Yes.

BIOGRAPHIE.

 

YES/Londres (Angleterre)

 

Yes 1

 

Actif entre1968 et 81,1982 et 2004,2008 à aujourd’hui.

Labels:Atlantic,Atco,Arista,Victory,Sanctuary,Eagle,Frontiers.

Genre:rock progressif,rock symphonique,art rock,pop-rock.

Site officiel:www.yesworld.com

Yes, pionnier du rock progressif.

Chris Squire, bassiste, est le seul membre à avoir toujours été fidèle à Yes. Ce pionnier du rock progressif anglais à la renommée mondiale fait valoir aujourd’hui une activité proche des 5 décennies. Fondé en 1968, le groupe revendique aujourd’hui une vingtaine d’albums studio dont quelques magnifiques chefs d’œuvre et affiche des ventes qui se comptabilisent en dizaines de millions d’albums.

Le Yes de 2015 est articulé autour de Squire l’ancien, énorme bassiste, et réunit le chanteur Jon Davison, le guitariste historique Steve Howe, embarqué dans l’aventure suite au remplacement de Peter Banks et après Time And A Word (1969), le batteur Alan White qui pallie au départ de Bill Bruford à son apogée (Close To The Edge/1972) pour aller grossir les rangs de King Crimson, ainsi que le claviériste Geoff Downes, ex-Buggles arrivé à la fin des 70’s après la dissolution de la première mouture.

Une mouture mythique.

Le Yes original, pour mémoire, avait également de la gueule : outre Squire, la formation britannique compte alors dans ses rangs, une figure non moins légendaire, Jon Anderson, la voix inoubliable de Yes, le batteur virtuose qu’est William « Bill » Brufford (ex-Savoy Brown), Peter Banks, celui qui a trouvé le nom de Yes pour le groupe et Tony Kaye (The Federals), claviériste que relaiera le théâtral Rick Wakeman (1971).

Yes est un des plus remarquables acteurs du rock progressif et symphonique, l’ensemble de son œuvre a d’ailleurs récemment fait l’objet d’un Grammy Awards (2014) ; il en est l’un des plus influents. Dire qu’il a marqué l’histoire du rock est un euphémisme. Qui a oublié ses chansons expansives, longues et structurées, les Yours Is No Disgrace, les Rounabout, les Starship Trooper, les We Have Heaven ou The Fish ? Leurs paroles ésotériques ? Qui ne se souvient des Fragile, Close To The Edge, Yes Album, Tales From Topographic Oceans ? Qui n’a plus en mémoire les magnifiques dessins ornant les pochettes de ses vinyles ?

Yes logo 2

Né en 1968 à Londres.

Yes voit le jour au courant de l’année 1968, du fait de la rencontre entre Squire des Syn (d’où est également issu Peter Banks) et Anderson des Warriors dans un pub londonien. Ils se trouvent des atomes crochus et fomentent l’idée d’une collaboration dans un projet ambitieux orienté autour d’une complexification des harmonies de voix, citant en exemple le duo Simon & Garfunkel, et d’une solidification de la base instrumentale. Le concept fait son chemin : reste à trouver un nom pour le lancer. Ce sera Yes, qu’Atlantic prend sous sa coupe dès 1969. Avant, il lui faut en passer par des spectacles encore modestes dans des bars locaux où il joue des chansons des Beatles ou de Traffic.

Pour rivaliser avec une scène anglaise plutôt ambitieuse et concurrentielle, il lui faut cependant proposer d’autres arguments à l’écriture et passer à la vitesse supérieure en termes de travail.

Un phénomène en gestation.

Un album éponyme découle de ce partenariat avec Atlantic, sorti en octobre 1969, qui s’appuie, pour 6 des 8 pièces, sur des titres originaux de Squire et d’Anderson. Il est considéré comme un des premiers LP du genre progressif. Yes s’y montre timide et frileux, se cherche encore, mais développe déjà de belles mélodies. Il est un phénomène en gestation et séduit déjà la critique laquelle, pour l’heure se contente de colporter l’information, sans s’enflammer.

