CA Quintet.

BIOGRAPHIE.

 

CA QUINTET/Minneapolis-Saint Paul (Minnesota – USA).

 

Ca quintet 2

 

Actif entre 1966 et 1971.

Labels:Candy Floss Records,Sundazed.

Genre:rock psychédélique,acid rock.

Site Internet:www.caquintet.com

Le Minneapolis Sound.

Minneapolis et Saint Paul, c'est blanc bonnet et bonnet blanc. Les deux villes construites à la confluence des fleuves Mississippi et Minnesota sont réunies en une importante région métropolitaine forte de plus de trois millions d'habitants.

Les Twin Cities, comme on les appelle, sont une place culturelle majeure des Etats-Unis pour être, après New York, la ville recensant le plus de théâtres par habitant. On n'oubliera pas non plus que le regretté Prince et un certain Robert Zimmermann en sont originaires...

Comme Bobby Lyle, le pianiste de soul jazz, comme les groupes de rock alternatif The Replacements (formé à la fin des 70's), les proto-grunge de Soul Asylum ou The Time (début des 80's), comme la formation de R&B Mint Condition, les country-rock Jayhawks, les féminines de Babes In Toyland, les disco-funk de Lipps Inc (Funky Town), les punks de Hüsker Dü, comme, plus proche de nous, la nouvelle génération des Pho et Lizzo...

La place-phare du Minnesota a de tout temps contribué à enrichir la musique américaine. En dépit de sa diversité, la scène du crû n'en a pas moins sa propre identité. Ne parle-t-on pas du Minneapolis Sound comme on le fait du son de San Francisco, de Los Angeles, de Detroit ou de Philadelphie ?

Ca quintet 1Né sur le terreau des Twin Cities.

Ca quintet original 1De Beethoven's Mafia à Ca Quintet.

Ca quintet austin 6Un groupe à la popularité régionale.

Ca quintet ken irwin Ken Irwin, l'âme de Ca Quintet.

Ca quintet trip thru hellUn LP très recherché aujourd'hui.

Un terreau fertile pour éclore.

Au début des 60's déjà, un vent nouveau souffle sur l'endroit. Il est alors garage et psychédélique. Une kyrielle de petites formations embrasent à cette époque les Twin Cities.

Les sous-sols des particuliers, les caves des bistrotiers, les garages des parents, les gymnases de la cité... le moindre espace disponible est prétexte à accueillir de jeunes musiciens chauds comme la braise, ambitieux et déterminés. Le CA Quintet est né sur ce terreau très actif et enflammé des villes jumelles. Il en est l'un des plus mystérieux et brillants représentants...

L'histoire de ce groupe commence en 1963 avec Buster Brown, formation scolaire fondée par trois élèves de l'école Hill-Muray de Maplewood dans la banlieue de Saint Paul, Garvis Jarvis (guitare et chant), Mike Stankey (batterie) et Bob Navarro (claviériste). Deux autres étudiants de l'école voisine de North Saint Paul, les frères Erwin, Ken, le guitariste rythmique, harmoniciste, trompettiste et chanteur et Jim, le bassiste les rejoignent. Ken Erwin est aussi le songwriter de l'équipe et c'est avec ses compositions (telles que Bring All Your Love, sorti en single) que le groupe se produit initialement en public.

De Beethoven's Mafia à CA Quintet.

Un an plus tard, Tom Reid aux claviers, Paul Samuels à la batterie et Larry Honhart à la guitare, remplacent respectivement Navarro, Stankey et Jarvis. Les frères Erwin prennent les commandes d'un groupe qui s'appelle pour un temps très court, Beethoven's Mafia.

Cette mouture sort vainqueur d'une compétition l'opposant à d'autres combos (battles of bands) de la place et est récompensée d'une sono. Elle attire l'attention de Bobby McCay qui gère un club à Mendota Heights situé dans la périphérie des Twin Cities. Ce dernier les auditionne et en fait son groupe-maison. Il leur suggère alors le nom de CA Quintet.

