Aorta.

BIOGRAPHIE.

 

AORTA/Chicago (Illinois)

 

Aorta 1

 

Années actives:1967/1970.

Labels:Atlantic,Columbia,Happy Tiger.

Genres:rock psychédélique.

Le son de Chicago.

A l’origine d’Aorta, il y a un petit groupe sympa de la région de Chicago et qui sévissait dans la ville phare de l’Illinois, du côté des clubs de la Pulaski Road. The Exceptions, formé en 1962 est alors composé de Peter Cetera, David Kal, Denny Ebert et Marty Grebb. Dans l’Illinois, il fut, au milieu des 60’s, une des formations de soul-rock les plus populaires, ce qui leur valut d’attirer l’attention de la profession et de signer deux LP et quelques singles pour des labels comme Tollie Records, distributeur de deux disques des Beatles avant que Capitol ne l’englobe, comme Cameo, éditeur de Manhattan ou Quil, spécialisé sur la scène rock de Chicago. Et Capitol aussi, installé à Los Angeles.

Peter Cetera quitte les Exceptions en décembre 1967, pour rejoindre The Big Thing, mouture qui précède Chicago Transit Authority et qui ouvrira pour les Exceptions, considéré alors comme le meilleur groupe du Midwest. Grebb opte pour les Buckinghams, tandis que Kal David monte un duo avec Paul Cotton (futur Poco) qui va donner Illinois Speed Press.

Des Exceptions à Aorta.

De The Exceptions, le nom passe alors à The Exception ; James Vincent Dondelinger, alias Jim Donlinger, chanteur et guitariste, le batteur Billy Herman, le bassiste Billy Jones et le claviériste Jim Nyeholt prolongent ainsi encore un peu la vie d’un groupe jusque là cantonné dans un répertoire de reprises ; les membres concernés considèrent alors qu’ils doivent franchir un palier en mutant dans une direction plus progressive : Aorta est né.

En mutant vers un rock psychédélique et symphonique, Aorta tape d’entrée dans l’œil de la maison Columbia et de son producteur Bill Traut avec lesquels ils s’engagent. De cette collaboration naît un LP : l’éponyme Aorta, sorti en avril 1969, dont la finalité  pour l’éditeur était de promouvoir le son de Chicago, leur second, Aorta 2, étant publié en 1970 chez Happy Tiger l’éphémère étiquette de Los Angeles (1969/71).

A son actif également trois singles : fin 1968, Shapes Of Things To Come/Strange pour Atlantic, à l’époque où ce dernier label s’ouvrait au rock et à la pop, puis, en 1969, Strange/Ode To Missy Mxyzosptlk (Columbia) et enfin, Sand Castles/Willie Jean pour le compte d’Happy Tiger (1970).

A côté de Sgt. Peppers et d’Electric Ladyland.  

L’écriture de ce premier album cardio-conceptuel ardent et d’influence prog (Main Vein I, II et III, Thoughts and Feelings/Main Vein IV, Heart Attack) implique les ¾ des membres d’Aorta. Jim Donlinger s’y montre le plus actif avec Jim Nyeholt, tandis que Billy Herman, s’il contribue, il le fait du bout des doigts. Quoi qu’il en soit, le résultat est surprenant dans son mix de psyché, de soul, de jazz, de folk et de rock. Aorta fait valoir de merveilleux arguments : du talent, de l’inventivité, de l’activité, des expérimentations sonores, d’intéressantes harmonies vocales, un orgue qui tourbillonne et une guitare tranchante comme un couteau de boucher.

Aorta 2

« Sur le web, le premier LP d’Aorta est considéré comme un chef d’œuvre psychédélique. A notre humble avis, il devrait s’inscrire dans l’histoire du rock comme un des plus grands albums de tous les temps, à côté de Sgt. Peppers ou d’Electric Ladyland. » (Aorta)

Heart Attack, What’s In My Mind’s Eye, Magic Bed, Sleep Tight, Catalyptic et Strange, taillés sur mesure pour les fans du genre, montrent de belles dispositions. Ode to Missy Mxyzosptik a eu une vie de single, mais sans grande réussite.

La parenthèse Rotary Connection.

