Love.

BIOGRAPHIE.

 

LOVE/Los Angeles (Californie)

 

Love

 

Actif entre 1966 et 1974.

Label:Elektra Records.

Genre:rock,pop,folk-rock,rock psychédélique,psych folk,protopunk.

Site officiel:lovearthurlee.com

 

Et le rock se met à planer.

Et comment que c’était bon, Love ! Et comment que ses membres étaient talentueux ! Et comment qu’Arthur Lee était un sacré personnage ! Love, un nom qui s’impose comme un incontournable axiome dans l’atmosphère d’amour et de paix du milieu des 60’s, quand le mouvement hippie commence à tisser sa toile sur la scène californienne, aux premières heures de la rébellion contre-culturelle américaine. Love, un groupe qui a fait planer le rock au-delà des limites imposées par le genre psychédélique.

Love arthur lee

Love johnny echols 2

Chanteur, guitariste, compositeur, Arthur Taylor Porter, dit Lee, originaire de Memphis, né d’un géniteur black et d’une maman blanche, pose ses valises à Los Angeles quand il n’est encore qu’un gamin. A 20 ans, sur Sunset Strip, il y joue les Icare en herbe, redescendant rarement de son nuage, de quoi alimenter l’œuvre de sa vie, Forever Changes, publié en 1967. Tutur est l’artisan principal de ce qui est aujourd’hui une pièce majeure, que dis-je, séminale du rock dit psychédélique.

Lee, précurseur et ambassadeur de l’acid rock.

Arthur Lee est fait du même bois que Syd Barrett (Pink Floyd), est de la même trempe que Roky Erickson (13th Floor Elevators) avec lesquels il a en commun de s’être cramé les ailes et le cerveau dans les sphères embrumées du psychédélisme pour en avoir été les précurseurs d’abord, puis les véritables ambassadeurs après.

Lee, c’est surtout du torturé, persuadé, pendant la gestation de Forever Changes, qu’il va mourir prochainement et qui signe des paroles d’une beauté innommables, des mélodies exceptionnelles.

Du tourmenté, dont l’héroïne, consommée régulièrement dans le faste de la villa hollywoodienne Bela Lugosi/Dracula, aussi célèbre que Nellcote pour les Stones, ne fait qu’affoler la boussole individuelle, qu’abîmer un électron libre dont on craint chaque jour pour sa vie et dont l’avenir sous Love est aussi aléatoire que son avenir tout court, la faute à une vision très personnelle et désespérée du monde qui l’entoure.

Convoqué par la Grande Faucheuse en 2006.

Si la première lame ne le prend pas, lui autorisant un répit vraisemblablement dû à son rang de pionnier du psychédélisme, les abus qu’il s’impose pour le travail ou au nom de l’esprit de liberté du moment, fragilisent progressivement et physiquement un être qui, dans le dénuement et atteint de leucémie, se laissera cette fois-ci cisailler sans mot dire un jour de 2006.

Au moment où Love édite son mythique Forever Changes, le groupe en est à son troisième LP ; Love est alors l’une des plus populaires et des plus influentes formations de Los Angeles, au point que c’est sur les recommandations de Lee et de ses collaborateurs, qu’Elektra, par la voix de Jac Holzman, approche les Doors et les signe sur le label.

Love echols

« Forever Changes était d’abord prévu pour être un double LP. Nous étions bien avancés dans l’enregistrement quand la maison de disques, Elektra, a alors jugé que le projet serait trop coûteux et a remis en cause le budget initialement fixé. Nous avions travaillé pendant des mois sur ce nouveau matériel. De double, le projet est passé en format classique. Cela signifiait aussi de devoir se séparer de certains titres. Cette décision a été la source de tous les maux qui ont pu naître après cet album et qui ont plombé un groupe qui jusque là était très soudé. » (John Echols)

Dans le moule hippie ambiant.

Les autres Love, parlons-en. Il y a là Bryan MacLean (guitariste et chanteur), le métis John Echols (guitariste), venus, comme Lee, des Grass Roots (1964/65), ainsi que Kenny Forssi (bassiste) et Alban Pfisterer (batteur). Ce line-up, bien dans le moule hippie du moment, est celui par lequel Love débute en 1965 et qui va définir, autour de la prise d’hallucinogènes, de la vie communautaire, de ses dérives, de ses expériences, l’acid rock, une alliance de diverses influences : rock ‘n’ roll, garage, folk, pop, blues et psychédélisme.

