Bill Bruford.

BIOGRAPHIE.

 

BILL BRUFORD/Sevenoaks (Kent – Angleterre)

 

Bill bruford 1

 

Né William Scott Bruford, le 17 mai 1949 à Sevenoaks ( Kent – UK), dit Bill Bruford.

Actif depuis 1966.

Genre:rock,rock progressif,jazz,jazz fusion,rock instrumental.

Labels:Polydor,EG,Voiceprint,Winterfold,Summerfold,Atlantic,Island,Vertigo,Virgin...

Site officiel:billbruford.com

Une riche carrière.

Batteur de réputation mondiale, Bill Bruford a, plus de quarante années durant, développé un style de jeu atypique, capable de passer du R & B de ses premiers pas, au blues-rock via le furtif Savoy Brown (quelques jours), au rock progressif, puis au jazz..

Son parcours professionnel l'a ainsi amené à s'asseoir derrière les caisses et les fûts de formations huppées de Art Rock des années 70, à l'instar de Yes, dont il est le batteur original ou de King Crimson, puis à être très impliqué dans le processus de création musicale de groupes comme Gong, National Health, Genesis et UK.

Son virage jazz-fusion, il le prend quand il forme sa propre équipe, Bruford, puis le quartet Earthworks. Après avoir consacré ses 80's à collaborer sur différents projets, il se retire le 1er janvier 2009, fort d'un parcours irréprochable. Il se consacre depuis à la production de la partie de son œuvre jamais éditée et de sa riche carrière, via les divers labels qu'il a constitués.

Bill bruford introUn batteur novateur...

Bill bruford yes...passé par Yes...

Bill bruford crimson 74...King Crimson...

Bill bruford genesis...Genesis...

Bill bruford king crimson 95...puis re-King Crimson en de 94 à 97.

Bill bruford feels good to me 78Sous son nom, il signe cet excellent LP en 78.

Un batteur novateur.

Originaire du Kent, Bill Bruford est né William Scott Bruford, le 17 mai 1949 à Sevenoaks, une petite cité localisée au sud et à une grosse demie heure de Londres.

C'est dans cette région qu'il commence à pratiquer l'instrument. Il a alors 12/13 ans. Un peu plus tard, William Scott suit des cours avec George Cooper et Lou Pocok, percussionniste du Royal Philharmonic, puis étudie un temps avec John Marshall (batteur de Soft Machine), mais sa formation musicale s'affirme surtout avec l'enseignement du piano.

Le jazz a ses faveurs, influencé qu'il est par tous ces batteurs américains qui défilent sur les émissions musicales de la BBC, le samedi soir. Max Roach et Art Blakey notamment. Bill, autodidacte, s'en imprègne énormément et quand sa sœur lui offre ses premières baguettes-pinceaux, Bill se lance sans retenue, tout en peaufinant sa technique.

Toujours prompt à expérimenter et à explorer de nouvelles limites musicales, ce dernier amorce une carrière qui va faire de lui un des batteurs les plus novateurs et avant-gardistes du rock progressif, voire du rock tout court.

Savoy Brown, Yes, King Crimson...

Son parcours professionnel prend racine en 1968. Après une collaboration avortée au bout de quelques jours, avec les blues-rockeurs de Savoy Brown Blues band (début 1968), Bill fait la rencontre de Chris Squire et Jon Anderson avec lesquels il contribue à former, sur les cendres de Mabel Greer's Toyshop, initié par Squires et Peter Banks, le groupe Yes.

Nous sommes à l'été 1968 et Yes débute avec le line-up suivant : Squire (basse), Anderson (chant), Banks (guitare), Bruford (batterie) et Tony Kaye (piano).

Atlantic Records les signe et un premier LP, éponyme, est publié en août 1969. Il ouvre une série de 5 albums pour ce groupe, alors en pointe sur la scène rock progressive mondiale.

