Autosalvage.

BIOGRAPHIE.

 

AUTOSALVAGE/New York City (USA)

 

Autosalvage 1a

 

Actif entre 1966 et 1968.

Label:RCA Victor.

Genre:rock psychédélique.

 

L'ombre de Rick Turner.

La confrérie de la guitare vient de perdre, en avril dernier (2002), un homme à propos duquel on peut avancer sans se tromper qu'il a été le précurseur du retour des luthiers américains dans les 60's/70's.

Il aura été également un influenceur manifeste sur la musique, de par sa qualité de fabricant de guitares acoustiques, électriques, de basses et de ukulélés.

La compétence de Rick Turner dans la conception d'instruments et de techniques musicales lui a valu de tisser des liens étroits avec certains des acteurs majeurs du rock.

A force de baigner dans cet environnement, il devient lui-même un musicien des scènes de Boston (Banana And The Bunch) et de New York, via Autosalvage, mais sa passion pour l'invention, la technique et l'ingénierie supplantent finalement l'engouement dont il fait montre pour la pratique de l'instrument.

Autosalvage introSur le circuit de New York.Autosalvage rick turner 1Rick Turner.Autosalvage darius davenportDarius Davenport.Autosalvage skip booneSkip Boon.Autosalvage donaherThomas Danaher.Autosalvage lpLe seul LP (photos Davenport©).

Les fans du Grateful Dead retiennent surtout de Rick Turner son implication dans le Wall Of Sound, ce système de sonorisation scénique hors normes qu'il a développé (avec Ron Wickersham et John Curl) pour le fabricant d'instruments américain Alembic Inc. et qui permet alors d'assurer aux concerts du groupe californien, malgré leur gigantisme et leur démesure, un son de très haute qualité.

A cette époque (1973), l'impressionnant dispositif sonore, installé sur trois étages et constitué de 450 haut-parleurs, est ce qui se fait de mieux en live. A un mile de la scène, le son est encore très audible et de qualité.

Ceux qui ont le Fleetwood Mac version US chevillé au cœur n'ignorent pas non plus que le technicien est le cerveau derrière l'avant-gardiste Turner Model 1, guitare échue entre les mains de Lindsey Buckingham.

L'exigence du guitariste américain est alors de combiner tout ce qu'il aime dans ses Stratocaster et Les Paul.

Rick lui élabore un modèle unique, sur mesure, tout-en-un, dont le son spécifique rayonne aussitôt sur l'album anthologique Rumours, succès mondial.

Rick Turner a alimenté le Who's Who des guitaristes et bassistes de rock, de John McVie à Ry Cooder, de John Mayer à Sonny Landreth en passant par Lowell George, John Entwistle, Phil Lesh, John Paul Jones, Jackson Browne, David Lindley, Jesse Colin Young, David Crosby ou Stanley Clarke, des groupes, à l'instar des Who, de Led Zeppelin, de Santana, voire de Jefferson Airplane et de son greffon Hot Tuna.

Si l'expertise professionnelle de Rick Turner est largement documentée sur le Net, son parcours de musicien, mené parallèlement bien que moins soutenu et moins populaire, mérite de s'y attarder.

Issu de la scène folk de Boston du début des 60's, sideman du duo Ian & Sylvia, Rick Turner a été le lead guitariste d'Autosalvage, une des rares formations de rock psychédélique portant l'estampille de New York...

De Boston à Big Apple.

Né Warwick Lancelot Armstrong Rick Turner III, le 30 juillet 1943, le fabricant d'instruments à cordes grandit dans le Massachusetts ; il partage sa scolarité entre Marblehead et l'état voisin de Rhode Island où il est en pension, avant de faire des études universitaires qui le mène à Boston (1962).

Au début des 60's, Boston est une place folk dynamique ; cafés, campus scolaires, festivals et hootnanies improvisées servent de cadre au renouveau de la musique folk américaine. Moins connu que les Tom Rush, Mimi & Richard Farina, Taj MahalJoan Baez, il n'en est pas moins un acteur de cet échiquier pour lequel il répare les guitares.

A Boston, il se rapproche de Banana And The Bunch, la formation bluegrass de Lowell Levinger et Michael Kane, futurs Youngbloods, avant de se retrouver auprès du duo Ian & Sylvia, alors sur le point de basculer dans le folk-rock.

