Country Joe & The Fish.

BIOGRAPHIE

 

COUNTRY JOE & THE FISH/Berkeley (Californie)

 

Country joe 2

 

Actif:1965–1971,reformations ponctuelles.

Label:Vanguard Records.

Genre:rock psychédélique,folk-rock,acid rock.      

Site officiel:www.countryjoe.com

Give Me An F…

Pour le rock, Joseph Allen McDonald est Country Joe. Son surnom est immuablement associé au célèbre Country Joe & The Fish popularisé par Woodstock 1969, unité formée avec Barry Melton, qui lui, est le Fish en question. Groupe de Berkeley faisant suite à Action Jug Band et au duo folk Country Joe And His Friend Barry Melton, il évolue dans les bars et clubs locaux autour d’un répertoire blues et country, avant d’être projeté sous les projecteurs du légendaire Festival et devenir lui-même un mythe, immortalisé par le mémorable et rebelle : Give me an "F! ..."F"! Give me a "U"! ..."U"! Give me a "C"! ..."C" Give me a "K"! ..."K"! WHATS THAT SPELL ? ..."FUCK!". Country Joe & The Fish compte alors parmi les plus virulents opposants à la guerre du Vietnam et les plus emblématiques de la scène folk-rock psychédélique californienne menant au San Francisco Sound.

Country joe woodstock

Formé en 1965, Country Joe & The Fish, dont Eugene ED Denson, contributeur actif de la scène de San Francisco, est le premier manager, lui doit son appellation politisée, qui s’appuie sur le surnom de Country Joe dont Joseph Allen McDonald a hérité de ses parents et réfèrant à Staline, connu comme étant Country Joe durant la guerre mondiale. Le « Fish », affublé à Barry Melton, fait référence à une citation relevée par le même Denson dans un livre de Mao : The Fish Who Swim In The Sea Of The People. Country Joe y évolue comme chanteur tandis que le Fish y joue de la guitare.

Du militantisme local à Vanguard Records.

Durant son existence, le groupe connaît des va-et-vient permanents, la seule constante étant l’inamovible duo fondateur. Si le claviériste David Cohen, le batteur Garry Chicken Hirsch, le bassiste Bruce Barthol ont été les plus fidèles en terme de longévité, des musiciens chevronnés comme Paul Armstrong, John Gunning, Greg Dewey, Doug Metzner, Mark Kapner ou David Getz et Peter Albin en rupture de Big Brother & The Holding Company, ont transité par cette formation issue de l’agglomération de San Francisco. Les premiers pas de Country Joe & The Fish se font avec Paul Armstrong (basse et tambourin), Bruce Barthol (basse) David Cohen (guitare et claviers) et John Francis Gunning (batterie).

Vanguard Records est le premier à offrir sa chance à Country Joe & The Fish en décembre 1966. Le label, alors essentiellement folk et blues, fait le grand saut dans le rock en se payant les californiens qui, jusque là, font dans le militantisme antimilitariste dans la Baie. Ses seuls faits d’armes discographiques se résument à l’époque à quelques EP enregistrés, pour sa propre promotion, auprès de l’éditeur local Chris Strachwitz, Arthoolie Records, un ami de Denson. Parmi ceux-ci, le titre  Feel Like I'm Fixin' To Die, interprété à Woodstock et vaut à Strachwitz de toucher des droits sur cette chanson avec lesquels il se paie un immeuble à El Cerrito.

L’avant-gardiste Electric Music For The Mind And Body.

De ce partenariat avec Vanguard naît un des premiers et des plus inventifs LP de l’ère psychédélique, un des premiers à introduire la politique dans le rock, l’avant-gardiste Electric Music For The Mind And Body (1967), monument musical bien dans l’esprit d’Haight-Ashbury. On retrouve sur ce disque auquel ne contribuent pas Gunning (remplacé par Hirsch) et Armstrong partis, le titre Superbird, satire du président Lyndon Johnson, qui, malgré les attaques portées, n’est pas taxé d’interdiction.