Précédé d’une belle réputation, Aorta se retrouve à ouvrir pour des groupes et artistes de pointe comme Led Zeppelin, Janis Joplin ou les Mothers Of Invention. Néanmoins, la formation de Rockford ne résiste pas aux tentations du moment, le LSD, qui entrouve une porte dans laquelle Herman ne s’engouffre pas ; lui et Jones quittent Aorta ; Donlinger et Nyeholt en profitent pour rejoindre un moment le Rotary Connection, formation de blues psychédélique connue pour avoir été le backing band de Muddy Waters sur LP Electric Mud (1968).

Donlinger et Nyeholt mettent l’affaire Aorta en stand-by le temps de recruter leurs remplaçants : Mike Been reprend la basse de Jones tandis que le frangin Donlinger, Tom, s’installe derrière la batterie. Tous deux viennent du Rotary Connexion.

La déception Aorta 2.

Un deuxième LP est réalisé, plus country-rock. Aorta 2 est fait chez Happy Tiger et toujours produit par Bill Traut. Le groupe de l’Illinois y opère un virage à 180°, s’éloignant du son qui faisait son intérêt sur le disque précédent. Aorta n’a plus la saveur psychédélique qu’on lui reconnaissait, sauf en très rares occasion. D’autre part, il emprunte une voie chrétienne (Beg For His Forgiveness, His Faith In Men, Devil Maggot & Son)  qui n’est pas appréciée de ses fans. Bref, c’est une déception et Aorta se délite dans la foulée de ce disque.  

Pour des motifs publicitaires, Aorta se reforme ponctuellement dans sa mouture d’origine, sans donner suite à cette réunion. Hormis la réédition de son premier LP en 1996 sur le label allemand Buy Or Die (1996), Aorta n’a plus jamais refait parler de lui.

Quand Vincent efface Donlinger.

Jim Donlinger, grand guitariste de Chicago, a continué un temps avec HP Lovecraft avant de bricoler un temps avec Jerry Garcia et Howard Wales, avec le Mahavishnu Orchestra de John McLaughlin, avec Santana, Etta James et Greg Allman, puis de se lancer dans une carrière solo sous le nom de James Vincent dans laquelle, autour d’une fusion de jazz et de blues, il prend une direction plus religieuse. Il a depuis signé une dizaine d’albums.

Son frère Tom, après avoir rejoint les Cryan’ Shames et HP Lovecraft après Aorta, a été un grand batteur de la scène californienne, enregistrant ou jouant avec Jerry Garcia, Mike Bloomfield, Keith et Donna Godchaux (Grateful Dead), Brian Auger, Pee Wee Ellis, Mark Isham et John Allair, le vétéran de la scène de  l’Area Bay. Il est décédé d’un cancer en 2012. Idem pour Michael Been, mort en 2010 tandis que Nyeholt a, un temps, marché dans les pas de Jim Donlinger avant de ne plus jamais donner signe de vie (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S.

LP Studio 1 - 1969

 

Aorta lp

 

AORTA

AORTA – 1969  4,5/5

 

Publié en 1969.

Produit par Bill Traut.

Durée:39:47.

Label:Columbia.

Genre:rock,rock psychédélique,rock symphonique.

 

Du psych à pleins poumons. 

 

Alors que l’acid rock commence à tirer la langue en cette fin des années soixante, Aorta décide de jouer les prolongations, ciblant justement le moment où le genre psychédélique est dans sa phase déclinante pour y faire irruption. Comme s’il voulait lui redonner une nouvelle vie ou lui intimer un dernier râle. Nous sommes en 1969 et Aorta débarque la gueule enfarinée, comme si de rien n’était, avec un LP éponyme psyché (en écoute intégrale ici) jusqu’au trou de balle. En gros, c’est pas le genre de groupe que tu invites pour animer la soirée du Rotary Club, à moins de souhaiter la chute du Président et de tout mettre en œuvre pour plomber sa soirée.

Mais qui sont donc ces mutins qui prennent d’assaut le pont du rock pour défourailler à tout berzingue un tel mélange de psych, de jazz, de folk, de rock et je ne sais quoi encore ? Qui sont ces agitateurs, nourris aux comprimés qui te décollent du sol, croupissant en cale et qu’on a subitement libérés de leurs fers ? Columbia Records les ayant attirés dans les mailles de ses filets réputés poissonneux, il est patent que ces obscurs frondeurs ont les armes et les crocs pour lever la rébellion des psychés qui ne veulent pas mourir.