 

Yes jon anderson

« Je suis en contact régulier avec Alan White, plus qu’avec Chris Squire ou Stewe Howe. Ils ont leur propre vie. Avec Alan, nous sommes amis, mais cela n’exclut pas que je n’oublierais jamais tout ce que nous avons fait ensemble, cette musique que nous avons créée. Je suis fier de tout ce que nous avons partagé et très reconnaissant à ces gars, Chris, Steve, Bill Bruford et mon ami Rick Wakeman, d’avoir contribué à cette très belle période de ma vie et collaboré à un tel travail. »

(Jon Anderson)

Presse spécialisée et public se rejoignent sur le deuxième LP, Time And A Word (1970), plus sophistiqué et affichant une ambition autre. On y retrouve les premiers hits du groupe, comme le single-titre et Sweet Dreams, ainsi que les apports symphoniques originels. Cet album, pour la dernière fois alimenté par des reprises (2), n’est pas le plus mémorable du catalogue, mais contribue à faire parler dans le landernau : Yes franchit un palier ; pas pour Peter Banks qui n’apprécie que fort peu l’utilisation de cordes et de cuivres sur quelques chansons et quitte ses partenaires. Steve Howe le remplace. Le londonien a plusieurs sources d’influences : jazz, blues, classique, country, flamenco. Côté artistes, Wes Montgomery, Chet Atkins, Kenney Burrell,Chuck Berry et George Harrison sont ses modèles

Comme son prédécesseur éponyme, le disque paraît sous deux pochettes différentes : celle conçue pour le marché anglais propose une femme nue allongée dans un décor de damiers ; la version américaine montre le groupe, parmi lequel pose un certain Steve Howe qui n’a pas encore intégré Yes.

Yes passe la surmultipliée.

L’arrivée de Steve Howe est une étape décisive de la carrière de Yes qui veut le faire savoir en nommant son troisième LP, The Yes Album (1970), qui se veut une renaissance artistique du groupe. A partir de ce disque, Yes passe la surmultipliée. Le travail s’en ressent qui véhicule des morceaux parmi les plus incontournables des anglais : Your’s Is No Disgrace, Perpetual Change, Starship Troopers et Roundabout). Le son unique de Yes naît ici. The Yes Album est le point de départ de son entrée de plein pied dans le rock progressif et lui ouvre la porte des Amériques pour une tournée.

Au retour des States, le claviériste Tony Kaye arrête les frais, suppléé par le démonstratif Rick Wakeman, issu des Strawbs. Son apport dote Yes d’une indéniable plus-value ; il devient ce qui se fait de mieux sur la place prog comme en attestent les quatre pépites vinyliques qui suivent : Fragile (1971), Close To The Edge (1972), le conceptuel Tales From Topographic Oceans (1973) et le triple live Yessongs (1973). Cette tierce musicale studio exceptionnelle s’accompagne de l’apparition de Roger Dean à l’illustration des pochettes du groupe ; ses graphismes sont de véritables œuvres d’art.

Yes tales from

Après Bruford, Wakeman.

Dans ce contexte favorable, Yes perd pourtant Bill Bruford ; Alan White saute dans la brèche après Close To The Edge, sans que le collectif ne s’en trouve pour autant affecté. Rick Wakeman attend 1974 pour s’en aller à son tour, motivé par une carrière solo.

1974 est l’année de sortie de l’audacieux, de l’avant-gardiste Relayer. Rick Wakeman est remplacé par le suisse Patrick Moraz ; ses sonorités fluides s’intègrent bien dans cet univers oscillant entre Close To The Edge et Fragile. Le coup est encore gagnant. Il l’est moins pour les travaux de fin de décennie engagés à la suite d’une longue pause (3 ans) que les membres se sont octroyés pour leurs projets personnels.

Chris Squire y va d’un Fish Out Of Water en 1975, Steve Howe d’un Beginnings (1975) et Jon Anderson d’un Olias Of Sunshillow (1976)

Si ça passe encore pour Going For The One (1977) qui bénéficie du retour de Wakeman, Tormato (1978) signe la fin du Yes de la première génération avec les départs conjoints de Wakeman et d’Anderson. Chris Squire, à ce moment du parcours, est le seul rescapé du line-up d’origine. Il est celui qui porte Yes à bout de bras aujourd’hui.