La promotion de ce disque expérimental indispensable pour découvrir la scène psychédélique ambiante passe par le Fillmore de Bill Graham. Devant tout le gratin du milieu de l’industrie du disque et de la presse, Country Joe & The Fish réussit son examen de passage. Des spectacles plus importants s’ouvrent alors à lui, généralement pris d’assaut par des fans qui se bousculent de plus en plus au portillon.

Country joe mcdonald

«Woodstock ? J’étais sur scène à regarder le spectacle de Richie Havens, le vendredi ; nous devions jouer le dimanche. Quand son set fut fini, il n’y avait personne pour prendre sa suite. Les organisateurs m’ont alors mis une guitare entre les mains dont la sangle n’était autre qu’une corde. Je n’ai pas eu le temps de refuser que j’étais déjà installé face au public. J’ai entamé un répertoire qui n’avait pas l’air de passionner l’auditoire à moitié défoncé. C’est là qu’il m’est venu l’idée de remettre au goût du jour le Fuck Cheer enchaîné à I-Feel-Like-I'm-Fixin'-To-Die Rag. Pour le résultat que l’on sait. » (Country Joe McDonald)

One, Two, Three, What Are We Fighting For?

La même année 1967, Country Joe & The Fish sort I-Feel-Like-I'm-Fixin'-to-Die, deuxième album plus accessible, sur lequel figure sa chanson la plus populaire, The "Fish" Cheer / I-Feel-Like-I'm-Fixin'-To-Die Rag, à propos du Vietnam et qui interroge sur le bien fondé du conflit.  One, Two, Three, What Are We Fighting For ?

L’air et le message sont ancrés dans la mémoire collective tout comme le jeu de questions-réponses instauré par Country Joe avec son auditoire et mentionné précédemment. Prévu au départ pour épeler le nom de Fish, il vire rapidement en un mémorable Fuck (The Fish Cheer). Les deux LP évoqués constituent le pic artistique et commercial de Country Joe & The Fish.

Together (1968) marche bien car il bénéficie des retombées médiatiques des deux albums précédents. Jamais deux sans trois, se dit-on alors. Le sentiment des fans est partagé. Ceux qui ont Electric Music For The Mind And Body et I-Feel-Like-I'm-Fixin'-to-Die chevillés au Coeur en sont pour leurs frais. Together, enregistré en plein conflit de personnel, est le premier faux pas majeur du groupe, celui qui, pour la première fois, fait valoir le déficit de créativité et d’inspiration de son songwriter et compositeur en chef, Country Joe. Personne dans le groupe n’est en mesure de pallier cette carence.

Premiers signes de fébrilité.

Barthol quitte alors la bande, remplacé par Mark Ryan. A la suite d’une tournée aux USA, Ryan, Cohen et Hirsch le font à leur tour. Entrent alors le claviériste Mark Kapner et deux des cadres du Big Brother & The Holding Company dispersé par le départ de Janis Joplin, Peter Albin et Dave Getz.

Ce nouveau line-up amène un constat. Des acteurs d’origine, seuls demeurent Country Joe et le Fish à l’appel de Here We Are Again, N° 4 (1969), encore différent de ce qui précède ; plus pop et avec des cuivres, il est toutefois le maillon le plus faible, malgré quelques beaux soubresauts.

Country joe barry melton

Woodstock, le fait d’armes.

C’est précédé de ce disque moyen plus que Country Joe & The Fish est invité sur la scène de Woodstock, où règne une atmosphère d’apparence très peace and love, mais où le moindre pet de travers peut rapidement engendrer des tensions du fait de la drogue qui circule et du programme chamboulé. Le casting est prestigieux : Grateful Dead, Jefferson Airplane, Janis Joplin, Santana, Arlo Guthrie, Richie Havens, Jimi Hendrix, Crosby Stills Nash & Young, les Who, Joe Cocker… Country Joe & The Fish est programmé le dimanche 17 août 1969, en soirée.