Forever Changes, mais pas que…

Soyons lucide. Y aurait-il un Forever Changes sans l’existence préalable de deux albums qui jettent les bases du chef d’œuvre à venir ? L’éponyme Love (1966), excellente mise en bouche influencée par les Byrds et son suivant Da Capo, un classique du catalogue publié la même année et juste avant ce qui est vu aujourd’hui comme la pierre angulaire du rock psychédélique, installent le style Love, celui qui invite à planer avec son leader, un artiste souvent perché, comme on dit, dont la complexité, la fragilité et l’état d’esprit d’alors va induire, avec Forever Changes, un des plus grands albums psyché de tous les temps. Comme The Piper At The Gates Of Dawn, comme The Psychedelic Sounds Of The 13th Floor Elevators, comme Odessey And Oracle (The Zombies). Comme Barrett, comme Erickson…

Forever Changes n’est pas un succès commercial ; il est même condamné par le refus incompréhensible de Love de le promouvoir au-delà des limites de la Californie. De prometteurs, les acteurs de cette tierce discographique prestigieuse et rare pour une formation emmenée par un jeune de 22 ans seulement rentrent rapidement dans le rang, d’autant qu’ils sont minés par les problèmes en interne et par la drogue, par la violence avec arme. Ironie du sort, les Doors tirent les marrons du feu à leur place.

Lee le poissard, Lee le génie déglingué.

Arthur Lee refuse de se laisser enterrer, vire tout le monde et, seul aux commandes, monte une seconde mouture de Love (avec Fayad, Donellan et Suranovitch). Toujours aussi parano, dépressif et mis à mal par l’héro, il insiste pourtant et publie Four Sail et le double Out Here en 1969, deux LP heavy psych très intéressants même si très différents de ce qui précède. Les premières failles se dessinent, et la poisse s’abat encore sur Arthur Lee. En effet, alors que les critiques voient d’un bon œil le sursaut discographique qu’est Four Sail, Elektra, flairant une fin imminente, trouve le moyen de lui mettre dans les pattes une compil’ du meilleur de Love. C’en est trop pour le tennesséen dont False Start (Love/1970) et Vindicator (solo/1972) passent quasiment inaperçus.

Love n’existe encore qu’au travers de Reel To Real, album erratique d’un leader qui l’est alors autant. Sorti en 1974, il signe l’arrête de mort de ce groupe légendaire qui a fixé la norme du psychédélisme. Commence alors pour Lee, génie déglingué du rock passé par la case prison, un long chemin de croix, mais long, long… (RAZOR©)

DISCOGRAPHIE 60'S.

LP Studio 1 - 1966

 

Love lp 66

 

LOVE

LOVE – 1966  4,5/5

 

Publié en mars 1966.

Produit par Mark Abramson,Jac Holzman,Arthur Lee.

Durée:33:53.

Label:Elektra Records..

Genre:rock psychédélique,folk-rock,pop baroque,garage,protopunk.

 

Un grand Lee pour l’Amour.

 

Dans le catalogue de Love, la grande majorité des auditeurs focalise essentiellement sur Forever Changes, oubliant, hélas, qu’avant ce chef d’œuvre, les californiens sont les auteurs de deux LP de très grande valeur et qui préfigurent le monument discographique déjà en gestation dans la tête de Lee. J’entends par là l’album qui ouvre la carrière du groupe, l’éponyme Love (en écoute intégrale ici), publié en mars 1966 et Da Capo sorti à la fin de cette même année. Attardons-nous sur le premier des deux…

Love, c’est d’abord et avant tout Arthur Lee. Musicien et leader précoce de diverses formations (The Lags, American Four), admirateur des Byrds, Lee fonde Grass Roots en recrutant les deux Johnny, Echols le guitariste, métis comme lui, et Fleckenstein (bassiste), ainsi que Don Conka, batteur.