Des hauts et des bas depuis 30 ans.

Dans la mouvance punk ambiante, le trio restant Squire/Howe/White repartent au charbon, mais pas pour longtemps. Yes connaît alors une longue période de vaches maigres (exception faite de 90125 en 1983) ponctuée de ruptures, de reformations. Plus personne ne croit vraiment en un retour dans les règles. Pourtant Jon Anderson reforme le line-up légendaire en 1996.

Le très bon double album, Keys To Ascension, redonne de l’espoir aux fans, mais Wakeman quitte une nouvelle fois la formation avant de la réintégrer en 2002. Il en va ainsi depuis le début du troisième millénaire. Toujours actif, Yes a signé un 24ème LP en 2014 : Heaven And Earth. L’époque n’est plus aux élucubrations sophistiquées de Close To The Edge, la voix d’Anderson n’est plus, remplacé qu’il est par Jon Davison pour des raisons de santé. Ce n’est plus vraiment le même Yes, ni tout à fait un autre, non plus (RAZOR©). 

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S.

LP Studio 1 - 1969

 

Yes yes 1969

 

YES

YES – 1969  3/5

 

Publié le 15 octobre 1969.

Produit par Paul Clay,Yes.

Durée:41:22.

Label:Atlantic.

Genre:rock progressif,rock psychédélique.

 

Plus Oui mais, que Oui.

 

Yes (en écoute intégrale ici) l’album est un disque, le premier du groupe en l’occurrence, qui nourrit plein de beaux espoirs pour ses auteurs. Même s’il ne s’agit pas encore du Yes qui surfe sur le rock progressif dès The Yes Album (1971), il est indéniable qu’à l’oreille, le rendu ne trompe personne ; c’est bien du Yes, quoi qu’encore inexpérimenté, assez loin du style sonore qui le caractérise et surtout produit par un technicien commis d’office pour l’opération, faute de pouvoir présenter son propre producteur.

La basse de Squire et le chant d’Anderson plaident en faveur de cette identification spontanée. En gros, il démarre tranquillou et honorablement la carrière des anglais et permet de mieux appréhender leur cheminement dans le rock progressif. Ici il flirte parfois avec le psychédélisme.

Entré en studio en l’été 1969, Yes réunit, pour ce LP initial brodé autour d’un rock influé par le psychédélisme, des originaux et deux reprises. Les titres composés par Yes le sont essentiellement par Anderson et Squire, mais les influences émanent du collectif qui en pince aussi bien pour des artistes tels que Simon & Garfunkel, les Who que pour des Leonard Bernstein ou Beach Boys. La part réinterprétée appartient aux deux monstres sacrés du rock des 60’s, les Beatles (Every Little Thing) et les Byrds (I See You).

Ce Yes est encore celui qui se produit dans les clubs londoniens (Marquee, Speakeasy), où il fourbit ses premières armes et forge son identité. De groupe un peu dilettante, il se recentre sur son travail et redouble d’efforts pour pouvoir rivaliser avec les autres sociétaires de la très active scène anglaise, King Crimson plus particulièrement.

Si la démarche ne s’avère pas encore payante auprès du public, elle est  favorablement accueillie par la presse spécialisée qui reconnaît de la qualité à ce premier disque inscrit au catalogue pour Atlantic. De la qualité technique, du soin au niveau des harmonies vocales, des belles mélodies… c’est du bon Yes, à une ou deux exceptions près : Harold Land et Sweetness (RAZOR©).

 

1. Beyond and Before.

2. I See You.

3. Yesterday and Today.

4. Looking Around.

5. Harold Land.

6. Every Little Thing.

7. Sweetness.

8. Survival.

 

Jon Anderson:chant,percussions.

Chris Squire:basse,chœurs.

Peter Banks:guitare,chœurs.

Tony Kaye:orgue,piano.

Bill Bruford:batterie,vibraphone.

LP Studio 2 - 1970

 

Yes time and a word

 

YES

TIME AND A WORD – 1970  3/5

 

Publié le 24 juin 1970.

Produit par Tony Colton.