Dans ce contexte électrique et désorganisé où le chaos règne en maître, Country Joe, au nom du groupe, va écrire une des plus inoubliables pages de son histoire et de celle du rock en disant merde à la guerre et au Viêt-Nam. Le temps de coller une gratte entre les mains de McDonald, vêtu d’un uniforme de GI’s et ce

dernier, dès le premier jour (vendredi 16 août 1969), est envoyé au casse-pipe pour pallier un trou dans la programmation. La voix de Country Joe entonne quelques morceaux sans que le public ne prête attention à lui. Pour le réveiller et le faire participer, il se fend alors d’un Fish Cheer travesti en Fuck Cheer et précédant le militant I-Feel-Like-I'm-Fixin'-To-Die Rag.

Le parterre défoncé reprend en chœur  les lettres scandées par Country Joe et se montre aussitôt enthousiaste sur le titre enchaîné. Country Joe fait mouche, sa performance figure au Panthéon du Rock, d’autant qu’elle est filmée et retenue dans le montage définitif du film officiel du mythique festival. Woodstock est une étape essentielle de la carrière du groupe et de la voie qu’il va prendre.

All Respect.

Le label Vanguard publie un cinquième LP en mai 1970, CJ Fish, deux mois après que le film de Michael Wadleigh (Woodstock) soit sorti sur les écrans américains. Cet album est plus proche de ce que Country Joe & The Fish faisait à ses débuts. Malheureusement, il scelle la fin du groupe californien qui se sépare en 1971. Country Joe s’oriente vers une carrière solo, tandis que Barry Melton forme les Dinosaurs (1982), groupe récréatif de la Baie (avec Peter Albin et Spencer Dryden) et se lance plus sérieusement dans la profession d’avocat. Comme son partenaire d’hier, Melton est toujours actif dans la musique aujourd’hui.

A l’heure des bilans, Country Joe & The Fish, c’est 33 albums, des centaines de titres et une carrière qui s’étire sur plusieurs décennies. Respect (RAZOR©).

 

DISCOGRAPHIE 60'S/70'S.

LP Studio 1 - 1967

 

Country joe the fish electric music 1967

 

COUNTRY JOE & THE FISH

ELECTRIC MUSIC FOR THE MIND AND BODY – 1967  5/5

 

Publié en janvier 1967.

Produit par Samuel Charters.

Durée:43:30.

Label:Vanguard.

Genre :rock psychédélique,acid rock.

 

Incontournable testament de l’acid rock.

 

Country Joe & The Fish est créé en 1965 par la volonté de « Country » Joe McDonald (un des rares musiciens de la scène Area Bay à avoir effectué sa période militaire, il faut le savoir !) et du génial guitariste qu’est Barry « The Fish » Melton. Le duo est accompagné de David Cohen aux claviers, de Bruce Barthol à la basse et de Gary Hirsch à la batterie. La formation arpente essentiellement les campus et la baie de Frisco, cadre dans lequel l’engagé McDonald a toute latitude pour faire passer son message antimilitariste contre la guerre du Vietnam.

Rendu célèbre par quatre lettres (F.U.C.K) reprises par la foule du festival de Woodstock en Août 1969 et qui deviendront le symbole de cette jeunesse qui ne respecte plus les valeurs, ni l’autorité, ce groupe a donné au rock psychédélique tout son sens et surtout ses lettres de noblesse.

Et Electric Music For The Mind And Body (en écoute intégrale ici), premier album sorti en 1967 (encore un !) est un monument musical qui traduit bien l’atmosphère qui règne alors à Haight-Ashbury, place essentielle, s’il en est, des expériences sous psychotropes et de la bohême hippie.

Historique, ce disque est un maillon indispensable pour qui veut comprendre et aborder cette scène psychédélique parfois confuse, éparpillée et difficile d’abord, ainsi que ses précurseurs inventifs.

L’album, avant-gardiste et expérimental, au son typiquement Frisco et à l’ambiance douce renforcée par l’orgue lancinant de Cohen, enchaine un méli-mélo de folk, country, blues-rock et d’acid rock. Il enfile des testaments pour l’histoire du rock : le sublime Not So Sweet Martha Lorraine, le cinglant Flying High, l’effrayant Death Sound, le lysergique Section 43, l’amusant et sexuel Porpoise Mouth, Love et son solo d’orgue, l’hyper psychédélique et traînant Bass Strings qui se clôture sur un LSD susurré, l’énergique Superbird, ainsi que l’étiré Grace pour la belle Grace Slick du Jefferson Airplane.

