Ange.

BIOGRAPHIE.

 

ANGE/Belfort (France)

 

Ange 2

 

Actif depuis 1969.

Labels:Artdisto,Musea.

Genre:rock progressif,rock.

Site officiel:www.ange-updlm.com

 

Ange : un groupe multi-générationnel.

Groupe franc-comtois, Ange traverse les 70’s avec l’étiquette de groupe leader du rock français sur le paletot. Comment, avec une quarantaine de disques dont 6 d’or, plus de 3 millions de disques vendus, un Prix de l’Académie Charles-Cros (Par les Fils de Mandrin), des milliers de concerts dont la majorité affichent complets (Pavillon de Paris, Palais des Sports de Paris, Lyon…), pourrait-il en être autrement ? Il entre dans sa cinquième décennie d’activité et, de cette période dorée du rock de chez nous, il est le seul avec Magma et Tri Yann à encore être debout. Exit les Atoll, Dynastie Crisis, Triangle, Système Crapoutchik.

Originaire de Belfort, pour faire simple, et né du rapprochement, à la fin des années 60, de l’orchestre de bal Les Anges et de la formation Evolution, menés respectivement par les frangins Décamps, Christian et Francis, Ange est toujours vivant en 2015.

Le retour du maréchal-ferrant.

Les cheveux ont certes blanchi, les fans ont pris un coup de vieux, mais le charme opère toujours, la magie est toujours présente : Ange est éternel, refuse de tirer sa révérence 40 ans après ses débuts ; mieux, pour fêter dignement le 40ème anniversaire d’Emile Jacotey (1975), probablement son meilleur album, la bande à Décamps, désormais Père et Fils, revient dans les bacs en 2014, en redonnant vie à l’ancien maréchal-ferrant mort en 1978, trois ans après avoir connu la gloire avec le disque mythique qui porte son nom. L’Emile aurait 125 ans en 2015 !

Pour l’occasion, Emile Jacotey Resurrection s’appuie sur une réorchestration de l’album d’origine, agrémentée de compositions inédites. Ange persiste à faire vivre les contes et légendes comtoises et l’inoxydable Père Décamps, Christian, Francis ayant raccroché les gants, n’a jamais été aussi vert pour prolonger un peu plus l’histoire de ce groupe légendaire.

Ange descamps

Les yéyés n’ont qu’à bien se tenir.

La musique d’Ange des débuts tourne autour d’un rock progressif sur lequel vient se greffer une écriture d’inspiration médiévale et fantastique. A l’écoute de son dernier LP studio (Moyen-âge), il ne s’en est guère éloigné : la voix de Christian Décamps est toujours là, les longues et belles histoires sont autant de promesses d’encore belles émotions. Ange resurgit des 70’s pour mieux régler son compte au présent. Il est toujours là.
Il est là depuis la fin des années 60, quand Christian Décamps rode son opéra-rock satirique en singeant le Général machin.

Ange est certes encore approximatif (In Concert 1970/71 publié en 1978 sans l’accord d’Ange), mais il ne met pas longtemps à installer le son qui le voit enlever le Tremplin annuel du Golf Drouot, qui conforte la scène progressive gauloise (Triangle l’ayant précédé), lui permet d’enlever un contrat pour Philips et de signer Tout Feu Tout Flamme, son premier 45T. Nous sommes en 1970 et Ange est déjà la coqueluche d’un rock français surveillé comme le lait sur le feu par le pouvoir en place, d’autant que la presse spécialisée en fait ses choux gras quand est publié le premier LP du groupe, Caricatures (1972). Outre la fratrie Décamps, Ange réunit également Jean-Michel Brezovar (guitariste), Daniel Haas (basse) et Gérard Jelsch (batterie).

Avec Ange, le rock français prend le train en marche d’un rock progressif qui, à l’international, est alors en pleine expansion. Les yéyés n’ont alors qu’à bien se tenir. Sa musique, originale, est cependant très théâtrale et poétique, conférant au groupe de l’est de l’hexagone une identité à part sur cette scène prog du moment.

Ange fait du Brel.