Durée:40:06.

Label:Atlantic.

Genre:rock progressif.

 

Yes se positionne.

 

Le premier LP de Yes, l’éponyme qui précède Time And A Word (en écoute intégrale ici) publié en 1970, a dévoilé au grand jour l’écart qui sépare son auteur des plus grands du rock progressif, King Crimson notamment, qui est alors l’étalon en la matière. Pour pouvoir boxer dans la même catégorie, il lui faut franchir une étape supérieure, se professionnaliser car c’est encore un peu le souk dans la maison, bosser un peu plus, surtout mieux, concentrer toute son attention et ses efforts sur une écriture et un son qui lui soient propres à 100%. Au regard de l’album précédent, Yes est encore un peu naïf et inexpérimenté et éparpillé entre les diverses influences de ses membres.

Time And A Word, au visuel différent selon le côté de l’Atlantique où l’on se place, traduit cette volonté d’évoluer ; Yes intègre ici un orchestre classique imitant en cela d’autres formations britanniques du moment (Moody Blues par exemple). Yes se veut plus riche, plus alambiqué que ce qui découle de sa prestation antérieure assez simpliste.

La prise de risques, si elle est louable, n’a pas le retour sur investissement espéré. Pas encore en tout cas, mais son audace pose les bases de tout ce qui va s’emboîter derrière Time And A Word. La grandiloquence artistique, organisée à partir des riches textures et de la complexité que l’on connaît, et caractéristique unique du groupe, est ici encore canalisée.

L’écriture est bonifiée mais reste encore en deçà des grandes envolées des anglais. Par contre le son, plus précis et plus puissant, évolue favorablement. Yes est sur la voie d’un succès qui lui tourne encore le dos ici, mais qui ne va pas tarder à éclore.

Encore insuffisant, ce dernier album bénéficie encore de reprises (No Opportunity Necessary, Everydays) ; on est loin du faste que l’on prête à la bande à Anderson qui voit son guitariste Peter Banks la quitter pour divergence artistique, ce dernier n’appréciant que fort peu de voir débouler dans leur univers musical, cuivres et cordes.

Yes, malgré le talent de son démissionnaire, ne perdra pas au change, son remplacement par Steve Howe étant l’élément catalyseur de la réussite du groupe (RAZOR©).

 

1. No Opportunity Necessary, No Experience Needed.

2. Then.

3. Everydays.

4. Sweet Dreams.

5. The Prophet.

6. Clear Days.

7. Astral Traveller.

8. Time and a Word.

 

Jon Anderson:chant.

Peter Banks:guitare,chœurs.

Bill Bruford:batterie.

Tony Kaye:orgue Hammond,piano.

Chris Squire:basse,chœurs.

LP Studio 3 - 1971

 

Yes the yes album

 

YES

THE YES ALBUM – 1971  4/5

 

Publié en février 1971

Produit par Eddie Offord,Yes.

Durée:41:44.

Label:Atlantic.

Genre:rock progressif,rock psychédélique.

 

La légende est en marche.

 

Troisième album du groupe (1971), The Yes Album (en écoute intégrale ici) connaîtra une belle carrière tant en Angleterre (top ten) qu’aux States. Comparé à son prédécesseur Time And A Word, ce disque démontre une maturité nouvelle de Yes. Stewe Howe vient de rejoindre la formation et cela se ressent immédiatement et permet l’exploration de nouveaux horizons dans un univers qu’ils ont choisi sophistiqué, complexe.

Les compositions sont originales, les harmonies vocales très travaillées, les rythmes, les sons et ambiances sont variés et les mélodies bien construites.

The Yes Album est construit autour de 4 morceaux principaux inspirés et intelligents dont Yours Is No Disgrace qui deviendra un titre culte et qui définit bien ce qu’est la musique de Yes, Starship Trooper ponctué par un solo de guitare d’un Stewe Howe très inspiré, I’ve Seen All Good People, très plaisant et Perpetual Change aux variations surprenantes et incessantes.