Peu de temps avant l’arrivée du guitariste Brian MacLean, Grass Roots devient Love. Ses prestations sur la scène rock psychédélique ayant été repérées, dans les clubs de la cité Des Anges notamment (par Jac Holzman, boss d’Electra, alors jeune maison d’éditions musicales, axée sur le folk), Love, dans la plus pure tradition des groupes hippies de l’époque devient le pôle d’intérêt de la scène psychédélique de Los Angeles.

Face à cette révélation qui confirme rapidement les espoirs placés en elle, Holzman signe Love, auquel il permet de convertir sans tarder les promesses entrevues via un premier album, celui qui nous réunit. Elektra ne s’est pas trompé : ce groupe, c’est de la dynamite et son leader a toutes les caractéristiques d’un génie en mode Syd Barrett.

En 1966, Love se fait d’abord remarquer par le single My Little Red Book, une reprise du hit de Burt Bucharach. Conka et Fleckenstein quittent le bateau que rejoignent Alban Snoopy Pfisterer (batteur) et Ken Forssi (bassiste). Il ouvre l’album de la meilleure des manières.

Outre le single évoqué ci-dessus, le disque dégage quelques titres épatants comme l’hymne anti-drogue Signed D.C, en hommage à l’héroïnomane qu’est Conka, A Message To Pretty, Can’t Explain, No Matter What You Do et une version torride du Hey Joe d’Hendrix que ce dernier popularisera par la suite.

Love tenait en Arthur Lee un auteur et compositeur visionnaire, un artiste qui s’est permis, sur le plan créatif, de rivaliser avec les Beatles en personne, doublé d’une très (trop) forte personnalité. Un auteur exceptionnel comme a pu l’être un Gene Clark, des Byrds, dont Love possède le son.

Ayant connu un bon succès, cet album est cependant à l’image du groupe : méconnu. Pop cristalline sophistiquée, richesse des mélodies, mélange de rock, garage rock, folk, blues et musique psychédélique (une musique qualifiée de rock baroque), voilà ce que propose cet album sous-estimé qui annonce le sublime Forever Changes de 1967. Il n’est pas vain de partir à sa rencontre pour se rendre compte qu’avant Forever Changes, Love avait une vie musicale déjà très riche et variée dont beaucoup de groupes se sont inspirés (RAZOR©).

 

1. My Little Red Book.

2. Can't Explain.

3. A Message to Pretty.

4. My Flash on You.

5. Softly to Me.

6. No Matter What You Do.

7. Emotions.

8. You I'll Be Following.

9. Gazing.

10. Hey Joe.

11. Signed D. C.

12. Colored Balls Falling.

13. Mushroom Clouds.

14. And More.

 

Arthur Lee:chant,percussions,harmonica,batterie sur2/6/9/13/14.

Johnny Echols:lead guitare.

Bryan Maclean:guitare rythmique,choeurs, sur 5/10.

Ken Forssi:basse.

Alban "Snoopy" Pfisterer:batterie.

LP Studio 2 - 1966

 

Love da capo

 

LOVE

DA CAPO – 1967  4,5/5

 

Publié en 1967.

Produit par Paul Rotschild.

Durée:35:54.

Label:Elektra Records.

Genre:rock psychédélique,folk-rock,pop baroque,garage,protopunk.

 

A 19 minutes de la consécration.

 

1967 est l’année de sortie de Da Capo (en écoute intégrale ici), deuxième LP du groupe Love emmené par un extravagant Mister Lee. 1967 est l’année du mythique Summer Of Love aussi. Mais ce que l’on retient en priorité de cette année, c’est la fertilité et le caractère exceptionnel de sa production musicale.

Les Beatles produisent un extraordinaire Sergent Pepper’s, Hendrix y va de son Are You Experienced, les Floyd révèlent un Piper At The Gates Of Dawn hors norme, les Doors sortent leur sublime éponyme tandis que Love nous balance, coup sur coup, Da Capo (en février) et Forever Changes, leur pièce maîtresse (fin 67, début 68). Et j’en passe, et des aussi bons…

La face initiale de ce que l’on appelait alors le vinyle était occupée par 6 titres, Revelation et ses 18 minutes 57 s’accaparant la B (c’est du jamais vu dans le rock). Pour l’occasion, le line-up en place de Love (Lee, Echols, Pfisterer, McLean et Forssi) s’est enrichi d’un saxophoniste Tjay Cantrelli et d’un batteur, Michael Stuart (qui remplace Pfisterer, lequel passe aux claviers).