Ce premier disque des californiens de Berkeley est très inspiré et plein de vitamines : un monument du genre psychédélique alors en pleine explosion et une œuvre un tantinet provoc’ dans son lyrisme et de par la politique qui s’invite dans le rock ; il fallait oser chez Vanguard, label pas vraiment habitué à ce genre de soldats.

Country Joe & The Fish l’a fait, avec le satirique Super Bird qui attaque sans concession Lyndon Johnson, président des Etats-Unis. Il n’en récoltera que des ennuis et l’étiquette de groupe à surveiller comme le lait sur le feu, ce qui n’était pas le cas puisque son répertoire se limitait à quelques chansons politiques seulement.

Electric Music For The Mind And Body m’a ravi et je ne peux que vous pousser à vous laisser tenter par cette ambiance très Area Bay à l’époque du Summer Of Love. Nul autre album ne reflète cette atmosphère psychédélique. Aucun, je vous assure ! Ce LP est un incomparable testament de l’acid rock. Donc incontournable (RAZOR©)

 

1. Flying High.

2. Not So Sweet Martha Lorraine.

3. Death Sound.

4. Porpoise Mouth.

5. Section 43.

6. Superbird.

7. Sad and Lonely Times.

8. Love.

9. Bass Strings.

10. The Masked Marauder.

11. Grace.

 

Country Joe McDonald:chant,guitare,tambourin.

Barry Melton:chant,guitare.

David Cohen:guitare,orgue.

Bruce Barthol:basse,harmonica.

Gary "Chicken" Hirsh:batterie.

LP Studio 2 - 1967

 

Country joe and the fish i feel like im fixing to die 1967

 

COUNTRY JOE & THE FISH

I-FEEL-LIKE-I’M-FIXIN-TO-DIE – 1967  5/5

 

Publié en novembre 1967.

Produit par Samuel Charters.

Durée:44:56.

Label:Vanguard.

Genre:rock psychédélique,folk-rock

 

Légèrement acide.

 

I-Feel-Like-I’m-Fixing-To-Die (en écoute intégrale ici) est paru en novembre 1967, sept mois après le superbe Electric Music For The Mind And Body par lequel Country Joe & The Fish ouvre la voie du rock psychédélique ; soyons clair tout de suite, il diffère conséquemment de son prédécesseur. Ne pensez pas y retrouver la même ambiance.

Ce disque au nom à rallonge, commence dans une ambiance de fête foraine avec l'incontournable The Fish Cheer/ I-Feel-I'm-Fixin-To-Die Rag, un titre sarcastique et couillu contre l'attitude du gouvernement américain envers le conflit vietnamien.

Ecrite par McDonald, en 30 minutes, après un pétage de câble en bonne et due forme, cette chanson égrène, une à une, les lettres de Fish que le public reprend de concert (et qui fera parler à Woodstock, Fish se transformant en Fuck). Finissant par une rafale de mitrailleuse, il devient vite le symbole d'une génération antimilitariste. On est loin du psychédélique Electric Mind, vous disais-je, même si la protestation engagée par Country Joe tient plus du satirique que de la réelle invective.

La contestation et le ragtime ne sont pas les seuls chevaux de bataille de Country Joe & The Fish ; en revenant à ses bases folkloriques, il nous montre son aptitude à faire de superbes ballades acoustiques comme le poignant Pat's Song ou Janis, ballade-valse composée pour Pearl, alias Janis Joplin, avec laquelle le monsieur Country Joe a entretenu une relation tumultueuse au début 1967.

Parmi les faits saillants de ce disque, hormis les titres précédents, j'ai un petit faible pour l'étonnamment structuré Magoo, très psychédélique, bercé par des vagues qui n'en finissent pas de s'échouer et de se retirer, Rock Coast Blues et la voix traînante de Country Joe, Eastern Jam, une jam psychédélique (aux sonorités indiennes) comme c'était courant à l'époque, et dans laquelle les styles différents des guitares de Cohen, tout en fluidité, et Melton, plus sauvage, se lâchent, Thursday, ainsi que l'instrumental de clôture Colors For Susan (à deux guitares).