En 1965, le claviériste Doug Reynolds et le guitariste Tom Pohling, venus de Don E. and The Coasters), prennent respectivement les places de Tom Reid et Larry Honhart. CA Quintet s'articule alors comme suit : Ken et Jim Erwin, Paul Samuels, Doug Reynolds et Tom Pohling. Paul Samuels quittera le groupe en 1968.

Des débuts difficiles.

Cette incarnation enregistre ses premiers singles comme Mickey's Monkey/I Want You To Love Me Girl, sorti en 1967 et produit par Dale Menten. Le premier titre est repris aux Miracles tandis que la face B est écrite par Doug Reynolds.

Enregistré au Dove Recordings Studio de Bloomington (au sud de Minneapolis), il est publié chez Falcon, un label mineur derrière lequel se profile Peter May, un animateur de radio qui fait aussi office de manager. Le succès reste cantonné à une audience régionale.

La même année, le groupe sort un second single, Blow To My Soul/She's Got To Be True, deux chansons dues à David Sandler lequel signe aussi les arrangements et joue du piano. Une fois encore, les retombées restent très localisées, le succès minime.

A cette époque, le CA Quintet se produit principalement dans les bars et les petits espaces de la place de Minneapolis. Sorti du cadre des Twin Cities, il jouit durant son activité, située en 1966 et 1969, d'une bonne popularité dans tout le Minnesota, mais aussi dans les états limitrophes de l'Iowa, du Wisconsin, du Nebraska et du Dakota (nord et sud).

Un nom pas vendeur, un label mineur...

A la fin de 1967, CA Quintet partage l'affiche d'un concert dans le Nebraska (Lincoln) avec les minnésotains de The Stillroven (Robbindale) que manage également Peter May.

Bien que d'excellente facture, CA Quintet (intronisé plus tard au Midwest Rock And Roll Hall Of Fame), n'a pourtant jamais pu bénéficier d'une notoriété nationale. Il faut dire que son nom, CA Quintet, n'a rien de vendeur et qu'il n'est pas le meilleur allié pour faire alors une carrière dans l'acid rock à l'échelon supérieur.

Son unique LP, Trip Thru Hell (1969), écoulé à quelques centaines d'exemplaires, baigne complètement dans le genre mais n'est hélas alors connu que des seuls fans que la fratrie compte dans le landerneau.

Par ailleurs, le label (Candy Floss) qui abrite CA Quintet n'est pas vraiment spécialisé dans le rock psychédélique (il est plutôt bubblegum) ; mal distribuée, cette étiquette mineure fondée en 1967 à l'initiative de Peter Steinberg (Dale Menten, Thomas Goldberg et Gary Paulak sont également impliqués dans le projet) et éphémère (disparue en 1969), n'est pas d'un grand secours au groupe pour que ses protégés puissent briller autrement que localement.

Ca quintet ken erwin 2

« Nous n'avons jamais beaucoup parlé de l'origine de ce nom. Je ne suis pas sûr qu'aucun d'entre nous s'en souvienne exactement. À un moment donné, j'ai dit aux gens que cela voulait dire "Cowboy Acid" ou quelque chose du genre. Jim et moi étions impliqués dans le nom, ça j'en suis sûr. Je pense que la "simplicité" du nom montre à quel point nous nous sentions insignifiants. Peut-être était-ce l'une des raisons pour lesquelles nous n'avons jamais eu de retombées nationales à l'époque. Peut-être que si nous avions eu un nom plus adapté, plus "marketing", nous aurions eu une aura plus élargie. Faire de la musique et jouer nous suffisaient pour nous rendre heureux.  (Ken Erwin)

Un LP qui vaut cher.

L'implication de Candy Gloss se limite à enregistrer les artistes dans les studios Dove Recordings où elle a ses habitudes et de proposer leurs chansons aux labels plus huppés (Atco, Mercury, Parrot, Sire...).

Maigre investissement, qui explique le déficit en terme de popularité de CA Quintet et pourquoi son seul disque tient plus d'un esprit récréatif que d'une réelle démarche commerciale et artistique. Il gagnera ses galons avec le temps quand les chasseurs de trésors discographiques modernes jetteront leur dévolu sur lui.