Façonné à coups de clavecins, de flûte, de guitares électriques, de ruptures de rythmes, Da Capo est particulièrement psychédélique. Le LSD a vraisemblablement été consommé sans modération et par buvard entier pendant l’enregistrement de ce disque. C’est ce que révèle le single et seul hit de l’album Seven & Seven Is qui figurera au numéro 33 des charts (ce titre sera repris plus tard par les Ramones).

On retrouve cette folie psyché et cet univers hypnotique sous hallucinogènes, dans Oranges Skies, She Comes In Color (l’histoire dit qu’il s’agirait d’une chanson sur une femme indisposée. Arthur Lee, dans ses délires, n’a pas toujours été un grand poète). Toute cette face A est intéressante et annonce le Forever Changes qui va suivre : The Castle (leur squat), Stephanie Knows Who, Que Vida et les titres précédemment annoncés.

C’est la deuxième face qui me gêne. Ce Revelation, mélange de blues âpre, de pop trop sophistiquée, de jazz et de mauvaise inspiration psychédélique, qui s’étire maladroitement et d’une manière ennuyeuse, avec un Arthur Lee défoncé qui ne sait plus où il habite, et ce, pendant près de 19 minutes, je ne suis pas preneur. Cette piste a certainement plombé le succès de ce disque dont les autres morceaux sont tous auréolés de très bonnes critiques.

C’est agaçant de voir le potentiel de ce Da Capo qui, de par la faute d’un seul titre qui a vocation de remplissage, plombe tout ce que l’album regorge de merveilles.

Love, du fait de la personnalité de Lee, de l’abus de produits hallucinogènes (les autres membres étaient également de bons clients pour s’envoyer en l’air), de son mode de vie communautaire et du côté hétéroclite de son œuvre, était dur à gérer. Il a flirté plus d’une fois avec la mise à la porte de chez Elektra.

Au bord de la rupture avec leur label au moment de Da Capo, Forever Changes les sauvera. Du moins leur accordera un sursis supplémentaire. Ce sera leur aboutissement, mais on ne fera pas l’impasse sur cet album qui aurait tutoyé les sommets, de termes de notation, s’il s’était libéré de cet insupportable Revelation, techniquement moyen et aux improvisations hasardeuses. Dans ce contexte sans consistance et trop ambitieux pour certains acteurs qui s’avèrent ici dépassés, 19 minutes c’est long (RAZOR©).

 

1. Stephanie Knows Who.

2. Orange Skies.

3. Que Vida!.

4. 7 and 7 Is.

5. The Castle.

6. She Comes in Colors.

7. Revelation.

 

Arthur Lee :chant,harmonica,guitare,batterie,percussions.

Johnny Echols:lead guitare.

Bryan MacLean:guitare rythmique,chant.

Ken Forssi:basse.

Alban "Snoopy" Pfisterer:orgue,clavecin.

Michael Stuart:batterie,percussions.

Tjay Cantrelli:saxophone,flûte,percussions.

LP Studio 3 - 1967

 

Love forever changes

 

LOVE

FOREVER CHANGES  5/5

 

Publié en novembre 1967.

Produit par Bruce Botnik,Arthur Lee.

Durée:42:51.

Label:Elektra Records.

Genre:rock psychédélique.

 

Entré dans la légende.

 

Forever Changes (en écoute intégrale ici), chef d’œuvre par définition de Love, est publié, en novembre 1967, dans la même indifférence que celle qui a prévalu à la rupture du groupe qui en fut l’auteur. Avec onze titres qui sont autant d’épitaphes pour un Arthur Lee trimbalant, au fond de lui et depuis Da Capo, la forte sensation que sa mort est imminente, Forever Changes, hier ignoré, est aujourd’hui doublement plébiscité, non seulement parmi les grands albums de l’année 67, mais aussi dans l’élite discographique psychédélique.

Cette reconnaissance est venue avec le temps, certes, mais rien, ni personne au vingt-et-unième siècle ne peut contester l’unanimité qui s’est progressivement construite autour de lui et de son étrangeté. Beau parcours, même tardif, que celui de ce disque qui d’un modeste rang 154 dans les charts du moment, peut aujourd’hui bomber le torse avec son statut de culte.