Entre 1969 et septembre 1972, outre l'éponyme Yes, Bruford prend une part active dans Time And A Word (juin 70), The Yes Album (juin 71), Fragile (novembre 71) et Close To The Edge (septembre 72).

Sentant qu'il est allé au bout du processus créatif avec Yes, en divergence avec les orientations artistiques du groupe et excédé par la lenteur des songwriters-maison à sortir de la matière, en froid avec Squire et Anderson, Bruford quitte Yes et rebondit sur King Crimson (1973), autre valeur sûre de la scène prog anglaise du moment.

Son leader charismatique, Robert Fripp, a alors de nouvelles ambitions et repart avec de nouveaux musiciens. Il côtoie, au sein de cette nouvelle mouture (Fripp, Muir, Bruford, John Wetton, David Cross) de King Crimson, le percussionniste Jamie Muir qui va influer durablement sur le jeu de Bill.

Le batteur est impliqué dans la réalisation de trois LP : Lark's Tongues In Aspic (mars 73), Starless And Bible Black (mars 74) et Red (octobre 74) qui voit le Crimson se réduire à un trio (Fripp/Wetton/Bruford) encadré de musiciens extérieurs.

Par ailleurs, l'ancien Yes pointe sur l'album live USA (1975), enregistré durant la tournée nord-américaine 74 alors que Robert Fripp a déjà mis un premier terme à l'aventure King Crimson (octobre 74). Bruford est associé à la période la plus expérimentale de la formation londonienne.

Genesis avant de rouler pour lui...

La suite s'appelle Genesis. Bill Bruford l'intègre à l'occasion de la tournée nord-américaine Trick Of The Tail 1976 (26 mars 76/11 juillet 76).

Peter Gabriel vient de quitter la formation et Phil Collins va endosser la double casquette de batteur et chanteur. Alors que tout le monde voue Genesis à une fin proche et irrémédiable, les anglais sortent Trick Of The Tail (février 76) et surprennent (3ème dans les classements anglais et 31ème aux États-Unis). Collins s'en sort finalement bien mais pour la tournée de promo de l'album, il est décidé de faire entrer Bruford à la batterie pour le soulager. Pendant 6 mois, son nom est associé à l'illustre Genesis. Il est audible notamment sur Seconds Out (1977).

C'est alors que Bruford, fort de ses expériences collectives, se sent prêt à travailler pour lui. Il fonde, pour ce faire, son propre groupe, sobrement appelé Bruford (1977).

...et de flirter avec le jazz.

Pour ce premier opus qui soit affecté à son patronyme, Feels Good To Me (janvier 78/EG Polydor), le batteur réunit autour de lui les guitaristes Allan Holdsworth et John Goodsall, le bassiste Jeff Berlin, le claviériste Dave Stewart. ainsi que Kenny Wheeler (bugle) et Annette Peacock (voix supplémentaire).

Ce disque initial pointe à l'avant-garde de la musique improvisée jazz progressiste. Peu après la sortie de ce premier LP, Bruford prend part à une collaboration avec le bassiste de King Crimson, John Wetton, Eddie Jobson (claviers, violon), Allan Holdsworth (guitare), sous l'identité de UK.

Bill bruford portrait

« Yes, c'est un peu la bête noire de ma carrière. En fait, je suis devenu plus célèbre pour avoir quitté Yes que pour y avoir contribué. C'est paradoxal, mais c'est comme ça. » (Bill Bruford)

 

Il y reste le temps d'un album éponyme, UK (mars 78/EG), préférant se concentrer sur Bruford. Celui-ci s'avère avoir les faveurs de la presse radio FM ; des centaines de milliers d'exemplaires sont écoulés dans la seconde partie de l'année 78.

Le second LP individuel de Bruford, l'instrumental One Of A Kind, sort à l'été 79. Il flirte encore avec le jazz-fusion et se révèle égal au précédent. Suit encore The Bruford Tapes (1979), live enregistré à New York (sans Holdsworth qui a quitté le groupe peu de temps avant) et destiné uniquement au marché américain.