Cet album étrange, ténébreux et inquiétant estampillé acid rock, réédité sans gros succès dans les 80's, a connu un regain d'intérêt la décennie suivante quand Sundazed l'a mis à son catalogue. On l'estime aujourd'hui aux alentours du millier de dollars. Comme quoi...

Il est vrai que les titres qui le composent flirtent parfois avec le très haut niveau et qu'il est, avec ses apports de cuivres, une véritable surprise pour les fans du genre. C'est à ce stade que se situent l'unicité et l'originalité de ces énigmatiques kids de Minneapolis.

Disparu des écrans radars.

Après la sortie d'un nouveau single, Smooth As Silk/Dr. Of Philosophy (1968), Samuels quitte le groupe en 1968, remplacé par Rick Johnson. Celui-ci et Doug Reynolds en font de même un an plus tard. Rick Patrin et Tony Wright entrent alors avant que le dernier nommé et Jim Erwin ne s'en éloignent en 1970.

CA Quintet donne son dernier concert au début de l'année 1971 à la Lake Pepin High School. Sans véritable manager, sans encadrement sérieux, sans plan de carrière précis, sans jamais chercher à sortir du lot et pratiquant sa musique en dilettante, CA Quintet disparaît au début des 70's. Le Midwest ne s'en émeut alors pas outre mesure. Le lien avec une audience psychédélique ne se nouera qu'à titre posthume, bien plus tard... (RAZOR©).

DISCOGRAPHIE 60'S.

LP Studio unique - 1969

 

Ca quintet trip thru hell

 

CA QUINTET

TRIP THRU HELL – 1969  3,5/5

 

Publié en 1969.

Produit par Ken Erwin.

Durée:28:47.

Label:Candy Floss,Sundazed.

Genre:acid rock,rock psychédélique.

 

Et puis un jour, le cerveau disjonta...

 

Créé dans le Minnesota en 1965, CA Quintet est un illustre inconnu de plus. Sa zone de chaland d’alors déborde quelque peu du cadre régional (Wisconsin, Iowa, Nebraska, Dakota…), mais ne va pas plus loin, même en ouvrant pour James Gang ou Kenny Rogers.

Faute de distributeur en mesure de le promouvoir à un échelon supérieur, Faute d'un nom plus accrocheur, le groupe des frères Jim et Ken Erwin, de feu Doug Reynolds, Tom Pohling et Paul Samuels doit se satisfaire de prestations modestes et localisées pour groupies du secteur, se contenter de jouer pour assurer la croûte.

La sortie d’un single Mickey’s Monkey (1967), une reprise pop et commerciale des Miracles, provoque bien quelques remous autour de CA Quintet, mais de là à faire le buzz…

Le manque d’intérêt dont elle fait l’objet, amène la formation à changer carrément de cap. Cette mutation vers un psychédélisme underground, assurément dictée par l’engouement accordé à la scène acid rock californienne alors en vogue, est si radicale que je vous mets au défi de trouver un quelconque lien entre les deux étapes.

De cette nouvelle période, naît tardivement Trip Thru Hell (1969) qui ne contribue pas pourtant à changer le cours des événements pour installer CA Quintet parmi les grands. Arrivé après coup, alors que la frénésie hippie a du plomb dans l’aile, les quelques babas qui subsistent s’en détournent.

CA Quintet ne cherche pas à s’adapter, tombe dans l’oubli, dérive lentement dans les drogues et reste pour toujours un second couteau dans l’esprit du public initié aux choses du rock psyché. Encore fallait-il arriver à l’heure pour que le cours des faits en soit changé…

En fait, c’est le temps qui a permis à CA Quintet de reprendre des couleurs. Grâce aux maisons de disques contemporaines, ces oubliés et inconnus réapparaissent dans une deuxième vie, pas forcément plus lucrative pour eux, mais qui les placent sous les feux de l’actualité comme ils ne l’ont jamais été.