Tour à tour progressif, métal, médiéval, fantastique, opéra-bouffe, théâtre, Ange a eu mille vies mais c’est dans la première partie de son existence qu’il a façonné cette image qui aujourd’hui encore réunit des gens d’horizons divers.

Après Caricatures, au son très typé de par le jeu de claviers de Francis Décamps, Ange assure pendant 3 mois la première partie de la tournée française de Johnny, le Hallyday Circus, entame un circuit en Angleterre, puis publie Le Cimetière des Arlequins en 1973, lequel intègre Ces Gens-là, repris à Jacques Brel. Ce disque est certifié or, mais en 1976 seulement.

Ange est alors très populaire en France où jamais un groupe n’a, depuis 10 ans, rempli les salles comme lui, ainsi qu’au Royaume-Uni où il est invité à se produire au très courtisé festival de Reading, éminent rendez-vous de la scène rock progressive, du blues et du heavy metal. Il y côtoie Genesis, une de ses influences, John Martyn, le Spencer Davis Group ou encore Roy Buchanan. Cette participation est révélatrice du statut qu’on lui prête. Entre 1973 et 1976, Ange foule 110 fois le sol anglais.

Ange brezovar

« Le public voulait rêver. Il voulait entendre autre chose. Tu ne sais alors pas pourquoi cette musique marche ; ça n’était pas évident que ça marche parce que ce que l’on a fait, c’était quand même vachement spécial comme musique. Tu ne chantes pas Le Cimetière Des Arlequins dans ta salle de bains. Pour le commun des mortels, nos textes n’étaient pas évidents à piger. Mais ça collait bien à la musique. Et Christian Décamps, c’est Christian Décamps, quoi. Tu l’enlèves du groupe, il n’y a plus d’Ange.» (Jean-Michel Brézovar)

De l’or au Charles-Cros.

Troisième LP, Au-Delà du Délire parait en 1974. Il fait disque d’or. Le line-up change alors avec le départ de Gérard Jelsch, suppléé par Guénolé Biger (futur Négresses Vertes) à un moment où Ange est contraint à arrêter ses concerts en raison d’une sérieuse blessure de Christian Décamps aux deux talons.

Le nouveau batteur est du quatrième opus, le fameux Emile Jacotey (avril 1975), inspiré du terroir franc-comtois et des légendes et histoires qui animaient les veillées d’autrefois. Christian Décamps rencontre par hasard le vieux maréchal-ferrant qui tient la vedette sur ce disque et qui, dans la presse locale fait revivre, chaque semaine, une de ces fables de jadis, les ancêtres et les racines du crû. Le vieil Emile devient une star nationale, Paris-Match lui accordant un reportage dans ses pages. Ange, pas très satisfait du résultat, signe pourtant là son troisième disque d’or de rang.

En dépit des apparences, la brouille s’installe entre les membres. Le line-up en subit le contrecoup ; Ange doit déplorer le départ de Guénolé Biger, remplacé par le messin Jean-Pierre Guichard. Ce changement ne nuit pas à la qualité de la musique du groupe. Par Les Fils De Mandrin (1976) continue à se parer d’or ; l’Académie Charles-Cros, groupe de critiques et de spécialistes du disque, en fait son coup de cœur de l’année 76. Il obtient le Grand Prix de cette respectable association.

Ange 1

Le sous-coté Guet-Apens.

Côté scène, l’engouement pour Ange ne se dément pas. La tournée qui s’engage à la suite des Fils de Mandrin est une réussite ; elle libère un double live, l’excellent Tome VI, capturé au Palais des Sports parisien en mai 1977. Ange triomphe ; il est au faîte de sa popularité. Mais Ange est mal géré. Le retour sur investissement n’est pas à la hauteur de ce qu’en attendent les acteurs. Brezovar et Haas quittent la formation belfortaine avant le sixième album.

Guet-Apens (1978) est ce N°6. Sont crédités sur ce disque leurs suppléants, Claude Demet et Gerald Renard (musicien de Cabrel), par ailleurs excellents musiciens.