Gradually Going Tornado (1980), brillamment complexe et pétant d'énergie, fait une nouvelle fois une démonstration de fusion intelligente. Il est certainement un des excellents disques que le rock fusion prog ait à faire valoir. Il clôt sa discographie solo des 70's.

On prend les mêmes et on recommence.

Bruford renoue avec King Crimson dès 1981 quand Robert Fripp décide de réactiver le nom, via une nouvelle mouture. Trois disques studio se rattachent à cette collaboration : Discipline (1981), Beat, un an plus tard, et Three Of A Perfect Pair, publié en 1984, date à laquelle Fripp met une nouvelle fois le groupe sous l'éteignoir.

En 1985, Bruford monte un quartet jazz, Earthworks, avant de collaborer avec le suisse Patrick Moraz (Relayer de Yes/74) pour deux disques : Music For Piano And Drums (1983) et Flags (1985).

ABWH (1988/90) permet à Bruford de rebondir une nouvelle fois. Il est le B de cet acronyme, A étant Anderson (Jon), W étant Wakeman (Rick) et H Howe (Steve). Tous sont des anciens Yes.

Le quatuor enregistre un seul LP studio, éponyme (Arista/1989) et deux live, An Evening Of Yes Music Plus (1993) et Live At The NEC (2012). Un deuxième disque studio paraît également en 2006, Watching The Flags That Fly.

ABWH se veut, à sa création, la réincarnation de Yes mais est vite rattrapé par des problèmes de droit, Yes étant toujours la copropriété de Chris Squire, Steve Howe et Alan White.

Une retraite bien méritée.

De 1994 à 1997, Bruford reprend du service auprès de King Crimson, puis réactive Earthworks, par lequel il plonge délibérément dans le jazz et tourne le dos au rock.

Une décennie plus tard, en janvier 2009, Bruford passe définitivement la main après une carrière riche et bien achalandée. Aujourd'hui, dès lors que l'on évoque son nom, il revient à l'esprit qu'il fut un batteur extraordinaire et un percussionniste précis (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE YES 60'S/70'S.

LP Studio 1 - 1969

 

Yes yes 1969

 

YES

YES – 1969  3/5

 

Publié le 15 octobre 1969.

Produit par Paul Clay,Yes.

Durée:41:22.

Label:Atlantic.

Genre:rock progressif,rock psychédélique.

 

Plus Oui mais, que Oui.

 

Yes (en écoute intégrale ici) l’album est un disque, le premier du groupe en l’occurrence, qui nourrit plein de beaux espoirs pour ses auteurs. Même s’il ne s’agit pas encore du Yes qui surfe sur le rock progressif dès The Yes Album (1971), il est indéniable qu’à l’oreille, le rendu ne trompe personne ; c’est bien du Yes, quoi qu’encore inexpérimenté, assez loin du style sonore qui le caractérise et surtout produit par un technicien commis d’office pour l’opération, faute de pouvoir présenter son propre producteur.

La basse de Squire et le chant d’Anderson plaident en faveur de cette identification spontanée. En gros, il démarre tranquillou et honorablement la carrière des anglais et permet de mieux appréhender leur cheminement dans le rock progressif. Ici il flirte parfois avec le psychédélisme.

Entré en studio en l’été 1969, Yes réunit, pour ce LP initial brodé autour d’un rock influé par le psychédélisme, des originaux et deux reprises. Les titres composés par Yes le sont essentiellement par Anderson et Squire, mais les influences émanent du collectif qui en pince aussi bien pour des artistes tels que Simon & Garfunkel, les Who que pour des Leonard Bernstein ou Beach Boys. La part réinterprétée appartient aux deux monstres sacrés du rock des 60’s, les Beatles (Every Little Thing) et les Byrds (I See You).