The Yes Album a infiniment de charme, suffisamment, en tous cas, pour vous convaincre de l’acheter. Ici commence la phase la plus croustillante de ce groupe ; critiques comme public se retrouvent autour de son nom. Pour Yes, le vent du boulet est passé très près, Atlantic menaçant de rompre leur collaboration si l’impact commercial n’était pas de la partie.

Steve Howe est l’élément focal de la transformation du groupe, sa virtuosité technico-cosmique et sa palette plus élargie permettent à Yes d’ouvrir de nouveaux horizons, de faire enfin du Yes après deux albums honorables mais trop quelconques.

Yes s’y montre à son avantage, original, créatif, complet, plein de fraîcheur, mélodieux, nerveux et surtout bien produit ; qui plus est en installant son propre langage. De quoi préparer le terrain à l’ère épique à venir. The Yes Album est une indéniable réussite du genre progressif. La légende est en marche (RAZOR©).

 

1. Yours Is No Disgrace.

2. Clap.

3. Starship Trooper (Life Seeker/Disillusion/Würm).

4. I've Seen All Good People (Your Move/All Good People).

5. A Venture.

6. Perpetual Change.

 

Jon Anderson:chant,percussions,guitare acoustique.

Steve Howe:guitares,Vachalia sur Your Move),chœurs.

Chris Squire:basse,pédales basse Taurus Moog Taurus,chœurs.

Tony Kaye:piano,orgue Hammond B-3.

Bill Bruford:batterie,percussions.

Colin Goldring:flûte à bec sur Your move.

LP Studio 4 - 1971

 

Yes fragile

 

YES

FRAGILE – 1971  4,5/5

 

Publié le 26 novembre 1971 (UK),le 4 janvier 1972 (U.S.).

Produit par Eddie Offord,Yes.

Durée:41:11.

Label:Atlantic.

Genre:rock progressif.

 

Début de l’âge d’or.

 

Quatrième LP de Yes sorti fin 1971, Fragile (en écoute intégrale ici) est celui par lequel le claviériste vedette Rick Wakeman intègre la formation anglaise, en lieu et place de Tony Kaye, remercié après y avoir officié depuis 1968. Rick Wakeman fera, par ailleurs, souvent le yoyo quittant et réintégrant le groupe plusieurs fois.

Sorti en 1971, Fragile entérine l’entrée de Yes dans le Gotha du rock progressif. Il a fallu d’abord en passer par les honorables (sans plus) albums Yes (1969) et Time And A Word (1970), puis par The Yes Album, première pierre prestigieuse du catalogue publiée l’année précédente, pour que les anglais occupent cette position envieuse de leader du genre.

Comme pour l’arrivée de Steve Howe dès le LP précédent, celle de Wakeman, très strass et paillettes, son théâtral et démonstratif claviériste, va s’avérer déterminante, permettant l’exploration de nouveaux horizons et le développement de quelques expérimentations instrumentales.

Le petit nouveau est une plus-value incontestable, sa virtuosité annoncée est encore canalisée. Dans le même temps, Jon Anderson élève son niveau de chant, Steve Howe se montre, Chris Squire prend du volume, Bill Bruford se remotive et se montre aussi. Tout l’équipage et sur le pont,  et la substance ici travaillée a plus de corps.

On tient avec Fragile un disque fluide, très inspiré, quasi maîtrisé et fourmillant de belles idées. Un concentré de plaisir malgré des titres à l’architecture complexifiée, plus longs et propices aux prestations personnelles comme Roundabout, South Side Of The Sky ou Heart Of The Sunrise.

Les titres sont plus aboutis. Du coup, l’ambiance devient plus agréable, la confiance et le talent donnent à Yes l’inspiration après laquelle le groupe cavale depuis ses débuts. Yes a l’idée lumineuse de mettre sur le circuit son Roundabout qui, de par sa quatrième place dans les charts, draine un panel supplémentaire de fans jusqu’alors réfractaires à cette musique.

Fragile place Yes sur la voie royale qui va générer, dans un avenir immédiat, le chef d’œuvre qu’est Close To The Edge et son suivant Tales From Topographic Oceans, ce merveilleux double disque du catalogue (RAZOR).

