionnant comme une pierre angulaire de la filière protopunk.

A la suite de cette unique publication, les Monks entament une tournée ouest-allemande organisée par Wolfgang Gluszczewski qui ne s'avère pas de tout repos. Il faut du courage au groupe pour affronter un public qui, dans le sud de l'Allemagne, lui voue une haine viscérale au point que les membres sont même agressés physiquement. Même les groupes britanniques avec lequels il partage les scènes, s'en détournent.

Pour le label, cette hystérie collective constitue son fonds de commerce et exhorte les Monks à en faire toujours plus, d'autant qu'après les radios, notamment Radio Luxembourg (le RTL d'aujourd'hui), c'est le Beat Club sur la TV allemande qui lui ouvre ses bras.

Les Monks sont vendeurs, surtout en Allemagne et dans sa proche périphérie, mais n'ont plus la magie qui les caractérisent. Et encore moins la flamme pour répondre aux exigences commerciales du label. Des tensions voient alors le jour entre les membres ; c'est presqu'un soulagement pour eux de mettre un terme à cette aventure en septembre 1967 (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 60'S.

LP Studio 1 - 1966

 

Monk black monk time

 

THE MONKS

BLACK MONK TIME – 1966  4/5

 

Publié en mars 1966.

Produit par Jimmy Bowien.

Durée:28:01.

Label:Polydor Records.

Genre:garage rock,protopunk.

 

Le speed s’invite au clergé.

 

Avec les Monks, on est bien loin des images coutumières du rock. Imaginez cinq moines portant soutanes noires, aux cheveux dans les règles de l’ordination monachiste, arborant tonsure sur le sommet du crâne, au cou enserré par un nœud coulant, et pratiquant un garage-rock sauvage et à la limite du cacophonique.

Pour une fois, ni les anglais, ni les américains (quoi que…) n’ont la primeur de cet événement plutôt insolite, mais les allemands. L’Allemagne a toujours été un bastion important pour le rock. Hambourg a servi de base au développement des Beatles, Elvis y a débuté sa carrière alors qu’il était en garnison sur les terres teutonnes. Plus tard, le krautrock a écrit quelques belles pages de son histoire.

Comme le King, nos frères Tuck sont des G.I’s (donc ricains) effectuant leur période militaire à Gelnhausen, dans ce qui s’appelait alors l’Allemagne de l’Ouest. A la quille, en 1964, ils créent les Torquays qui, après un démarrage classique dans les clous du rock and roll et de la british beat, va rapidement s’affranchir et muter vers ce groupe décalé et corrosif, authentique et insouciant, dénué du moindre complexe, les Monks.

Leur unique album, Black Monk Time (en écoute intégrale ici), enregistré en 1966 à Cologne via le label germanique de Polydor, se vend dans un premier temps à 3000 pièces, avant que des artistes comme White Stripes ne mettent, plus tard, le nez dedans et ne contribuent à attirer les regards sur lui.

Novateur et stimulant, Black Monk Time figure aujourd’hui, pour les adeptes, au firmament du genre, rivalisant avec les Sonics, Electric Prunes ou Shadows Of Night. Leur son brut, distinctif entre mille, annonce la vague punk du milieu de la décennie à venir.

Basée sur des rythmes simples, leur rock est binaire. Dans un maelstrom sonore, la rythmique (Johnston/Shaw) envoie de l’écume avec notamment une basse répétitive et folle, les guitares giclent, un banjo électrifié (Dave Day) se convulse dans des soubresauts rageurs et frénétiques, l’orgue virevolte, tandis que le chant désarticulé et schizo de Gary Burger ainsi que des textes aussi drôles qu’inquiétants, complètent cet ensemble sans compromis, très éloigné des clichés américains du moment et sans équivalent à l’époque.

Black Monk Time est le fruit de cinq drôles de pèlerins décomplexés. Le speed est entré au clergé, c’est une évidence. Amen (RAZOR©).

 

1. Monk Time.

2. Shut Up.

3. Boys Are Boys and Girls Are Choice.

4. Higgle-Dy-Piggle-Dy.

5. I Hate You.

6. Oh, How to Do Now.

7. Complication.

8. We Do Wie Du.

9. Drunken Maria.

10. Love Came Tumblin' Down.

11. Blast Off !

12. That's My Girl.

 

Gary Burger:guitare,chant.

Larry Clark:orgue,chant.

Roger Johnston:batterie,chant.

Eddie Shaw:basse,chant.

Dave Day:banjo électrique,chant.

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