Ce Yes est encore celui qui se produit dans les clubs londoniens (Marquee, Speakeasy), où il fourbit ses premières armes et forge son identité. De groupe un peu dilettante, il se recentre sur son travail et redouble d’efforts pour pouvoir rivaliser avec les autres sociétaires de la très active scène anglaise, King Crimson plus particulièrement.

Si la démarche ne s’avère pas encore payante auprès du public, elle est  favorablement accueillie par la presse spécialisée qui reconnaît de la qualité à ce premier disque inscrit au catalogue pour Atlantic. De la qualité technique, du soin au niveau des harmonies vocales, des belles mélodies… c’est du bon Yes, à une ou deux exceptions près : Harold Land et Sweetness (RAZOR©).

 

1. Beyond and Before.

2. I See You.

3. Yesterday and Today.

4. Looking Around.

5. Harold Land.

6. Every Little Thing.

7. Sweetness.

8. Survival.

 

Jon Anderson:chant,percussions.

Chris Squire:basse,chœurs.

Peter Banks:guitare,chœurs.

Tony Kaye:orgue,piano.

Bill Bruford:batterie,vibraphone.

 

LP Studio 2 - 1970

 

Yes time and a word

 

YES

TIME AND A WORD – 1970  3/5

 

Publié le 24 juin 1970.

Produit par Tony Colton.

Durée:40:06.

Label:Atlantic.

Genre:rock progressif.

 

Yes se positionne.

 

Le premier LP de Yes, l’éponyme qui précède Time And A Word (en écoute intégrale ici) publié en 1970, a dévoilé au grand jour l’écart qui sépare son auteur des plus grands du rock progressif, King Crimson notamment, qui est alors l’étalon en la matière. Pour pouvoir boxer dans la même catégorie, il lui faut franchir une étape supérieure, se professionnaliser car c’est encore un peu le souk dans la maison, bosser un peu plus, surtout mieux, concentrer toute son attention et ses efforts sur une écriture et un son qui lui soient propres à 100%. Au regard de l’album précédent, Yes est encore un peu naïf et inexpérimenté et éparpillé entre les diverses influences de ses membres.

Time And A Word, au visuel différent selon le côté de l’Atlantique où l’on se place, traduit cette volonté d’évoluer ; Yes intègre ici un orchestre classique imitant en cela d’autres formations britanniques du moment (Moody Blues par exemple). Yes se veut plus riche, plus alambiqué que ce qui découle de sa prestation antérieure assez simpliste.

La prise de risques, si elle est louable, n’a pas le retour sur investissement espéré. Pas encore en tout cas, mais son audace pose les bases de tout ce qui va s’emboîter derrière Time And A Word. La grandiloquence artistique, organisée à partir des riches textures et de la complexité que l’on connaît, et caractéristique unique du groupe, est ici encore canalisée.

L’écriture est bonifiée mais reste encore en deçà des grandes envolées des anglais. Par contre le son, plus précis et plus puissant, évolue favorablement. Yes est sur la voie d’un succès qui lui tourne encore le dos ici, mais qui ne va pas tarder à éclore.

Encore insuffisant, ce dernier album bénéficie encore de reprises (No Opportunity Necessary, Everydays) ; on est loin du faste que l’on prête à la bande à Anderson qui voit son guitariste Peter Banks la quitter pour divergence artistique, ce dernier n’appréciant que fort peu de voir débouler dans leur univers musical, cuivres et cordes.

Yes, malgré le talent de son démissionnaire, ne perdra pas au change, son remplacement par Steve Howe étant l’élément catalyseur de la réussite du groupe (RAZOR©).

 

1. No Opportunity Necessary, No Experience Needed.

2. Then.

3. Everydays.

4. Sweet Dreams.

5. The Prophet.

6. Clear Days.

7. Astral Traveller.

8. Time and a Word.

 

Jon Anderson:chant.

Peter Banks:guitare,chœurs.

Bill Bruford:batterie.

Tony Kaye:orgue Hammond,piano.