 

1. Roundabout.

2. Cans And Brahms.

3. We Have Heaven.

4. South Side Of The Sky.

5. Five Percent For Nothing.

6. Long Distance Runaround.

7. The Fish (Schindleria Praematurus).

8. Mood For A Day.

9. Heart Of The Sunrise.

 

Bill Bruford:batterie.

Chris Squire:basse.

Jon Anderson:chant.

Rick Wakeman:claviers.

Steve Howe:guitares.

LP Studio 5 - 1972

 

Yes close to the edge

 

YES

CLOSE TO THE EDGE – 1972  5/5

 

Publié le 13 septembre 1972.

Produit par Eddie Offord,Yes.

Durée:37:51.

Label:Atlantic.

Genre:rock progressif.

 

Comme Chanel, Yes a son N° 5.

 

La cinquième tentative est la bonne. Yes tient son chef d’œuvre, son album culte, son disque mythique. On peut le qualifier comme on veut, toujours est-il que Close To The Edge (en écoute intégrale ici), publié en septembre 1972, est le graal des anglais. Un graal en trois actes : le morceau titre mystique de presque 19 minutes, la douceur acoustique en quatre pièces de And You And I et ses intermèdes plus rock et l’obsédant Siberian Khatru, prog-funk qui offre à son claviériste l’opportunité d’un solo de clavecin mémorable.

Close To The Edge va plus loin que Fragile auquel il succède, mais sans cette prétention qui colle aux basques de son pourtant bon prédécesseur. A la condition d’en apprivoiser tous les contours, ce qui demande du temps et des écoutes inlassables, Close To The Edge est un réel émerveillement. Il faut toutefois en passer par l’inévitable ouverture de la chanson-titre, pas le passage le plus glorieuse des portes d’entrée à l’univers de Yes. Il en coûte environ deux minutes de friture pour 35 de bonheur intense. On peut mettre le mouchoir dessus et faire preuve d’indulgence.

Référence absolue de Yes, l’inventif, le raffiné, le mélodique Close To The Edge est une longue épopée féérique, subtilement et précisément scénarisée pour émoustiller l’imaginaire. Yes est réellement né et élevé au rang de mythe ici.

Le rock psychédélique a Sergent Peppers, celui progressif Close To The Edge. Aussi paradoxal que cela puisse paraître pour un album prog, il fait 4 au Royaume-Uni et 3 aux States ; en dépit de cette réussite commerciale, le N° 5 de Yes  signe malheureusement  la fin d’une époque en interne avec le départ de Bill Bruford, son prodigieux batteur.   

Close To The Edge flirte avec la perfection. Il en serait ainsi sans son ouverture un tantinet brouillonne, mais on le lui pardonnera volontiers tant Yes tourne autour du pot depuis deux albums. Pour la première fois peut-être depuis le début de sa belle discographie, Close To The Edge révèle un groupe enfin digne de ce nom, dont les contributions individuelles s’effacent au profit de la performance collégiale. Point de suffisance, ni de prétention ou d’ostentation ici, c’est le collectif qui tire les marrons du feu. C’est pour toutes ces raisons qu’il est culte. Comme Chanel, Yes a désormais son N° 5 (RAZOR©)

 

1. Close to the Edge (The Solid Time of Change/Total Mass Retain/I Get Up, I Get Down/Seasons of Man). 

2. And You and I (Cord of Life/Eclipse/The Preacher, the Teacher/The Apocalypse.

3. Siberian Khatru.

 

Jon Anderson:chant,guitare acoustique,percussions.

Bill Bruford:batterie,percussions.

Steve Howe:guitares acoustique et électrique,pedal-steel,sitar électrique, Danelectro,chœurs.

Chris Squire:basse,chœurs.

Rick Wakeman:piano,piano électrique RMI-368,clavecin,orgue Hammond B-3,synthétiseurs Mini-Moog,mellotron,orgue de l'église St Giles Cripplegate.

LP Studio 6 - 1973

 

Yes tales from

 

YES

TALES FROM TOPOGRAPHIC OCEANS – 1973  4/5

 

Publié le 14 décembre 1973 (U.K), le 9 janvier 1974 (U.S)

Produit par Eddie Offord,Yes.

Durée:1:21:15.

Label:Atlantic.