Car c’est de cela dont il s’agit : d’un disque élevé au rayon de légende du rock. D’un disque d’une beauté si criarde qui interroge sur le fait de ne pas avoir été décelée plus tôt. D’une œuvre partie pour faire du bruit dans le landernau du rock psychédélique et restée à l’état de pet de lapin, car débarquée quand les hippies ont, pour la plupart, déjà viré leur cuti. D’un travail fabuleux qui aurait mérité de lui dérouler le tapis rouge.

Au lieu de cela et de le laisser s’épanouir sous le double LP qu’il est supposé être initialement, Elektra revoit les budgets à la baisse, saborde l’œuvre en l’épurant de certains titres, provoquant l’ire de ses membres et d’Arthur Lee qui, en réponse et dans le contexte tendu du moment, bâclent la promotion en limitant les tournées à la seule Californie quand, dans le même temps, le monde entier lui aurait ouvert grand les bras.

Forever Changes aurait mérité une prolongation autour de la même alliance humaine, d’autant que la critique qui a toujours eu Love à la bonne, se montre présentement chaud patate pour leur troisième opus. Quelle mouche pique alors Tutur de virer tout ce beau monde, sans penser une seule seconde qu’il vient de sceller le sort et de Love, et de son plus éminent ouvrage ?

Album sombre induit par les mauvaises ondes de Lee à son endroit, persuadé d’être en train de vivre ses dernières heures, ses près de 43 minutes reflètent l’instabilité mentale, pour ne pas dire la parano qui affecte l’homme de Memphis, déjà bien abîmé par l’héroïne et le LSD. Les autres acteurs ne sont d’ailleurs pas loin derrière et des doutes existent quant à leur remplacement temporaire (Echols, Forssi et Stuart) pendant les sessions d’enregistrement qui soulèvent des questions sur la fraîcheur de leur état de santé.

Forever Changes révèle une musique d’une grande richesse aux arrangements inouïs, une œuvre aux textes bien ciselés (drogue, violence urbaine, démence, haine, désespoir…), directs et poignants, aux mélodies vertigineuses.

La magnificence de sa matière aurait pu rester à tout jamais enfouie dans le plus profond des anonymats, n’en jamais ressortir. Il aura fallu plusieurs décennies et le passage à un support plus moderne, pour qu’enfin on découvre ce vinyle anthologique et son génial maître d’œuvre, Arthur Lee. Quel bonheur que d’avoir, comme beaucoup de fidèles de Love aujourd’hui, eu la bonne idée de m’y intéresser (RAZOR©).

 

1. Alone Again Or.

2. A House Is Not a Motel.

3. Andmoreagain.

4. The Daily Planet.

5. Old Man.

6. The Red Telephone.

7. Maybe the People Would Be the Times or Between Clark and Hilldale.

8. Live and Let Live.

9. The Good Humor Man He Sees Everything Like This.

10. Bummer in the Summer.

11. You Set the Scene.

       

Arthur Lee:chant,guitare.

Johnny Echols:guitare.

Bryan MacLean:guitare rythmique,chant.

Ken Forssi:basse.

Michael Stuart:batterie,percussions.

LP Studio 4 - 1969

 

Love four sail

 

LOVE

FOUR SAIL – 1969  4/5

 

Publié en 1969.

Produit par Arthur Lee.

Durée :36 :52.

Label:Elektra Records.

Genre:rock psychédélique,folk-rock.

 

Il y a une vie après Forever Changes.

 

Ce quatrième LP des californiens Love, Four Sail (en écoute intégrale ici), n’a pas la magie des précédents, il n’en présente pas moins un intérêt. Différent, ce disque auquel colle un line-up complètement bouleversé suite à un énième coup de tête de son leader, a encore quelques balles explosives dans le chargeur. Malgré ce constat encore élogieux, les conditions qui amènent à ce que Lee se retrouve seul sur la grille de départ de Four Sail (1969) interrogent sur le personnage, d’autant qu’il a encore un contrat à honorer avec son éditeur Elektra avec lequel les relations se sont depuis tendues.