Chris Squire:basse,chœurs.

 

LP Studio 3 - 1971

 

Yes the yes album

 

YES

THE YES ALBUM – 1971  4/5

 

Publié en février 1971

Produit par Eddie Offord,Yes.

Durée:41:44.

Label:Atlantic.

Genre:rock progressif,rock psychédélique.

 

La légende est en marche.

 

Troisième album du groupe (1971), The Yes Album (en écoute intégrale ici) connaîtra une belle carrière tant en Angleterre (top ten) qu’aux States. Comparé à son prédécesseur Time And A Word, ce disque démontre une maturité nouvelle de Yes. Stewe Howe vient de rejoindre la formation et cela se ressent immédiatement et permet l’exploration de nouveaux horizons dans un univers qu’ils ont choisi sophistiqué, complexe.

Les compositions sont originales, les harmonies vocales très travaillées, les rythmes, les sons et ambiances sont variés et les mélodies bien construites.

The Yes Album est construit autour de 4 morceaux principaux inspirés et intelligents dont Yours Is No Disgrace qui deviendra un titre culte et qui définit bien ce qu’est la musique de Yes, Starship Trooper ponctué par un solo de guitare d’un Stewe Howe très inspiré, I’ve Seen All Good People, très plaisant et Perpetual Change aux variations surprenantes et incessantes.

The Yes Album a infiniment de charme, suffisamment, en tous cas, pour vous convaincre de l’acheter. Ici commence la phase la plus croustillante de ce groupe ; critiques comme public se retrouvent autour de son nom. Pour Yes, le vent du boulet est passé très près, Atlantic menaçant de rompre leur collaboration si l’impact commercial n’était pas de la partie.

Steve Howe est l’élément focal de la transformation du groupe, sa virtuosité technico-cosmique et sa palette plus élargie permettent à Yes d’ouvrir de nouveaux horizons, de faire enfin du Yes après deux albums honorables mais trop quelconques.

Yes s’y montre à son avantage, original, créatif, complet, plein de fraîcheur, mélodieux, nerveux et surtout bien produit ; qui plus est en installant son propre langage. De quoi préparer le terrain à l’ère épique à venir. The Yes Album est une indéniable réussite du genre progressif. La légende est en marche (RAZOR©).

 

1. Yours Is No Disgrace.

2. Clap.

3. Starship Trooper (Life Seeker/Disillusion/Würm).

4. I've Seen All Good People (Your Move/All Good People).

5. A Venture.

6. Perpetual Change.

 

Jon Anderson:chant,percussions,guitare acoustique.

Steve Howe:guitares,Vachalia sur Your Move),chœurs.

Chris Squire:basse,pédales basse Taurus Moog Taurus,chœurs.

Tony Kaye:piano,orgue Hammond B-3.

Bill Bruford:batterie,percussions.

Colin Goldring:flûte à bec sur Your move.

 

LP Studio 4 - 1971

 

Yes fragile

 

YES

FRAGILE – 1971  4,5/5

 

Publié le 26 novembre 1971 (UK),le 4 janvier 1972 (U.S.).

Produit par Eddie Offord,Yes.

Durée:41:11.

Label:Atlantic.

Genre:rock progressif.

 

Début de l’âge d’or.

 

Quatrième LP de Yes sorti fin 1971, Fragile (en écoute intégrale ici) est celui par lequel le claviériste vedette Rick Wakeman intègre la formation anglaise, en lieu et place de Tony Kaye, remercié après y avoir officié depuis 1968. Rick Wakeman fera, par ailleurs, souvent le yoyo quittant et réintégrant le groupe plusieurs fois.

Sorti en 1971, Fragile entérine l’entrée de Yes dans le Gotha du rock progressif. Il a fallu d’abord en passer par les honorables (sans plus) albums Yes (1969) et Time And A Word (1970), puis par The Yes Album, première pierre prestigieuse du catalogue publiée l’année précédente, pour que les anglais occupent cette position envieuse de leader du genre.