L’intense Colin Maillard traduit la force d’un disque injustement matraqué car mal promu et que d’aucuns considèrent comme étant celui associé à l’amorce du déclin d’Ange. Que nenni, la bande à Décamps campe encore dans le bon rock progressif du début des 70’s. Elle a même les deux pieds dedans, n’en déplaise aux punks voulant botter le cul à cette génération de has-been. Guet-Apens compte parmi ce que le groupe de l’est de la France a fait de mieux.

Ange 2015

Un pacte avec l’éternité.Le noyau dur est alors mis à mal. Des divergences artistiques opposent les frangins Décamps ; l’avenir immédiat d’Ange en pâtit.

Chacun de son côté vaque à des projets personnels : Le Mal d’Adam pour Christian qui entraîne feu Demet (mort en septembre 2013) avec lui, Histoire de Fou pour Francis qui s’entoure des anciens Brézovar et Biger. Ange a du plomb dans l’aile fin 78, mais ne disparaît pas pour autant. Décamps a la peau dure.

L’aventure continue avec Vu d’un Chien qui le fait basculer dans les 80’s et dans le rock malgré quelques réminiscences progressives encore palpables.

S’en suit alors pour celui qui est le seul membre d’origine d’Ange, Christian Décamps, une longue collection de projets réalisés tantôt avec Francis, le frère, ou Tristan, le fiston, ou sous Décamps & Fils. Une trentaine d’albums viennent se greffer à ceux cultes des 70’s. Ange a signé un pacte avec l’éternité, il n’est pas prêt de passer la main (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 70'S.

LP Studio 1 - 1972

 

Ange caricatures 72

 

ANGE

CARICATURES – 1972  3,5/5

 

Publié en juin 1972.

Produit par Claude Bibonne.

Durée:40:20.

Label:Philips.

Genre:rock progressif.

 

Un ovni dans le ciel rock français.

 

Caricatures ? Il m’en souvient comme si c’était hier, tant le premier disque d’Ange a fait du bruit dans le Landerneau hexagonal. Un ovni dans le ciel rock français. Pensez donc : un groupe de chevelus, barbus, nippés comme l’as de pique, des sauvages quoi, effacent du tableau d’honneur du moment et d’un revers de manche, tous les petits minets ambitieux tortillant du fion et les yéyés tentant de faire bonne figure en même temps qu’un peu de rab. Voilà l’état des lieux.

Plus que ce crime de lèse-majesté, c’est le débarquement d’une fange rock bien franchouillarde, Ange et Triangle en tête, qui fait surtout craindre à la France bien pensante de l’époque pour la subversivité de sa jeunesse. Qu’à cela ne tienne, le rock français tient enfin sa propre scène ; respectée à l’international, le terme d’école française progressive est même avancé pour la qualifier. C’est dire qu’elle est tenue en haute estime et il y a matière à.

Caricatures (en écoute intégrale ici), en 1972, est un des premiers disques à hisser l’étendard français sur la place progressive d’alors. Il le fait si bien que les regards, ceux anglais notamment, experts en la matière avec leur échiquier prestigieux, convergent vers lui et ses auteurs.

Dès lors, les comparaisons s’installent. On évoque ici et là, une réponse d’Ange à Genesis. D’un côté, Ange supplante le groupe de Gabriel. De l’autre, il ne lui arrive pas à la cheville. Inutile de s’enflammer, mais qu’Ange ait été régulièrement invité à Reading, festival britannique culte, avec Genesis en tête d’affiche est déjà un élément de réponse.

Ange est surtout confiné à la France pour une raison très simple qui tient à notre célèbre réputation de linguistes. Il chante l’anglais avec l’accent de Belfort. Autrement dit, en faisant le choix de la langue de Molière dans le rock, il est limité dans ses déplacements à l’étranger. A l’inverse, du fait de l’écriture de Décamps en français, Ange fait valoir une théâtralité et une originalité uniques que les autres nous envient et qui font toute la croustillance de cette école frenchie.

Caricatures est le disque par lequel s’installe la relation d’amour et de fidélité entre Ange et son public aujourd’hui multi générationnel. Lancé par le 45 Tours, Tout Feu, Tout Flamme, Caricatures sort pour le label Philips (juin 1972). Il est bon.