A la seule évocation de rock psychédélique, les regards zieutent derechef et dans un même mouvement vers la bannière californienne. Billevesées, calembredaines, faux avis et dans le cul la balayette, le fomentateur niche au cœur du comté de Winnebago. Il bat pavillon illinoisan à Rockford (du Rockford d’abord, du Rockford d’accord, comme le dit l’adage fromager), aux confins de Chicago et a initialement gîté dans les habits ordinaires d’Exceptions avant de muter vers la configuration déjantée d’Aorta fin 68 ou de dériver vers HP Lovecraft, Chicago Transit Authority, les Buckinghams et Illinois Speed Press.

Ces gredins sont de beaux illuminés qui, dès qu’ils se poudrent les naseaux ou gobent des smarties, sont capables des pires exactions sonores. Pour se payer une bonne tranche de psych, y a pas meilleur antre dans la baie. Z’ont été à bonne école les Jim Nyeholt, Billy Herman, Bobby Jones et Jim Donlinger. Ils sont créatifs nos flibustiers et débordent d’imagination pour te cramer le ciboulot.

Battements cardiaques obsédants qui te rappellent de bien surveiller ton cholestérol, respiration haletante qui t’amène à te questionner sur l’état de tes poumons, sonneries du téléphone (vert) de Derrick à faire sursauter Harry qui dormait mais qui va répondre, bruit de sang qui bouillonne dans le tube à essai sous la flamme du bec Bunsen, marmots qui chialent te confirmant que c’est bien toi qui doit te lever pour donner le biberon, trucs zarbis qui te traversent d’une feuille de chou à l’autre, histoire de te déboucher l’excès de cérumen cireux qui siège au fond du pavillon… tous les artifices  prompts à torturer sous la coiffe sont passés en revue ; les hypocondriaques, tachycardiques ou sujets aux acouphènes ne sont pas les bienvenus dans cette chambre avant-gardiste et lourde. Ou alors en signant préalablement une décharge.

Main Vein reconduit en trois actes, Heart Attack, Catalyptic, What’s In My Mind’s Eye te précisent pourtant explicitement où tu mets les pattes. Faut être rompu au truc pour aimer ou t’enchaîner au mât de misaine pour ne pas succomber à l’appel des sirènes de l’orgue boueux de Sleep Tight.

En dehors de ça, le coffre de ces Long John Silver de Rockford regorge de fort belles velléités mélodiques comme Bed Magic, Strange, Sprinkle Road To Cork Street, Ode To Missy Trucmuche.

Le Capitaine Crochet responsable de cette écriture azimutée, stockée dans un baril où marinent psych, guitares acides, orgue tortueux, pop baroque, collages et effets sonores, est inscrit dans les registres sous nom de Jim Dondelinger. Mais n’en croyez pas un mot, il est en réalité un pirate à l’identité double, un coup Jim Donlinger, un coup James Vincent.

Il est à regretter que ce vaisseau n’ait pas pris la bonne vague, celle qui a submergé l’année 1967, qui l’aurait porté vers les plus grandes conquêtes. Pas besoin d’une carte au trésor pour localiser les lieux où est enterré ce butin. Dans toute bonne crémerie qui se respecte et qui touche en psyché, ça devrait le faire. Mieux, il faut que ça le fasse (RAZOR©).

 

1. Main Vein I.
2. Heart Attack.
3. What's in My Mind's Eye.
4. Magic Bed.
5. Main Vein II.
6. Sleep Tight.
7. Catalyptic.
8. Main Vein III.
9. Sprinkle Road to Cork Street.
10. Ode to Missy Mxyzosptik.
11. Strange.
12. A Thousand Thoughts.
13. Thoughts and Feelings/Main Vein IV.

 

Jim Donlinger:chant,guitare.

Billy Herman:batterie,choeurs.

Bobby Jones:basse, choeurs.

Jim Nyeholt:claviers.

Mike Been:basse,guitare,chant.

Tom Donlinger:batterie,percussions.

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