Comme pour l’arrivée de Steve Howe dès le LP précédent, celle de Wakeman, très strass et paillettes, son théâtral et démonstratif claviériste, va s’avérer déterminante, permettant l’exploration de nouveaux horizons et le développement de quelques expérimentations instrumentales.

Le petit nouveau est une plus-value incontestable, sa virtuosité annoncée est encore canalisée. Dans le même temps, Jon Anderson élève son niveau de chant, Steve Howe se montre, Chris Squire prend du volume, Bill Bruford se remotive et se montre aussi. Tout l’équipage et sur le pont,  et la substance ici travaillée a plus de corps.

On tient avec Fragile un disque fluide, très inspiré, quasi maîtrisé et fourmillant de belles idées. Un concentré de plaisir malgré des titres à l’architecture complexifiée, plus longs et propices aux prestations personnelles comme Roundabout, South Side Of The Sky ou Heart Of The Sunrise.

Les titres sont plus aboutis. Du coup, l’ambiance devient plus agréable, la confiance et le talent donnent à Yes l’inspiration après laquelle le groupe cavale depuis ses débuts. Yes a l’idée lumineuse de mettre sur le circuit son Roundabout qui, de par sa quatrième place dans les charts, draine un panel supplémentaire de fans jusqu’alors réfractaires à cette musique.

Fragile place Yes sur la voie royale qui va générer, dans un avenir immédiat, le chef d’œuvre qu’est Close To The Edge et son suivant Tales From Topographic Oceans, ce merveilleux double disque du catalogue (RAZOR).

 

1. Roundabout.

2. Cans And Brahms.

3. We Have Heaven.

4. South Side Of The Sky.

5. Five Percent For Nothing.

6. Long Distance Runaround.

7. The Fish (Schindleria Praematurus).

8. Mood For A Day.

9. Heart Of The Sunrise.

 

Bill Bruford:batterie.

Chris Squire:basse.

Jon Anderson:chant.

Rick Wakeman:claviers.

Steve Howe:guitares.

 

LP Studio 5 - 1972

 

Yes close to the edge

 

YES

CLOSE TO THE EDGE – 1972  5/5

 

Publié le 13 septembre 1972.

Produit par Eddie Offord,Yes.

Durée:37:51.

Label:Atlantic.

Genre:rock progressif.

 

Comme Chanel, Yes a son N° 5.

 

La cinquième tentative est la bonne. Yes tient son chef d’œuvre, son album culte, son disque mythique. On peut le qualifier comme on veut, toujours est-il que Close To The Edge (en écoute intégrale ici), publié en septembre 1972, est le graal des anglais. Un graal en trois actes : le morceau titre mystique de presque 19 minutes, la douceur acoustique en quatre pièces de And You And I et ses intermèdes plus rock et l’obsédant Siberian Khatru, prog-funk qui offre à son claviériste l’opportunité d’un solo de clavecin mémorable.

Close To The Edge va plus loin que Fragile auquel il succède, mais sans cette prétention qui colle aux basques de son pourtant bon prédécesseur. A la condition d’en apprivoiser tous les contours, ce qui demande du temps et des écoutes inlassables, Close To The Edge est un réel émerveillement. Il faut toutefois en passer par l’inévitable ouverture de la chanson-titre, pas le passage le plus glorieuse des portes d’entrée à l’univers de Yes. Il en coûte environ deux minutes de friture pour 35 de bonheur intense. On peut mettre le mouchoir dessus et faire preuve d’indulgence.

Référence absolue de Yes, l’inventif, le raffiné, le mélodique Close To The Edge est une longue épopée féérique, subtilement et précisément scénarisée pour émoustiller l’imaginaire. Yes est réellement né et élevé au rang de mythe ici.