De Ian & Sylvia à Autosalvage.

Il officie comme musicien de sessions et de tournée (1964). Turner pointe notamment sur l'album Play One More (1966), crédité au couple folk.

Au terme de cette collaboration, Turner déménage de Boston à New York où, à l'été 1966, Turner co-fonde Autosalvage, sans cependant délaisser son activité de réparateur et de concepteur de guitares.

Sa rencontre avec Thomas Danaher, guitariste et chanteur, jette les bases d'un projet que le new yorkais Skip Boone intègre comme bassiste et que complète, son ami Darius Davenport à la batterie (septembre 1966).

Cette rythmique sera également celle de Bear (Greetings, Children Of Paradise/1968 – Verve). Le line-up évolue initialement sous The Northern Lights.

Les liens de Skip Boone avec le Lovin' Spoonful (son frère Steve en est le bassiste) permettent au quatuor de pouvoir partager avec les auteurs de Daydream, une salle dans laquelle il répète pour être prêt le jour J.

Autosalvage rick turner

« Personne ne savait comment nous traiter à cette époque. Comme beaucoup de groupes psychédéliques de la West Coast, nous étions assez bruyants et complexes. Mais nous étions à New York et personne n'avait alors eu affaire à un groupe aussi tapageur. Le producteur de RCA, Bob Cullen, nous a donné carte blanche pour faire le disque et nous nous sommes simplement lâchés. Nous étions comme des enfants dans un magasin de bonbons. » (Nick Turner)

L'avis de Zappa.

Ancrée dans le blues-rock et le rock psychédélique, le combo a le privilège d'ouvrir pour les Mothers Of Invention au Balloon Farm (1967) d'East Village à Manhattan.

Le groupe de Frank Zappa se produit pour la première fois à New York ; le club de la St Marks Place appartient à Andy Warhol.

Des liens d'amitié se nouent alors entre The Northen Lights et le guitariste moustachu, d'autant que ce dernier aime tout particulièrement le titre Autosalvage, qu'il leur suggère de choisir pour renommer leur collectif.

Ensemble assez excentrique artistiquement, Autosalvage détonne sur le circuit de Greenwich Village ; il est une sorte de groupe de la Baie qui s'ignore et aurait certainement eu un avenir plus radieux s'il avait été implanté à San Francisco. La question leur a d'ailleurs souvent traversé l'esprit...

Au lieu de cela et malgré les conseils en ce sens, quand les musiciens ont compris qu'il ne suffisait pas d'être bons mais qu'il fallait surtout émerger du lot et vendre des disques, il fait le choix d'arrêter les frais.

Un seul LP.

Le seul à tirer profit de ces recommandations et à quitter Big Apple est Rick Turner dont la carrière professionnelle prend une autre dimension dès lors qu'il s'installe, à l'été 1968, à Point Reyes dans le comté de Marin, sur la côte ouest.

Néanmoins, avant de mettre un terme à cette expérience de courte durée (1966/1968), Autosalvage entre en studio pour réaliser ce qui est le seul opus qui nourrisse le catalogue : l'éponyme Autosalvage (1968), sorti chez RCA, le label des Youngbloods.

Autosalvage a les coudées franches pour ces enregistrements, aussi le quatuor se lâche sans compter.

Dans un studio dernier cri, les musiciens s'éclatent comme des gamins dans un magasin de bonbons et donnent le jour à un excellent album, hélas unique. Au regard de ce qu'il révèle, on aurait aimé une suite aussi tapageuse. Rick Turner nous a malheureusement  quittés en avril de cette année (RAZOR©2022).

MON CHOIX DISCOGRAPHIQUE.

LP Studio unique - 1968

 

Autosalvage lp

 

AUTOSALVAGE

AUTOSALVAGE – 1968  3,5/5

 

Publié en février 1968.

Produit par Bob Cullen.

Durée:34:39.

Label:RCA Victor.

Genre:rock psychédélique,acid rock,blues-rock.

 

Au bon moment, pas à la bonne place.