Toujours très inspiré et varié, Country Joe & The Fish, version I-Feel-Like-I’m-Fixin’-To-Die, est un album aérien, coloré, apaisant, délicat, quoi que plus mystérieux, plus sombre et moins cosmique cependant que le précédent Electric Music ; sa trame audacieuse invite l'auditeur à le suivre dans son trip.

Country Joe & The Fish est un des exemples les plus probants de cette scène hippie des années 60. Cet album pas suffisamment chargé pour atteindre la stratosphère a néanmoins sa place parmi ce qui s'est fait de mieux durant cette mythique année 1967. N’y voyant aucune piste faible et ayant été agréablement diverti par son écoute, j’y vais d’un 5 sans rechigner. Le trip est encore de rigueur (RAZOR©).

 

1. The Fish Cheer/I-Feel-Like-I'm-Fixin'-To-Die Rag. 

2. Who Am I.

3. Pat's Song.

4. Rock Coast Blues.

5. Magoo.

6. Janis.

7. Thought Dream.

8. Thursday.

9. Eastern Jam.

10. Colors For Susan.

 

Country Joe McDonald:chant,guitare,cloches,tambourin.

Barry Melton:chant,guitare.

David Cohen:guitare,orgue.

Bruce Barthol:basse,harmonica.

Gary "Chicken" Hirsh:batterie.

LP Studio 3 - 1968

 

Country joe and the fish together 1968

 

COUNTRY JOE & THE FISH

TOGETHER – 1968  3/5

 

Publié en août 1968.

Produit par Samuel Charters.

Durée:34:31.

Label:Vanguard.

Genre:rock psychédélique,folk-rock.

 

Premier couac.

 

On quitte Country Joe & The Fish sur deux LP à connotation psychédélique : fortement imprégné pour ne pas dire carrément plongé dedans pour le premier, Electric Music For The Mind And Body ; par intermittence et légèrement acide pour le second I-Feel-Like-I’m-Fixing-To-Die, tous deux publiés en 1967.

On les retrouve avec un Together (en écoute intégrale ici), moins d’un an après (1968) qui persiste dans la filière des LP précédents mais les influences psych se font rares. Tantôt vaudeville, tantôt rock, voire hard rock, tantôt soul ou très ballades, il démarre par un surprenant mélange de rock et de soul music, sur fond de foule en délire. D’où son nom Rock & Soul Music. Le temps de s’interroger sur le pourquoi du comment, un excellent Susan prend le relais.

Et l’on retrouve un registre plus familier du groupe (celui d’Electric Music For The Mind And Body), un morceau que n’aurait pas renié Jim Morrison. Puis un titre dont on se demande l’intérêt, Mojo Navigator, un autre Bright Suburban Mr & Mrs Clean Machine qui est une satire de la classe moyenne matérialiste, mais auquel il faut du temps pour s’habituer.

Good Guys/ Bad Guys Cheer And The Streets Of Your Town qui enchaîne est un rock dur, satirique et intéressant, mais un peu bordélique (sur New York). The Fish Moan n’est pas une chanson mais un prétexte à brailler. A ce rythme et au regard d’une matière jusqu’alors un peu décevante, on se demande bien à quelle sauce va être la suite.

The Harlem Song (sur le racisme blanc) est simple, drôle, satirique tandis que Waltzing In The Moonlight, au registre flamenco bien maîtrisé, est un morceau bien ficelé, mais sans plus. Tout comme j’accorde peu de crédit au fantaisiste Away Bounce My Bubbles, en dépit de sa douceur, de son côté apaisant.

Cetacean, instrumental, est également intéressant, mais tout ceci manque de sérieux et part un peu trop dans tous les sens. Par contre, le dernier titre, un apocalyptique An Untitled Protestation, qui s’élève contre la guerre du Vietnam, est une pure merveille avec ce bourdonnement perpétuel en fond.