Tel Quels, Dignité, Le Soir Du Diable, Caricatures sont excellents. Chez nous, pourtant petits joueurs, il n'est pas passé inaperçu. Dieu merci, il échappe au désintérêt total, comme celui manifesté à l'endroit de disques comme Obsolète de Dashiell Hedayat, comme les 2 premiers Martin Circus (on préférait s'enflammer pour les Marylène ou pour les chanteurs à minettes), de groupes comme Atoll, Dynastie Crisis, Moving Gelatine Plates (et bien d'autres encore) qui font l'intéressante et crédible scène progressive du moment.

Caricatures est bon, oui, avec ses belles histoires chevaleresques, mais il met surtout les ados de l'époque en face d'un rock alors nouveau et osé, avec des claviers innovants, une structure musicale jusque là inconnue, un guitariste chaud comme la braise comme on n’a rarement eu l’opportunité d’en entendre chez nous, des textes décalés ; en face d'un rock que les yéyés s'étaient accaparés et qui commençaient à en faire un mauvais usage.

Caricatures ne culmine pas pour autant au sommet de la pyramide discographique du groupe de l'est de la France, et il n'est pas tout à fait au niveau de ses suivants. Il lui manque encore quelque chose. Mais Ange séduit. On retient son nom et on le scrute désormais.

Derrière, ce sera mieux : Le Cimetière Des Arlequins, Au-delà Du Délire, Emile Jacotey, Par Les Fils De Mandrin... Considérez que Caricatures installe le style Ange, l'ambiance médiévale et fantastique Ange, le lyrisme poétique Ange (et Décamps).

Cet Ange là n'en est encore qu'à déployer ses ailes, il va bientôt chapeauter tous les beaux acteurs que la France recense dans le rock progressif d’alors. Le phénomène Ange ne fait que commencer, il va planer sur le rock hexagonal des années 70. Juste retour des choses pour un groupe qui a tant donné à notre patrimoine culturel. Chapeau messieurs (RAZOR©).

 

1. Biafra 80.

2. Tels quels.

3. Dignité.

4. Le soir du diable.

5. Caricatures.

6. Biafra 80 (final).

 

Jean-Michel Brézovar:guitare électrique,guitare acoustique,flûte,chant.

Christian Décamps:orgue Hammond,piano,chant.

Francis Décamps:claviers,chant.

Daniel Haas:basse,guitare.

Gérald Jelsch:batterie.

LP Studio 2 - 1973

 

Ange cimetiere des arlequins

 

ANGE

LE CIMETIERE DES ARLEQUINS – 1973  3,5/5

 

Publié en 1973.

Produit par Claude Bibonne.

Durée:35:50.

Label:Philips.

Genre:rock progressif.

 

Avant le saut de l’Ange.

 

« Il est déjà tard, Pèlerins, il est grand temps de partir
Rangez vos nénuphars, vous n'avez plus le temps de lire
Crapauds de goudron, alligators et mannequins de cire
Arlequins!
Agenouillez vous bonnes gens, le grand Prêtre va passer
Branlez vos chapelets excrémenteux et dilapidés
Comme l'aigle impérial, son goupillon va vous déchirer
Arlequins!... »

Jean-Michel Brézovar, dans une interview donnée récemment, dit de l’écriture de Christian Décamps : « Il m’est arrivé de ne rien comprendre de ce qu’il écrivait. » Rassure-toi Jean-Mi ; ado, j’ai également séché sur ce songwriting mêlant verve poétique, humour décapant et sensibilité exacerbée, cette écriture qui a fait de lui un interprète à part dans le contexte musical francophone et auquel Ange a donné corps. Mieux, je ne suis pas plus avancé aujourd’hui.

Après Caricatures, encore embryonnaire dans sa dimension artistique globale, Le Cimetière Des Arlequins (en écoute intégrale ici), deuxième jet de 1973 d’Ange, marque une avancée, sans constituer pour autant leur meilleur travail. Il regorge de belles pièces, Ces Gens-là notamment, qui en a surpris plus d’un à cette époque. Comme s’en est expliqué Christian Décamps, Ange n’a pas attendu que le franco-belge soit mort pour lui rendre l’hommage dû à son statut.