 

Un p'tit tour et puis s'en va. Le groupe de New York Autosalvage a eu un mandat dans le rock plutôt concis, à savoir entre 1966, quand il a débuté sous l'identité des Northern Lights, et l'été 1968, date à laquelle il a mis la clé sous le paillasson, avec le départ de Nick Turner pour la Californie.

Ce dernier est le membre le plus populaire d'Autosalvage, mais pas pour la trace qu'il a laissée comme musicien, plutôt pour son statut d'ingénieur, de concepteur et de fabricant d'instruments à cordes.

Cette facette de son talent fait que le luthier co-fondateur d'Alembic, imagine, élabore et répare les instruments du gratin de la scène musicale du moment mais aussi des générations suivantes et celle contemporaine.

Les Phil Lesh, John Paul-Jones, John McVie, Ry Cooder, Lowell George, Jackson Browne, Jesse Colin Young, David Crosby ou Lindsey Buckingham ont tous souscrit à l'expertise qu'avait Rick Turner (décédé en avril 2022) pour construire des guitares exceptionnelles.

Non content d'être un extraordinaire technicien de la guitare, l'homme est également partie prenante dans le fabuleux mur du son (Wall Sound) développé pour les concerts en public de Grateful Dead.

Si, côté musique, il a assisté Ian & Sylvia et gravité dans l'entourage des Youngbloods, sa présence au sein d'Autosalvage correspond à sa période new-yorkaise qui l'a vu se rapprocher de Thomas Danaher, un guitariste et chanteur de bluegrass, avec lequel il convainc la rythmique Skip Boone (basse) et Darius Davenport (batterie) de monter un projet qui, des Northern Lights aboutira à Autosalvage.

Le nom est soufflé par Frank Zappa pour lequel le groupe ouvre en 1967 au Ballroom Farm (1967), club du local Andy Warhol.

Frank aime bien la chanson Auto Salvage et suggère aux musiciens de changer leur identité au profit de cette dernière. Ce à quoi le groupe adhère.

Ancré dans un rock psychédélique plutôt tapageur comme il en existe beaucoup sur la scène de Frisco, Autosalvage détonne dans le concert musical new-yorkais, au point de ne pas trouver sa place et, plus grave, de ne pas être vendeur.

A Frisco, le quatuor aurait été très à son aise, selon les observateurs du rock qui recommandent aux musiciens d'aller s'y installer pour réussir. Seul Turner répondra à ces conseils ; sa carrière va alors changer du tout au tout...

Un album résume la puissance de ce collectif dissout dans la foulée. Il est éponyme et est réalisé chez RCA (mars 1968).

L'influence de Turner dans le choix de RCA semble avérée, le label étant celui de Jesse Colin Young et des Youngbloods dont Turner est très proche...

Le disque a été plutôt bien accueilli par la presse, mais les retombées se limitent à quelques contrats supplémentaires décrochés sur la place de Manhattan.

Le groupe ne jouera qu'une trentaine de concerts et c'est évidemment très insuffisant pour espérer mieux. Pourtant ce disque (9 titres) est bon mais il n'a pas touché la bonne cible.

Mélange de country (Hundred Years), de country-rock (Rampart Generalities), de blues-rock (Good Morning Blues), de psychédélique (Auto Salvage), de jug band, d'influences celtes (Ancestral Wants) et de garage (The Great Train Robbery), d'expérimentations techniques, RCA rencontre des difficultés à promouvoir cette matière hybride.

Visiblement le groupe n'était pas entre les mains expertes pour le défendre et pas au bon endroit pour percer ; un même travail sur la scène de la Baie aurait eu un écho différent qui aurait pu appeler un avenir autre.

Toujours intéressante, suscitant constamment l'attention, divertissante, la collection de titres ici proposée s'avère solide et s'apprécie au fil des écoutes (RAZOR©2022).

 

1. Auto Salvage.

2. Burglar Song.

3. Rampant Generalities.

4. Medley:Our Life as We Lived It/Good Morning Blues.

5. Ancestral Wants.

6. Hundred Days.

7. Land of Their Dreams.

8. Parahighway.

9. Medley :The Great Brain Robbery/Glimpses of the Next World's World.

 

Skip Boone:basse,piano.

Rick Turner:guitare,banjo.

Darius Davenport:chant,basse,claviers,percussion,batterie.

Thomas Danaher:chant,guitare.

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