Together, qui, par ailleurs, a bien marché  en raison des deux albums précédents, est un album difficile à apprécier, mais impossible à ne pas aimer car il véhicule encore de très jolies choses. Si on le soupèse avec ce qui précède, il est léger ; par contre, au regard de ce qui suit, plus pop, on lui accordera les faveurs sans tergiverser. Une chose est sûre : ce n’est pas à sa première écoute que l’on peut en apprécier les quelques subtilités et la vigueur dominante.

Ce répertoire éclectique, encore très expérimental et qui jouit d’une grande liberté artistique, n’est pas sans évoquer l’univers de Frank Zappa. Avec Zappa, vous connaissez le topo ? Ou c’est franchement génial ou c’est confus et bordélique. Ou ça passe ou ça casse…

Together est dans le même cas de figure, mais pour l’occurrence ça passe. De justesse. Quoi qu’il en soit, on tient là le premier revers de Country Joe & The Fish et les premiers signes d’une créativité en berne affectant son songwriter en chef McDonald.

En culminant au 23ème rang des charts d’albums, Together se positionne comme le plus gros vendeur du catalogue du groupe alors qu’il est loin de valoir ceux auxquels il succède. Dans le sillage de ce disque, Country Joe & The Fish va se liquéfier, avec les départs de Barthol, dans un premier temps (remplacé par Mark Ryan), puis de Ryan, Cohen et Hirsch, suite à la tournée américaine engagée derrière. Dispensable ou alors réservé aux accros (RAZOR©).

 

1. Rock And Soul Music.
2. Susan.
3. Mojo Navigator.
4. Bright Suburban Mr. & Mrs. Clean Machine.
5. Good Guys/Bad Guys Cheer And The Streets Of Your Town.
6. The Fish Moan.
7. The Harlem Song.
8. Waltzing In The Moonlight.
9. Away Bounce My Bubbles.
10. Cetacean.
11. An Untitled Protest.


Country Joe McDonald:chant,guitare.
Barry Melton:chant,guitare.
David Bennett Cohen:guitare,orgue.
Chicken Hirsh:batterie.
Bruce Barthol:basse,harmonica.

LP Studio 4 - 1969

 

Country joe and the fish here we are again 1969

 

COUNTRY JOE & THE FISH

HERE WE ARE AGAIN – 1969  3/5

 

Publié en juillet 1969.

Produit par Samuel Charters.

Durée:36:15.

Label:Vanguard.

Genre:rock psychédélique,folk-rock,pop-rock.

 

Tout sauf trippy.

 

Quatrième des six albums du groupe, Here We Are Again (en écoute intégrale ici), sorti en 1969, marque l’éclatement du groupe initial dont seuls demeurent Barry Melton, le Fish en question, et Country JoeMcDonald, ainsi que son délitement artistique.

McDo est à encore et toujours à l’écriture, mais le dernier LP, le dispensable Together, premier disque de Country Joe & The Fish qui ne soit pas majeur, traduit une baisse de régime de sa part dans le processus créatif et met en avant une inspiration générale en berne.

Ici, il continue à s’y coller car son associé Melton n’a pas a proprement parler l’aptitude, ni l’envie, pour pallier le passage à vide amorcé. Il s’y attelle une fois de plus et son travail reflète déjà le ton qui va accompagner la carrière solo à laquelle il se prépare, au regard de l’état des troupes encore en activité et des avis de dépôt de bilan imminent.

Les troupes justement se sont purgées depuis Together. Le premier à se retirer est Bruce Barthol que Mark Ryan remplace. Suivent Chicken Hirsch et David Bennett Cohen suppléés, pour les besoins de Here We Are Again, par Mark Kapner (claviers), par le bassiste Peter Albin et le batteur David Getz, victimes d’un Big Brother & The Holding Company éparpillé au lendemain du départ de Janis Joplin. Cerise sur le gâteau : Jack Casady (Jefferson Airplane et Hot Tuna) vient filer le coup de main.