Quand Ange a l’idée d’intégrer ce titre culte à son répertoire du Cimetière des Arlequins, la prise de risque est énorme pour les francs-comtois car Brel est sacré dans la francophonie. Mais Décamps aime tellement la théâtralité de Jacquot, l’auteur-compositeur qu’il est et ce qu’il représente, qu’il accepte l’augure de la difficulté à porter ce titre. Expurgée du couplet référant à Frida, remplacé par un chorus de guitare d’un Brézovar chaud patate, la chanson est finalement un véritable tour de force que Jacques Brel en personne applaudit des deux mains.

A côté de ce titre parmi les plus populaires d’Ange, on retiendra surtout la chanson titre, La Route Aux Cyprès, La Fête Chez l’Apprenti Sorcier et Bivouac. Ange, sur le plan de la technique musicale, bien qu’il ait franchi un cap en termes de maturité, n’a pas encore atteint son apogée.

Néanmoins, les prestations de Daniel Haas, Jean-Michel Brézovar, des frères Descamps et de Gérard Jelsch permettent à Ange de rester le N°1 du rock en France.

Le style demeure théâtral ; la mélodie voisine avec le parlé. Sa musique, plus aboutie, son inspiration mystique, son ambiance parfois lugubre, la cohésion qui s’en dégage, montrent une montée en puissance manifeste avant le saut de l’Ange. Sa belle aventure ne fait alors que démarrer (RAZOR©).

 

1. Ces gens-là.

2. Aujourd'hui c'est la fête de l'apprenti sorcier.

3. Bivouac 1ère partie.

4. L'Espionne lesbienne.

5. Bivouac final.

6. De temps en temps.

7. La route aux cyprès.

8. Le cimetière des arlequins.

 

Jean-Michel Brézovar:guitare,flûte,chant.

Gérard  Jelsch:batterie,percussions.

Daniel  Haas:basse,guitare acoustique.

Christian Décamps:orgue Hammond,piano,chant.

Francis  Décamps:orgue,mellotron,chant.

LP Studio 3 - 1974

 

Ange au dela du delire

 

ANGE

AU-DELA DU DELIRE – 1974  5/5

 

Publié en Avril 1974.

Produit par Claude Bibonne.

Durée:36:39.

Label:Philips.

Genre:rock progressif.

 

Aux Anges.

 

Avec le populaire Cimetière Des Arlequins, Ange touche le gros lot (Disque d’Or) et élargit encore son auditoire national. Les concerts de promotion de ce disque l’amènent à traverser la Manche pour se poser au festival de Reading (1973) et à tenter de développer sa popularité nouvelle auprès d’un public anglo-saxon. Celui-ci se révèle preneur. Ange y est acclamé par 30.000 âmes sous le choc. Qu’est-ce qu’ils sont bien ces p’tits français…

Relaté par le Melody Maker, également séduit, cet événement important pour la scène rock française n’a pas fait une ligne dans les canards hexagonaux. Honteux ! Cette anecdote est révélatrice de l’estime que l’on tenait à Ange comme à nos groupes du moment, et des efforts que l’establishment faisait en leur faveur. Cette caste de coincés du fion a littéralement tué la poule aux œufs d’or. Et ce sera pareil à chaque fois que nos groupes tentaient l’aventure au-delà de nos frontières. La réussite à la française s’accompagne toujours de bâtons dans les roues. Rien n’a vraiment changé…

Plus que jamais, il faut se souvenir que Jean-Claude Pognant a eu les couilles de poursuivre son œuvre de promotion du rock progressif bien de chez nous, et de ne jamais céder aux pressions, ni au découragement.

Cet incident digéré, Ange se lance dans son troisième album, Au-delà Du Délire (en écoute intégrale ici), lequel surpasse ses prédécesseurs en termes de qualité et d’inspiration. Au-delà du Délire se pose alors comme le symbole de notre rock progressif : la chanson à textes dans la langue de Molière ne s’est jamais aussi bien accommodée du rock symphonique anglo-saxon.