Pour virer manu militari tout son monde, au lendemain de ce qui aurait dû, de son temps, être une révolution pour le rock, scier la branche sur laquelle il est alors assis, on soupçonne surtout que, derrière le sympathique substantif de génie dont on l’affuble aujourd’hui, se profile en fait un beau zinzin, un junkie rivé sur son perchoir, réservant ce qu’il lui reste d’une lucidité sérieusement entamée par le LSD et l’héroïne, à sa seule musique.

En dépit de son positionnement chronologique dans le sillage de l’album devenu culte que l’on connaît, alors vu comme un ouvrage lambda, rappelons-le,  je veux parler de Forever Changes, malgré la fragilité mentale de son catalyseur, architecte et exécuteur en chef, Four Sail présente des soubresauts tentant à reconnaître que la bête n’est pas morte.  

Frank Fayad à la basse, George Suranovich à la batterie, des proches, Jay Donnellan (guitare), un très bon musicien, et Drachen Theaker également batteur, intègrent donc Love, pour enregistrer un album qui est d’un autre registre, mais qui reste un travail intéressant de la bande à Tutur.

L’ambiance est différente de ce que l’on a pu connaître sur les disques antérieurs. C’est plus puissant, plus électrique, plus dynamique et moins complexe, moins éclectique, moins raffiné aussi.

La pop baroque d’un hier encore tout frais s’efface au profit d’un folk-rock puissant, ce transfert s’accompagnant d’un abandon de la douceur et des subtiles orchestrations de Forever Changes pour un univers sonore plus incendiaire, plus âpre. Autant le Love précédent joue sur du velours et fait dans la dentelle, autant la relève chausse les Rangers et revêt le treillis, visiblement pas recrutée pour embaumer les tourments toujours en effervescence sous la casquette de Tutur.

Ce changement de cap radical ne situe pas Four Sail au rang des rognures ou autres babioles nées pour capitaliser sur le corps encore tiède du petit dernier qui a réussi. Il est un disque à part entière du catalogue de Lee et de Love, une facette supplémentaire du potentiel d’un artiste qui a eu besoin de se cramer pour s’élever. Et sa démarche de maintenir Love la tête hors de l’eau en l’éloignant de la lumière diffusée par Forever Changes n’a rien d’un entêtement ou d’un caprice de star. Il est atteint le Lee, mais il est un artiste avant tout et sa réaction discographique, fut-elle épidermique, s’appuie sur une réflexion mesurée.  

Four Sail révèle un excellent Donnellan, guitariste virtuose qui joue les Hendrix de service en lacérant les pièces de son boss de solos aussi fougueux que maîtrisés, mais dans le sillage du capitaine, c’est tout un groupe de fervents galériens qui souque ferme. Lee a été un fin DRH sur le coup, comme on peut en juger au fil du déroulement de la tracklist.

Un sublime et éthéré August pour débuter et derrière ça enclenche le turbo jusqu’à l’ironique Always See Your Face : Your Friend And Mine, I’m With You, Good Times, Singing Cowboy, Dream, Robert Montgomery, Talking In My Sleep traduisent au mieux les raisons pour lesquelles Four Sails n’est pas ce genre de disques que l’on écarte au prétexte que, parce qu’il y a eu le chef d’œuvre Forever Changes, parce que le Love de la première génération a vécu, parce que Lee est insaisissable, la suite est à mettre au rebut. Il y a une vie après Forever Changes, pas forcément celle que l’on aurait tous souhaiter certes, mais elle est. Et l’Arthur en est toujours le cador fantasque et de plus en plus perturbé. Il tient encore parfaitement le gouvernail ici, quoi qu’on puisse en dire (RAZOR©).

 

1. August.
2. Your Friend And Mine - Neil's Song.
3. I'm With You.
4. Good Times.
5. Singing Cowboy.
6. Dream.
7. Robert Montgomery.
8. Nothing.
9. Talking In My Sleep.
10. Always See Your Face.

 

Jay Donnellan:guitare.

Frank Fayad:basse,choeurs sur 6/7.

Arthur Lee:guitare,chant.

George Suranovich:batterie,choeurs sur 6/7.

Drachen Theaker:batterie sur 2/3/4.