Le rock psychédélique a Sergent Peppers, celui progressif Close To The Edge. Aussi paradoxal que cela puisse paraître pour un album prog, il fait 4 au Royaume-Uni et 3 aux States ; en dépit de cette réussite commerciale, le N° 5 de Yes  signe malheureusement  la fin d’une époque en interne avec le départ de Bill Bruford, son prodigieux batteur.   

Close To The Edge flirte avec la perfection. Il en serait ainsi sans son ouverture un tantinet brouillonne, mais on le lui pardonnera volontiers tant Yes tourne autour du pot depuis deux albums. Pour la première fois peut-être depuis le début de sa belle discographie, Close To The Edge révèle un groupe enfin digne de ce nom, dont les contributions individuelles s’effacent au profit de la performance collégiale. Point de suffisance, ni de prétention ou d’ostentation ici, c’est le collectif qui tire les marrons du feu. C’est pour toutes ces raisons qu’il est culte. Comme Chanel, Yes a désormais son N° 5 (RAZOR©)

 

1. Close to the Edge (The Solid Time of Change/Total Mass Retain/I Get Up, I Get Down/Seasons of Man). 

2. And You and I (Cord of Life/Eclipse/The Preacher, the Teacher/The Apocalypse.

3. Siberian Khatru.

 

Jon Anderson:chant,guitare acoustique,percussions.

Bill Bruford:batterie,percussions.

Steve Howe:guitares acoustique et électrique,pedal-steel,sitar électrique, Danelectro,chœurs.

Chris Squire:basse,chœurs.

Rick Wakeman:piano,piano électrique RMI-368,clavecin,orgue Hammond B-3,synthétiseurs Mini-Moog,mellotron,orgue de l'église St Giles Cripplegate.

DISCOGRAPHIE 70'S GENESIS.

LP Studio 7 - 1976

 

Genesis a trick of the tail

 

GENESIS

A TRICK OF A TAIL – 1976  3,5/5

 

Publié le 2 février 1976.

Produit par David Hentschel.

Durée:51:11.    

Label:Charisma.

Genre:rock progressif.

 

Un Genesis encore inspiré.

 

Beaucoup de groupes rêveraient sortir un LP comme A Trick Of A Trail (en écoute intégrale ici), 7ème LP studio, pas spécialement un grand album, mais une galette plus qu’acceptable, avec un Phil Collins au chant qui s’en sort bien, il faut l’admettre.

La tâche de remplacer le charismatique et théâtral Peter Gabriel, n’avait pourtant rien d’une sinécure, ce dernier ayant été partie prenante à 90% dans la popularité et l’image de Genesis. Là où Gabriel transformait littéralement la musique par une théâtralité jamais égalée dans le rock, Philou se contente de l’accompagner et d’assurer.

Genesis n’est donc pas mort comme on le lui prédisait. Qui plus est, A Trick Of A Tail de 1976 se positionne derrière le carré créatif magique : Nursery Cryme, Foxtrot, Selling England By The Pound et The Lamb Lies Down On Broadway (1975), le double album concept qui le précède. Voilà pour le contexte du moment.

A Trick Of A Tail est le premier album à quatre du groupe. Orphelin de son compositeur-interprète, Genesis revient à un travail plus modeste et plus humble, renouant avec l’Angleterre et son folklore et, paradoxalement, va connaître un grand succès auprès de la critique et des fans (3ème des charts british).

Rien ou très peu ne transparaît du départ de Peter Gabriel, la formation restante (Collins, Banks, Hackett et Rutherford) demeurant très soudée. Cela se ressent sur cet album pourtant contrasté. Ici la magie opère encore un tantinet ce qui fait dire à ceux qui y croitent encore que Genesis n’est pas mort.