Album-concept et disque essentiel, Au-delà Du Délire (1974) nous transporte au cœur du Moyen-âge, via l’histoire d’un certain Godevin Le Vilain. Ange fait de l’Ange, fidèle à son esprit, mais en plus mature. Ange fait de cette idée originale de Christian Descamps et Jean-Claude Pognant une œuvre musicale féérique et  de référence, portée par le lyrisme exceptionnel de son maître de cérémonie et théâtral Merlin de service. Il faut en être absolument. Au-Delà Du Délire fait partie de notre patrimoine culturel, gardons le jalousement. Cocorico ! (RAZOR©).

 

1. Godevin le vilain.

2. Les longues nuits d'Isaac.

3. Si j'étais le messie.

4. Ballade pour une orgie.

5. Exode.

6. La bataille du sucre (La colère des dieux).

7. Fils de lumière.

8. Au-delà du délire.

 

Christian Décamps:chant,claviers.

Francis Decamps:claviers,voix.

Jean-michel Brézovar:guitare.

Gérard Jelsch:batterie,percussion.

Daniel Haas:basse.

LP Studio 4 - 1975

 

Ange emile jacotey

 

ANGE

EMILE JACOTEY – 1975  4/5

 

Publié en 1975.

Produit par Jean-Claude Pognant.

Durée:41:32.

Label:Philips.

Genre:rock progressif.

 

En plein dans l’Emile.

 

Pour Gérard Jelsch, Ange c’est terminé. Le batteur des trois premiers albums n’est donc pas à l’appel du quatrième LP studio des francs-comtois, le célèbre Emile Jacotey. C’est Guénolé Biger, le futur Négresses Vertes, qui s’installe derrière les fûts. Il n’y fera qu’une pige puisque c’est le seul disque d’Ange sur lequel il est crédité. Peu importe, l’essentiel est ailleurs.

Emile Jacotey (1975) succède à Au-Delà du Délire, disque d’or pour la deuxième fois de rang. C’est dire qu’Ange est en plein boom et les faits le prouvent : il est le numéro 1 du rock français et son public croît à chaque sortie discographique.

Avec Emile Jacotey (en écoute intégrale ici), Ange nous gratifie d’un LP plus vrai que nature : le titre de l’album réfère en effet à un personnage bien réel et tout ce qu’il y a de vivant à l’époque des faits, un vieil homme façonné par la dure terre franc-comtoise, maréchal-ferrant de son état (un certain Emile Jacquottet repose au cimetière de Saulnot en Haute-Saône) : une gueule comme on dit.

Cet album-concept autour de l’Emile a deux têtes : l’une est bien faite, l’autre est, on va dire, bien pleine. Vous saisissez la nuance ? La première face, imaginée pendant les tournées, affiche une grande cohérence ; elle  est bien menée et très alléchante (le superbe Ode à Emile, Sur La Trace Des Fées, Jour Après Jour, l’extravagant Nain de Stanislas, l’humoristique Bêle Bêle Petite Chèvre, plus rock) ; la seconde, moins imaginative et écrite dans la hâte pour terminer le travail dans les temps, montre quelques signes de relâchement (Les Marchands de Planètes, Ego et Deus). Aurelia, J’irai Dormir Plus Loin Que Ton Sommeil et Les Noces échappent toutefois à ce constat.

Pour cet opus un peu moins moyenâgeux qu’à l’accoutumée, Décamps est allé puiser son inspiration dans les contes et légendes régionales, via l’Emile, conteur hors pair qui anime une chronique hebdomadaire dans l’Est Républicain.

Cette matière vivante, colorée et attachante, Décamps la fait revivre avec ses inimitables talents de chanteur.  Théâtral, la verve brillante et enchanteresse, voire ensorceleuse, le compositeur d’Ange se montre ici toujours aussi inspiré et expressif.