LP Studio 5 - 1969

 

Love out here

 

LOVE

OUT HERE – 1969  4/5

 

Publié en décembre 1969.

Produit par Arthur Lee.

Durée:69:23.

Label:Blue Thumb (U.S),Harvest (U.K).

Genre:folk-rock,rock psychédélique.

 

Comme un chien dans un junkie.

 

Il est fort vraisemblable que les sessions d’enregistrements de Four Sail, l’album du Love nouvelle version publié quelques maigres mois auparavant pour le compte d’Elektra, aient servi de cadre à Out Here, fait chez Blue Thumb en fin d’année 1969.

Double LP, Out Here (en écoute intégrale ici) amène spontanément à une constatation. Arthur Lee en a encore sous le coude et se montre plutôt prolixe en termes de songwriting. Avoir profusion de titres pour pouvoir alimenter un double quand on porte la peu enviable étiquette de junkie et ce qu’elle sous-entend au niveau de l’instabilité, de la fragilité, de la cohérence ou de l’assiduité à la tâche, je dis : chapeau Arthur !

Finalement, il nous fait quoi l’Arthur. Il joue à quoi ? Il nous change les line-up comme de slip, passant d’une incarnation qui explose au lendemain du sublime Forever Changes à un ensemble de flibustiers racés qui finit parfaitement le boulot pour Elektra (Four Sail). Il fait un doigt à la douceur de Forever Changes ainsi que tout ce qui le lui rappelle, et se façonne en parallèle un avenir qui verse dans un folk-rock dont il décide de rendre les contours plus âpres ; il montre son cul à un label qui l’a vu naître, négocie en sous-main les conditions d’un sursis artistique en prenant bien soin de le faire en loucedé et sans révéler quoi que ce soit de la matière qu’il a bien dû subtiliser pour qu’elle se retrouve sans que l’on sache ni trop pourquoi, ni comment, sur les pupitres de Blue Thumb. Il est fieffé manipulateur de Tutur. La dope ne l’a pas complètement mis sur le carreau apparemment.  

On sera d’accord pour dire que la pioche qui alimente Out Here n’est pas le summum du catalogue de Love. C’est trop inégal pour supposer le contraire, cependant, au milieu de pièces qui trahissent encore que les vieux démons ne sont pas exorcisés, se manifestent des soubresauts qui ne laissent la place à aucune ambigüité : Tutur est un génie.

Les étincelles de génie dont on n’avait pas assez de doigts pour les énumérer jusqu’alors, se font de plus en plus éparses mais elles sont. Comme les failles, de plus en plus nombreuses, elles. Le rapport s’inverse désormais et la dope ne peut pas ne pas être tenue pour responsable. Le Capitaine Lee est vacillant, presqu’à bout de souffle, mais refuse de mettre un genou à terre. Le métis est pugnace, mais son talent lui échappe de plus en plus. Pour composer surtout, poste où il ne parvient que rarement à rassembler la magie qui l’animait.

Out Of Here a pourtant encore de qui tenir. Les moments forts de cet album justifient, à défaut d’un achat, une écoute : I’ll Pray For You, I Still Wonder, Listen To My Song, Run To The Top, le psychédélique You Are Something, Stand Out, Signed D.C, une sublime version réadaptée avec un extraordinaire solo, Willow Willow, Doggone (RAZOR©).

 

Disque 1.

1. I'll Pray for You.

2. Abalony.

3. Signed D.C.

4. Listen to My Song.

5. I'm Down.

6. Stand Out.

7. Discharged.

8. Doggone.


Disque 2.

9. I Still Wonder.

10. Love Is More Than Words Or Better Late Than Never.

11. Nice to Be.

12. Car Lights On In The Daytime Blues.

13. Run to the Top.

14. Willow Willow.

15. Instra-Menatal.

16. You Are Something.

17. Gather 'round.

 

Jay Donnellan:lead guitare.
Frank Fayad:basse.
George Suranovich:batterie.
Arthur Lee:chant,guitare rythmique.
Paul Martin:lead guitare sur 5.
Drachen Theaker:batterie sur 3.
Jim Hobson:piano sur 1,orgue sur 13.
Gary Rowles: lead guitare sur 10.

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