Comme la chasse aux groupes de rock psyché bat son plein depuis deux décennies (voyez le travail remarquable de Sundazed), les exhumations des studios menées par des éditeurs qui ont trouvé le bon filon, aboutissent à des œuvres comme Trip Thru Hell. C’est tout bénef pour les férus de ce genre surtout.

Sorti à l’heure H, il est clair que ce LP aurait frappé au cœur et à l’esprit de son auditoire. Il a les arguments psychédéliques nécessaires, l’inventivité et l’expérimentation qui siéent aux albums dignes d'intérêt.

Ajoutez à cela une indispensable touche de paranoïa. Avec une propension à faire, plus que d’autres, dans la noirceur, dans l’ambiance lourde et dans le lugubre, sans que ça ne retombe un seul instant, Trip Thru Hell, plutôt décalé, se démarque de la grande majorité des produits acid-rock de l’époque.

A son écoute, n’éteignez pas les lumières, ne piquez pas du nez, on ne sait jamais… assurez-vous que le cacheton qu’on vous a fourgué sous le manteau pour aider à la compréhension du produit, ne vous ensuque pas trop et surtout ne fasse pas que vous vous réveilliez sur les rives du Styx qui ne sont pas bien loin.

Ses auteurs ont programmé une descente aux enfers dans les règles de l'art. Soyez vigilants, Tonton Mephisto est dans le coin, il faut le savoir. Jetez un regard sur sa pochette à faire froid dans le dos si vous voulez confirmation…

L’ouvreur Trip Thru Hell Part One est un ticket d’entrée pour un séjour terrifiant chez les trépassés. Cette longue pièce (9 minutes) d’un acid rock instrumental torturé, malaxé, distortionné, percussionné, fuzzé, rythmé par une ligne de basse aussi appuyée que mortelle, soutenu par des chœurs féminins empruntés aux sirènes de l’Enéide, accompagné d’une trompette funeste, est absolument pétrifiante. Cette entrée en matière si étonnante justifie déjà à elle-seule l’effort pour faire sien ce disque.

Derrière, on pourrait penser que, pour un groupe qui n’appartient pas au Gotha officiel du genre, le soufflé retombe rapidement. T’as qu’à croire, Edouard !

Le Colorado Mourning qui suit, plus gaillard avec ses lignes de trompette colorées, revient à une durée plus normale, mais ne baisse pas de pied pour autant. La voix caverneuse qui l’habille annonce un retour aux Enfers imminent, ce que confirme le dément Cold Spider auquel il est enchaîné.

Toutes aussi probantes, Underground Music, musique expérimentale et pour l’esprit, qui aurait pu aussi bien sortir de l’escarcelle du Tejano Doug Wayne Sahm et Lane Sleepy Hollow. Le souffle se fait plus court à partir de Smooth As Silk, malgré un bel orgue tournoyant.

Ce morceau moins croustillant prépare à une sortie d’album plus laborieuse, la deuxième partie de la chanson-titre, d’évidence plus aérienne, étant moins captivante que la première.

Je vous invite à découvrir au plus vite ce qui constitue pour moi la vraie surprise de ce disque : l’utilisation démoniaque qui est faite des cuivres dans ce travail rock qui obéit aux critères psychédéliques.

CA Quintet nous emmène dans un univers induit par les prises de LSD, difficilement comparable à quoi que ce soit. Ken Erwin est le cerveau derrière ce disque, cerveau qui soudainement s’est mis à fonctionner différemment. Bien lui a pris de gober quelques petites pilules pour s’éloigner de Mickey’s Monkey qui figure parmi les bonus de la réédition de Sundazed (RAZOR©).

 

1. Trip Thru Hell (Part 1).

2. Colorado Mourning.

3. Cold Spider.

4. Underground Music.

5. Sleepy Hollow Lane.

6. Smooth As Silk.

7. Trip Thru Hell (Part 2).

 

Toni Crocket:chœurs.

Jim Erwin:basse,chant.

Rick Patron:batterie sauf 6.

Tom Pohling:guitare,chant.

Doug (Beaver) Reynolds:claviers,chant.

Ken Erwin:chant,trompette.

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