Une musique progressive et d’atmosphère encore médiévale se déroule autour de ces magnifiques textes légendaires. L’Ode à Emile, c’est du produit exclusivement  de notre terroir. Une marque nationale, belle simple, éternelle. Même en étant un peu en deçà du sémillant Au-Delà Du Délire pour les raisons référant essentiellement à sa deuxième partie, Emile Jacotey reste une œuvre majeure et attachante.

Emile Jacotey restitue, de la meilleure manière qui puisse être, l’idée du livre des légendes de Franche-Comté,  qui  tenait tant à Décamps. Mieux, il donne à ces contes de coin d’âtre,  une grandeur supplémentaire. Ange a tapé en plein dans le mille ou dans l’Emile, vu du côté de Saulnot (RAZOR©).

 

1. Bêle, Bêle Petite Chèvre.

2. Sur La Trace Des Fées.

3. Le Nain De Stanislas.

4. Jour Après Jour.

5. Ode à Emile.

6. Ego Et Deus.

7. J'irai Dormir Plus Loin Que Ton Sommeil.

8. Aurelia.

9. Les Noces.

10. Le Marchand De Planètes.

 

Christian Décamps:chant,claviers.

Francis Décamps:claviers,chant.

Jean-Michel Brézovar:guitares.

Guénolé Biger:batterie,percussions.

Daniel Haas:basse.

LP Studio 5 - 1976

 

Ange par les fils de mandrin

 

ANGE

PAR LES FILS DE MANDRIN – 1976  4/5

 

Publié en 1976.

Produit par Ange.

Durée:40:19.

Label:Philips.

Genre:rock progressif.

 

Encore un grand crû belfortain.

 

Le messin Jean-Pierre Guichard relaie Guénolé Biger derrière les fûts d’Ange, à l’heure d’aborder l’enregistrement de son cinquième LP, Par Les Fils De Mandrin (1976). Ange ne cesse d’étoffer son public de fans ; ses concerts aux quatre coins de l’Europe décuplent  toujours plus sa popularité.

Album-concept dans lequel les paroles prennent le pas sur la musique, ce qui n’est pas un handicap compte tenu de la qualité d’écriture et de chant de Christian Décamps, ainsi que de la faculté des musiciens à bien mettre en valeur des textes toujours bien léchés (les sonorités folk-rock priment), Par Les Fils De Mandrin (en écoute intégrale ici) déroule une histoire dont les pages se feuillètent dans l’ordre, sans en sacrifier une.

Pur Ange, il ne bluffe  pas le fan. Ange refait de l’Ange, avec une approche plus professionnelle, plus routinière. La substance habillant cet album a un air de déjà vu, déjà entendu et pourtant….

Par Les Fils De Mandrin ne nous apprend donc rien que l’on se sache déjà sur ce groupe et sa musique. Reste qu’en dépit de cette répétitivité non pénalisante, l’album demeure excellent. Ange maîtrise, fait simple, reste efficace,  mais ne surprend plus.

Ange revisite, en quelque sorte, tous les aspects de sa musique qui ont su nous séduire et nous accrocher jusqu’ici. Album conceptuel, donc avec un fil conducteur à suivre pour en apprécier toutes les subtilités, ce N°5 vaut principalement par son histoire (pour grands enfants), ses paroles et quelques titres plus convaincants que les autres, comme Ainsi s’en Ira la Pluie, Atlantis, Hymne A La Vie, Au Café du Colibri et Les Saltimbanques. N’est pas disque d’or et Charles-Cros pour sa seule pochette… Du très bon Ange qui apparaît pour la dernière fois sous ce line-up (RAZOR©)

 

1. Par Les Fils De Mandrin.

2. Au Café Du Colibri.

3. Ainsi S'en Ira La Pluie.

4. Autour Du Feu.

5. Saltimbanques.

6. Des Yeux Couleur D'enfant.

7. Atlantis-Les Géants De La 3ème Lune.

8. Hymne A La vie.

 

Jean Michel Brézovar:guitare électrique et acoustique.

Jean-Pierre Guichard:batterie.

Daniel Haas:basse.

Christian Décamps:orgue Hammond,piano,chant.

Francis Décamps:orgue,effets spéciaux.

 

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