Côté artistique, le groupe, on l’a vu avec l’album précédent, s’est éloigné du rock psychédélique dont il était un des précurseurs. Présentement, plus rien ou peu d’éléments rappellent ce temps d’alors. Here We Are Again n’a rien en commun avec tout ce qui a été fait précédemment. L’utopie hippie revient comme un boomerang en pleine face du groupe qui pose ses valises dans un rock bluesy, folk-rock et pop agrémentés de jazz et R & B.

L’amour et la vie sont en toile de fond. Le tout est cohérent, même s’il ne sonne pas très Country Joe & The Fish. Quelques titres retiennent mon attention : le romantique et émotionnel country-valse Here I Go Again. C’est une petite révolution d’entendre Country Joe Mc Donald dans un tel registre lui qui ponctuait souvent et alors ses chansons en prônant les bienfaits du LSD.

Il les dénonce maintenant dans le deuxième titre sélectionné, Crystal Blues (et les conséquences dramatiques de son abus auprès de sa petite amie).

I’ll Survive, qui traite de la vie et de la mort, est un ragtime aérien et gentillet dominé par le piano plein de grâce de Mark Kapner. My Girl (qui sonne années 20) fait partie de ces agréables surprises sur lesquelles on s’attarde parce que c’est convivial.

Pour ce qui concerne le reste, quelques ballades comme Maria, un Donovan’s Reef qui, avec ses relents jazz, tente d’être une jam, sans beaucoup de réussite et surtout le Doctor Of Electricity terminal méritent une oreille. Au bilan, Here We Are Again s’avère globalement satisfaisant, mais on est à des années-lumière de ce pourquoi Country Joe & The Fiash déplaçait les foules (RAZOR©).

 

1. Here I Go Again.
2. Donovan's Reef.
3. It's So Nice To Have Love.
4. Baby, You're Driving Me Crazy.
5. Crystal Blues.
6. For No Reason.
7. I'll Survive.
8. Maria.
9. My Girl.
10. Doctor Of Electricity.

 

Country Joe McDonald:chant,guitare,harmonica.

Barry Melton:chant,guitare électrique.

Mark Kapner:piano.

Mark Ryan,Jack Casady,Peter Albin:basse.

David Getz:batterie.

LP Studio 5 - 1970

 

Country joe and the fish cj fish 1970

 

COUNTRY JOE & THE FISH

C.J. FISH. – 1970  3/5

 

Publié en mai 1970.

Produit par Tom Wilson.

Durée:39:49.

Label:Vanguard.

Genre:pop-rock,folk-rock psychédélique.

 

Fin de cycle.

 

C.J. Fish, numéro 5 du catalogue de Country Joe & The Fish sort en mai 1970. Il est donc chronologiquement parlant l’album ayant fait suite à la mémorable prestation de Woodstock qui a fait exploser la popularité, jusque là nationale, de Country Joe & The Fish, pour la porter à un niveau international.

A cette période toutefois, Country Joe & The Fish bat de l’aile : d’une part, aux deux LP psychédéliques incontournables de l’année 1967 (Electric Music For The Mind And Body et I-Feel-Like-I’m-Fixing-To-Die) succèdent deux disques moyens (Together et Here We Are Again), de l’autre, le line-up des 3 premiers albums explose et se reconstitue autour de McDo et du Fish. Avec les boss, les deux Mark, Ryan et Kapner, ainsi que les deux rescapés du Big Brother & The Holding Company, Albin et Getz assurent la suite, à savoir le quatrième opus Here We Are Again.

A l’appel de C.J Fish, seuls McDonald, Melton et Mark Kapner pointent  encore. Doug Metzner intègre le poste de bassiste et Greg Dewey s’installe à la batterie. McDonald a déjà la tête à ses projets personnels et seul The Fish, alias Barry Melton, semble réellement concerné par le devenir de cette formation. Et cet avenir s’annoncera bien vite sans issue.

C. J. Fish sera leur dernier album et c’est mieux ainsi, car si l’album n’est pas mauvais, il n’inspire aucune envie de se le passer en boucle. A part, Silver And Gold, She’s A Bird, Mara, The Baby Song et Return Of Sweet Lorraine, voire Sing, Sing, Sing, où le groupe est encore capable de produire de très belles choses, l’album ne capte pas l’intérêt de par des pistes trop légères et trop peu inspirées.