Genre:rock progressif.

 

Mourir avec ses idées ou vivre avec celles des autres ?

 

Un double LP, deux vinyles, quatre faces, quatre titres et un peu plus de 81 minutes, ainsi se présente Tales From Topographic Oceans (en écoute intégrale ici) qui sort dans les bacs à la fin de l’année 73 ; début 74 pour l’Outre-Atlantique.

Jamais quatre titres n’ont autant divisé le corps des supporters de Yes. Certains y voient l’amorce d’un déclin et la raison pour laquelle  Bill Bruford préfère se retirer après le séminal Close To The Edge précédent et ne pas être d’un après tendant à se complexifier et à se recentrer la vision spirituelle de Jon Anderson.

Les autres, plus louangeurs, arguent que la complexification artistique du septième album de Yes s’apprivoise assez rapidement pour peu qu’on le veuille, qu’on en fasse l’effort et que l’on tourne le dos au chef d’œuvre antérieur. Ce n’est pas faux, mais il faut du temps pour que ce double disque, certainement le plus difficile d’accès du catalogue, révèle le lot de splendeurs emberlificotées dans les méandres d’un format étiré et imaginé pour, par son initiateur Anderson, suivi en cela par Steve Howe.

Close To The Edge a porté Yes au pinnacle. Difficile de faire mieux. Le soufflé est retombé, le soufflé, c’est Tales et ses avis contradictoires pour ne pas dire diamétralement opposes. Daube d’un côté, chef d’œuvre de l’autre. Précision, inventivité, technicité, virtuosité, ici ; projet trop ambitieux et improductif, surenchère de complexité, prétention, là. Voir même laxatif pour les plus virulents des opposants ; vraisemblablement des rockers ou des fans déçus qui s’attendaient à mieux, pas des mélomanes. A moins qu’ils n’aient pas compris grand-chose au film…

L’esprit Close To The Edge, sur lequel Yes a fait corps et âme, à la vie à la mort, un pour tous et tous pour un, est retombé. Bruford parti et remplacé par Alan White, Chris Squire réduit à la portion congrue, Wakeman muselé, les deux électrons libres Howe et Anderson laissent libre cours à leur seule inspiration, sans que les autres acteurs ne s’y impliquent réellement. Tales est, de ce fait, plombé avant même d’avoir livré ses premières notes.

C’est tout le problème du Yes de l’après Close To The Edge qui explose en interne alors qu’il vient de toucher le gros lot. Résultat, Tales est décousu, révèle certaines longueurs qui, si elles avaient été mieux maîtrisées, auraient conduit à mieux ; il lui arrive même de partir carrément parfois en sucette. Dans cette ambiance morose et égocentrique, certaines subtilités ou bonnes idées permettent à l’album de tirer son épingle du jeu : Ancient Giants Under The Sun, Ritual/Nous sommes du Soleil, The Revealing Science of God/Dance of the Dawn.

Personnellement, j’aime ce délire aérien d’Anderson engendré par la lecture de l’autobiographie de Paramahansa Yogananda, auteur hindou. Dommage que Steve Howe ait été le seul à connecter avec le cheminement spirituel du chanteur ; regrettable qu’il n’ait pas été plus soutenu pour aller au plus profond de son imaginaire.

Finalement, la question mérite d’être posée : ne vaut-il mieux pas ne pas être fan pur et dur et Yes pour apprécier à sa juste valeur Tales From A Topographical Oceans ? Ne vouant pas une passion démesurée au rock progressif, ce disque qui aurait certainement gagné à être amputé d’un vinyle, est pourtant un des endroits vers lequel je reviens le plus souvent. Plus que Close To The Edge. Faut-il y voir un signe ? (RAZOR©).

 

1. Revealing Science of God/Dance of the Dawn.

2. Remembering High the Memory.

3. Ancient Giants Under the Sun.

4. Ritual/Nous Sommes du Soleil.

 

Jon Anderson:chant,guitare acoustique,percussions.

Steve Howe:guitares acoustiques et électriques,sitar électrique,chœurs.

Chris Squire:basse,choeurs.

Rick Wakeman:claviers.

Alan White:batterie,choeurs.

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