A Trick Of A Trail, album de rock progressif inspiré, possède des titres qui véhiculent toujours de réelles histoires et des passages instrumentaux délicieux. Mettons en avant Ripples, sur le thème de la vieillesse, Entangled, mélancolique par excellence, le pop mélodieux agréable et fantaisiste A Trick Of A Tail, le Mad Man Moon de Tony Banks, le rythmé et incisif Dance On A Volcano, le triste et rugissant Squonk et pour finir, Los Endos, un instrumental torturé.  C’est acceptable, pas un grand album comme j’ai pu le lire par ailleurs ; la raison est néanmoins suffisante pour le faire tomber dans sa besace (RAZOR©).

 

1. Dance on a Volcano.

2. Entangled.

3. Squonk.

4. Mad Man Moon.

5. Roberry, Assault and Battery.

6. Ripples.

7. A Trick of The Tail.

8. Los Endos.

 

Phil Collins:chant,batterie,percussions,chœurs.

Tony Banks:piano,synthétiseur,orgue,mellotron,guitare 12 cordes,chœurs.

Steve Hackett:guitare électrique,guitare 12 cordes.

Mike Rutherford:guitare 12 cordes,basse.

DISCOGRAPHIE SOLO 70'S.

LP Studio 1 - 1978

 

Bill bruford feels good to me 78

 

BILL BRUFORD

FEELS GOOD TO ME – 1978  4,5/5

 

Publié en janvier 1978.

Produit par Robin Lumley,Bill Bruford.

Durée:46:58.

Label:EG/Polydor Records.

Genre:jazz fusion.

 

Grand moment de fusion.

 

Bill Bruford a battu pour des groupes prestigieux. Chronologiquement, il a d’abord collaboré avec Yes (de 69 à 73), puis avec King Crimson (73/75) avant de faire une courte pige avec Genesis pour les besoins d’une tournée (76/77).

Batteur au jeu créatif, doté d’une remarquable finesse de toucher, d’une grande précision, Bruford est de sensibilité jazz.

S’émancipant du rock progressif qu’il a pratiqué une décennie durant, l’anglais du Kent engage, en 1978, une carrière solo qui se traduit, la même année, par la sortie d’un premier album de style jazz rock progressif (Feels Good To Me), dont le moins que l’on puisse dire est qu’il est surprenant même si parfois difficile d’accès, surtout pour les non-initiés à cette musique.

Par ce disque mature, Bruford montre, outre ses qualités de batteur, de bien belles dispositions pour l’écriture, livrant des compositions profondes, puissantes, cohérentes et personnelles convaincantes. Pour moi, en tout cas.

A ses côtés, la fine fleur est rassemblée : les guitaristes John Goodsall et Allan Holdsworth, le bassiste Jeff Berlin, le claviériste Dave Stewart, le trompettiste Kenny Wheeler et Annette Peacock au chant (rare pour un disque de jazz fusion) peuvent se targuer d’être des monstres de technique.

Cette œuvre collective inspirée développe une complexité telle qu’elle trouvera plus facilement preneur auprès du panel de fondus de jazz rock et des amateurs de belle batterie.

Perso, je me suis accroché aux premières incursions dans cet album. Pour le reste, je me suis laissé porter par cette musique de virtuoses, travaillant en totale synergie, tout en contrôle et sans en rajouter.

J’y ai pris beaucoup de plaisir, même si le genre n’est pas ma tasse de thé. Sans conteste, Feels Good To Me figure parmi les meilleurs LP de fusion de cette période. Mais bon, comme dirait l’autre : faut aimer le genre (RAZOR©).

 

1. Beelzebub.

2. Back to the Beginning.

3. Seems like a Lifetime Ago (part one).

4. Seems like a Lifetime Ago (part two).

5. Sample and Hold.

6. Feels Good to Me.

7. Either End of August.

8. If You Can't Stand the Heat.

9. Springtime in Siberia.

10. Adios a La Passada (Goodbye to the Past).

 

Bill Bruford:percussions,batterie.

Allan Holdsworth:guitare.

Annette Peacock:chant.

Dave Stewart:claviers.

Jeff Berlin:basse.

Kenny Wheeler:trompette.

John Goodsall:guitare.

Neil Murray:basse.

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