Ne nous voilons pas la face, Country Joe & The Fish a vécu. Il a eu la lucidité de s’en rendre compte rapidement et l’humilité de reconnaître qu’il ne servait à rien de faire traîner plus longtemps au risque de s’enfoncer encore un peu plus et de se décrédibiliser.

De ce groupe, il faut retenir qu’il a été un des premiers à plonger avec succès dans le bain psychédélique et cela, l’histoire du rock ne le lui enlèvera jamais. Ses deux premiers albums plaideront en sa faveur pour l’éternité. C’est là qu’il nous a fait le plus bander (RAZOR©).

 

1. Sing Sing Sing.

2. She's a Bird.

3. Mara.

4. Hang on.

5. The Baby Song.

6. Hey Bobby.

7. Silver and Gold.

8. Rockin' Round the World.

9. The Love Machine.

10. The Return of Sweet Lorraine.

11. Hand of Man.



Joe McDonald,Barry Melton:chant,guitare.

Mark Kapner:claviers.

Doug Metzner:basse.

Greg Dewey:batterie.

LP Studio 6 - 1977

 

Country joe the fish reunion 1977

 

COUNTRY JOE & THE FISH

REUNION – 1977

 

Publié en juin 1977.

Produit par Sam Charters.

Durée:35:32.

Label:Fantasy Records.

Genre :rock psychédélique,folk-rock.

 

Etait-ce bien utile?

 

Au départ l’idée de reformer Country Joe & The Fish pouvait paraître intéressante. Mais, sept ans après que le groupe ait déposé les armes, et alors que l’unique motivation du projet, émanant de la maison de disques, est dictée par de sombres intérêts commerciaux, l’idée ne convainc pas Barry Melton.

En effet, si Country Joe arpente encore les studios et les scènes pour une carrière en solo plus ou moins marquante, le Fish, l’autre membre fondateur et indissociable partenaire, est rangé des voitures. Un film sur la fin de carrière pitoyable de Duke Ellington achève de le persuader qu’il y a mieux à faire que de se perdre dans la musique et ses excès.

Melton se lance donc dans des études de droit et son emploi du temps ne lui permet plus ce genre d’incartade. Il aurait pu se laisser séduire par les dollars, mais préfère décliner l’idée d’une reformation, ne refusant pas pour autant celle d’une réunion. Celle-ci donne lieu à l’album du même nom en 1977.

J’avais été confronté à cet album par le biais d’un pote, fan du groupe. Il ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. J’ai pu le réécouter récemment et il s’avère que c’est le même genre de cadeau empoisonné qu’ont pu offrir des groupes qui se sont reformé dans le même but. Il manque d’âme. Le ressort est cassé.

Bref, c’est un album qui se limite à deux bons titres de Melton, Love Is A Mystery et No One Can teach You How To Live, un bon Thunderbird de McDonald ainsi qu’un intéressant Not So Sweet Martha Lorrain, repris à l’album précédent C.J Fish mais agréablement revisité. Voilà ce qu’il en est de leur sixième opus qui n’est pas resté gravé dans les annales. Les collectionneurs apprécieront, les autres c’est moins sûr (RAZOR©).

 

1. Come to the Reunion.

2. Time Flies By.

3. Stateline Nevada.

4. Love is a Mystery.

5. Dirty Claus Rag.

6. Not So Sweet Martha Lorraine.

7. Thunderbird.

8. Gibson's Song.

9. No One Can Teach You How To Love.

10. Insufficient Friends.

11. Dreams.

 

Country Joe McDonald:chant,guitare,cloches,tambourin.

Barry Melton:chant,guitare.

David Cohen:guitare,orgue.

Bruce Barthol:basse,harmonica.

Gary "Chicken" Hirsh:batterie.

John Otis,Jim Price,Sam Charters,Bobby Keys,Trevor Lawrence,Steve Madaio:musiciens invités.

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